Lettre au Physicien

Jacques Réda · Chapitre 15 sur 30

Pages du PDF

Lettre au Physicien

4. Le photon, qui peut s’amatir

4

 

Le photon, qui peut s’amatir,

Ne connaît jamais l’impotence.

Un peu plus, un peu moins intense,

Incapable de ralentir

Comme d’augmenter sa vitesse,

Il avance toujours au train

Auquel la Nature l’astreint

Et nous brûle la politesse.

Si, voyageant dans un vaisseau

Interastral qui vagabonde

À deux cent mille la seconde,

J’allume soudain le faisceau

D’une lampe de poche, croire

Qu’il pro tera du moment

Pour ler paresseusement

À cent mille, c’est illusoire :

La foule dense des photons

Qui le composent, tout de suite,

À trois cent mille a pris la fuite

Et jamais nous ne les battons.

À moins (hypothèse d’école)

Que nous n’égalions ce record

À force d’énergie, encor

Qu’un engin volant qui décolle Puis accélère sans cesser,

D’autant rétrécisse à mesure

Pour s’anéantir sans bavure

Contre ce mur qu’il veut forcer.

Mais la photonique Lumière

Modère d’elle-même un peu

Son allure dans un milieu

Où, douce comme une in rmière,

Elle fait des eaux un tilleul,

De la menthe ou de la verveine

Pour consoler de sa déveine

L’Humain abandonné tout seul

Au bord de cette immense vasque

Percée ainsi qu’un entonnoir

Où le sucre en ammé de l’astre

Soleil fond dans un café noir.

OceanofPDF.com