Lettre au Physicien

Jacques Réda · Chapitre 16 sur 30

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Lettre au Physicien

5. On pouvait espérer que la Matière Noire

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On pouvait espérer que la Matière Noire,

Ce fantôme qui hante à ras bords l’Univers

Et le pousse peut-être, avec ses revolvers

Gravitationnels, vers une patinoire

Où tôt ou tard il nira par trébucher,

On pouvait espérer, dis-je, que la Matière

Noire différerait, tant elle est cachottière,

De celle qui rassure ici notre toucher.

Eh bien non : c’est pareil. La peur du ridicule Ne l’a pas affectée alors qu’on découvrait

Qu’elle a fait de son mieux dans son coin, en secret, Pour reposer aussi sur de la particule.

Laquelle ? On n’en est pas encore à ce point-là De la déterminer : beaucoup de candidates Se pressent au guichet, fortes ou délicates.

La plus aimable semble être la Wimpzilla.

Mais c’est aussi la plus massive (à dix puissance

Douze sur le cadran Gigaélectronvolt),

La seule qui saurait manipuler ce colt

Auquel l’Univers doit de ler doux. On pense

Qu’elle est comme ses sœurs et frères (neutrinos, Majorons qui jamais n’auront de majorette),

Un faible résidu de la belle lurette

Où le Big Bang venait d’allumer ses fourneaux.

Donc des dames d’âge certain, des douairières

Heureuses de causer pareils encombrements

Et de se procurer sur le tard des amants

Séduits par leur destin sombre d’aventurières.

Mais qu’en sortira-t-il ? L’invisibilité Sera bientôt vaincue et fournira des preuves

Sur les agissements clandestins de ces veuves

Dont la Noire Énergie a peut-être hérité.

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