Lettre au Physicien
5. On pouvait espérer que la Matière Noire
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On pouvait espérer que la Matière Noire,
Ce fantôme qui hante à ras bords l’Univers
Et le pousse peut-être, avec ses revolvers
Gravitationnels, vers une patinoire
Où tôt ou tard il nira par trébucher,
On pouvait espérer, dis-je, que la Matière
Noire différerait, tant elle est cachottière,
De celle qui rassure ici notre toucher.
Eh bien non : c’est pareil. La peur du ridicule Ne l’a pas affectée alors qu’on découvrait
Qu’elle a fait de son mieux dans son coin, en secret, Pour reposer aussi sur de la particule.
Laquelle ? On n’en est pas encore à ce point-là De la déterminer : beaucoup de candidates Se pressent au guichet, fortes ou délicates.
La plus aimable semble être la Wimpzilla.
Mais c’est aussi la plus massive (à dix puissance
Douze sur le cadran Gigaélectronvolt),
La seule qui saurait manipuler ce colt
Auquel l’Univers doit de ler doux. On pense
Qu’elle est comme ses sœurs et frères (neutrinos, Majorons qui jamais n’auront de majorette),
Un faible résidu de la belle lurette
Où le Big Bang venait d’allumer ses fourneaux.
Donc des dames d’âge certain, des douairières
Heureuses de causer pareils encombrements
Et de se procurer sur le tard des amants
Séduits par leur destin sombre d’aventurières.
Mais qu’en sortira-t-il ? L’invisibilité Sera bientôt vaincue et fournira des preuves
Sur les agissements clandestins de ces veuves
Dont la Noire Énergie a peut-être hérité.
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