Lettre au Physicien
2. On nous l’a seriné longtemps
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On nous l’a seriné longtemps :
La Nature a horreur du Vide,
Et le Physicien lucide
Comme les plus incompétents
Cerveaux rêveurs de la planète
Entérinaient ce postulat.
Mais il fallait que s’en mêlât
Une substance aussi concrète
Et diffuse que le grand air
Pour pénétrer tel un incube
Le moindre millimètre cube
De l’Espace : ce fut l’Éther.
Et l’Éther pouvait être vide
De ceci, voire de cela :
Plein de lui-même il était là
Et tout baignait sans qu’une ride,
Un grumeau pût le déranger
Dans cet élément invisible,
Neutre, impalpable, indivisible
Mais susceptible d’héberger,
Comme un liquide amniotique,
Des triplés à jamais unis :
L’Homme, entre les deux in nis,
N’ayant plus qu’à mettre en pratique
Le rêve de naître, au milieu,
Avec une neuve innocence
À la parfaite connaissance
Du projet cosmique de Dieu.
Or de nos jours on en décide Autrement : le Vide revient
En force, et donc il n’est pas rien.
S’il est quelque chose, le Vide
(Mais il faut avoir distingué,
Car le vide intergalactique
Diffère du vide quantique
Bien moins vide et presque plus gai : C’est de lui qu’il s’agit, avide,
Quoique derrière le rideau,
De conserver comme Godot
Absent, la vedette), le Vide
Serait-il en vérité plein ?
La notion s’est élargie :
On le comble d’une énergie
Élastique, tel un tremplin
Où prend élan l’aléatoire
Qui rebondit dans l’avéré.
On le pèse, on l’a mesuré
Même au début de son histoire,
Quand tout n’était qu’un gros bouillon
De rayonnement, de matière,
Surgi d’une étroite chatière
Et jetait le brûlant brouillon
D’un Univers presque solide
Où ne l’emportait que de peu
Sur les ratures, ce qui peut
À présent se lire.
Le Vide
Communique avec ton esprit,
Poète, lorsque tu te penches
Pour former sur les pages blanches
Des vers dont le nombre est prescrit.
Sinon l’Univers serait prose Amorphe, alors que les amas
Riment ainsi que tu rimas
Sur le Vide où naissent la rose,
Les soleils et les Palomas.
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