Lettre au Physicien

Jacques Réda · Chapitre 5 sur 30

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Lettre au Physicien

6. Il y a deux savoirs : l’un dissèque et l’autre contemple

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Il y a deux savoirs : l’un dissèque et l’autre contemple. L’un vit dans son laboratoire et l’autre dans un temple : Le ciel forme la voûte avec l’herbe pour pavement, La lumière et le vent en sont les vastes propylées. Le premier s’égare parmi les formules ailées

Des nombres, le second s’abandonne à l’enchantement.

Tous les secrets que le premier sans relâche pourchasse, Le second les croit faits pour venir prendre à la surface La plénitude de leur sens et se laisser cueillir.

Il les célèbre sans souci de l’énigme nale : Il la voit, il la touche, il l’entend, la goûte, l’inhale, Elle ne cesse pas de se répandre ou de jaillir.

Sous les dehors qu’elle a choisis a n d’être adorée Un seul de nos regards lui rend sa merveille assurée. Qui la connaît divine égale en sa faveur les dieux, Mais qui prétend la pénétrer l’abaisse, la mutile

À seule n de la soumettre aux besoins de l’utile : Sur le chaos alors s’ouvre son voile radieux.

Beaux explorateurs du cosmos et du subatomique, Je vous ai suivis jusqu’aux bords de l’abîme anémique Où tout va se perdre en deçà de la longueur de Planck. Je fête vos succès et j’admire les paysages

Nés sous votre lunette et des calculs, et les présages Certains que vous tirez des entrailles du corps tremblant

De la matière. Atteindrez-vous l’arcane de son âme En voulant rester à l’écart du complot qui s’y trame Entre l’illusion, le vide et la réalité ? Le savoir toujours plus profond de son jeu mécanique Vaut-il le pur consentement où l’être communique Avec l’énigme dont il est une modalité ?

Ici le rythme s’établit de colline à colline,

Avec le pas songeur de l’ombre au soleil qui décline, La courbe où serpente le l miroitant des ruisseaux Et l’équilibre d’un village autour de son église.

C’est l’instant où le ottement du monde s’égalise Autour d’une vitre, là-bas, qui brille par sursauts.

Et c’est déjà Toujours qui passe et jamais ne s’attarde Mais n’attend qu’un signe d’amour lorsque je le regarde, Sans rien désirer plus que ce bref échange ébloui, Pour suspendre le temps in exible qui nous harcèle

À cette vitre et propager son étincelle

Dans tout l’espace ouvert comme on dit oui.

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