Lettre au Physicien
3. Quand il n’y avait rien, si le « rien » fut jamais
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Quand il n’y avait rien, si le « rien » fut jamais (Entourons chaque mot de prudents guillemets), Qu’était-ce que ce « rien » ? La réponse est ardue. Imaginons-le « vide ». Et de quelle étendue ? Car un vide absolu pourrait être aussi bien
Un point évanescent et réductible à « rien ». Donc entre « tout » et « rien » se balançait le Vide Et, du balancement, quelque chose d’hybride
Se serait prononcé comme un léger frisson
Mais qui, s’ampli ant, eût fait naître un soupçon D’irrégularités instables, oconneuses,
Prises comme le gaz des jeunes nébuleuses
Au piège sans recours que tend la Gravité.
Ainsi naquit peut-être, à faible densité,
Le plus subtil état premier de la Matière.
Les ocons s’agrégeant en masses de poussière,
Croissant et s’échauffant à des degrés déments,
Auraient partout creusé des trous noirs écumants Où plongea l’excédent de ces remous quantiques. Lesquels, en conjuguant leurs ux énergétiques,
Provoquèrent soudain l’énorme explosion
D’où surgirent l’Espace et notre vision,
Que gouverne le Temps, d’un Univers avide
De retrouver la douce indolence du Vide,
Ou d’y sombrer en n dans sa totalité
Et comme s’il n’avait même jamais été.
Le cycle reprendrait à sa dernière escale : Mais comment ce retour si quelque verticale
Volonté, sur le Vide ataraxique, n’a Provoqué le frisson qui le conglutina ? Ou le mot Vide ment, ou l’in rme Pensée, Faute de lui donner un sens, se voit forcée
De situer l’élan cyclique et son moyeu
Sous une autorité toute-puissante. Dieu ? N’en avons-nous pas fait depuis longtemps litière ? Mais ce frisson du Rien oculant en Matière
Semble accorder au Vide un divin attribut.
Tout différent du Père et Créateur barbu
De notre catéchisme et des livres d’images,
Le Vide serait-il le dernier de ces mages
Dont nous avons besoin pour que l’Univers ait
Quelque chose d’encore un peu civilisé,
D’humainement logique au moins dans sa machine Qui, comme tout effet, ayant une origine,
Ignorerait sa raison d’être et son destin ? Quand le rayonnement fossile fut certain,
La doctrine de Hoyle apparut saugrenue.
Mais la Création, qu’il disait continue,
Pourrait bien être telle en termes de quanta :
Advint donc que le cœur du Vide grelotta
De froid, de solitude in nie, et qu’une onde
S’en propagea bientôt, de sa masse profonde
Vers la surface étale : elle vibre ; on va voir S’animer lentement ce plan du réservoir
Où sommeille à l’état de Rien tout le Possible.
Puis l’agitation se fait incoercible.
La fréquence de l’onde augmente : elle a porté Sa fougue oscillatoire à telle intensité
Qu’elle acquiert à présent presque une consistance. La crise se poursuit sans une rémittence : Le Vide en n déborde et le feu du climat
Métamorphose l’onde épaissie en plasma Où le rayonnement mène sa catalyse,
Et le ot indistinct s’individualise : En combats, en amours s’affrontent électrons
Libres, photons obscurs encore, et les neutrons,
Les protons et les quarks : Ilion et Sodome ! Mais tout s’apaisera dans le sein de l’atome
Chacun se rangeant moins à son affinité
Qu’à l’ordre qu’établit la loi de Gravité.
Tandis que la Matière endurcit, s’exténue
À quoi vaque le Vide ? Il songe, continue De frémir sur les bords, pour le reste vacant.
Tandis que les amas établissent leur camp
Toujours plus loin, toujours plus vite, il se ramasse Et se dilate en soi, sans Temps et sans Espace.
Mais on ne sait pourquoi ce parfait orphelin
Prodigue sans arrêt de l’eau pour le moulin
Dont la farine astrale au ciel épanouie
A nourri le trop-plein qui t germer la Vie.
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