Manuel de Lingui

Claudia Polzin-Haumann · Chapitre 26 sur 33

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Manuel de Lingui

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Xavier Gouvert et Ulrike Heidemeier

 

23 Lexicographie

 

Abstract : La lexicographie française est l’une des plus productives au monde : la langue française est dotée d’une tradition dictionnairique pluriséculaire, condition-

née tant par la place de la langue nationale dans l ’histoire politique et sociale de la France que par une longue réflexion méthodologique et métalinguistique. Le présent

article aborde la lexicographie française sous trois aspects. Un aperçu historique (1)

résume les grands courants d ’ e évolution du genre lexicographique en France, du XVI

siècle à nos jours. Dans une deuxiemè section (2) sont examinés l’importance et les effets de la numérisation des dictionnaires. La situation actuelle de la lexicographie

française, après ce qu ’il est convenu d’appeler son âge d’or, occupe la troisième et dernière section (3).

 

Keywords : dictionnaire, lexicographie, métalexicographie, langue nationale, histoire

de la langue, numérisation

 

1 La lexicographie française : aperçu historique

 

La lexicographie française est héritière d ’une tradition qui remonte à la première moitié du XVIe e e siècle ; le monde francophone a connu, notamment aux XIX et XX

siècles, une production dictionnairique pratiquement innombrable, s’étendant de la vulgarisation commerciale à la recherche lexicologique la plus avancée. Au cours

d’une histoire lexicographique de près d’un demi-millénaire, la France est devenue le

« pays du dictionnaire » (Hausmann 1985a, 36) par excellence (sur l’histoire de la lexicographie française, cf. Quemada 1967 ; 1990 ; Matoré 1968 ; Wooldridge 1977 ;

Bray 1990 ; Rey 1990).

 

1.1 Aux origines : de la glossographie médiévale au foisonnement

humaniste

 

Pourvue d’une longue tradition écrite en langue nationale, influencée d’un côté par une culture humaniste tributaire des textes grecs et latins de l’Antiquité et, de l’autre,

par la latinité de l’Église catholique, la civilisation française a développé sa tradition lexicographique monolingue sur la base des premiers glossaires latins du Moyen Âge ;

cette évolution, qui la rapproche de celle du reste de l ’Europe, la distingue de celle des autres civilisations du monde (cf. Quemada 1967, 39s. ; Boisson/Kirtchuk/Béjoint

1991, 284 ; Bray 1990, 1788). Il est généralement admis que la lexicographie moderne du français a connu son début « officiel » en 1539 (cf. Quemada 1967, 11s. ; Wooldridge

1977, 23 ; Bray 1990, 1792 ; Monfrin/Vielliard 1990, 7).

 

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Lexicographie 557

 

Issu d’une famille d’imprimeurs, l’humaniste Robert Estienne (1498/1503–1559 ; cf. Matoré 1968, 5 ; Baldinger 1982, 9) publie trois dictionnaires qui seront d’une impor-

tance majeure pour la lexicographie latine et française : d ’abord le Latinae linguae Thesaurus (1531), dictionnaire majoritairement latin sur le modèle du Dictionarium de

Calepinus (1502), qu ’il avait la tâche de rééditer (cf. Wooldridge 1977, 19s. ; Quemada 1990, 872 ; Bray 1990, 1792) ; puis le Dictionarium latinogallicum (1538), dans lequel les

entrées latines sont traduites ou expliquées en français (« sermone patrio » ; cf. Bray

1990, 1793). C er ’ est en 1539, l ’ année même où François I édicte l’ordonnance de Villers-Cotterêts, qu’Estienne publie le Dictionaire francoislatin, considéré comme le premier

dictionnaire à nomenclature française et qui marque « sporadiquement, presqu’acci-dentellement », le début de la lexicographie française monolingue (Bray 1990, 1793).

La lexicographie humaniste est marquée, à côté de ceux d’Estienne, par les travaux de Jean Nicot (1530–1604). Son Thresor de la langue françoyse, publié dans une édition posthume en 1606, est l’ouvrage le plus étroitement associé à Robert

Estienne – par le simple fait qu’il s’agit de l’aboutissement d’un effort pour rééditer son Dictionaire après sa mort (cf. Wooldridge 1977, 8 ; Bray 1990, 1793–1794). Contrai-

rement à ce que suggère son titre, le Thresor n’est mas monolingue :

 

« Il appartient à cette catégorie de dictionnaires que B. Quemada [ …] a qualifiés de ‹ semi-

bilingues › : c’est un répertoire dans lequel ‹ la langue objet [en l’occurrence le français] est

utilisée aussi pour des commentaires ou des exemples plus ou moins étendus › » (Bray 1990,

1794).

 

1.2 L’absolutisme lexicographique : l’Académie française et ses

concurrents

 

On sait que l’Académie française fut fondée le 29 janvier 1635 par le cardinal de

Richelieu, d ’après le modèle italien de l’Accademia della Crusca (1583, Florence ; cf. Quemada 1985). Son objectif principal, « travailler avec tout le soin et toute la

diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences » (article XXIV des statuts de

l’Académie), devait aboutir au premier dictionnaire de langue française entièrement monolingue. Cependant, ce projet fut devancé par celui de Pierre Richelet (1626– 1698), qui fit paraître en 1680, à Genève, le Dictionnaire françois (cf. Quemada 1985,

77). Du fait du monopole royal qu ’avait obtenu l’Académie, Richelet dut en effet publier son dictionnaire à l ’étranger. Après son introduction clandestine en France, ce dernier connut un grand succès, dont témoignent ses nombreuses rééditions (cf. Bray

1990, 1796–1798 ; Quemada 1990, 874). En 1694 parut enfin le Dictionnaire de l’Acadé-

mie française (DAF), réédité huit fois jusqu’ 2 3 4 5 6 en 1935 ( 1718, 1740, 1762, 1798,1835, 7 8 1878,1932–1935) et dont la neuvième édition est en cours de parution depuis 1992 (cf. Quemada 1985, 79s. ; Bray 1990, 1798–1800 ; cf. aussi le site web de l’Académie

 

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française). Le DAF, dictionnaire sélectif et normatif, se fonde sur le « bon usage » du XVIIe siècle, défendu par Vaugelas, auteur des Remarques sur la langue française, qui

avait participé, jusqu ’à sa mort en 1640, à la rédaction de cet ouvrage (cf. Matoré 1968, 70 –73). Le dictionnaire est unique par son refus de recourir aux citations

d’auteurs – les Académiciens illustrent les lemmes par leurs propres exemples – et sa vision ahistorique de la langue, excluant toute indication étymologique (du moins

jusqu ’à la neuvième édition). Il continue à jouer un rôle symbolique, mais central, dans la normalisation de la langue nationale.

 

1.3 La révolution encyclopédiste : la lexicographie au siècle des

Lumières

 

La pensée philosophique du siècle des Lumières influença l’histoire de la production

lexicographique française de manière décisive. Antoine Furetière (1619 –1688), mem-bre de l’Académie française de 1662 à 1685, élabora le premier dictionnaire à vocation encyclopédique, le Dictionnaire Universel (DU), qui parut après sa mort, en 1690 (cf.

Bray 1990, 1800). Son débat avec l’Académie l’opposa à cette institution autant que

s’oppose le DU au DAF : avec Furetière, la lexicographie française vécut sa première rupture épistémologique ; on distinguera dès lors le dictionnaire de langue, qui se réfère au signe linguistique (« dictionnaire de mots »), du dictionnaire encyclopé-

dique, qui explique le référent (« dictionnaire de choses » ; cf. Quemada 1985, 77 ; 1990, 874 ; Pruvost 2002a, 32s.). Furetière est le précurseur des grandes productions

dans le domaine encyclopédique qui paraîtront aux XIXe e et XX siècles. Conformé-

ment à la tradition pédagogique de leur compagnie, les jésuites de Trévoux – capitale de la principauté de Dombes indépendante du royaume de France et échappant alors

aux décrets royaux concernant l’imprimerie (Bray 1990, 1801) – publièrent en 1704 le Dictionnaire universel françois et latin (le Trévoux, cf. Quemada 1982, 341). Celui-ci était, dans sa première édition, une reprise de la deuxième édition du dictionnaire de

Furetière (cf. Bray 1990, 1801), si bien qu’il contribua à l’oubli de ce dernier. La

préoccupation philosophique qui sous-tendait ces deux ouvrages à l’ e aube du XVIII

siècle culmine dans le travail monumental de Denis Diderot (1713 –1784) et Jean Le

Rond d’Alembert (1717–1783), qui publient entre 1751 et 1772 l’Encyclopédie ou Diction-naire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Comme son titre l ’indique, l’Ency-clopédie se veut une synthèse exhaustive des connaissances accumulées dans tous les

domaines du savoir humain. La richesse et l ’originalité de l’ouvrage tiennent à la présentation des matières sous trois formes : des articles de type lexicographique

(lemme, définition, commentaire), des planches illustrées et légendées, ainsi qu ’un riche apparat critique constitué de notes en fin de volumes. Pour cette même raison,

l’ouvrage déborde largement le cadre de la lexicographie, et son influence dans l’histoire intellectuelle de la France et de l’Europe est considérable (cf. Blom 2004 ; Fischer 2004 ; Hoinkes 2012).

 

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Du point de vue dictionnairique, en tout cas, la publication de l’Encyclopédie fit bientôt tomber dans l ’oubli tant le Dictionnaire de Furetière que celui de Trévoux (cf. Matoré 1968, 95 ; Bray 1990, 1802).

 

1.4 L’inflation dictionnairique : naissance d’une lexicographie pour

le grand public

 

L ’époque pré- et post-révolutionnaire en France est marquée par une grande produc-

tion lexicographique. Il convient d ’ e abord de noter l ’ émergence, à la fin du XVIII

siècle, des premiers dictionnaires « abrégés » – versions de poche des grands ouvra-

ges –, d’abord à diffusion restreinte, mais appelés à connaître une popularité crois-sante (cf. Quemada 1982, 342–344 ; 1990, 874–875). L’Académie française s’assure un rôle d’arbitre de la norme, notamment en prenant, à partir de la troisième édition du

DAF (1740), des décisions déterminantes pour l’orthographe française. Celle-ci ne connaîtra plus de grands changements à partir de la sixième édition en 1835 (cf.

Wooldridge 1977, 221 ; Quemada 1990, 876).

Deux hommes incarnent l’émergence de la première « lexicographie commer-ciale » qui caractérise cette époque. Le premier est Charles Nodier (1780–1844), figure

tutélaire du premier romantisme français, membre influent de l’Académie et de multiples sociétés savantes, généralement regardé comme l’instituteur de la linguis-tique en France (cf. Vaulchier 1984). On lui doit notamment un Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises (1808) et un Examen critique des dictionnaires de la langue

française (1828). Bien que Nodier n’y ait pas contribué, son nom apparaît sur le frontispice de la deuxième édition du Dictionnaire universel de Victor Verger, qui parut

en 1826. Il n ’écrivit en réalité que l’Avertissement de ce dictionnaire (cf. Vaulchier 1984, 97). Le second pionnier de la lexicographie « grand public » est Napoléon

Landais (1804–1852), moins célèbre pour sa production romanesque que pour son

œuvre lexicographique et grammaticographique : son Dictionnaire général et gramma-tical des dictionnaires français (1834), en particulier, fut l’un des succès de librairie des années 1830 et 1840 (cf. Pruvost 2002a, 46).

La première moitié du XIXe siècle voit en outre la création de deux maisons

d’éditions qui modèleront le marché dictionnairique en France en lui donnant une orientation commerciale, déterminée par les besoins du grand public (cf. Quemada

1990, 876). Louis Hachette (1800–1864) fonde en 1826 la Librairie Hachette, appelée à

devenir au XXI e siècle la première maison d’édition en France. Avide d’acquérir et de transmettre le savoir, Pierre Larousse (1817 –1875) fonde en 1850 la Librairie Larousse,

maison d’édition qui se spécialisera dans la production d’ouvrages de référence (cf. Pruvost 2002c). Dans un esprit d’éducation des masses, il publie à partir de 1863 en fascicules, puis dès 1866 en tomes, un dictionnaire encyclopédique, le Grand Diction-naire Universel du XIXe siècle (cf. Quemada 1990, 875 ; Pruvost 2002a, 55). La direction

de la Librairie Larousse sera reprise, à la fin du siècle, par Claude Augé (1854 –1924),

 

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lequel fera paraître deux dictionnaires encyclopédiques, le Nouveau Larousse illustré

(1897 –1904, 7 vol.), puis le Petit Larousse illustré (1905, 1 vol. ; cf. Rey 1990, 1820–

1822 ; Pruvost 2002a, 54–58).

Condisciple et ami de Louis Hachette, le philologue et polygraphe Émile Littré

(1801 –1881) publie entre 1863 et 1873 le Dictionnaire de la langue française, universel-lement connu comme le Littré. Son ambition de départ, la rédaction d’un dictionnaire étymologique (cf. Roques 1982), culmina dans un projet beaucoup plus vaste, celui de « donner une monographie de chaque mot » (Préface, p. XXXVIII). Littré introduisit la préoccupation étymologique et grammaticale dans la pratique dictionnairique, et

marqua ainsi le début de la lexicographie scientifique et philologique (cf. Matoré

1968, 118 –124 ; Quemada 1990, 878s.). Le Littré allait devenir – avec le Dictionary of the English Language (1755) de Samuel Johnson et le Deutsches Wörterbuch (1854) des

frères Grimm – l’un des dictionnaires les plus influents de l’histoire occidentale.

 

1.5 Après Littré : genèse de la lexicographie moderne (1870–1925)

 

Dans un esprit similaire à celui de Littré, mais dans l’espace, plus modeste, de deux volumes, parut le 1 Dictionnaire général de la langue française (DGLF,1889–1901),

élaboré par Adolphe Hatzfeld, Arsène Darmesteter et Antoine Thomas – trois auteurs incarnant le sommet de la grammaire historique de leur temps. La vision diachronique

du DGLF, qui peut être considéré comme « le meilleur répertoire historico-philolo-gique du français moderne » (Quemada 1990, 879), reflète exactement les avancées de

la recherche en linguistique de la fin du siècle. Cet intérêt scientifique pour la langue et son histoire se révèle parallèlement dans un tout autre domaine : les dictionnaires

de l’ancien français. Deux opera magna consacrés à la langue médiévale marquent la période : le Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes (Gdf, 1880–1902) de Frédéric Godefroy, ainsi que l’Altfranzösisches Wörterbuch (TL, 1925–

2002) d’Adolf Tobler et Erhard Lommatzsch. Ils représentent tous deux un modèle et une avancée considérable pour ce champ d’étude (cf. Kantor/Stumpf 1974 ; Quemada 1990, 879). Prolongeant ce vaste mouvement de renouveau, mais porté par une

ambition heuristique plus gigantesque encore, c’est finalement le Französisches Ety-

mologisches Wörterbuch (FEW, 1922–2002, 25 vol.), conçu par Walther von Wartburg (1888–1971) dans la continuation de l’Atlas Linguistique de la France de Jules Gilliéron, qui fera époque dans le deuxième quart du XX e siècle. Le FEW vise à dresser un tableau complet, comparatif et historique, du lexique galloroman (français, franco-

provençal, gascon, occitan) dans une perspective génétique, c ’est-à-dire en partant de

l’étymon commun aux lexèmes anciens et modernes. Ce dictionnaire est, par sa conception et son contenu, une référence indispensable et incomparable pour l ’étude scientifique du lexique français (cf. Wartburg 1961 ; Monfrin/Vielliard 1990, 8s. ; Büchi/Chambon 1995 ; Büchi 1996 ; Chauveau/Seidl 2003 ; Chauveau/Buchi 2011,

101 –107 ; Buchi/Renders 2013, 645–655).

 

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1.6 1950 –1995 : un âge d’or pour la lexicographie française ?

 

Malgré certaines productions importantes parues entre les deux guerres, comme le

Dictionnaire encyclopédique d’Aristide Quillet en 1934 (cf. Pruvost 2002a, 67s.), il

convient de constater une période d’« hibernation de la lexicographie de langue » entre 1925 et 1950 (Rey 1990, 1826). Ce n’est qu’après cette date que l’évolution lexicographique allait être durablement influencée par deux Français qui, nés à la même époque, poursuivaient, pour des raisons différentes, la même idée : Paul Imbs

(1908–1987) et Paul Robert (1910–1980).

Le Colloque International Lexicologie et lexicographie françaises et romanes,

organisé à Strasbourg (12–16 novembre 1957), représente un événement important dans la réflexion autour de la réapparition du dictionnaire de langue ; les principaux

spécialistes de l’époque en lexicologie et lexicographie y discutèrent « la question du ‹ Nouveau Littré › » (Imbs 1961a, non paginé) pour constater la nécessité d’un Trésor général de la Langue française qui serait « le témoin objectif et impartial du vocabulaire français » et « un exemple-type de la lexicographie scientifique mo-

derne » dans l’héritage de Littré (Imbs 1961b, 285). Ce projet fut réalisé, sous la direction du recteur Paul Imbs et l ’égide du Centre National de la Recherche Scienti-fique (CNRS) dans le Centre de Recherche pour un Trésor de la Langue Française

(CRTLF), installé à Nancy, qui allait devenir l ’Institut National de la Langue Fran-çaise (INaLF, aujourd’hui ATILF). Une équipe d’une centaine de personnes, consti-tuée spécialement à cet effet, élabora pendant 30 ans, avec les moyens techniques les plus avancés les 16 volumes du Trésor de la Langue Française (TLF), publiés

entre 1971 et 1994. Le TLF représente un énorme travail philologique et lexicolo-gique, fondé sur un vaste corpus de textes littéraires, scientifiques et techniques des

XIXe e et XX siècles – corpus exploité par un traitement automatique informatisé et qui allait devenir la base Frantext (cf. Martin 1969 ; Pruvost 2002b, 1s. ; Bernard/

Montémont 2010, 34 ; Buchi/Pierrel 2009).

Venu d’un tout autre horizon que Paul Imbs, le juriste Paul Robert poursuivait depuis la fin des années 1940 l’idée de « prolonger Littré » en le modernisant et en rédigeant un dictionnaire analogique de la langue française (cf. Galarneau 2002 pour

sa vie et son œuvre). Il fonda en 1951 sa propre maison d’édition (nommée alors Société du Nouveau Littré) et publia, entre 1953 et 1964, les six volumes de son

Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (cf. Rey 1990, 1827– 1828 ; Pruvost 2002a, 68–70). En 1968 parut, sous la direction d’Alain Rey, Josette

Rey-Debove et Henri Cottez – trois auteurs en contact avec la recherche linguistique contemporaine –, le Petit Robert, qui se fonde sur son grand prédécesseur en rédui-

sant et modélisant sa nomenclature et son contenu (cf. Rey 1990, 1828–1829 ; Pruvost 2002a, 70s.) ; régulièrement réédité, le Petit Robert devait faire la fortune de la maison

Robert. D’autres ouvrages, tels que le Dictionnaire du français contemporain (DFC, 1967) du lexicologue Jean Dubois (cf. Matoré 1968, 149–151 ; Quemada 1990, 876 ; Rey 1990, 1832–1833 ; Pruvost 2002a, 72s.), ou le Dictionnaire du français vivant (DFV,

 

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1972), de Maurice Davau, Marcel Cohen et Maurice Lallemand (cf. Pruvost 2002a, 73s.), ont vu le jour dans cette période prospère de la lexicographie française ; période

que l’on a pu qualifier, par son « lustre et éclat », de « demi-siècle d’or de la lexico-graphie » française (Pruvost 1995, 6 ; pour une vision globale de la production lexico-

graphique de la fin du XX e siècle, cf. Corbin 1991 ; Pruvost 1995).

 

1.7 Innovation ou surenchère ? (1995–2015)

 

Si la seconde moitié du XX e siècle correspond à l’âge d’or de la lexicographie française, celle-ci semble être dans une situation de stagnation depuis la fin de cette

époque (cf. Corbin 1998 ; 2008, 1228). L’année 1994 peut être considérée comme une date-clef : elle symbolise le tricentenaire du DAF, l ’achèvement du TLF et l’essor de l’ère informatique, correspondant à l’apparition publique de l’Internet (cf. Pruvost 1995, 22). Les conséquences de ces deux derniers événements se mesurent pleinement

aujourd ’hui : les dictionnaires de langue et encyclopédiques en plusieurs volumes

(TLF, Grand Robert, Grand Larousse), de qualité incomparable, cèdent d’un côté aux versions en un volume – parmi lesquelles le Petit Robert et le Petit Larousse tiennent

la première place – et de l’autre aux ressources électroniques, payantes ou gratuites, qui représentent une concurrence pour le dictionnaire imprimé. En même temps, on

assiste à une floraison des dictionnaires de vulgarisation, qui proposent au grand public des thématiques de toute sorte, sans rapport direct avec la lexicographie proprement dite. Ces derniers occupent, dans la production imprimée, la place libérée

par les dictionnaires encyclopédiques.

Du fait de sa quantité et de sa diversité, il est pratiquement impossible de donner

un aperçu de la totalité de la production dictionnairique du XXI e siècle. On peut toutefois en donner une mesure approchée à travers un échantillon représentatif du

marché dictionnairique en France, obtenu par plusieurs canaux : (A) le catalogue de

la Bibliothèque nationale de France (BnF), (B) l ’offre des grandes maisons d’édition : Robert, Hachette et Larousse, (C) les « Chiffres clés de l ’édition » du Syndicat national

de l’édition (SNÊ) et (D) l’inventaire des productions lexicographiques émanant du secteur public.

 

(A) Le catalogue de la BnF

 

Si l’on effectue une recherche avancée dans le catalogue de la BnF, en combinant les indicateurs « dictionnaire » (toute la notice) et « 2012 » (dates), on aboutit à un résultat de 653 notices (recherche effectuée le 03.11.2013). Une analyse des cent premiers titres

de cet effectif, à l ’exclusion de tout ouvrage qui ne correspond pas à un dictionnaire de/en langue française, permet des observations intéressantes sur la production

lexicographique de l ’année 2012 : la majorité des titres, environ 80%, sont des diction-

 

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Lexicographie 563

 

naires encyclopédiques, qui présentent des informations relatives à un domaine de spécialité. Ces ouvrages peuvent relever de la recherche universitaire (comme le

Dictionnaire critique de l ’acteur) ou de la littérature expérimentale (Dictionnaire des longues distances), mais il s’agit le plus souvent d’œuvres de vulgarisation (Diction-naire amoureux des jardins, Dictionnaire impertinent de la mode, etc.). On note, dans ce dernier cas, la prédominance de quelques collections connues du grand public :

collection Petit dictionnaire sentimental et fantaisiste, chez Beaupré, collection Dic-tionnaire insolite, chez Cosmopole, collection Dictionnaire impertinent, chez F. Bourin,

collection Petit dictionnaire énervé, aux Éditions de l’Opportun, collection Dictionnai-res amoureux, chez Plon-Grasset, collection Petit dictionnaire insolite, aux Éditions Larousse. Au total, quatre résultats seulement sont à considérer comme de réels

dictionnaires de langue française : Le Petit Robert, Le Robert illustré & Dixel, Larousse poche 2013 et Le Dictionnaire Hachette de la langue française mini.

 

(B) Les maisons d’édition : Robert, Larousse, Hachette

 

Le succès des Éditions Robert est fondé sur le Petit Robert millésimé et ses produits

dérivés (cf. Corbin 2008, 1230), ce que révèle aussi le catalogue en ligne de cette maison. On y trouve, dans la section « Dictionnaires généralistes », les dictionnaires suivants (état de novembre 2013) : Le Robert illustré & son dictionnaire internet 2014,

Le Petit Robert 2014, Le Petit Robert des noms propres 2014, Dictionnaire Le Robert de poche plus 2014, Le Robert de poche 2014, Le Robert pratique, Le Petit Robert micro et

Le Robert Brio. Les mêmes ouvrages (Robert illustré, Le Petit Robert, Le Petit Robert des noms propres) apparaissent dans plusieurs versions différentes (normal, grand for-

mat, format de poche, en coffret, abonnement en ligne, etc.). En outre, l’offre télé-chargeable pour iPad/iPhone est particulièrement grande (Dictionnaire des mots

croisés et de jeux de lettres, Le Petit Robert, Dictionnaire Le Robert, etc.). La section « Grands dictionnaires » offre trois ouvrages dans des versions diverses : Le Grand Robert de la Langue Française, Le Dictionnaire historique de la langue française et Le

Dictionnaire culturel en langue française. Outre ces produits, le catalogue contient une

cinquantaine d’ouvrages sous « Dictionnaires scolaires » et « Dictionnaires thémati-ques » (Le Robert Benjamin, Le Robert Collège, Conjuguez sans faute, Dictionnaire des synonymes et des nuances, Dictionnaire des citations du monde, Le Petit décodeur de la

médecine, etc.) ; les mêmes ouvrages apparaissent souvent en version normale et en version de poche.

La maison Larousse, filiale depuis 2004 du groupe Hachette Livre, comprend

dans son catalogue 350 titres au total et présente 75 nouveaux titres par an (cf. http:// www.hachette.com/dictionnaires-et-encyclopedies.html, 03.11.2013). Outre les pro-

duits phares, le Grand Larousse illustré 2014 et le Petit Larousse illustré 2014, le catalogue comprend de nombreux ouvrages, à classer comme dictionnaires généraux,

scolaires, spécialisés, thématiques et culturels : Dictionnaire de conjugaison, Diction-

 

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naire insolite des mots oubliés, Dictionnaire des synonymes et contraires, Le Lexis – Le dictionnaire érudit de la langue française ou bien Larousse des noms propres, Diction-

naire Larousse des Maternelles, Larousse Junior Poche, Dictionnaire du collège, Le Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, Petit dictionnaire insolite de

l ’argot, Dictionnaire des analogies, Savoir rédiger – Les indispensables Larousse. La prédominance des ouvrages scolaires (Collection Dictionnaires pédagogiques, Collec-

tion Parascolaire), encyclopédiques et de vulgarisation (Collection Petit Dictionnaire insolite), mais aussi, moins nombreux, des dictionnaires de langue (Collection Grands Dictionnaires Larousse), est en outre à mentionner.

Hachette Éducation poursuit l’objectif de diffuser le savoir vers le grand public, produisant ainsi une large gamme d’ouvrages didactiques et scolaires ; l’éditeur est la première référence en France dans ce secteur. Avec un catalogue de 4 500 titres et 500 nouveaux titres par an (cf. http://www.hachette.com/dictionnaires-et-encyclopedies.

html, 03.11.2013), Hachette Éducation ne présente que peu d’ouvrages de lexicogra-phie française, qui se regroupent sous deux collections : la collection Dictionnaires

scolaires, avec des ouvrages comme le Dictionnaire Hachette Benjamin 5 –8 ans, le

Dictionnaire Hachette Junior CE-CM – 8–11 ans ou le Dictionnaire Hachette Junior de poche ; et la collection Dictionnaires généralistes de français : Dictionnaire Hachette

2014, Mini Dictionnaire Hachette Français, Dictionnaire des synonymes, Le mini Correc-

teur d’orthographe ou Le Dictionnaire et l’Atlas Hachette.

On peut constater que les trois maisons se partagent stratégiquement le marché

de l’édition dictionnairique en France : Robert domine les dictionnaires de langue, Larousse le secteur encyclopédique et Hachette Éducation les publications scolaires,

et ce autour de quelques ouvrages généraux (Le Petit Robert, Le Petit Larousse illustré, Le Dictionnaire Hachette), présentés sous forme différente et en une nouvelle édition à

chaque rentrée scolaire ou fin d ’année (cf. Bray 1989, 42). On trouve également plusieurs ouvrages traitant les synonymes, l ’analogie, l’orthographe ou la grammaire, ainsi que des produits au format de poche, mini ou compact (« les petits utilitaires à

bon marché », Corbin 1998, 95). La quantité d’ouvrages dans chaque catalogue est considérable ; or, les effectifs reflètent en réalité l’importance des rééditions/réim-pressions et non pas celle de nouvelles productions.

 

(C) Le Syndicat national de l’édition (SNÉ)

 

Le SNÉ mène une enquête annuelle visant à recueillir les chiffres de vente dans le

domaine de l ’édition. Sur cette base, le syndicat élabore une statistique intitulée « Les

chiffres clés de l ’édition » ; selon la statistique de l’année 2013 (http://www.sne.fr/ img/pdf/Telechargements/chiffrescles_juin2013.pdf, 13.11.2013), qui se fonde sur les

données de 2012, le domaine des « Dictionnaires et encyclopédies » représente en 2012

au total 3% du chiffre d ’affaires (CA) du marché éditorial ; dans ces 3%, les « Diction-naires de français » occupent 1,1% et les « Encyclopédies et dictionnaires thémati-

 

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Lexicographie 565

 

ques » 0,3%. Ces chiffres représentent une hausse par rapport à l’année précédente, où le secteur a enregistré 2,3% du CA global, mais une baisse évidente par rapport au

CA d’il y a 6 ans par exemple (13 % ; cf. http://www.sne.fr/dossiers-et-enjeux/econo-mie.html, 13.11.2013). En comparaison, les deux premières branches sont « Littéra-

ture » (24,2%) et « Beaux livres et livres pratiques » (16,8%), et la branche la plus faible « Cartes géographiques et atlas » (1,4%). Malgré ces chiffres bas en terme de CA

du marché global, la branche « Dictionnaires et encyclopédies » représente nettement le plus grand chiffre de ventes moyennes par titre (10188), par rapport à « Littérature » (6300) et « Cartes géographiques et atlas » (5004), par exemple.

 

(D) Le secteur public en France et hors de France

 

Ce secteur (le CNRS, l ’Université, etc.) se caractérise par des projets de haute ambi-

tion, qui dépendent des moyens financiers et humains mis en place par l’État, ainsi que par une production de longue durée. Logiquement, le rythme et la quantité de

production sont inversement proportionnels à la qualité du travail lexicographique produit. Le laboratoire ATILF est le centre de la lexicographie scientifique en France.

Il abrite plusieurs projets dictionnairiques qui bénéficient tous d ’une publication évolutive en version numérisée (cf. Pierrel 2008b) : la refonte partielle de la tranche alphabétique B du FEW, le Dictionnaire du Moyen Français (DMF), TLF-Étym, TLFsup,

la Base des Mots Fantômes, ainsi que le projet RELIEF (2.1.3.). Parmi les projets institutionnels réalisés hors de France, nous ne citerons que les plus représentatifs : le

Dictionnaire Étymologique de l ’Ancien Français (DEAF), réalisé à Heidelberg sous la direction de Thomas Städtler (Allemagne) ; l’Anglo-Norman Dictionary (AND), réalisé à Aberystwyth, sous la direction de David Trotter (Grande-Bretagne) ; le Glossaire des

Patois de la Suisse Romande (GPSR), réalisé par le Centre de dialectologie et d’étude du français régional de l’Université de Neuchâtel (Suisse) ; les travaux du Valibel

(Centre de recherche sur les variétés linguistiques du français en Belgique) de l ’Uni-versité Catholique de Louvain, sous la direction de Michel Francard, publiés dans un

premier ouvrage, le Dictionnaire des belgicismes (2010) (Belgique) ; le Dictionnaire historique du français québécois, réalisé au sein du Trésor de la langue française au

Québec à l’Université Laval sous la direction de Claude Poirier ; le dictionnaire USITO, réalisé à l’Université de Sherbrooke (Canada). En outre, deux plateformes en ligne sont à mentionner : le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL), projet porté par le CNRS, offrant un portail des ressources numérisées de la lexicologie et lexicographie française ; la Base de données lexicographiques panfrancophone

(BDLP), accessible via le site http://www.bdlp.org/, projet sous la responsabilité de

Claude Poirier et sous le patronage de l ’Agence universitaire de la Francophonie, ayant pour objectif de fournir une base de données lexicographiques de la francopho-nie.

 

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566 Xavier Gouvert et Ulrike Heidemeier

 

2 La lexicographie électronique du français

 

2.1 Quels dictionnaires électroniques ?

 

À l ’heure actuelle, on donne le nom de dictionnaire électronique à des productions fort diverses, parmi lesquelles il faut distinguer au moins quatre sortes d ’outils.

 

2.1.1 Le prototype du dictionnaire informatisé consiste en la simple numérisation (ou

photocopie digitale) d’un dictionnaire imprimé (cf. Tarp 2012, 257) ; le travail de

Terence Russon Wooldridge, « pionnier de l’informatisation de dictionnaires an-ciens » (Pruvost 2000, 189), qui numérisa les dictionnaires de la série Étienne-Nicot,

fut l’un des premiers du genre (cf. Rey 2010, 72s.) ; depuis, le travail du laboratoire ATILF à Nancy et de l’ARTFL (American and French Research on the Treasury of the French Language, https://artfl-project.uchicago.edu/) a permis d ’offrir un large éven-tail de dictionnaires anciens numérisés, tels que les dictionnaires de Jean Nicot, de

l’Académie française (en plusieurs éditions) et de Littré (cf. Trotter 2013, 666 ; cf. aussi la plateforme CNRTL).

 

2.1.2 Il existe, d’autre part, des transcriptions informatiques de la version imprimée ; elles proposent des outils de navigation, donc un accès automatique au texte recher-ché (cf. Tarp 2012, 258). La plupart des dictionnaires électroniques dépassent la simple

reproduction du contenu original, en offrant des voies d’accès à l’information incon-cevables dans un ouvrage imprimé : l’hyperlien et l’hypertexte sont les inventions techniques qui ont permis au dictionnaire numérique de surpasser réellement le

dictionnaire-papier (cf. Tarp 2012, 258s.). Initiée en 1991, sous l ’égide du CNRS,

l’informatisation du TLF fut l’entreprise la plus ambitieuse menée jusqu’alors dans ce domaine, compte tenu de la complexité et de la taille de l’ouvrage (cf. Pierrel/ Dendien/Bernard 2004 ; Pierrel 2006 ; 2008a ; Buchi/Pierrel 2009 ; Schafroth 2012).

Aujourd ’hui, la plupart des dictionnaires commerciaux et scientifiques existent en version digitale, et l’évolution de ce secteur va de pair avec celle des outils électro-

niques. Dans le secteur public, l’un des chantiers les plus en vue – quoique contro-versé (cf. Greub 2013) – est l’informatisation du FEW, en cours sous la responsabilité de Yan Greub et de Pascale Renders au laboratoire ATILF (cf. Chauveau 2006 ; Renders 2010 ; 2011 ; Greub 2012).

 

2.1.3 Il convient de distinguer ces ouvrages numérisés des dictionnaires purement

numériques, c ’est-à-dire conçus et publiés numériquement.

Un exemple-type de cette seconde catégorie est le Dictionnaire du Moyen Français,

dont l’idée initiale remonte à 1980 (cf. Buchi/Renders 2013, 656) : créé par Robert Martin

avec l ’ambition de doter le français bas-médiéval d’un instrument comparable au TLF, le DMF est élaboré au laboratoire ATILF (actuellement sous la direction de Sylvie Bazin-

Tachella, www.atilf.fr/dmf). Après un premier volume d ’essai, publié en 1998, la

 

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Lexicographie 567

 

publication sur papier de ce dictionnaire fut abandonnée en faveur d ’une banque de données évolutive encodée au format générique XML (Extensible Markup Language ;

cf. Buchi/Renders 2013, 656). Le DMF illustre ce qu’on a pu appeler la « lexicographie évolutive » (cf. http://www.atilf.fr/dmf/PresentationDMF2012.pdf) : il ne s’agit pas de rédiger un dictionnaire lettre par lettre, mais de procéder par enrichissement progres-

sif du contenu. Grace à l ’encodage en XML, la consultation du dictionnaire peut se faire par toutes sortes d ’« entrées » (par lemme, étymon, ouvrage cité, locution, référence bibliographique etc.). Des recherches sont également possibles dans les sources primaires qui sont à la base du dictionnaire. Les articles interactifs permet-

tent d ’accéder, via des hyperliens, à tout type d’informations et de renvois qui dépassent le simple contenu linguistique du dictionnaire (accès aux articles d’autres dictionnaires, aux lexies, etc.). Dans sa version la plus récente (DMF2012, mise en ligne le 2 juillet 2012), le DMF compte 62.371 entrées ; il constitue le dictionnaire de

référence du moyen français, une somme philologique et linguistique, et une illustra-tion brillante de la collaboration entre linguistique et informatique.

Le Réseau Lexical du Français s’intègre au cadre théorique de la « lexicologie explicative et combinatoire », volet lexical de la théorie Sens-Texte, et procède des

travaux d’Igor Mel’čuk et d’Alain Polguère, réalisés à l’Université de Montréal (Obser-vatoire de Linguistique Sens-Texte). Le projet RELIEF (REssource Lexicale Informatisée

d ’Envergure sur le Français), en cours depuis 2011 au sein du Laboratoire ATILF, vise à créer une vaste banque de données des unités lexicales du français contemporain, en

se concentrant notamment sur les relations sémantiques et combinatoires entre les lexèmes (cf. Lux-Pogodalla/Polguère 2011). Constituant une ressource lexicale multi-

dimensionnelle, le RLF se range parmi les travaux tels que WordNet ou FrameNet. Tout à la fois sémasiologique et onomasiologique, paradigmatique et syntagmatique,

il s’agit d’un projet ambitieux qui n’a pu passer de la virtualité conceptuelle à la réalisation concrète qu ’ e à la faveur des avancées informatiques du début du XXI

siècle. Sur les autres banques de données électroniques concernant la langue fran-çaise, cf. Trotter (2013, 667s.).

 

2.1.4 Un dernier type est constitué par des dictionnaires électroniques polyvalents,

capables de répondre automatiquement et précisément à n ’importe quelle requête

formulée par l ’utilisateur. Depuis 1996, la firme Druide Informatique, de Montréal, commercialise Antidote, qui réunit un correcteur du français écrit, plusieurs diction-

naires du français ainsi que des indications grammaticales en un seul logiciel (la version actuelle est Antidote 8 ; cf. http://www.antidote.info).

Parmi les ressources gratuites, on pense inévitablement à Wikipedia et à son

complément Wiktionary (Wiktionnaire en version francisée), ressources libres et uni-

verselles, d’accès mondial, permettant la collaboration des usagers et offrant un accès

rapide et facile à l ’information recherchée (cf. Rey 2010, 76). Le Wiktionnaire se présente même comme un dictionnaire multidimensionnel, qui offre non seulement

des définitions, mais aussi des informations métalexicales (historiques, paradigmati-

 

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568 Xavier Gouvert et Ulrike Heidemeier

 

ques, syntagmatiques etc.). Wikipedia (cf. Cölfen 2012) possède un rayonnement et un

nombre d’utilisateurs qui dépassent sans doute ceux de toutes les encyclopédies conçues à ce jour.

 

2.2 Horizons et limites

 

Les avantages de l’édition numérique sont évidents et connus : la portabilité, la rapidité de consultation (cf. Haß/Schmitz 2010, 3), l ’ubiquité, l’actualisation perma-

nente et l’amplitude potentiellement infinie (cf. Martin 2008, 1252 ; Gasiglia 2009, 262). Ses dangers le sont également. D’une part, cette évolution met en péril le métier même des lexicographes, lesquels « travaillent de plus en plus comme des ouvriers sous-qualifiés qui font fonctionner des machines et appliquent des consignes » (Bé-

joint 2007, 20). D ’autre part, il existe un risque réel de nivellement qualitatif vers le

bas : nombreuses sont les « plateformes » en ligne qui n’offrent que des compilations ou de simples traductions, voire donnent à n ’importe qui la possibilité d’écrire

absolument n’importe quoi. Ce que le dictionnaire gagne en quantité et en popularité, il peut le perdre en qualité et en autorité (cf. Haß/Schmitz 2010, 4).

 

3 Panorama de l’offre lexicographique actuelle

 

3.1 Dictionnaires de langue

 

3.1.1 Dictionnaires généraux

 

Le type le plus répandu de dictionnaire du français est le « dictionnaire général de la

langue française », disponible sous différents formats. Un tel dictionnaire, descriptif et global, prétend à la représentation exhaustive du lexique de la langue, sans opérer de choix ni de restriction intentionnelle dans la nomenclature. Le TLF (100.000

entrées), qui se situe au juste milieu entre la recherche scientifique et la vulgarisation du contenu linguistique (cf. Buchi/Renders 2013, 656), et le DAALF, avec son succes-

seur Le Grand Robert de la langue française (100.000 entrées), constituent les exem-ples-types de cette catégorie. Le TLF (TLFi, accès gratuit) ainsi que le Grand Robert

(accès par abonnement) existent en version électronique.

 

3.1.2 Dictionnaires normatifs

 

Le dictionnaire normatif prescrit un certain usage du signe lexical, qu ’il s’agisse de sa graphie, de sa réalisation phonétique, de l’adéquation entre son signifiant et son signifié ou de son emploi diasystématique. La tradition des dictionnaires normatifs est

 

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Lexicographie 569

 

particulièrement ancienne en France, en raison du centralisme linguistique promu

par l’État français depuis la Renaissance. L’archétype du dictionnaire normatif est le DAF (cf. Matoré 1968, 200).

 

3.1.3 Dictionnaires différentiels

 

Par dictionnaire différentiel, on entend le répertoire lexical d’une variété spécifique (lecte) de la langue, excluant ce qui appartient à sa variété standard.

 

3.1.3.1 Variation diachronique (ancienne langue)

La période de l ’ancien français est l’objet de quatre ouvrages immenses tant par leur nomenclature que par leur qualité d ’élaboration : le Dictionnaire de l’ancienne langue

française de Frédéric Godefroy (1880–1902), l’Altfranzösisches Wörterbuch de Adolf Tobler et Erhard Lommatzsch (1925–2002), le DEAF (1974– ; 3.2.1.1) et l’Anglo-Norman

Dictionary 2 1 ( 2005 – ,1977–1992). Parmi les dictionnaires de vulgarisation figurent le Lexique de l ’ancien français de Frédéric Godefroy (1901) et le Dictionnaire de l’ancien français (général, donc non différentiel) d’Algirdas Greimas (1969). L’ensemble du

moyen français est couvert par le DMF. L’ouvrage « de poche » traitant cette période est le Dictionnaire du moyen français d’Algirdas Greimas/Teresa-Mary Keane (1992). Le

Dictionnaire de la langue française du seizième siècle d’Edmond Huguet (1925–1967) fait autorité pour la langue de la Renaissance. Les spécificités du français du XVII e

siècle sont la matière du Dictionnaire du français classique de Jean Dubois, René Lagane et Alain Lerond (1971).

 

3.1.3.2 Variation diatopique (régionalismes)

La catégorie des dictionnaires diatopiques est représentée par ce que l’on a surnommé le « triumvirat » de la lexicographie régionale du français (cf. Trotter 2013, 668) : le

Dictionnaire suisse romand d’André Thibault, datant, pour sa première édition, de 1997 ; le Dictionnaire historique du français québécois (Poirier 1998), réalisé au sein du

Trésor de la langue française au Québec à l’Université Laval sous la direction de Claude Poirier ; et le Dictionnaire des régionalismes de France de Pierre Rézeau (2001).

Ces trois dictionnaires sont novateurs du point de vue méthodologique, par les

prémisses scientifiques qui les précèdent et par le standard qu ’ils établissent pour les futurs dictionnaires de français régional (cf. aussi Trotter 2013, 668). En 2010, les

travaux du Valibel (Centre de recherche sur les variétés linguistiques du français en

Belgique) de l’Université Catholique de Louvain ont permis de compléter cette série par un quatrième pilier, le Dictionnaire des belgicismes, publié sous la direction de Michel Francard.

 

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570 Xavier Gouvert et Ulrike Heidemeier

 

3.1.3.3 Variation diastratique (parlures et argots)

La variation diastratique de la langue (contemporaine) demeure le parent pauvre de

la lexicographie française. Il n’existe pas de dictionnaire scientifiquement élaboré portant sur les variétés sociolinguistiques dans la francophonie : cette dimension est

en partie prise en charge par la lexicographie des diatopismes (qui relèvent majoritai-rement, mais non exclusivement, de la variété sociolinguistique basse). Le marché est

cependant bien pourvu en répertoires d ’argot et de diastratismes urbains (parlers dit

« de banlieue »), ouvrages d’amplitudes et de qualités très diverses : Le parler marseil-lais de Robert Bouvier (1999), Dictionnaire de l’argot français et de ses origines (2001)

et Dictionnaire de l ’argot et du français populaire (2010) de Jean-Paul Colin, Diction-naire de l ’argot d’Albert Doillon (2010) et Tout l’argot des banlieues d’Abdelkarim Tengour (2013).

 

3.1.3.4 Variation diaphasique (lexiques spécialisés)

Les technolectes et autres variétés diaphasiques bénéficient d’une tradition lexicogra-phique ancienne. Les champs lexicaux les plus abondamment traités correspondent aux domaines qui intéressent le lectorat le plus large : de manière prévisible, les

dictionnaires médicaux (Larousse médical, 2012, Dictionnaire médical de l ’Académie

de Médecine, 2015), culinaires (Dictionnaire de la cuisine d’Éric Glatre, 2009), sportifs (Le Robert des sports de Georges Petiot, 1982 ; Dictionnaire du rugby de Sophie

Lavignasse, 2010) et érotiques (Dictionnaire érotique de Pierre Guiraud, 1993) figurent en tête de liste. Le très riche Dictionnaire des noms de cépages de France de Pierre

Rézeau (1997) est un cas particulier, en ce qu ’il traite un secteur lexical aux confins du technolecte, du régiolecte et de l ’onomastique.

 

3.2 Dictionnaires métalinguistiques

 

Par opposition aux dictionnaires de langue, qui fournissent le signifié des lemmes, et

aux encyclopédies, qui décrivent leur référent, on peut qualifier de métalinguistiques

les dictionnaires qui mettent en relation chaque lexème avec d’autres lexèmes, soit

pour en faire l’histoire, soit pour le traduire, soit pour en donner le champ lexical (dictionnaires analogiques et synonymiques) ou les affinités formelles (dictionnaires

des rimes, de l’orthographe etc.). Nous nous restreignons ici aux dictionnaires étymo-logiques et bilingues.

 

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Lexicographie 571

 

3.2.1 Dictionnaires étymologiques

 

3.2.1.1 Étymologie lexicale

Le dictionnaire étymologique de référence pour le français est le FEW de Walther von

Wartburg (1.5), qui, à côté de sa version imprimée en 25 volumes, est librement consultable en version numérisée (mode images) sur le site local du laboratoire ATILF

(https://apps.atilf.fr/lecteurFEW/). C’est au sein de ce même laboratoire que, depuis 2006, une sélection de notices étymologiques du TLF est soumise à révision dans le cadre du projet TLF-Étym, mené sous la direction de Nadine Steinfeld (cf. Buchi 2005).

Bénéficiant d’une publication progressive en version électronique, ces notices étymo-logiques sont consultables à travers le site du projet (www.atilf.fr/tlf-etym). Un autre

projet-phare de la lexicographie diachronique et scientifique du français est le Diction-

naire Étymologique de l ’Ancien Français (DEAF), réalisé à Heidelberg sous les directions successives de Kurt Baldinger, de Frankwalt Möhren, puis de Thomas Städtler (cf.

Chauveau/Buchi 2011, 107s. ; Buchi/Renders 2013, 655) et qui constitue l’autorité lexicographique pour l ’ancien français. Du point de vue de la lexicographie de grande distribution, on mentionnera le Robert Historique, diffusé en trois volumes et étudiant

l’histoire de quelques 50.000 lexèmes français. L’histoire (et la préhistoire) du lexique français dans le cadre des langues romanes est traitée par le Dictionnaire Étymologique

Roman (DÉRom) qui, depuis son lancement officiel en 2008 sous la direction d ’Éva Buchi et de Wolfgang Schweickard, poursuit une révision du Romanisches Etymologi-sches Wörterbuch de Wilhelm Meyer-Lübke (REW) selon les méthodes de la grammaire-comparée reconstruction (cf. Chambon 2010, 64s. ; pour une présentation détaillée du

projet DÉRom, cf. http://www.atilf.fr/derom ; cf. aussi Buchi/Schweickard 2014).

 

3.2.1.2 Emprunts lexicaux

Plusieurs auteurs se sont consacrés à l’étymologie des lexèmes français d’origine allogène. Les volumes 15 à 17 du FEW (Germanische Elemente) répertorient la totalité

du lexique galloroman dont l ’étymon est germanique (du gotique à l’allemand mo-

derne), à l’exception des anglicismes ; ces derniers se trouvent dans le volume 18 (Anglizismen). Le tome 19 du FEW, auquel s ’ajoutent les Addenda de Raymond

Arveiller (1999), contient les Orientalia (emprunts au persan, au turc, à l’arabe et aux langues sémitiques) ; le tome 20 est consacré aux emprunts aux autres langues non

romanes. Pour ce qui concerne les italianismes, on dispose de l’important travail de Thomas E. Hope, Lexical Borrowing in The Romance Languages (1971) et de celui de Bartina Harmina Wind, e Les mots italiens introduits en français au 16 siècle (1973).

Pour les emprunts à l’anglais, on doit citer le Dictionnaire des anglicismes de Manfred Höfler (1982), le Dictionnaire des anglicismes de Josette Rey-Debove et Gilberte Gagnon

(1991) et, pour le domaine canadien, le Dictionnaire des emprunts du français à

l ’anglais de Louis Tardivel (1999). Les russismes sont traités par Éva Buchi dans son Dictionnaire des emprunts au russe dans les langues romanes (2010).

 

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572 Xavier Gouvert et Ulrike Heidemeier

 

3.2.1.3 Étymologie des noms propres

La toponymie française est l ’objet du Dictionnaire topographique de la France, entre-

prise éditoriale et scientifique initiée en 1859, visant à rassembler l’ensemble des noms de lieux anciens et modernes de la France entière. Forte de 35 volumes départe-

mentaux, la collection qui en est issue, publiée par le Comité des travaux historiques

et scientifiques, fait depuis 2009 l’objet d’un projet de réédition électronique visant à en rendre librement accessible l’ensemble des données. La toponymie du nord de la France et de la Belgique est couverte par un dictionnaire en langue néerlandaise, le Toponymisch Woordenboek de Maurits Gysseling (1960), également numérisé. Pour la

Suisse romande, on doit citer le Dictionnaire toponymique des communes suisses

d’Andres Kristol (2005), richement documenté et scientifiquement exigeant. On ne

dispose en revanche d ’aucun dictionnaire étymologique des noms de lieux de France réalisé selon des standards scientifiques : le Dictionnaire étymologique des noms de

lieux en France d’Albert Dauzat et Charles Rostaing (1963), le Dictionnaire étymolo-

gique des noms de rivières et de montagnes en France d’Albert Dauzat, Gaston Des-landes et Charles Rostaing (1978) et la Toponymie générale de la France d’Ernest Nègre

(1990–1991) sont des ouvrages fantaisistes dont il est prudent de se défier (cf. Gouvert 2008) ; la Toponymie de la France d’Auguste Vincent (1937), travail ancien et non réédité, demeure une référence recommandable. L’anthroponymie française n’est guère mieux dotée. Le Dictionnaire étymologique des noms de famille de Marie-Thérèse Morlet, en dépit de la solide information de son auteur, propose des étymologies non

démontrées et non sourcées. Le projet PatRom (Patronymica Romanica. Dictionnaire

historique de l ’anthroponymie romane), qui devait combler cette lacune, s’est inter-rompu sans postérité.

 

3.2.2 Les dictionnaires bilingues

 

L ’offre de dictionnaires bilingues est innombrable, qu’il s’agisse d’ouvrages destinés aux francophones apprenant une langue étrangère, aux étrangers apprenant le fran-

çais, ou encore aux uns et aux autres (cf. Schafroth 2014, 225s.). Ces dictionnaires sont majoritairement conçus pour un public scolaire et universitaire, et leur production est

aujourd ’hui décuplée par le développement de la branche « FLE » dans les universités (cf. Trotter 2013, 669). En France, le secteur est dominé par Hachette, Larousse et

Robert ; ces maisons travaillent souvent en collaboration avec des éditeurs étrangers, tels que les Anglais Collins (avec Robert) et Oxford University Press (avec Hachette),

les Italiens Signorelli et Zanichelli (avec Robert), l ’Allemand Langenscheidt (avec

Hachette), le Néerlandais Van Dale (avec Robert). Les firmes britanniques Harrap’s et Chambers, associées à Larousse, appartiennent comme ce dernier à Hachette Livre

(groupe Lagardère ; cf. aussi Trotter 2013, 669).

Sur la lexicographie bilingue franco-anglaise, on se reportera à Hausmann

(1991) ; franco-allemande, à Rettig (1991) ; franco-espagnole, à Verdonk (1991) ; fran-

 

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Lexicographie 573

 

co-italienne, à Bingen/Van Passen (1991) ; franco-suédoise, à Kahlmann (1991). Pour

un aperçu plus large sur la lexicographie bilingue, cf. Schafroth (2014, 223–249).

Le développement de la lexicographie numérique a touché, plus que tout autre, le

secteur des « bilingues ». Chaque grande maison d’édition propose des versions numériques payantes (souvent moins chères que la version imprimée) de leurs dictionnaires, et quelques-unes des versions gratuites (cf. le site de Collins : http://

www.collinsdictionary.com/). Les nouveaux outils de télécommunication ont

contraint les éditeurs à s’adapter à la demande : ces derniers fournissent des applica-tions pour les tablettes et téléphones mobiles.

Après deux décennies d’expérimentation dans ce domaine, Internet offre au-jourd’hui une myriade de sites de traduction, de traducteurs automatiques et de

dictionnaires ‘collaboratifs’ gratuits et libres d’accès. Parmi les outils les plus fiables pour le français, citons : le Wiktionnaire (http://fr.wiktionary.org) ; la plateforme

germanophone leo.org (dictionnaire collaboratif, gratuit, avec un forum de discussion

interactif ; cf. Schafroth 2014, 245–248) ; http://fr.pons.com, site francophone de l’édi-teur allemand Pons (ensemble de dictionnaires bilingues) ; GoogleTranslator (outil

automatique, mais paramétré en anglais) ; http://www.babla.fr (dictionnaire en ligne pour 27 langues) ; Linguee, http://www.linguee.fr (dictionnaire plurilingue contenant

« un milliard de traductions ») ; Reverso, http://dictionnaire.reverso.net/ (dictionnaire traductif offrant la version audio de chaque vocable). Ces ressources électroniques constituent, pour les éditeurs « historiques », une concurrence plus que menaçante ;

face à une offre gratuite (financée par la publicité en ligne) dont la qualité peut égaler ou surpasser celle des dictionnaires bilingues traditionnels, on voit mal quelle part du

marché ceux-ci pourraient, à moyen terme, parvenir à conserver.

 

4 Bibliographie

 

4.1 Monographies et articles

 

Arveiller, Raymond (1999), Addenda au FEW XIX (Orientalia), ed. Max Pfister, Tübingen, Niemeyer. Baldinger, Kurt (1974), Le FEW de Walther von Wartburg. Introduction, in : Kurt Baldinger (ed.), Introduc-

tion aux dictionnaires les plus importants pour l’histoire du français, Paris, Klincksieck, 11–47. Baldinger, Kurt (1982), Estienne 1531 et son importance pour l’histoire du vocabulaire français, in :

Manfred Höfler (ed.), e e La lexicographie française du XVI au XVII siècle. Actes du Colloque

International de Lexicographie dans la Herzog August Bibliothek Wolfenbüttel (9–11 octobre

1979), Wolfenbüttel, Herzog August Bibliothek, 9–20. Béjoint, Henri (2007), Informatique et lexicographique de corpus : les nouveaux dictionnaires, Revue

Française de Linguistique Appliquée 12 :1, 7–23. Bernard, Pascale/Montémont, Véronique (2010), Voyage au c œur du langage : le « Trésor de la langue

française » et « Frantext », Culture et recherche 124, 34–35. Bingen, Nicole/Van Passen, Anne-Marie (1991), La lexicographie bilingue français-italien, italien-

français, in : Franz Josef Hausmann et al. (edd.), Wörterbücher. Ein internationales Handbuch zur

Lexikographie, vol. 3, Berlin/New York, de Gruyter, 3007–3013.

 

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Blom, Philipp (2004), Encyclopédie : the triumph of reason in an unreasonable age, London, Fourth

Estate.

Boisson, Claude/Kirtchuk, Pablo/Béjoint, Henri (1991), Aux origines de la lexicographie : les

premiers dictionnaires monolingues et bilingues, International Journal of Lexicography 4:4, 261–

315.

Bray, Laurent (1989), Le dictionnaire dans les mass-médias en France, in : Franz Josef Hausmann et al.

(edd.), Wörterbücher. Ein internationales Handbuch zur Lexikographie, vol. 1, Berlin/New York,

de Gruyter, 38 –46.

Bray, Laurent (1990), La lexicographie française des origines à Littré, in : Franz Josef Hausmann et al.

(edd.), Wörterbücher. Ein internationales Handbuch zur Lexikographie, vol. 2, Berlin/New York,

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