Matricule A390G7

Yaël Lipsyc · Chapitre 1 sur 41

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Matricule A390G7

Prologue

Elle n’avait pas le droit de monter là-haut, le soir, et elle le savait. Mais aujourd’hui, c’était spécial, alors elle en profitait. On était le vingtième jour du neuvième mois de l’année, le jour de son sixième anniversaire. Elle avait attendu ce jour avec impatience, comme les enfants du monde entier attendent le leur. Mais cette petite fille était assez étonnante comparée à beaucoup d’autres enfants: elle réfléchissait tout le temps. À propos de tout. Elle posait sans cesse des questions à ses parents, qui ne manquaient pas d’être surpris par la perspicacité de ses demandes. Oui, pour une petite fille de six ans, une telle curiosité était surprenante.

Comme souvent, elle était montée sur son arbre préféré, derrière sa maison. Les premières fois qu’elle avait fait ça, son père avait été blême d’inquiétude à l’idée de laisser sa petite fille escalader un arbre jusqu’à son sommet. Mais il avait constaté l’agilité de l’enfant et lui avait dit, un jour:

— Dis-moi simplement pourquoi tu aimes tant monter là-haut, et je te laisserai y aller.

Alors elle avait répondu:

— C’est pour observer le ciel, papa. J’essaie de deviner la cachette des étoiles pendant la journée, parce que je suis sûre qu’elles sont là.

Et depuis, elle escaladait cet arbre tous les jours… et parfois le soir, discrètement. Ses parents ignoraient d’où venait cette fascination pour les astres, mais ils l’avaient laissée faire.

La petite fille observait donc le ciel en cette soirée du vingtième jour du neuvième mois, lorsque son père l’appela:

— Isis!

Eh mince! Elle allait devoir rentrer et se ferait gronder. Elle grimaça puis descendit de son arbre, jetant un dernier regard aux étoiles. Quand elle fut arrivée en bas, ses parents l’attendaient, les mains sur les hanches, fronçant les sourcils – un peu trop au goût de la jeune Isis.

— On en avait discuté, rappela son père. On avait dit «pas la nuit».

— Tu sais ce que tu vas avoir? ajouta sa mère.

Isis secoua la tête.

— Un cadeau! s’écria son frère, en surgissant de derrière ses parents.

Le père d’Isis lui tendit un paquet dont elle se saisit, un immense sourire illuminant son petit visage d’enfant.

— Bon anniversaire, ma chérie, lui dit sa mère. J’espère que ça va te plaire.

Tout doucement et avec application, Isis déchira le papier d’emballage. Elle eut sur son visage l’expression enfantine – mais que l’on retrouve même chez certains adultes – qu’a une personne lorsqu’on vient de lui faire le cadeau qu’il fallait, le cadeau adéquat, le cadeau parfait. Le paquet contenait un collier fait d’une chaîne en argent et d’un pendentif… en forme d’étoile.

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