Matricule A390G7
Chapitre 11
Comme il l’avait annoncé, GLT vérifia notre capacité à faire des roulades avant et arrière. Pour cela, nous passâmes un par un, dans le gymnase, et dûmes faire de ridicules mouvements sur un tapis, devant tout le monde. Globalement, l’exercice fut assez réussi. Personne n’avait de souci avec la roulade avant, mais le mouvement arrière posa quelques problèmes à certains d’entre nous.
Je comprenais parfaitement pourquoi: quand j’étais plus petite, j’avais un blocage avec ce que j’appelais à l’époque les «galipettes arrière». J’avais peur de m’élancer et de tomber sur la tête. Évidemment, ça ne posait pas vraiment problème au quotidien, mais lorsqu’on dut en faire, en cours de gym quand j’avais onze ans, j’avais eu si peur de paraître ridicule devant le reste de ma classe que j’avais prétexté me sentir mal. J’étais alors rentrée chez moi et, pendant deux heures d’affilée, m’étais efforçée de maîtriser le mouvement. J’avais roulé en arrière dans mon salon jusqu’à ce que toute ma peur s’envole… et elle avait fini par s’envoler.
C’est à cela que je pensais lorsque ce fut le tour de Mike, et que celui-ci bloqua pour la roulade arrière. Rien à faire, il n’y arrivait pas. Sa peur irrationnelle le tétanisait. Évidemment, Greg l’incendia, en le dénigrant devant nous tous. Mort de honte, Mike ne dit plus un mot de tout l’après-midi.
Quand mon tour vint, tout se passa bien. Je roulais peut-être très légèrement de côté, mais c’était tout. GLT ne fit aucun commentaire, m’accordant à peine un regard. Après cette petite séance acrobatique, Greg nous fit faire une série d’étirements douloureux. Quiconque n’exécutait pas à la lettre les mouvements imposés par notre professeur était sévèrement réprimandé. Je jetai un coup d’œil à ma montre: dix-sept heures neuf. Greg avait encore le temps de nous faire souffrir, s’il le souhaitait. Et c’était sûrement le cas.
Ainsi, à la fin des horribles étirements, il déclara:
— Vous devez avoir sacrément chaud, hein?
Je fronçai les sourcils, méfiante. Quoi, il compatissait maintenant? Non, sûrement pas.
— Vous devez avoir envie de vous rafraîchir, poursuivit Greg, sur un ton compréhensif, presque affectueux.
Mais qu’allait-il encore nous inventer?
— Que diriez-vous…, commença-t-il, faisant mine de réfléchir. Que diriez-vous d’une bonne petite pause piscine?
Immédiatement, je me remémorai l’épreuve d’agilité. Le gymnase s’était transformé en une sorte de lac, comme par magie.
— Bon, alors, ça vous dit? proposa Greg avec un grand sourire, comme enthousiasmé par cette idée.
Je regardai les visages autour de moi et vis certains d’entre eux s’éclairer: comment pouvaient-ils être assez naïfs pour envisager que Greg veuille notre bonheur après une journée pareille? Il paraît que «l’espoir fait vivre»… mais il amène aussi son lot de déceptions.
— Eh bien, c’est réglé, poursuivit GLT en conservant son grand sourire, montez tous vous asseoir sur les gradins du gymnase!
Cette fois-ci, il n’y avait plus de doutes, l’épisode «mouillé» de notre épreuve allait se reproduire. Mais qu’est-ce que Greg pourrait inventer de plus?
Au lieu d’aller m’asseoir, je restai devant la rambarde des gradins et pus ainsi observer tout le processus d’inondation. GLT avait dû actionner un mécanisme, car de petits pans de murs s’étaient ouverts et de l’eau s’en écoulait déjà. Je m’efforçai d’observer le plus attentivement possible, et je fus rapidement soulagée: pas d’obscurité, pas de courant, et l’eau était assez claire pour que je puisse être sûre qu’il n’y avait ni méduse ni algues. Nous n’allions donc pas devoir vivre une épreuve no 2.
J’observais l’eau, concentrée, si bien que je ne prêtais plus attention au reste de mon entourage. Je sursautai quand une main brusque me tira de la rambarde pour me jeter à moitié sur les gradins. C’était Greg, et il avait l’air plus que mécontent…
— On peut savoir ce que tu foutais là, demande spéciale? s’enquit-il avec une voix dont la fausse douceur contrastait avec la brusquerie dont il venait de faire preuve. J’avais dit «sur les gradins».
«Demande spéciale» ? Même pas un prénom, mais un surnom me rappelant ma différence.
— Je regardais l’eau, répondis-je en toute sincérité, m’efforçant de rester calme.
Tout le monde s’était tu, à présent. Tous les regards étaient rivés sur Greg et moi. Celui-ci fit un de ses sourires faux, qui ne présageaient rien de bon.
— Et peut-on savoir pourquoi tu «regardais l’eau»? Tu vois bien que tout le monde est curieux maintenant, demande spéciale…
— J’ai un nom! répondis-je, un peu trop fort et trop vite. Et je vérifiais juste que vous ne prépariez pas un autre sale coup, comme… hum… des méduses ou des algues monstrueuses, tiens!
Eh voilà! J’avais fait exactement ce qu’il ne fallait surtout pas faire. Ma voix avait été sèche, irrespectueuse, à la limite de l’insolence. GLT était déjà odieux avec ceux qui se comportaient normalement, qu’allait-il faire devant ma rébellion?
Il me jeta un regard noir et s’approcha de moi. Il était si près que je pouvais entendre son souffle saccadé. Ses yeux lançaient des éclairs.
— Si j’étais toi, petite idiote, je ne me vanterais pas d’avoir un nom pareil. Celui-ci est exactement comme toi: il n’a pas lieu d’être.
Sa réplique me fit l’effet d’un choc dans le ventre… lorsque soudain il se passa quelque chose d’inattendu dans les gradins. Ethan voulut se lever brusquement, mais Ryan le retint… alors Ethan lui envoya un poing en plein dans la figure. Ryan s’étala dans les gradins tandis qu’Ethan restait debout, rouge de colère, le poing avec lequel il venait de frapper toujours crispé.
— Ne me touche plus jamais, espèce de salopard! cracha Ethan à Ryan, qui se relevait péniblement.
Un brouhaha confus et étonné s’installa. GLT, qui visiblement n’avait absolument rien compris à ce qui venait de se passer, se contenta de beugler:
— VOS GUEULES! FERMEZ-LA TOUS, OK?!
Tandis qu’Ethan s’écartait du reste du groupe pour aller s’asseoir plus loin sur les gradins, je voulus me précipiter vers Ryan pour voir s’il allait bien. Mais Greg me retint le bras. D’un geste, je me dégageai.
— Vous n’avez pas le droit de me toucher… ni de m’insulter, d’ailleurs.
J’avais dû dire quelque chose de vrai, puisque GLT ne me frappa pas, même s’il en rêvait sûrement. Au lieu de ça, il serra la mâchoire, comme s’il se retenait d’exploser. Il me dit, assez bas et d’une voix si froide qu’un frisson me parcourut l’échine:
— Tu viens me voir à la fin du cours. Et d’ici là, si tu dis ne serait-ce qu’UN mot, ton séjour ici s’achèvera prématurément, je peux te l’assurer. Maintenant, dégage!
Je retins une réplique cinglante; ma situation était déjà assez catastrophique comme ça. Je me retournai et fonçai vers Ryan, qui se frottait la tempe, mais qui apparemment n’avait rien.
— Ryan, tu vas bien?
Je l’obligeai à soulever sa main et ne vis qu’une trace légèrement rouge à l’endroit où il avait été frappé.
Non, où Ethan l’avait frappé.
Ryan garda ma main dans la sienne et répondit, avec un petit sourire:
— Ça va… Je suis juste un peu sonné.
Je n’eus pas le courage de retirer ma main… il avait vraiment l’air sonné. Je sentis un regard peser dans mon dos et instinctivement je me retournai. Ethan fixait Ryan. À moins que… non. Il me fixait, moi.
Son regard me fit bien plus froid dans le dos que celui de Greg. Je n’avais jamais vu autant de colère et de… oui, de haine, dans des yeux. Mais qu’avais-je bien pu lui faire? Pourquoi était-il en colère? Pourquoi avait-il l’air de me détester et, surtout, pourquoi avait-il frappé Ryan?
Incapable de soutenir son regard plus longtemps, je m’en détournai. Je lâchai doucement la main de Ryan, pour éviter que celui-ci s’en aperçoive et le prenne mal. Ce n’était pas contre lui, j’étais juste un peu sous le choc. Julia, qui était à côté de nous, ne put pas se retenir une seconde de plus:
— Qu’est-ce qui s’est passé, avec GL…
— Plus tard, l’interrompis-je.
Justement, Greg choisit ce moment pour reprendre un peu le contrôle:
— Bon, écoutez-moi, les morveux! (Sa voix était redevenue aussi cassante, voire plus que lorsqu’il nous faisait courir.) À l’instant où le gymnase sera ENTIÈREMENT rempli d’eau, vous allez plonger et me faire des longueurs jusqu’à ce que vous soyez tellement exténués que vos supplications elles-mêmes soient impossibles à faire. Allez, préparez-vous… et s’il y en a UN SEUL qui rechigne ou qui se plaint, c’est le groupe qui prend.
Rapidement, j’enlevai mes chaussures et mes bas, ainsi que mon gilet en coton et ma montre. Je glissai mon pendentif sous mon débardeur. J’hésitai à retirer également mes leggings et mon débardeur, et puis je choisis de les garder. D’une part, je n’aimais pas l’idée de nager en sous-vêtements qui n’étaient pas faits pour être mouillés, et d’autre part, je ne me rappelais que trop bien l’eau froide durant l’épreuve. Certains de mes camarades – dont Taylor – optèrent pour la même solution que moi. D’autres ne gardèrent que leurs sous-vêtements. Je faillis conseiller à Julia de tout de même garder quelque chose au-dessus, car j’avais peur qu’elle ne gèle, mais elle était assez grande pour savoir ce qu’elle faisait, après tout.
Un instant plus tard, le niveau de l’eau cessa d’augmenter – il était à présent à peine un mètre en dessous de la rambarde – et Greg nous déclara:
— Vous plongerez tous en même temps, mais le bassin n’est pas assez grand pour vous faire tous nager simultanément. Donc la moitié d’entre vous reste à flotter contre le mur, et l’autre moitié fait un aller-retour. Ensuite, vous échangez. Arrangez-vous rapidement pour vous mettre par binôme. Quand vous êtes prêts, placez-vous au bord de la rambarde, et attendez mon signal pour plonger.
Julia me demanda immédiatement:
— On se met ensemble?
— OK. Si tu veux commencer, vas-y, ça ne me dérange pas.
Elle secoua vigoureusement la tête:
— Euh… non, non, commence, toi, vas-y!
Je fronçai les sourcils, et elle ajouta:
— S’il te plaît…
J’acquiesçai, et nous nous plaçâmes juste derrière la rambarde. Quand tous les binômes furent formés, Greg cria:
— Dès que vous êtes dans l’eau, mettez-vous à faire ce que vous devez faire, compris? Allez! Trois, deux, un… plongez!
Sans hésiter, j’enjambai la barrière et sautai dans l’eau. C’était bien pire que prévu, elle n’était pas froide… elle était glaciale. Avec l’impression que mille marteaux me cognaient sur la tête, je remontai à la surface et me mis rapidement à nager, comme si bouger pouvait me réchauffer… mais rien n’en avait la capacité.
J’eus une pensée pour les autres, dont Julia, qui allaient devoir flotter contre le mur, tout tremblants, sans même pouvoir nager pour moins geler… et Julia était en sous-vêtements.
J’accélérai le mouvement. Je n’avais jamais nagé aussi rapidement. J’étais épuisée et je soulevais d’énormes gerbes d’eau derrière moi, mais je m’en fichais: Julia allait mourir de froid si elle ne pouvait pas rapidement bouger. Je lançai mes bras plus fort, et plus loin. Je battis des jambes aussi vite que si je devais courir dans l’eau. En un rien de temps, je fus de l’autre côté du gymnase. J’effectuai une roulade dans l’eau pour changer de sens, et je pris appui sur le mur pour me propulser loin dans l’eau.
Je m’enfonçai profondément dans la masse aqueuse, remontai, me renfonçai. Je croisai mes camarades qui allaient à contresens et je les évitai en les contournant de près pour ne pas avoir à m’arrêter. Je perdais un peu mon souffle, et j’avalais beaucoup d’eau aussi… mais peu importait. J’arrivai vers Julia, qui tremblait déjà. Je crus presque entendre un soupir de soulagement lorsqu’elle me vit revenir et, quand je fus arrivée contre le mur, elle cessa de flotter pour enfin se mettre à nager, à un rythme normal, bien que saccadé. Ses membres devaient être tout engourdis.
Je ne sais combien de temps ce manège dura, mais j’avais l’impression que des heures s’étaient écoulées. Nager, flotter, nager, flotter… tout se résumait à ça, et chaque longueur était pire que la précédente. Peu à peu, je perdis mon souffle et je m’épuisai. J’avais de plus en plus froid, et la fatigue de l’après-midi se faisait sentir. Julia revint de son troisième aller-retour avec les lèvres bleues. Je faillis la faire remonter, et puis la phrase de Greg me revint à l’esprit.
«S’il y en a UN, et UN SEUL qui rechigne ou qui se plaint, c’est le groupe qui prend.»
On pouvait difficilement faire plus vicieux, comme menace. Tandis que Julia revenait au ralenti – elle n’en pouvait plus – de sa énième longueur, GLT cria quelque chose que je n’espérais même plus:
— Ça suffit comme ça! Remontez, et vite!
L’eau ne devait plus être assez froide pour que Greg veuille qu’on y reste, supposai-je. Le plus important était que cette torture-là était finie. Luttant contre la fatigue extrême, j’allai vers Julia et la tirai par le bras pour qu’elle s’accroche à la rambarde. Elle n’avait plus les lèvres bleues, elle était bleue. Malgré mon épuisement, je compris que si elle ne remontait pas immédiatement, elle allait sans doute couler ou faire un arrêt cardiaque. Alors, rassemblant mes dernières forces, je la hissai le plus haut possible, et elle se laissa retomber derrière la rambarde. Quant à moi, je me soulevai mollement lorsqu’une main saisit mon bras. Je levai la tête, soulagée qu’on m’aide, et vis un visage méprisant me regarder. C’était Sandra. Avant que je puisse me dégager, elle me propulsa brusquement dans l’eau, et je retombai. Je coulai, lentement, sans avoir la force ou même la volonté de faire quoi que ce soit. «Bah, me dis-je, un corps remonte toujours tout seul à la surface…» C’était l’une des rares choses un tant soit peu utiles que j’avais apprises à l’école.
Un bras puissant me tira vers la surface, et je pensai à mon mystérieux sauveur pendant mon épreuve. Mais visiblement, ce n’était pas le même bras… enfin, pas la même personne. Lorsque je fus à la surface, je vis que c’était Mike qui m’avait aidée. Il me fit remonter derrière la rambarde, sur les gradins, et se hissa à son tour. Je toussai plusieurs secondes, jusqu’à ce que l’eau qui était rentrée dans ma gorge veuille bien en sortir et que je puisse à nouveau respirer. Alors seulement je me tournai vers Mike qui, allongé à côté de moi, tentait de reprendre son souffle.
— Merci mille fois, murmurai-je. (Je n’étais plus capable de parler normalement.) Je me serais sans doute noyée…
À ma grande surprise, Mike eut un franc sourire. Il lâcha même un petit rire, mais qui fut interrompu par une crise de toux.
— Quoi? demandai-je, étonnée. Je suis sincère, pourquoi tu rigoles?
— Premièrement, Greg est peut-être un sadique, déclara Mike, mais il ne peut pas nous laisser crever. Et deuxièmement, tu m’as aidé pendant l’épreuve alors que tu ne me connaissais même pas et moi, en retour, je t’ai laissée toute seule contre une horrible méduse mécanique. Je n’aurais pas pu supporter d’être aussi nul encore une fois.
Il avait l’air de réellement culpabiliser. Pour le réconforter, je répondis:
— Ne t’inquiète pas! La méduse en question ne m’a même pas touchée, je n’avais pas besoin de ton aide. Alors qu’aujourd’hui, si. Et là, tu ne m’as pas laissée tomber, donc c’est le plus important, et on est quittes.
Il parut soulagé et me fit un sourire, tout en se redressant péniblement.
— Cool, Iz, c’est bon à savoir.
Je souris moi aussi, à cause du surnom, et me relevai. Je me retrouvai nez à nez avec Greg Le Tyran. Celui-ci envoya promener Mike:
— Va te chercher une serviette, gamin.
Effectivement, une pile de serviettes nous attendait. Mike s’exécuta sans discuter et GLT resta planté là, me regardant fixement.
— Il faut que tu saches, demande spéciale, que l’insubordination est tout sauf la bienvenue ici. Aussi, ce que tu as fait tout à l’heure ne va pas rester impuni.
Je serrai les poings, attendant la suite.
— Quand tout le monde sera parti aux dortoirs, j’actionnerai le mécanisme qui videra l’eau de la pièce. Quand ce sera terminé, les pans de murs se refermeront. À ce moment-là, tu descendras et tu passeras la serpillière dans tout le gymnase. Après, tu appuieras sur un bouton vert qui se trouve à gauche du mur de droite du gymnase. Ce bouton enclenche le séchage de la salle avec de l’air chaud… environ cinquante degrés. Tu auras quinze secondes pour remonter ici, sur les gradins, prendre une de ces putains de serviettes et te barrer. Au-delà des quinze secondes, il fera tellement chaud ici que tu te brûleras rien qu’en étant dans la pièce.
Greg marqua une pause de deux secondes et reprit:
— Respecte mes indications dans l’ordre, et à la lettre, ou tu le paieras très cher. Je suppose qu’il est inutile de t’informer que tous tes faits et gestes seront observés.
Je ne m’étais pas trompée, il était bien au courant pour cette histoire de caméras.
— Gare à toi, Isis (il martela mon prénom comme s’il s’agissait d’une injure), à partir de maintenant, je t’ai à l’œil. Tout le temps. Je n’attendrai qu’une chose, que tu fasses une petite connerie. Là, je te ferai virer. Et tu retourneras à ta vie misérable, sans gêner une personne de plus.
Il me mit une serpillière dans les mains et me tourna le dos.
— Amuse-toi! Et NETTOIE bien, surtout.
Il cria sur le reste des adolescents pour les faire sortir, et je restai seule, serrant la serpillière si fort que je m’étonnai qu’elle ne se brise pas en deux. Le niveau de l’eau commença à redescendre, lentement, me ramenant sur terre. J’essorai rapidement mes leggings – bizarrement, ils étaient déjà quasiment secs – et mon débardeur, et je remis mes bas, mes chaussures et ma montre. Il était dix-huit heures vingt.
Le temps passa extrêmement lentement jusqu’à ce que l’eau se fût complètement écoulée. À ce moment-là, je descendis des gradins et me mis à passer la serpillière sur le sol du gymnase. J’étais tellement furieuse que ma fatigue disparut momentanément, ce qui m’arrangeait, finalement. Je m’efforçai d’être rapide et efficace et, au bout de quelques minutes, le gymnase ne fut plus que vaguement humide. Je posai la serpillière dans un coin des gradins et cherchai le bouton vert sur le mur de droite, vers la gauche. Je ne le trouvai pas et fus contrainte de raser le mur en entier jusqu’à ce que je pense à quelque chose.
D’un pas rapide, j’allai vers le mur de gauche, tout à droite, et c’est là que je vis le bouton. Greg avait fait exprès de me donner une indication totalement contraire à la réalité. Mais quel salaud! Je me retins de faire un geste obscène à la caméra la plus proche et j’appuyai sur le bouton. Une série de petits «bips» se fit entendre.
Je savais que Greg voulait me voir courir pour fuir la salle, alors je me contentai de marcher d’un bon pas pour ramasser ma serviette et sortir du gymnase. Je claquai la porte derrière moi, histoire de me défouler un petit peu, parfaitement consciente néanmoins de la puérilité de ce geste.
Puis, telle une chape de plomb, la fatigue s’abattit sur mes épaules.
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