Matricule A390G7
Chapitre 12
Je remontai dans le hall d’entrée et pris un ascenseur sans jeter un regard à la statue de bronze – elle me paraissait hypocrite par rapport à la situation. J’étais très en colère. Contre GLT, surtout, parce que c’était un véritable enfoiré et qu’il avait poussé à bout cinquante adolescents en un seul après-midi, et puis aussi contre moi. J’aurais sûrement dû m’écraser, comme je l’avais toujours fait à l’école, auparavant… mais je n’en avais plus envie. J’allais devenir une Sauveteuse, et une Sauveteuse n’avait pas le droit d’être lâche. «Elle n’a pas le droit non plus d’être aussi stupide!» me serinai-je mentalement.
J’arrivai enfin à l’étage des chambres et y constatai une certaine agitation. Des voix emplissaient le couloir, et plusieurs de mes camarades faisaient des allers-retours entre les salles de bain et leur chambre. Je rêvais d’une douche bien chaude. Je me dirigeai donc vers la salle de bain des filles. J’entrai et vis une grande rangée de lavabos qui recouvraient le mur de devant. Ensuite, il y avait une dizaine de cabines de toilettes et à peu près autant de douches. Dans une des douches, une jeune fille chantonnait, se fichant totalement de savoir si on l’écoutait ou pas. D’autres se recoiffaient ou se séchaient les cheveux. Des voix provenant des douches animaient toute la salle et me redonnèrent le sourire pendant un instant: ici, au moins, tout allait bien.
En sortant de la douche, j’hésitai un instant devant le lavabo avant de me rendre compte que je n’avais pas pensé à emporter ma brosse à cheveux ou mon peigne. Je tentai tant bien que mal d’arranger ma masse capillaire, quand on me tendit une brosse.
— Tiens, si tu en as besoin…
Je levai la tête: c’était Ruby, la grande blessée du jour, copine de Sandra à ses heures perdues. Je la regardai droit dans les yeux, et elle me lança un regard implorant, comme pour me dire: «Je t’en supplie, prends-la, comme ça, je n’aurai plus de dette envers toi… surtout que ma meilleure copine a failli te noyer tout à l’heure!» Je ne suis pas spécialement fière, d’habitude, mais je ne voulais rien accepter d’une personne capable de mal juger quelqu’un qui lui vient en aide à cause de son prénom pas réglementaire. Ruby soutint mon regard, et je rétorquai, d’une voix cinglante:
— C’est vraiment aimable de ta part, mais j’aurais peur de contaminer ta brosse, tu comprends? Franchement, on ne t’a pas dit que quelqu’un qui avait un prénom étrange et qui avait fait une demande spéciale était hautement dangereux, et à éviter d’urgence? À la limite, ouvre de nouveau ton genou, après tout, je l’ai touché…
Ma réplique eut le résultat escompté: elle en resta immobile, les yeux grands ouverts. Visiblement, elle mourait de honte. Je me détournai d’elle et m’adressai à une jeune fille blonde et super jolie qui sortait de la douche en fredonnant – sûrement celle qui chantait depuis tout à l’heure:
— Salut, est-ce que tu as une brosse à me prêter, par hasard?
Elle s’arrêta de chanter et me regarda:
— Ouais, bien sûr, tiens.
Elle me tendit sa brosse. Je la saisis et vis Ruby se crisper et rougir légèrement.
— T’es qui, en fait? s’enquit la chanteuse.
Je ris: en voilà une qui n’avait absolument aucun tact! Je me souvins alors d’avoir déjà vu cette fille le matin même. Julia avait proposé de la prendre dans notre chambre – uniquement parce qu’elle était belle –, et la chanteuse s’était mise à hurler sur un garçon qui avait eu le malheur de la bousculer. Oui, cette fille était très directe, ça c’était sûr, et je ne regrettais pas de lui avoir préféré Taylor… mais au moins, ce n’était pas le genre de personne qui crachait sur vous dans votre dos: elle vous disait ce qu’elle pensait.
— Isis, répondis-je. Et toi, t’es qui?
Elle me gratifia d’un sourire; apparemment, j’avais compris sa façon de fonctionner.
— Kim. Et si tu OSES m’appeler «Kimberley», je te bute sur place.
— Hum… je retiens ça.
Pendant que je me brossais vigoureusement les cheveux, Kim me posa plein de questions:
— Tu as quel âge, seize ou dix-sept? Ils font quoi, tes parents? Dis donc, ils sont hyper longs, tes cheveux, ça fait combien de temps que tu les as pas coupés?
Et chaque fois, je m’efforçai de répondre. Après quoi je lui retournai ses questions. Ainsi, j’appris qu’elle avait presque dix-sept ans, que ses parents étaient policiers, qu’elle trouvait que son prénom était la pire chose qui lui soit jamais arrivée et qu’elle pensait que Greg était un «connard de première».
Nous discutâmes comme ça pendant dix bonnes minutes – tout en nous brossant et séchant les cheveux –, et je finis par lui dire:
— Bon, on embête tout le monde à discuter devant le lavabo, et il faut que je m’habille, je commence à avoir froid… On se voit tout à l’heure!
— À bientôt, Isis!
Je sortis de la salle de bain, puis fis trois pas en arrière et déclarai:
— Au fait, j’aime beaucoup ta voix!
Me dirigeant vers ma chambre, je l’entendis me lancer:
— Et moi tes cheveux, petite lèche-cul!
Je souris: dix minutes avec elle m’avaient suffi pour savoir qu’elle insultait les gens qu’elle appréciait, et qu’elle ne tournait jamais autour du pot. J’eus à peine le temps d’entrer dans ma chambre que Julia me sauta dessus. Littéralement. Elle me serra dans ses bras si fort que je sentis ma cage thoracique s’écraser. Taylor, qui observait la scène, s’exclama:
— Isis, t’étais où?! On a cru que GLT t’avait agressée… ou enfermée dans le sous-sol!
Et je rétorquai d’une voix étouffée:
— Pour l’instant, ce dont j’ai le plus peur, c’est de mourir asphyxiée! Et Julia, je t’aime beaucoup, mais on n’est pas encore assez intimes pour se faire des câlins en serviette…
Julia me lâcha et Taylor tomba sur son lit en riant.
— Alors, GLT t’a fait quoi? Il ne t’a pas frappée, j’espère, parce que sinon…
Je m’habillai et racontai à mes deux amies tout ce que Greg m’avait dit et fait faire, la façon dont il m’avait menacée et donné délibérément une mauvaise indication. Elles m’écoutèrent attentivement, ne perdant pas une miette de ce que je leur disais, lâchant de temps en temps des «hein?», «sérieux?!» ou «c’est pas vrai…».
— Voilà! conclus-je. Super fin de journée…
— Super journée tout court, ouais! railla Julia. Cet après-midi était tellement horrible que j’en ai regretté les cours de Marty, pourtant ils m’ont vraiment pas plu!
Je haussai les épaules et déclarai:
— Moi, j’ai bien aimé les cours de ce matin…
— Moi aussi, j’ai bien aimé, confirma Taylor.
Julia leva les yeux au ciel, faussement exaspérée:
— Oui bon, ne cherche pas à attirer l’attention, Taylor, hein? (Je souris, amusée de cette dispute factice.) Et toi, Isis, je ne ferai aucun commentaire!
Je jouai le jeu:
— Mais si, j’attends ton commentaire, Julia! Assume tes paroles, maintenant.
Julia reprit soudain son sérieux:
— Bah… tu es excellente!
Je haussai les sourcils, pensant qu’elle se fichait sûrement de moi. J’étais sur le point de me moquer d’elle en retour, quand elle ajouta:
— Enfin, c’est vrai! Pendant l’épreuve, je n’ai même pas eu le temps de te regarder monter sur la corde que tu étais déjà en haut! Tout à l’heure, tu as cloué le bec de Marty en trouvant une vraie réponse à sa question impossible, tu ne t’es pas arrêtée une fois pendant la course, et même dans l’eau tu gérais! Franchement, comment tu fais?
Je me sentis rougir sous cette avalanche de compliments, aussi inattendus que non mérités. Mon don pour l’escalade était réel, mais pour le reste, je n’avais pas de mérite. Dans l’eau, j’avais eu peur que Julia tombe malade, alors oui, j’avais géré. Avec Marty, j’avais simplement un peu réfléchi, et pour la course… on m’avait aidée. Je préférais d’ailleurs ne pas penser à celui qui m’avait secourue.
— Je… tu exagères, j’ai juste fait de mon mieux, affirmai-je, un peu gênée.
— Moi aussi, j’ai fait de mon mieux! rétorqua Julia. Pourtant, le résultat était loin d’être aussi satisfaisant…
Maintenant, j’étais carrément mal à l’aise. La voix de Julia trahissait un peu d’amertume… et de jalousie. Et la dernière chose que je souhaitais était d’être enviée pour des talents imaginaires. Surtout par une amie. Heureusement, Taylor vint à ma rescousse:
— Julia, tu vois bien qu’elle est gênée, maintenant! Elle n’est pas du milieu, tu sais qu’elle n’a pas la moindre idée de ses capacités pour l’instant. Et tout le monde s’est ramassé aujourd’hui! Isis avait plus de volonté, faire pareil ne dépend que de toi… petite paresseuse.
Une lueur s’alluma dans les yeux de Julia, qui fit mine de s’énerver:
— Moi, paresseuse? Non mais tu vas voir, toi…
J’assistai alors au début d’une nouvelle fausse altercation entre mes deux colocataires, quand une voix se fit entendre dans le couloir:
— Tout le monde est attendu pour le souper à dix-neuf heures quarante-cinq. Aucune tenue vestimentaire spéciale n’est demandée.
— Ça vient d’un des haut-parleurs dans le couloir, m’informa Taylor. Greg nous en a parlé quand tu… euh…
Je haussai les sourcils:
— Quand je… ?
Julia pouffa.
— Quand tu passais la serpillière, patate! D’ailleurs, ils t’ont engagée comme femme de ménage officielle, ou tu dois encore faire tes preuves?
En guise de réponse, je lui envoyai un coussin en plein dans la figure. Cela aurait sûrement dégénéré si nous n’avions pas dû aller manger. J’en étais d’ailleurs ravie, car j’étais affamée. En descendant les escaliers, je me mis à prier pour avoir autre chose qu’une purée informe. Comme si elle avait pu m’entendre penser, Julia affirma:
— Si on nous sert de nouveau cette purée dégueulasse, on l’envoie dans la gueule de Sandra, alias «fiente de pigeon». Ça te va, Isis?
Je serrai les poings en repensant à cette fille.
— Ça me va plus que parfaitement.
— Eh bien, tu as l’air remontée contre elle! s’exclama Taylor. Qu’est-ce qu’elle a fait encore?
J’aurais voulu leur raconter la façon dont elle m’avait parlé quand j’avais aidé son amie, et comment elle m’avait jetée dans l’eau tout à l’heure… mais je n’en fis rien. Parce que dans cette histoire, j’étais la victime, et il n’était pas question que mes amies en devenir me voient comme telle – c’est ce que Sandra souhaitait sans doute. Alors je m’efforçai de sourire:
— La routine! mentis-je. J’ai quand même le droit de la détester.
Julia sembla accepter cette réponse. Taylor, quant à elle, me parut sceptique, mais n’insista pas… C’était une chose que j’avais déjà remarquée chez elle: elle laissait les gens tranquilles et ne cherchait jamais à les mettre mal à l’aise.
Nous arrivâmes au réfectoire du sous-sol, et je me mis dans la queue. Quand ce fut mon tour, j’arrivai avec mon assiette devant le même serveur que le midi. Il me reconnut et me sourit.
— Alors, ce sera quoi, ce soir? m’enquis-je.
— Ce sera largement mangeable, plaisanta-t-il.
— Le chef s’est surpassé! blaguai-je sur le même ton.
Effectivement, mon assiette fut bientôt remplie d’un steak bien grillé, accompagné de pâtes et de brocolis: enfin un repas! Toute contente à l’idée de me remplir l’estomac, je lançai:
— Merci beaucoup, euh…
Eh mince… je ne connaissais pas son prénom, et je n’allais pas l’appeler «monsieur», parce qu’il était à peine plus âgé que moi!
— Luke, m’apprit-il, nullement gêné. Je t’en prie, et bon appétit!
Il me tendit une bouteille d’eau, et je le gratifiai d’un dernier sourire. Je repérai Mike et Ryan déjà attablés, et je m’assis avec eux, avant de demander à Ryan:
— Ça va, toi? Tu n’as plus mal?
Avant de répondre, il se massa la tempe:
— Oh, j’ai vu pire, tu sais… et puis, ce type est mentalement dérangé, c’est difficile de lui en vouloir.
— Ethan n’est pas fou! m’exclamai-je, un peu trop brusquement.
Ryan haussa les sourcils, mais Julia nous rejoignit avant que j’aie à me justifier.
— Alors les gars, vous vous en êtes tirés comment, aujourd’hui?
C’est vrai, ça… pourquoi est-ce que je le défendais? Il avait frappé Ryan, après tout.
— Hum, j’ai pas adoré cette journée, répondit Mike.
Ils commencèrent à faire le bilan de la journée étape par étape, tout en dégustant le premier vrai repas dans cette école. Pour ma part, plongée dans mes pensées – et mon assiette –, je n’intervins que rarement dans la discussion. Pourquoi Ethan avait-il frappé Ryan? J’essayai de reconstituer ce qui s’était passé exactement, mais c’était difficile puisque j’étais en pleine altercation avec GLT au moment de l’incident. Hum… voyons… GLT m’avait insultée. Ses mots exacts, je m’en souvenais parfaitement, comme s’il me les avait marqués au fer rouge en me les crachant à la figure. «Ton nom est exactement comme toi, avait-il dit. Il n’a pas lieu d’être.» Cette phrase m’avait réellement blessée. J’aurais peut-être explosé, ou quitté la salle, si… si Ethan ne s’était pas levé pile à ce moment-là.
Immédiatement, je compris. Ethan s’était levé pour moi, pour me défendre, ou bien pour attirer mon attention afin que je ne fasse rien de stupide. Ryan avait voulu l’en empêcher, et là, Ethan l’avait frappé. Je ne savais toujours pas pourquoi il avait été si violent, mais j’étais sûre à présent que sa première intention avait été de m’aider… ce que personne d’autre n’avait fait.
Pour que les autres ne soupçonnent rien, je participai à la discussion, qui portait sur nos camarades de classe. Au bout d’un petit moment, je finis mon repas, et comme Ryan avait mangé à la vitesse de la lumière, je lui proposai que nous rapportions notre vaisselle et allions voir s’il y avait un dessert. Il acquiesça et nous nous levâmes en même temps.
Nous échangeâmes des banalités en posant nos assiettes sales sur le chariot prévu à cet effet. N’y tenant plus, je demandai, l’air de rien:
— Ryan, je peux te poser une question?
— Tout ce que tu veux, beauté.
Je supposai qu’il se fichait de moi, alors je ne me formalisai pas de l’appellation. Et puis, j’étais trop curieuse:
— Pourquoi avoir arrêté Ethan, tout à l’heure?
Apparemment, la question ne lui plut pas trop. Il réfléchit un court instant, puis répondit:
— Bah… t’étais en train de te faire engueuler, et… il aurait pu t’enfoncer davantage en disant quelque chose. J’ai voulu vous éviter de vous mettre dans le pétrin. Et j’ai été rapidement remercié, comme tu le sais.
J’avais l’impression que quelque chose clochait dans sa réponse, sans savoir vraiment quoi. C’était juste qu’il n’avait pas tout de suite su quoi répondre… Peut-être ma question l’avait-elle pris au dépourvu? Ou bien il y avait autre chose… mais dans ce cas-là, il ne me le dirait pas. Je n’insistai donc pas plus.
— Pourquoi tu voulais savoir ça? s’enquit Ryan.
Je n’avais pas prévu ce retournement de situation. Le problème, c’est que je n’étais moi-même pas vraiment sûre de savoir pourquoi. Après une seconde d’hésitation, je choisis de ne dire qu’une partie de la vérité:
— Tu t’es pris un poing dans la figure, c’est normal que je sois curieuse!
Il parut aimer cette réponse… un peu trop, même. Il me jeta un regard ambigu, que je ne compris absolument pas, mais qui pourtant me mit un peu mal à l’aise. Et puis, contre toute attente, il déclara:
— Tu as fait un truc à tes cheveux? Ils sont spécialement brillants, encore plus que ce matin.
«Euh… quoi?!»
— Je… non, je les ai juste lavés, il y a vingt minutes, affirmai-je, en lâchant un petit rire qui me parut totalement ridicule.
Enfin, en même temps, il m’avait prise au dépourvu! Comme pour illustrer son propos, il enroula une de mes longues mèches châtain autour de son index. Je me raclai la gorge et m’empressai d’ajouter:
— Il y a des corbeilles de fruits, on va en apporter une aux autres.
Sans attendre sa réponse, je saisis une corbeille remplie de pommes, de pêches, d’oranges et autres fruits, et je me dirigeai vers notre table.
— Servez-vous! dis-je en me rasseyant.
Il ne fallut pas le leur dire deux fois. Mike se jeta sur la première chose comestible qu’il vit, tout comme Julia. Ryan me lança un regard en reprenant sa place, mais je m’efforçai de fixer la table. Peu après, une voix assez mécanique résonna dans la salle. Décidément, même si on ne les voyait pas, ces haut-parleurs étaient partout!
— Veuillez retourner à l’étage des dortoirs. Vous avez quartier libre jusqu’à neuf heures et quart, puis vous resterez dans VOS chambres uniquement. Toute personne en dehors de sa chambre sans motif valable après cette heure-là sera sévèrement sanctionnée. Vous vous coucherez quand bon vous semblera, mais en assumerez les conséquences demain matin. Nous vous rappelons que le téléphone est réservé aux urgences, mais vous avez le droit d’écrire à vos familles une fois par semaine, le Jour 6. Toutes vos lettres seront postées immédiatement, et vous recevrez les réponses de vos proches lors du Jour 7.
C’était comme ça que fonctionnaient les semaines: du Jour 1 au Jour 7. Tout comme pour la Sphère blanche qui apparaissait la nuit, j’avais toujours regretté qu’on n’ait jamais donné de noms à ces jours… mais j’avais bien sûr gardé cette pensée pour moi. Sinon, on m’aurait dit: «Ce sont des jours! On s’en fiche qu’ils aient un nom ou pas?!» Personne ne comprenait ce désir que j’avais de valoriser des éléments de mon quotidien. Pour tout le monde, ce qui nous entourait était soit utile, soit inutile. Et dans les deux cas, donner des appellations ne servait à rien. Les mots «beau» et «merveilleux» étaient ridicules pour les autres. Pas pour moi. D’où ma fascination pour les étoiles.
En pensant à tout cela, je serrai fort mon pendentif. Il m’avait accompagnée toute la journée, et le savoir sur moi était rassurant. D’une certaine manière, sa présence me rattachait à ma famille et me faisait du bien.
Je remontai à l’étage des dortoirs avec Julia, Taylor, Mike et Ryan. Nous discutâmes jusqu’au couvre-feu, puis les garçons retournèrent dans leur chambre. Comme Julia et Taylor étaient épuisées, je proposai que nous dormions, en ajoutant que nous aurions plein d’autres soirées pour nous amuser. Elles étaient tellement fatiguées qu’elles acceptèrent… en trouvant néanmoins encore la force de se disputer pour le lit du haut. Pour ma part, je me glissai dans celui à côté de la fenêtre de notre chambre. Il faisait déjà nuit, mais des nuages recouvraient le ciel sombre… Je ne vis pas les étoiles.
Mes pensées s’envolèrent vers ma mère, qui devait être mélancolique, vers mon frère, sûrement occupé à la réconforter… et vers mon père, à qui je n’avais pas dit au revoir. Je sentis une vague de tristesse m’envahir, et je fus presque reconnaissante à GLT, aussi odieux et cruel fût-il, de nous avoir tués à la tâche aujourd’hui… autrement, il m’aurait été impossible de trouver le sommeil. Au moins, j’étais exténuée et, pour une première nuit loin de chez moi, je m’endormis rapidement.
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