Middlemarch - Tome I
Chapitre VII
Un matin, quelques semaines après son retour à Lowick, Dorothée… mais pourquoi toujours Dorothée ? N’y avait-il donc, dans ce ménage, que son seul point de vue à considé-rer ? Pourquoi réserverions-nous tout notre intérêt, toute notre faculté de compréhension, aux jeunes créatures qui conservent un air florissant au milieu de leurs chagrins ? car celles-ci aussi se faneront et connaîtront les soucis usants et les souffrances d’un âge plus avancé, dont nous les encoura-geons à ne pas se préoccuper. En dépit de ses yeux cligno-tants, des loupes blanches que lui reprochait Célia, et de l’absence de rondeurs musculaires qui contristait sir James, M. Casaubon avait au cœur un foyer de sentiments intenses, une soif intellectuelle aussi insatiable que les appétits du reste des humains. Il n’avait, en se mariant, rien fait d’exceptionnel, rien que ce que la société sanctionne et con-sidère comme une occasion de fleurs et de banquets. Il avait trouvé un beau jour qu’il n’y avait plus à différer dans ses intentions matrimoniales, et il s’était dit qu’en prenant femme, un homme bien posé devait désirer et choisir avec soin une jeune lady florissante – la plus jeune serait le mieux, parce qu’elle serait alors plus éducable et plus soumise, – d’un rang égal au sien, ayant des principes religieux, d’honnêtes penchants et l’intelligence saine. À une telle jeune fille, il ne manquerait pas d’assurer de beaux revenus, et ne négligerait aucun soin pour son bonheur ; en retour, il recevrait d’elle les joies de la famille et laisserait derrière lui cette copie de lui-même que les faiseurs de sonnets du XVIe
– 392 – siècle semblaient réclamer de tout homme avec tant d’insistance. Les temps étaient changés, et nul faiseur de sonnets n’avait insisté auprès de M. Casaubon, pour qu’il laissât au monde une copie de lui-même ; d’ailleurs, il n’était pas encore venu à bout de la copie de sa clef des mytholo-gies ; mais il avait toujours eu l’intention de se mettre en règle avec la nature par le mariage ; et avec le sentiment de sa solitude, l’impression que les années fuyaient rapidement derrière lui, que le monde devenait plus obscur, était pour lui une raison de ne pas perdre plus de temps à se donner ces joies domestiques, avant que les années ne l’en privassent pour toujours.
En voyant Dorothée, il crut avoir trouvé plus même qu’il ne demandait : elle était capable d’être pour lui une aide vé-ritable, qui le dispenserait de prendre un secrétaire payé, sorte de gens que M. Casaubon n’avait jamais employés et qui lui inspiraient une craintive méfiance. M. Casaubon sen-tait avec humeur qu’on s’attendait toujours à le voir donner des signes d’un puissant esprit. La Providence, dans sa bon-té, l’avait pourvu de la femme qu’il lui fallait. Une jeune fille modeste, douée des capacités discrètes de son sexe, en état d’apprécier le mérite des autres, ne manquerait pas de trou-ver puissant l’esprit de son mari. La question de savoir si la Providence avait pris un soin égal de miss Brooke, en lui pré-sentant M. Casaubon, était une idée qui ne pouvait lui venir. La société n’a jamais eu l’absurdité d’exiger qu’un homme se préoccupe autant des facultés qu’il possède pour rendre heu-reuse une charmante jeune fille, que des facultés de cette jeune fille pour le rendre heureux lui-même. Comme si un homme n’avait pas assez à faire de choisir sa femme, mais devait encore choisir le mari de sa femme ! Ou, comme s’il était tenu de se préoccuper, en sa propre personne, des grâces qu’il transmettra à sa postérité ! Quand Dorothée
– 393 – l’accepta avec effusion, M. Casaubon trouva la chose toute naturelle, et crut que son bonheur allait commencer.
Sa vie passée ne lui avait jamais fourni un grand avant-goût de bonheur. Pour connaître une joie intense, il faut, à défaut d’une forte charpente corporelle, posséder une âme enthousiaste. M. Casaubon n’avait jamais eu une forte char-pente, et son âme était sensible sans être enthousiaste ; elle n’avait pas assez de ressort pour s’élancer jamais hors de sa propre conscience, et goûter des jouissances passionnées ; elle continuait à s’ébattre sur le sol marécageux où elle était née, songeant à ses ailes sans jamais s’envoler. Il était doué de ce caractère malheureux qui fuit la pitié et craint plus que tout d’être connu : une sorte de sensibilité fière et étroite qui n’a pas assez de grandeur pour se transformer en sympathie, et reste à trembler comme un fil dans les petits courants de la préoccupation personnelle, ou plutôt d’un égoïsme scrupu-leux. Car M. Casaubon était rempli de scrupules ; il était ca-pable de s’imposer de grandes privations ; il était résolu à être toujours homme d’honneur, selon le code ; aux yeux de tous les juges autorisés, il passerait toujours pour irrépro-chable. Il y était parvenu, dans sa conduite privée, mais la difficulté de rendre également irréprochable sa « Clef de toutes les mythologies » pesait comme du plomb sur son es-prit ; et les brochures par lesquelles il voulait tâter le public et poser quelques notions fondamentales de son système, étaient loin d’avoir été comprises dans toute leur impor-tance. Il soupçonnait l’archidiacre de ne pas les avoir lues ; il avait des doutes pénibles sur ce qu’en pensaient réellement les fortes têtes de Brasenose, et il était amèrement convaincu que sa vieille connaissance, Carps, était l’auteur de certain examen critique, qu’il tenait soigneusement enfermé sous clef dans un petit tiroir de son bureau, et aussi, sans en perdre un mot, dans un sombre recoin de sa mémoire.
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C’étaient là de dures impressions contre lesquelles il lui fal-lait lutter, et qui avaient amené chez lui cette amertume mé-lancolique, conséquence ordinaire des prétentions exagé-rées : sa foi religieuse même chancela, lorsque chancela sa confiance dans sa puissance de savant ; et les consolations que procure, dans la foi chrétienne, l’espérance de l’immortalité semblaient dépendre pour lui de l’immortalité de la « Clef de toutes les mythologies », laquelle n’était pas encore écrite. Pour ma part, je le plains profondément. C’est pour le moins un sort pénible que d’être versé dans les choses les plus élevées et pourtant de ne pas jouir : d’être présent au grand spectacle de la vie et de ne jamais pouvoir se délivrer de son être borné, affamé, grelottant – de ne ja-mais être pleinement possédé de cette gloire que nous con-templons, – de ne jamais sentir notre conscience intime se transformer dans un élan d’extase pour devenir le feu vivi-fiant d’une pensée, l’ardeur d’une passion, l’énergie d’une action, mais de rester toujours un érudit sans inspiration, obscur et scrupuleux dans ses vues, ambitieux et timide à la fois.
À cet état mental qui avait commencé à se dessiner un quart de siècle déjà avant l’époque de notre récit, et à des sentiments ainsi tenus en bride, M. Casaubon avait songé à annexer le bonheur sous la forme d’une jeune et charmante femme ; mais, dès avant son mariage, ainsi que nous l’avons vu, il se trouva saisi d’un nouvel abattement, en sentant que sa nouvelle félicité ne le rendait pas heureux. D’instinct il aspirait déjà à retrouver ses anciennes et plus commodes habitudes. Et plus il s’enfonçait dans la vie conjugale, plus l’idée du devoir à remplir, des convenances à observer, do-minait chez lui toute autre satisfaction. Le mariage, comme tout le reste, représentait surtout, pour lui, le respect des convenances extérieures, et Édouard Casaubon était tou-
– 395 – jours prêt à remplir toutes les exigences semblables d’une façon irréprochable. Le fait même d’introduire Dorothée dans son cabinet pour se faire aider d’elle, comme il en avait eu l’intention, avant son mariage, demandait un effort qu’il était toujours tenté de différer, et, sans l’insistance sup-pliante de sa femme, il ne s’y serait peut-être pas décidé. Mais elle avait réussi à établir, comme une chose toute natu-relle, que tous les matins, de bonne heure, elle viendrait s’installer dans la bibliothèque, pour y procéder à un travail régulier, soit de copie, soit de lecture à haute voix.
Ce travail avait été facile à déterminer, car M. Casaubon s’était décidé à faire paraître immédiatement une nouvelle brochure, une petite monographie sur les mystères des Égyp-tiens, qui devait réfuter certaines assertions de Warburton. Les travaux préparatoires auxquels il se référait étaient fort étendus, mais toutefois pas absolument sans limites ; il s’agissait pour le moment de les rédiger dans la forme où ils auraient à affronter le jugement de la postérité, et d’abord celui plus redoutable encore de Brasenose. Ces productions, moins monumentales que sa grande œuvre, étaient toujours une cause d’agitation pour M. Casaubon ; sa digestion se ressentait des citations qui lui venaient à l’esprit, et des ar-guments dialectiques qui se contrecarraient dans son cer-veau. C’est ainsi qu’il se trouvait à une des époques les plus occupées de sa vie.
Dorothée l’avait rejoint de bonne heure dans la biblio-thèque, où il avait déjeuné seul. Célia, en visite à Lowick pour la seconde fois, la dernière probablement avant son mariage, attendait pendant ce temps sir James au salon.
Dorothée avait appris à lire les signes de l’humeur de son mari, et elle vit que la matinée était devenue plus
– 396 – sombre dans la bibliothèque, pendant la dernière heure qu’il venait d’y passer. Elle se dirigeait, sans rien dire, vers son pupitre, quand il l’appela, d’une voix faible, marquant qu’il s’acquittait d’un devoir désagréable.
– Dorothée, voici une lettre pour vous, qui était incluse dans une autre, adressée à moi.
C’était une lettre de deux pages, et elle regarda immé-diatement la signature.
– M. Ladislaw ! Que peut-il avoir à me dire ? s’écria-t-elle d’un ton de joyeuse surprise. Mais, ajouta-t-elle, en se tournant vers M. Casaubon, j’imagine bien à quel propos il vous écrit !
– Lisez sa lettre, je vous prie, dit M. Casaubon, la dési-gnant sévèrement du bout de sa plume et sans regarder Do-rothée. Mais je puis bien vous prévenir tout de suite que je devrais écarter sa proposition, de venir nous voir ici. Je pense être suffisamment excusé, par mon désir de jouir enfin d’un laps de temps absolument libre de ces distractions qui ont été inévitables jusqu’ici, à l’abri surtout de certains visi-teurs dont la vivacité exubérante fait que leur présence cons-titue une fatigue pour moi.
Il ne s’était pas produit de nouveau choc entre Dorothée et son mari depuis la petite explosion de Rome. Celle-ci avait laissé au cœur de Dorothée des traces si profondes, qu’elle avait trouvé plus facile d’étouffer son émotion que d’affronter le risque de lui laisser un libre cours. Mais cette crainte, produit de la mauvaise humeur, qu’elle pût désirer des visites désagréables à son mari, cette défense qu’il pre-nait gratuitement de lui-même, comme pour prévenir toute plainte égoïste de la part de sa femme, c’était là une blessure
– 397 – trop aiguë pour la ressentir avec calme et laisser à la ré-flexion le temps de l’effacer. Dorothée croyait autrefois que sa patience eût pu tout endurer avec John Milton, mais elle n’avait jamais imaginé que Milton se pût conduire ainsi, et, pour un instant, M. Casaubon lui fit l’effet d’être stupidement aveugle et odieusement injuste. La pitié, « cet enfant nouvel-lement né », qui devait peu à peu calmer plus d’un orage dans son cœur, n’était pas venue encore. Ses premiers mots prononcés d’un ton qui fit tressaillir M. Casaubon le forcè-rent à la regarder et à rencontrer l’éclair de ses yeux.
– Pourquoi m’attribuez-vous le désir d’une chose quel-conque qui pourrait vous déplaire ? Vous me parlez comme si vous aviez en moi un obstacle à combattre : attendez au moins que j’aie l’air de ne consulter que mon plaisir et pas le vôtre.
– Dorothée, vous êtes bien prompte, répondit nerveuse-ment M. Casaubon. – Décidément cette femme était trop jeune pour ce formidable niveau d’épouse où il l’avait élevée, ou bien il l’eût fallu pâle, effacée, sans physionomie, dispo-sée à accepter toutes choses établies.
– Je trouve que c’est vous qui avez été prompt dans vos fausses suppositions sur mes sentiments, dit Dorothée du même ton.
Le feu n’était pas encore apaisé dans son cœur, et elle trouvait odieux que son mari ne lui fît pas d’excuses.
– Nous n’en dirons pas davantage sur ce sujet, si vous voulez bien, Dorothée. Je n’ai ni loisirs ni énergie à consa-crer à ce genre de débat.
M. Casaubon plongea sa plume dans l’encrier et fit mine de se remettre à écrire ; mais sa main tremblait si fort que les
– 398 – mots paraissaient écrits en caractères inconnus. Il y a des réponses qui, en détournant la colère, ne font que l’envoyer à l’autre bout de la chambre, et c’est chose exaspérante, dans la vie de ménage plus encore qu’entre philosophes, de devoir couper court froidement à une discussion, quand on sent qu’on a toute la justice de son côté.
Dorothée laissa les deux lettres de Ladislaw, sans les lire, sur le bureau de son mari, et vint se mettre à sa place ordinaire, rejetant ces lettres, dans son dédain et son indi-gnation, comme nous repoussons loin de nous une bagatelle qui nous a fait soupçonner d’une basse envie. Elle ne devi-nait pas de quelles sources cachées venait, à propos de ces lettres, la mauvaise humeur de son mari : elle ne savait qu’une chose, c’est qu’elles étaient la cause de l’offense qu’il lui avait faite. Elle se mit immédiatement au travail, et sa main ne trembla point ; tout au contraire, en transcrivant les citations qui lui avaient été désignées la veille, elle sentit qu’elle formait admirablement ses lettres, et il lui sembla qu’elle suivait plus clairement que de coutume la construc-tion du latin qu’elle copiait, et commençait à le comprendre. Il y avait, dans son indignation, un sentiment de supériorité qui trouva une issue au dehors dans l’énergie de son écri-ture ; s’il avait dû se comprimer au dedans d’elle-même, n’aurait-il pas abouti à une voix claire de l’âme déclarant que « l’archange affable » d’autrefois, n’était qu’une pauvre créa-ture ?
Ce calme apparent avait duré une demi-heure, et Doro-thée n’avait pas levé les veux, lorsqu’elle entendit la chute bruyante d’un livre sur le plancher ; se détournant aussitôt, elle vit M. Casaubon debout sur le marchepied de la biblio-thèque, se cramponnant en avant, comme s’il était saisi d’un mal subit. Elle se leva précipitamment et d’un bond fut à lui :
– 399 – il faisait évidemment de violents efforts pour respirer. Mon-tant sur un tabouret, elle s’approcha de lui et lui dit d’une voix où toute son âme se fondait dans une alarme de ten-dresse :
– Pouvez-vous vous appuyer sur moi, mon ami ?
Pendant deux ou trois minutes qui parurent intermi-nables à Dorothée, il demeura muet, incapable de parler ou de bouger, faisant pour respirer des efforts convulsifs. Lors-qu’il put enfin redescendre les trois marches et retomba sur le fauteuil que Dorothée lui avait avancé au pied de l’échelle, il ne se débattait plus, mais paraissait sans force et près de s’évanouir. Dorothée tira violemment la sonnette, et l’on ai-da aussitôt M. Casaubon à gagner un lit de repos voisin ; il ne s’évanouit pas, et il revenait peu à peu à la vie, lorsque sir James entra. Il venait d’apprendre dans le vestibule que M. Casaubon avait eu une attaque dans la bibliothèque.
À son entrée, M. Casaubon put donner quelques signes de sa politesse habituelle, et Dorothée, qui, dans la réaction de sa première terreur, était restée agenouillée à pleurer près du canapé, se leva et proposa d’envoyer quelqu’un à cheval pour chercher un médecin.
Le maître d’hôtel ne se souvenait pas que son maître eût jamais eu besoin d’un médecin auparavant.
– Je vous engage à faire appeler Lydgate, dit sir James. Ma mère l’a fait venir pour elle et l’a trouvé remarquable-ment habile. Elle avait une pauvre opinion des médecins, en général, depuis la mort de mon père.
Dorothée consulta son mari, qui fit, sans parler, un signe d’approbation. M. Lydgate arriva merveilleusement vite ; le domestique de sir James Chettam envoyé en messager
– 400 – l’avait rencontré sur la route de Lowick, conduisant son che-val par la bride et marchant à côté de miss Vincy.
Célia, installée au salon, avait ignoré cette alarme jusqu’au moment où sir James vint la lui communiquer. Après les explications de Dorothée, il ne regarda plus le mal précisément comme une attaque, mais pourtant comme quelque chose du même genre.
– Pauvre chère Dodo ! C’est affreux, dit Célia, se sentant aussi attristée que son parfait bonheur pouvait le lui per-mettre. Ses petites mains étaient serrées l’une contre l’autre, prises entre celles de sir James, comme un bouton de fleur librement enveloppé de son calice. C’est bien affreux que M. Casaubon soit malade, quoique je ne l’aie jamais aimé. Et je trouve qu’il n’a pas de moitié assez d’affection pour Doro-thée ; il en devrait pourtant avoir, car je suis bien sûre que personne d’autre n’eût voulu de lui. Croyez-vous que d’autres eussent voulu de lui ?
– J’ai toujours vu dans ce mariage un horrible sacrifice de la vie de votre sœur, dit sir James.
– Oui, mais la pauvre Dodo n’a jamais fait ce que font les autres, et je crois qu’elle ne le fera jamais.
– C’est une noble créature, dit le brave et loyal sir James. – Il venait d’en avoir une nouvelle impression, quand il avait vu Dorothée passer son bras avec tendresse sous ce-lui de son mari et tourner vers lui un regard empreint d’une inexprimable douleur. Il ne savait pas combien il entrait de repentir dans cette douleur.
– Oui, dit Célia, trouvant que c’était très bien à sir James de parler ainsi, mais faisant la réflexion qu’il n’aurait pas eu, lui, une vie très confortable avec Dodo. Dois-je aller la trou-
– 401 – ver ? Pensez-vous que je puisse lui être bonne à quelque chose ?
– Je crois que vous feriez bien d’aller la voir un instant, avant l’arrivée de Lydgate, dit sir James avec magnanimité. Mais n’y restez pas trop longtemps.
Après le départ de Célia, il se promena de long en large, en se rappelant ce qu’il avait éprouvé tout de suite lors des fiançailles de Dorothée, et ressentant comme un retour de son dégoût d’alors devant l’apathie de M. Brooke. Si Cadwal-lader, si tout le monde avait envisagé la chose comme lui, sir James, l’avait fait, on aurait pu empêcher le mariage. C’était mal de laisser ainsi une jeune fille disposer en aveugle de sa destinée, sans rien faire pour la sauver. Sir James avait cessé depuis longtemps de ressentir des regrets pour son compte : son cœur était satisfait de son engagement avec Célia. Mais il était d’une nature chevaleresque ; son amour dédaigné n’avait pas tourné à l’amertume : la mort en avait laissé der-rière elle de doux parfums, des souvenirs flottants qui s’attachaient à Dorothée comme une consécration. Il pouvait demeurer pour elle un ami, un frère, et n’apporter à l’interprétation de sa conduite que la plus généreuse con-fiance.
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