Middlemarch - Tome I
Chapitre III
Quand M. Vincy rentra chez lui après la lecture du tes-tament, sa manière de voir sur différents points était bien changée. C’était un homme d’un esprit ouvert, mais habitué à se servir de la voie indirecte pour manifester ses senti-ments ; quand, en affaires, un marché de soie lui avait causé quelque déception, il jurait après le groom ; quand son beau-frère Bulstrode le contrariait, il faisait des remarques acerbes sur le méthodisme ; cette fois, ce fut à la paresse de Fred qu’il s’en prit avec un soudain accroissement de sévérité.
– Eh bien, monsieur, commença-t-il quand le jeune homme se leva pour aller se coucher, j’espère que vous voilà décidé à passer votre examen à la prochaine session. Ma ré-solution est prise ; aussi je vous conseille de ne pas perdre de temps à prendre la vôtre.
Fred ne répondit pas. Il était trop complètement abattu. Vingt-quatre heures auparavant, il avait pensé qu’il serait sûr aujourd’hui, à pareille heure, de n’avoir plus à se préoccuper de rien faire désormais ; il se voyait chassant en costume cramoisi sur un cheval de race, allant à la battue sur une jolie bête et jouissant du respect qui s’attache à ces avantages ; de plus, il rembourserait immédiatement M. Garth, et Mary n’aurait plus de raisons pour ne pas l’épouser. Et tout cela lui serait venu sans effort et sans travail, par une pure faveur de la Providence sous la forme d’un caprice de vieillard. Mais voilà que, maintenant, au bout de ces vingt-quatre heures, toutes ces fermes espérances se trouvaient anéanties. C’était
– 476 – vraiment un peu trop dur, tandis qu’il souffrait de cette double déception, de se voir traité comme s’il en était la cause. Mais il se retira en silence et sa mère plaida pour lui.
– Ne soyez pas dur pour ce pauvre garçon, Vincy ; il tournera bien, quoique ce méchant homme l’ait frustré. Fred tournera bien, cela est sûr, comme il est sûr que je suis assise ici. Pourquoi eût-il été ramené sans cela du seuil de la tombe ? Et j’appelle cela une flouerie : c’était lui donner les terres que de les lui promettre, et qu’est-ce que promettre, si ce n’était pas promettre que de le faire croire à tout le monde ? Et vous avez vu qu’il lui avait d’abord laissé dix mille livres qu’il lui a reprises ensuite.
– Il les a reprises ! reprit M. Vincy avec humeur. Je vous dis que c’est un garçon malchanceux. Et vous l’avez toujours gâté.
– Eh ! Vincy, c’était mon premier ; et vous en avez fait un joli bruit quand il est venu au monde. Vous étiez si fier ! Oh ! mais si fier ! dit mistress Vincy qui avait facilement re-trouvé son agréable sourire.
– Qui peut savoir ce que deviennent ces bébés-là plus tard ? J’étais bien fou, apparemment, repartit son mari avec plus de douceur.
– Mais qui donc a de plus beaux et de meilleurs enfants que les nôtres ? Fred est bien au-dessus de tous les jeunes gens que nous voyons ; on entend bien à son langage qu’il a fréquenté un bon collège. Et Rosemonde ? Quelle jeune fille peut lui être comparée ? Voyez-la à côté de n’importe quelle lady des environs ! M. Lydgate, qui a été partout et qui a fré-quenté le meilleur monde, est tombé amoureux d’elle à pre-mière vue, ce n’est pas que je n’eusse souhaité pour Rose-
– 477 – monde un autre fiancé. Elle aurait pu, dans ses visites au de-hors, rencontrer quelqu’un qui eût été pour elle un bien meil-leur parti : je veux dire chez sa compagne de pension, miss Willoughby. Il y a dans cette famille des relations tout aussi belles que celles de M. Lydgate.
– Que le diable emporte vos relations ! dit M. Vincy. J’en ai assez ; je n’ai que faire d’un gendre qui ne se recommande que par ses relations.
– Comment, mon cher ! Vous m’aviez l’air si satisfait de ce mariage ; il est vrai que je n’étais pas à la maison, mais Rosemonde m’a dit que vous n’aviez pas fait la moindre ob-jection à leur engagement. Et elle a déjà commencé à faire des achats pour son trousseau, tout ce qu’il y a de mieux en toile et en batiste.
– Cela ne me regarde pas, dit M. Vincy. C’est assez d’un mauvais garnement de fils qui ne fait rien, sans avoir encore un trousseau à payer cette année. Les temps sont durs pour tout le monde, et chacun est en train de se ruiner. Je jurerais que Lydgate n’a pas le sou. Je ne donnerai pas mon consen-tement à ce mariage. Qu’ils attendent, comme leurs aînés ont attendu.
– Rosemonde en sera très affligée, Vincy, et vous savez qu’il vous est impossible de lui faire de la peine.
– J’en aurai pourtant le courage. Plus tôt cet engage-ment sera rompu, mieux cela vaudra. À la façon dont il s’y prend, je ne crois pas qu’il se fasse jamais de rentes. Il se fait des ennemis, voilà surtout ce que j’entends dire de lui.
– Mais il est très bien vu de M. Bulstrode, mon ami. Je ne doute pas que ce mariage lui plaise.
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– Qu’il plaise au diable ! Ce n’est pas Bulstrode qui paye-ra leur entretien. Et, si Lydgate s’imagine que je vais leur donner de l’argent pour se monter un ménage, il se trompe, voilà tout. Je compte moi-même renoncer bientôt à mes chevaux. Vous feriez bien de prévenir Rosy de ce que je viens de vous dire.
M. Vincy usait souvent de ce procédé. À l’approbation irréfléchie et de bonne humeur du premier moment succé-daient les réflexions plus sages, et il se servait alors des autres pour faire passer sa rétractation désagréable. Toute-fois mistress Vincy, qui ne s’opposait jamais que malgré elle aux désirs de son mari, ne perdit pas de temps, le lendemain matin, à instruire Rosemonde de leur conversation. Rose-monde, en train d’examiner un ouvrage de mousseline, l’écouta en silence, et, quand ce fut fini, elle fit de son cou gracieux un certain mouvement de côté qui était chez elle, aux yeux d’un observateur expérimenté, le signe d’une par-faite obstination.
– Qu’en dites-vous, ma chérie ? demanda sa mère avec une déférence affectueuse.
– Papa ne pense sérieusement rien de tout cela, dit Ro-semonde avec calme. Il a toujours dit qu’il souhaitait me voir épouser l’homme que j’aimerais. J’épouserai M. Lydgate. Voilà sept semaines maintenant que papa a donné son con-sentement. Et j’espère que nous pourrons habiter la maison de mistress Bretton.
– Eh bien, ma chère, c’est à vous de venir à bout de votre père ; vous faites toujours façon de tout le monde. Quant à la maison de mistress Bretton, je la trouve bien grande ; je serais sûrement très heureuse de vous y voir éta-blie, mais elle nécessitera un mobilier considérable, tapis et
– 479 – tout ce qui s’ensuit, sans compter la vaisselle et les cristaux. Et vous savez maintenant que votre père est décidé à ne pas faire de dépenses pour cela. Croyez-vous que M. Lydgate s’y attende ?
– Vous pensez bien, maman, que je n’irais pas le lui de-mander. Il connaît évidemment ses affaires.
– Mais il comptait peut-être sur de l’argent, ma chère, et nous pensions que vous auriez un joli héritage, ainsi que Fred ; et, c’est si affreux maintenant, on n’a plus de plaisir à rien, quand on voit ce pauvre garçon si désappointé et si malheureux.
– Ceci n’a rien à faire avec mon mariage, maman. Il fau-dra que Fred renonce à sa paresse, voilà tout. Je vais aller porter cet ouvrage à miss Morgan, elle fait très bien les our-lets à jour. Je pourrais aussi faire travailler Mary Garth à mon trousseau ; elle coud admirablement. Je tiendrais beau-coup à ce qu’il y eût un ourlet à jour à toutes mes chemises de batiste. Et c’est très long à faire.
Mistress Vincy était bien fondée à croire que Rosemonde viendrait à bout de son père : à part ses dîners et ses chasses, M. Vincy, avec tout son fracas, agissait aussi peu à sa guise qu’un premier ministre. Il était facilement, comme la plupart des hommes florissants et amis du plaisir, entraîné par la force des circonstances, et la circonstance appelée Rose-monde, avec sa toute suave obstination, était particulière-ment puissante.
M. Vincy aurait pu s’enquérir sérieusement des affaires de Lydgate, lui déclarer qu’il n’avait pas d’argent à donner et s’opposer formellement soit à un mariage précipité, soit à un engagement indéfiniment prolongé. C’est très simple et très
– 480 – facile à dire ; mais il en est d’une résolution désagréable prise aux heures froides de la matinée comme de la gelée matinale ; elle persiste rarement sous l’influence réchauf-fante de la journée. Ainsi, dans ce cas particulier, M. Vincy en vint-il à se radoucir singulièrement. Lydgate était trop fier pour s’accommoder de procédés équivoques ou d’insinuations quelconques ; encore moins pouvait-on songer à s’ouvrir franchement à lui. M. Vincy avait de lui une cer-taine crainte respectueuse. Il était flatté jusqu’à un certain point qu’il eût recherché Rosemonde, mais il n’en était pas moins ennuyé d’aborder la question d’argent et de faire ainsi connaître que sa situation n’était pas telle qu’on pouvait le croire ; il lui répugnait enfin d’agir contre les désirs de sa fille. Durant le jour, les affaires l’absorbaient ; plus tard, le dîner, le vin, le whist, la satisfaction générale autour de lui… Pendant ce temps les heures, en s’écoulant, avaient peu à peu raison dans son âme de ses résolutions premières, et fi-nissaient par lui fournir un motif déterminant en faveur de l’inaction : il était vraiment trop tard pour agir.
L’amoureux accepté passait presque toutes ses soirées à la maison de Lowick-Gate, et M. Vincy voyait fleurir sous ses yeux des amours qui ne dépendaient en rien du coffre-fort du beau-père ou du revenu d’une profession. Quelle toile d’araignée que les jeunes amours ! Qui peut dire les points mêmes par lesquels elle s’attache, où se balancent ses fils subtils et entrelacés, attouchement rapide du bout des doigts, rencontres d’éclairs dardés par des prunelles bleues ou noires, phrases interrompues, fugitive rougeur, insaisis-sables mouvements des lèvres, tressaillements impercep-tibles… La toile elle-même est faite de croyances spontanées et de joies indéfinissables, d’aspirations d’une vie vers une autre vie, de visions d’une plénitude complète, d’une infinie confiance. Et Lydgate se reprit à filer cette toile, l’attachant
– 481 – au fond de son cœur dans un élan jeune et rapide, en dépit de sa première expérience et du drame de Laure qui lui avait fait perdre la foi, en dépit aussi de la médecine et de la bio-logie. On a même observé que l’examen des préparations anatomiques et les recherches scientifiques étaient moins incompatibles avec un amour romanesque qu’un appesantis-sement naturel de l’esprit ou un goût prononcé pour la prose grossière. Quant à Rosemonde, elle était dans l’extase, comme le nénufar qui s’aperçoit de l’épanouissement ra-dieux de sa vie, et elle aussi filait de toute son industrie à leur toile commune.
Tout cela se passait dans le coin du salon où se trouvait le piano, et, si subtils qu’en fussent les éléments, la lumière qui en rayonnait en faisait une sorte d’arc-en-ciel visible à bien des yeux observateurs, sans parler de M. Farebrother ; et tout le monde sut bientôt que miss Vincy et M. Lydgate étaient fiancés, sans qu’il fût nécessaire de le publier. La tante Bulstrode sentit se réveiller encore son inquiétude, mais elle s’adressa cette fois à son frère et se rendit à son bureau pour l’y trouver seul, et éviter ainsi les façons étour-dies de sa femme. Les réponses qu’elle obtint ne la satisfirent point.
– Walter, il n’est pas possible, n’est-ce pas, que vous ayez permis tout cela sans vous être informé des chances d’avenir de Lydgate ? dit mistress Bulstrode, en regardant gravement son frère de ses yeux grands ouverts. (Celui-ci était de mauvaise humeur, comme presque toujours à son bureau.) Songez à une jeune fille élevée dans le luxe et d’une façon trop mondaine, je suis fâchée de vous le dire. Com-ment fera-t-elle pour vivre avec un revenu exigu ?
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– Que Dieu me damne, Henriette ! Que puis-je faire quand il arrive des étrangers dans la ville sans ma permis-sion ? Avez-vous fermé votre maison à M. Lydgate ? Buls-trode a contribué plus que personne à le mettre en avant. Je n’ai jamais fait d’embarras à propos de ce jeune homme. Vous seriez mieux venue à en causer avec votre mari qu’avec moi.
– Voyons, sérieusement, Walter, comment M. Bulstrode peut-il être à blâmer ? Je suis sûre qu’il ne désirait pas ce mariage.
– Oh ! si Bulstrode ne l’avait pas amené lui-même par la main, je ne l’aurais jamais invité.
– Mais vous l’avez appelé pour Fred, et ce fut là bien certainement une grâce divine, dit mistress Bulstrode qui perdait le fil de ses idées dans les complications de son sujet.
– Je n’entends rien à la grâce, répondit M. Vincy d’un ton maussade. Je sais que j’ai du tracas chez moi plus que je ne voudrais. J’ai été bon frère pour vous, Henriette, avant que vous épousiez Bulstrode, et je dois avouer qu’il ne té-moigne pas toujours à votre famille les dispositions amicales auxquelles on pouvait s’attendre.
M. Vincy ressemblait peu à un jésuite. Mais il n’est pas de parfait jésuite qui eût tourné plus habilement la question. Henriette eut à défendre son mari au lieu de blâmer son frère, et la conversation finit tout juste à l’antipode de son point de départ.
Mistress Bulstrode, sans répéter à son mari les plaintes de son frère, lui parla, le soir même, de Lydgate et de Rose-monde ; mais il ne partagea pas le vif intérêt qu’elle prenait à l’affaire, et se contenta d’indiquer avec résignation les
– 483 – risques qui accompagnent toujours les débuts de la pratique médicale et la nécessité d’agir avec prudence.
– Notre devoir est sûrement de prier pour cette jeune fille irréfléchie, élevée comme elle l’a été, dit mistress Buls-trode, désireuse d’éveiller un peu les sentiments de son mari.
– Certainement, ma chère. Ceux qui n’appartiennent pas au monde ne peuvent guère faire autre chose pour arrêter dans leurs erreurs les mondains obstinés. C’est ce qu’il faut nous habituer à reconnaître avec la famille de votre frère. Il m’était permis de souhaiter que M. Lydgate ne s’engageât pas dans une semblable union ; mais mes relations avec lui sont limitées à l’emploi de ses facultés pour le service de Dieu, dans la voie que nous trace le gouvernement divin par chacune de ses grâces.
Mistress Bulstrode ne répondit pas, attribuant le mécon-tentement qu’elle ressentait à la grâce divine qui lui man-quait. Elle était bien convaincue que son mari était un de ces hommes dont, après leur mort, on écrirait les mémoires. Quant à Lydgate, une fois agréé, il était prêt à accepter pour sa part toutes les conséquences qu’il s’imaginait prévoir avec la plus parfaite netteté. Il allait se marier dans un an sans doute, peut-être même dans six mois. Ce n’était pas ce qu’il avait compté faire ; mais ses autres projets n’en souffriraient pas, il faudrait simplement les plier aux circonstances. Les préparatifs du mariage s’accomplissaient selon la règle ordi-naire. Il fallait songer à une maison ; ayant entendu Rose-monde parler avec admiration de la maison de la vieille mis-tress Bretton, située dans Lowick-Gate, Lydgate s’en occupa dès qu’elle fut devenue vacante par la mort de cette vieille dame, et entra en pourparlers pour l’obtenir.
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Tout cela était pour lui secondaire ; il le faisait à peu près comme il donnait des instructions à son tailleur pour chaque détail nécessaire à l’ensemble parfait d’un costume, et sans penser qu’il pût y avoir la moindre extravagance dans sa conduite. Au contraire, il eût dédaigné toute ostentation de dépense : sa profession l’avait familiarisé avec tous les degrés de la pauvreté, et il prenait souci de tous ceux qui avaient des privations à endurer. Il lui eût été bien indifférent de s’asseoir à une table où l’on aurait fait passer une saucière ébréchée et ne se fût rien rappelé d’un grand dîner, sinon qu’il s’y était trouvé en compagnie d’un homme d’esprit. Mais l’idée ne lui était jamais venue qu’il pût vivre sur un autre pied que ce qu’il appelait le pied ordinaire, avec des cristaux verts pour le vin du Rhin et un service de table irré-prochable. Lydgate n’était radical que pour les réformes de médecine et les recherches scientifiques. Pour tout ce qui appartenait à la vie pratique, il allait, par le fait d’une habi-tude héréditaire, dominé d’une part par cet orgueil personnel et cet égoïsme irréfléchi que nous avons appelé plus haut le côté faible de sa nature, de l’autre par cette naïveté qui pro-venait chez lui de la préoccupation constante des hautes idées qui lui tenaient au cœur.
Tous les débats intérieurs qu’amenait chez Lydgate cet engagement, qui l’avait pris comme au dépourvu, tenaient au manque de temps plutôt qu’au manque d’argent. Il est cer-tain que le fait d’être amoureux et d’être toujours attendu par une personne que l’on retrouvait chaque fois plus jolie que le souvenir ne vous la représentait, nuisait à l’emploi assidu de ces heures de loisir, dont quelque « piocheur allemand » pro-fitait peut-être pendant ce temps pour arriver à la grande, à l’imminente découverte. Il y avait là une raison pour ne pas différer le mariage, et Lydgate s’en expliqua avec
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M. Farebrother, un jour que le vicaire en venant le voir le raillait doucement sur le désordre de sa table de travail :
– Éros a dégénéré ; il a commencé par introduire l’ordre et l’harmonie et maintenant il apporte le chaos.
– Oui, momentanément, dit Lydgate avec un sourire, tout en préparant le microscope pour son ami. Mais un ordre meilleur s’établira bientôt.
– Bientôt ? fit le vicaire.
– Je l’espère, en vérité. Cet état d’incertitude dévore beaucoup de temps, et, pour qui s’est voué à la science, chaque instant est une occasion à saisir. Je suis sûr que le mariage est ce qui convient le mieux à un homme qui veut travailler sérieusement. Il a chez lui tout le nécessaire, il n’a à se préoccuper de rien pour lui-même. Il y trouve le calme et l’indépendance.
– Quel animal enviable vous êtes, dit le vicaire, d’avoir une telle perspective devant vous : Rosemonde, le calme, l’indépendance, voilà votre lot… et me voici, moi, avec ma pipe et mes animalcules pour tout bien.
Lydgate garda le silence sur un autre motif qui lui faisait désirer d’abréger le temps de ses fiançailles. Il était passa-blement irrité, même avec le vin de l’amour fermentant dans ses veines, d’avoir à se mêler si souvent aux réunions de fa-mille des Vincy, à entrer autant dans les commérages, la gaieté sans répit, les parties de whist et la platitude générale de Middlemarch. Lydgate était forcé de s’avouer qu’il s’abaissait un peu, dans ses rapports avec la famille de Ro-semonde. Mais cette exquise créature souffrait elle-même de la même manière, et c’était une pensée délicieuse de se dire
– 486 – que, en l’épousant, il transplanterait son âme dans le sol dont elle avait besoin.
– Chérie ! lui dit-il un soir de sa voix la plus douce en s’asseyant près d’elle et plongeant ses yeux dans les siens.
Mais je dois dire d’abord qu’il l’avait trouvée seule au salon, où la grande et antique fenêtre, large ouverte, laissait arriver les senteurs d’été du jardin. Ses parents étaient allés à une invitation et tous les autres s’étaient échappés avec les papillons du dehors.
– Chérie, vous avez les yeux rouges.
– Vraiment ? dit Rosemonde. Je me demande pourquoi. Il n’était pas dans sa nature de révéler immédiatement aux autres ses désirs ou ses chagrins. Ils ne se dévoilaient que gracieusement et après qu’on l’avait priée et sollicitée.
– Comme si vous pouviez me le cacher ! dit Lydgate, po-sant tendrement sa main sur les petites mains de Rose-monde. Croyez-vous que je ne voie pas cette petite larme sur un de vos cils ? Il y a des choses qui vous chagrinent et vous ne me les dites pas. C’est un manque de confiance.
– Pourquoi vous dirais-je ce que vous ne pouvez chan-ger ? Il y a de ces petites choses tous les jours ; il y en a eu peut-être un peu plus dans ces derniers temps.
– Des ennuis de famille ? Ne craignez pas de m’en par-ler ; je les devine.
– Papa s’est montré plus irritable tous ces jours. Fred l’exaspère, et, ce matin, il y a eu une nouvelle querelle, parce que Fred nous menace de chercher une profession au-dessous de lui, sans plus tenir compte de l’éducation qu’il a reçue, et puis…
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Rosemonde hésita et une légère rougeur se répandit sur ses joues. Lydgate ne l’avait jamais vue en peine depuis le jour où ils s’étaient engagés l’un à l’autre, et jamais il ne l’avait aimée aussi passionnément. Il baisa doucement, comme pour les encourager, les lèvres hésitantes.
– Je sais que papa n’est pas très satisfait de notre enga-gement, continua Rosemonde presque à voix basse. Il a dit hier au soir qu’il vous parlerait pour vous prier d’y renoncer.
– Voulez-vous y renoncer ? dit Lydgate avec une sou-daine énergie et presque avec colère.
– Je ne renonce jamais à rien de ce que j’ai choisi, dit Rosemonde, recouvrant son calme au seul toucher de cette corde.
– Dieu vous bénisse ! dit Lydgate en l’embrassant en-core. (Cette persistance de résolution dont elle faisait preuve au bon moment était adorable.) Il continua : – Il est trop tard maintenant pour que votre père nous demande de rompre. Vous êtes majeure et je vous réclame comme m’appartenant. Si on fait la moindre chose qui puisse vous rendre malheu-reuse, c’est une raison de hâter notre mariage.
Un ravissement manifeste s’échappa des yeux bleus qui rencontraient les siens, et cet éclat sembla éclairer tout son avenir d’un doux rayon de soleil. Le bonheur idéal, ce bon-heur des nuits arabes, où vous êtes invité à quitter le travail et le trouble de la rue pour un paradis où tout vous est donné sans vous coûter d’effort, semblait ne plus dépendre que de quelques semaines de plus ou de moins.
– Pourquoi différer encore ? continua-t-il avec une ar-dente insistance. J’ai la maison maintenant, et le reste pour-ra être prêt en peu de temps, n’est-ce pas ? Vous ne vous
– 488 – souciez pas de nouvelles toilettes ? Il sera bien temps de les acheter après ?
– Quelles idées originales vous avez, vous autres sa-vants, dit Rosemonde qui laissa voir ses fossettes avec un rire plus franc que de coutume, en entendant cette plaisante énormité. C’est la première fois de ma vie que j’entends par-ler d’acheter un trousseau après le mariage.
– Mais vous ne voulez pas dire que vous me feriez at-tendre des mois, uniquement pour des toilettes ? dit Lydgate, trouvant que Rosemonde le tourmentait avec grâce et crai-gnant qu’elle ne reculât vraiment devant un mariage trop prompt. Rappelez-vous que nous avons devant nous un bon-heur plus grand encore que notre bonheur présent, toujours ensemble, indépendants des autres et nous arrangeant une vie à notre gré. Venez, chérie, dites-moi quand vous pourrez être tout à fait à moi.
Il y avait dans la voix de Lydgate une supplication grave et calme, comme s’il craignait qu’elle ne lui fît tort par des délais fantastiques. Rosemonde devint sérieuse aussi et légè-rement pensive ; le fait est qu’elle repassait dans son esprit bien des complications de bordures de dentelles, de lingerie et de plissés de jupons, afin de pouvoir donner une réponse au moins approximative.
– Six semaines seraient bien suffisantes, dites-moi, Ro-semonde ? insista Lydgate, laissant aller sa main pour l’entourer doucement de son bras.
Elle se mit à lisser rapidement ses cheveux de sa petite main, en même temps qu’elle inclinait le cou dans une atti-tude pensive ; puis elle dit sérieusement :
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– Il y aurait encore à préparer le linge et l’ameublement de la maison. Mais maman pourra s’en occuper pendant que nous serons absents.
– Oui, certainement. Nous resterons bien absents une semaine ou à peu près.
– Oh ! plus que cela, dit Rosemonde gravement.
Elle pensait à ses robes du soir pour sa visite chez sir Godwin Lydgate, cette visite à laquelle en secret elle avait toujours formé le rêve délicieux de consacrer le quart au moins de sa lune de miel, si même elle différait la connais-sance d’un autre oncle, docteur en théologie (sorte de posi-tion plus simple, mais encore fort agréable, lorsqu’elle s’appuie sur la noblesse du sang). Elle regarda son amoureux d’un air de remontrance étonné, et il comprit qu’elle désirait prolonger le doux temps de leur solitude à deux.
– Tout ce que vous voudrez, ma bien-aimée, quand le jour sera fixé ; mais prenons une décision et mettons fin à tous les ennuis dont nous souffrons. Six semaines ! n’est-ce pas tout à fait suffisant ?
– Je pourrai certainement presser un peu tout le travail. Voulez-vous alors le dire à mon père ? Peut-être vaudrait-il mieux lui écrire… ?
Elle rougit et le regarda comme nous regardent les fleurs du jardin, quand nous nous promenons joyeux au milieu d’elles dans la lumière glorieuse du soir. N’y a-t-il pas une âme au delà de ce que peuvent exprimer les paroles, moitié nymphe, moitié enfant, cachée dans ces pétales délicats qui brillent et qui respirent sous leurs vives couleurs ?
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Il toucha de ses lèvres son oreille et une petite place de son cou, et ils restèrent silencieux pendant quelques minutes qui passèrent devant eux comme un petit ruisseau murmu-rant qui reçoit les baisers du soleil. Rosemonde pensait que personne ne pouvait être plus éprise qu’elle ne l’était ; et Lydgate pensait qu’après toutes ses erreurs et son absurde crédulité il avait rencontré la perfection chez la femme. Il lui semblait qu’il recevait déjà cette affection exquise, enchaînée à lui, d’une créature accomplie qui respecterait ses loisirs élevés et ses travaux puissants sans les contrarier jamais ; qui, sans faire de bruit, apporterait de l’ordre dans la maison et dans les comptes comme par magie, toujours prête cepen-dant à toucher son luth à toute heure pour faire de la vie une harmonie ; instruite dans les limites qui conviennent à la femme sans les dépasser d’un cheveu, docile par conséquent et prête à obéir aux ordres qui lui viendraient d’au delà de cette limite. Maintenant, plus que jamais, il était clair que son idée de rester garçon avait été une erreur, le mariage était non point un obstacle mais un encouragement au tra-vail. Et, le lendemain, comme il accompagnait un malade à Brassing, il y vit par hasard un service de table qui lui parut être si parfaitement ce qu’il désirait qu’il l’acheta sur-le-champ. On gagnait du temps à faire ces choses ainsi au mo-ment où elles vous passaient par l’esprit, et, de plus, Lydgate détestait la faïence grossière. Le service en question était cher, mais c’était peut-être le défaut de tous les services de table. L’aménagement d’une maison était nécessairement coûteux, mais c’était une dépense qu’on ne faisait qu’une fois.
– Ce doit être ravissant, dit mistress Vincy quand Lyd-gate lui parla de son emplette. Tout juste ce qu’il faut pour Rosy. J’espère, par la grâce du ciel, qu’il ne sera pas cassé.
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– Il faudra pour cela des domestiques qui ne cassent rien, dit Lydgate.
Ils avaient jugé inutile, d’ailleurs, de mettre mistress Vincy au courant de leurs projets ; celle-ci ne voyait pas vo-lontiers les choses en noir, et, contente de son sort d’épouse, n’éprouvait guère que de l’orgueil du mariage de sa fille. Mais Rosemonde avait de bonnes raisons pour suggérer à Lydgate d’en appeler par lettre à son père. Elle prépara l’arrivée de la lettre en accompagnant M. Vincy le lendemain matin à l’entrepôt et en lui disant que M. Lydgate désirait se marier sans trop attendre.
– Quelle sottise, ma chère ! répliqua celui-ci. Quelle for-tune a-t-il pour se marier ? Il serait bien plus sage de renon-cer à cet engagement, je vous l’ai déjà dit assez clairement. Est-ce la peine d’avoir reçu une si bonne éducation pour épouser maintenant un pauvre diable ? C’est pénible pour un père.
– M. Lydgate n’est pas un pauvre diable, papa. Il a ache-té la clientèle de M. Peacock qui rapporte, dit-on, huit à neuf cents livres par an.
– Sornettes que tout cela ! Qu’est-ce que c’est que d’acheter une clientèle ? Il pourrait aussi bien acheter les hi-rondelles du printemps prochain. Tout cela lui filera entre les doigts.
– Au contraire, papa, il augmentera sa clientèle. Vous voyez comme on l’a fait appeler chez les Chettam et chez les Casaubon.
– Qu’il sache bien au moins que je ne vous donnerai rien… Cette déception avec Fred, et le Parlement qui va être
– 492 – dissous, et ces machines qui cassent partout, et une élection qui approche…
– Cher papa, qu’est-ce que cela peut avoir à faire avec mon mariage ?
– Cela a beaucoup à faire avec votre mariage. Nous sommes tous exposés à nous trouver ruinés, avec ce qui se passe. Le pays est dans un état qui le ferait croire. Il y a des gens qui disent que c’est la fin du monde et je veux être pen-du si je ne trouve pas que cela en ait l’air. Dans tous les cas, ce n’est pas le moment pour moi de retirer de l’argent de mes affaires, et je souhaiterais que Lydgate en fût averti.
– Je ne crois pas qu’il s’attende à rien, papa. Il a de si hautes relations qu’il est assuré de faire son chemin d’une manière ou d’une autre. Il est engagé dans la poursuite de découvertes scientifiques.
M. Vincy garda le silence.
– Je ne puis renoncer à ma seule espérance de bonheur, papa. M. Lydgate est un gentleman. Je ne pourrais jamais aimer personne qui ne fût un parfait gentleman. Vous ne dé-sirez pas me voir tomber dans une maladie de langueur comme cela est arrivé à Arabella Hawley. Et je ne change jamais de résolution, vous le savez.
Son père continuait à garder le silence.
– Promettez-moi, papa, que vous consentirez à ce que nous désirons. Nous ne renoncerons jamais l’un à l’autre, et rappelez-vous que vous avez toujours été contraire aux longues fiançailles et aux mariages tardifs.
Quelques instants se passèrent encore à discuter ainsi jusqu’à ce que M. Vincy, ébranlé, dît enfin :
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– Eh bien, eh bien, mon enfant, j’attendrai qu’il m’écrive avant de lui donner ma réponse.
Et Rosemonde ne douta pas d’avoir gagné sa cause.
M. Vincy, dans sa réponse, se borna à peu près à de-mander que Lydgate contractât une assurance sur la vie, demande immédiatement accordée. C’était une mesure tout à fait rassurante, dans le cas où Lydgate viendrait à mourir ; mais, pour le présent, et en soi-même, ce n’était vraiment pas une ressource. Tout parut pourtant s’arranger d’une fa-çon satisfaisante pour le mariage de Rosemonde, et les achats ordinaires se faisaient avec beaucoup d’ardeur, non pas cependant sans mainte délibération. Une fiancée qui se dispose à rendre visite à un baronnet ne peut se dispenser de quelques mouchoirs de haute élégance ; mais, en dehors de la demi-douzaine, tout à fait indispensable, Rosemonde se trouva satisfaite, sans aller jusqu’à la toute première qualité de guipure et de valenciennes. Lydgate, de son côté, trou-vant que la somme de huit cents livres dont il disposait était bien ébréchée depuis son arrivée à Middlemarch, se priva de certain plat d’ancien style qu’on lui montra à l’établissement Kibble, de Brassing, où il avait fait emplette de couverts. Il était trop fier pour compter sur une avance de M. Vincy pour monter sa maison ; et, bien que certaines notes dussent res-ter à régler, puisqu’il n’était pas nécessaire de tout payer comptant, il ne perdit pas son temps en conjectures sur la dot que pourrait bien donner son beau-père.
Il ne voulait rien faire d’extravagant, mais il fallait ache-ter les choses indispensables, et c’eût été de l’économie mal entendue que de les acheter médiocres.
Tous ces détails n’étaient pourtant que des accessoires. Lydgate prévoyait que sa science et sa profession étaient les
– 494 – seuls objets qu’il poursuivrait avec enthousiasme ; mais il ne se voyait pas les poursuivant dans une maison comme celle de Wrench, par exemple, avec toutes les portes ouvertes, des toiles cirées usées, les enfants en tablier sale et le lunch traî-nant sur la table sous forme de cuirasses, de couteaux à manches noirs et de dessous de plats en jonc.
Rosemonde, de son côté, avait l’esprit occupé de conjec-tures que sa rapide intuition l’avertissait toujours de ne pas dévoiler trop franchement.
– Je serais si heureuse de connaître votre famille, dit-elle un jour qu’ils causaient ensemble de leur voyage de noces. Nous pourrions peut-être aller dans une direction qui nous permît de la voir en revenant. Lequel de vos oncles préférez-vous ?
– Oh ! mon oncle Godwin, je crois. C’est un bon vieux bonhomme.
– C’est chez lui, à Quallingham, que vous étiez toujours, n’est-ce pas ? Que j’aimerais à voir ces lieux et tout ce qui vous entourait autrefois. Votre oncle sait-il que vous allez vous marier ?
– Non, dit Lydgate insouciamment.
– Faites-le-lui savoir par un mot, méchant neveu irres-pectueux. Il vous demandera peut-être de m’amener à Qual-lingham, et alors vous me promènerez par toute la propriété et je pourrai me figurer que je vous vois comme quand vous étiez enfant. Souvenez-vous que vous me voyez dans ma maison telle qu’elle a toujours été depuis mon enfance. Il ne serait pas bien que je restasse si ignorante de la vôtre. Mais peut-être serez-vous un peu honteux de moi, j’oubliais cela.
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Lydgate lui sourit tendrement et même accepta l’idée que le plaisir orgueilleux de faire voir une si charmante fian-cée valait bien quelque sacrifice. Et il commença à penser qu’il aimerait à revoir avec Rosemonde les lieux de son en-fance.
– Je lui écrirai, alors, mais mes cousins sont de vraies corvées.
Il semblait magnifique à Rosemonde de pouvoir parler si légèrement de la famille d’un baronnet, et elle était ravie de la perspective de pouvoir les traiter de même pour son compte.
Mais sa mère, quelques jours plus tard, faillit tout com-promettre en disant :
– J’espère que votre oncle, sir Godwin, ne regardera pas Rosemonde avec dédain, monsieur Lydgate. Il ferait peut-être quelque chose de bien, j’ai idée. Un millier de livres ou deux ne comptent pas pour un baronnet.
– Oh ! maman ! s’écria Rosemonde en rougissant jusqu’au blanc des yeux ; et Lydgate la plaignit tant qu’il garda le silence, et s’en alla, à l’autre bout de la chambre, examiner une gravure avec intérêt, comme s’il n’eût rien compris et rien entendu.
Maman reçut ensuite une petite leçon filiale et se montra soumise comme toujours. Mais Rosemonde se dit que, si ja-mais quelqu’un de ses cousins les aristocrates, qu’on appelait des « corvées », venait à passer à Middlemarch, il verrait dans sa famille à elle bien des choses qui pourraient les cho-quer. Aussi lui semblait-il désirable que Lydgate obtînt tôt ou tard quelque belle situation ailleurs, et ce ne pouvait être une chose bien difficile pour un homme qui avait un oncle titré,
– 496 – et qui était engagé dans des travaux scientifiques. Lydgate, vous le voyez, avait entretenu Rosemonde de l’ardeur des espérances où il plaçait le but élevé de sa vie, et il avait trouvé délicieux d’être écouté d’une créature qui lui apporte-rait ce doux appui d’une affection faite pour remplir le cœur – beauté, repos, un secours semblable à celui que nos pen-sées puisent dans le ciel d’été et dans les prés bordés de fleurs.
Lydgate se fiait beaucoup à la différence psychologique qui existe entre ce que nous avons appelé par amour de la variété : l’oie et le jars ; – surtout à la soumission innée de l’oie, s’accordant merveilleusement avec la force du jars !
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