Seras-tu là ?

Guillaume Musso · Chapitre 6 sur 26

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Seras-tu là ?

Chapitre 4

Et garde les rêves, (...). Tu ne peux jamais savoir à quel moment tu en auras

besoin.

Carlos Ruiz Zafon

San Francisco

Septembre 2006

Elliott a 60 ans

La nuit était tombée depuis longtemps lorsque Elliott arriva à la Marina. Il se gara dans son allée et pénétra dans la jolie maison méditerranéenne qu'il habitait depuis trente ans. Dès son entrée, un détecteur de présence actionna automatiquement l'éclairage intérieur : une lumière bleutée ondulante qui donnait l'impression que la pièce baignait dans le reflet des vagues.

Le médecin traversa le séjour et la bibliothèque avant d'atteindre la cuisine. Depuis le départ de sa fille pour New York, la maison était vide et calme. Rastaquouère, son vieux labrador, était mort depuis douze ans et aucun animal ne l'avait jamais remplacé. Dans le réfrigérateur, Elliott attrapa une bouteille de vin blanc et s'en servit un verre. À cause de la douleur qui irradiait de ses reins, il monta difficilement la volée de marches métalliques qui conduisait à l'étage. Il s'arrêta quelques secondes dans sa chambre et ouvrit le tiroir de sa table de nuit pour s'emparer du flacon de pilules auquel il n'avait cessé de penser toute la journée.

Il sortit ensuite dans le jardin en terrasse qui offrait une vue spectaculaire sur le port de plaisance et la baie.

Avec plaisir, il retrouva les ululements familiers du Wave Organ, une drôle de construction à la pointe de la digue qui produisait des sons aléatoires au rythme des vagues qui s'engouffraient dans ses tuyaux.

Un truc comme ça ne peut exister qu’à San Francisco,  pensa-t-il en s'installant dans son vieux fauteuil en osier.

Le vent qui balayait son visage le fit frissonner. Comme il l'avait fait le matin même, il regarda les neuf pilules du flacon avec un mélange de fascination et d'incrédulité.

Il ne savait pas du tout ce qu'elles contenaient, mais il avait très envie de retenter l'expérience de la veille. À vrai dire, il ne se faisait pas d'illusion : ces pilules n'étaient sans doute pour rien dans son rêve de la nuit précédente.

N'empêche que c'était tentant de réessayer...

Lentement, il fit tomber l'une des gélules au creux de sa main et eut un ultime moment d'hésitation.

Et si c'était du poison ou une de ces saloperies exotiques qui lui brouillerait l'esprit ?

Possible, mais que risquait-il vraiment ? De toute façon, le cancer aurait bientôt sa peau.

Un peu plus tôt ou un peu plus tard...  pensa-t-il en avalant le comprimé avec une gorgée de vin.

D'abord, il ne se passa rien. Il se cala plus profondément dans son fauteuil et attendit. La maladie le faisait se sentir vieux et usé.

Il se repassa mentalement le film des dernières heures, songeant à sa décision soudaine et douloureuse de ne plus opérer après la fin du mois.

Journée de merde, pensa-t-il avant de fermer les yeux.

Et de s'endormir...