Un rien peut tout changer (French Edition)

James Clear · Chapitre 12 sur 25

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Un rien peut tout changer (French Edition)

La 3e loi

 

La facilité

 

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Avancez lentement, mais sans revenir en

 

arrière

 

Le premier jour de classe, Jerry Uelsmann, professeur à l’université de

Floride, répartit ses étudiants en photographie argentique en deux groupes.

Tous les élèves du côté gauche de la classe appartenaient au groupe «

Quantité ». Ils seraient notés uniquement en fonction de la quantité de

travail produite. Le dernier jour de classe, il comptabiliserait le nombre de

photos soumises par chaque élève. Cent photos donneraient la note A,

quatre-vingt-dix photos donneraient la note B, quatre-vingts photos

donneraient la note C, etc.

Quant aux élèves du côté droit de la salle, ils étaient affectés au groupe «

Qualité » et seraient notés uniquement en fonction de l’excellence de leur

travail. Ils n’auraient besoin que d’une photo au cours du semestre, mais

pour obtenir un A, il faudrait que l’image soit presque parfaite.

À la fin de la période, il fut surpris de constater que toutes les meilleures

photos avaient été créées par le groupe Quantité. Au cours du semestre, ces

étudiants avaient pris beaucoup de photos, avaient expérimenté la

composition et l’éclairage, avaient testé diverses méthodes dans la chambre

noire et avaient tiré des leçons de leurs erreurs. En prenant des centaines de

photos, ils avaient perfectionné leurs compétences. Pendant ce temps, le

groupe Qualité misait sur la perfection. En fin de compte, ces élèves

n’avaient pas grand-chose à exposer, excepté des théories non vérifiées et

une photo plutôt médiocre 15 .

Il est facile de s’empêtrer dans une recherche de conduite optimale à

adopter : le moyen le plus rapide de perdre du poids, le meilleur programme

pour développer sa musculature, l’idée parfaite pour développer un moyen

astucieux de gagner de l’argent… Nous sommes tellement concentrés sur la

meilleure approche à adopter que nous n’agissons jamais. Comme

l’écrivit Voltaire : « Le mieux est l’ennemi du bien. »

J’appelle cela la différence entre être en mouvement et être dans l’action.

Les deux idées semblent similaires, mais elles ne le sont pas. Lorsque vous êtes en mouvement, vous planifiez, développez des stratégies et apprenez.

Ce sont toutes de bonnes choses, mais elles ne produisent pas de résultats.

En revanche, l’action est le type de comportement qui produira un résultat.

Si je présente vingt idées d’articles que je veux écrire, je suis en mouvement

. Si je m’assieds et j’écris un article, je suis dans l’action . Si je recherche

un meilleur régime alimentaire et lis quelques livres sur le sujet, je suis en

mouvement . Si je mange réellement un repas sain, je suis dans l’action .

Parfois, le mouvement est utile, mais il ne produira jamais de résultats en

soi. Peu importe le nombre de fois où vous allez parler à votre coach

personnel, ce mouvement ne vous mettra jamais en forme. Seul le travail

d’entraînement permettra d’obtenir le résultat escompté.

Si le mouvement ne donne pas de résultats, pourquoi le faisons-nous ?

Parfois, nous le faisons parce que nous devons planifier ou en apprendre

davantage sur un sujet. Mais le plus souvent, nous le faisons parce que le

mouvement nous permet de sentir que nous progressons sans courir le

risque d’un échec. Nous sommes pour la plupart experts en esquive des

critiques. Nous supportons difficilement d’échouer ou d’être jugés

publiquement. Nous avons donc tendance à éviter les situations où cela

pourrait se produire. Et c’est la principale raison pour laquelle vous vous

mettez en mouvement plutôt que de passer à l’action : vous voulez retarder

l’échec.

Il est facile d’être en mouvement et de se convaincre qu’on fait toujours

des progrès. Vous pensez : « Je mène actuellement des négociations avec

quatre clients potentiels. C’est plutôt positif. Nous allons dans la bonne

direction. » Ou : « J’ai réfléchi à quelques idées pour le livre que je veux

écrire. Les choses prennent forme. »

Le mouvement vous donne l’impression de faire avancer les choses. Mais

en réalité, vous vous préparez à faire quelque chose. Lorsque la préparation

devient une forme de procrastination, vous devez changer quelque chose.

Vous ne devez pas simplement planifier. Vous devez mettre en pratique.

Si vous voulez maîtriser une habitude, la clé est de commencer par la

répétition, et non par la perfection. Vous n’avez pas besoin de définir toutes

les caractéristiques d’une nouvelle habitude. Vous avez juste besoin de la

mettre en pratique. C’est la première version de la 3e loi : la répétition. Combien de temps faut-il pour créer une nouvelle

 

habitude ?

 

La formation d’une habitude est le processus par lequel un comportement

devient de plus en plus automatique par la répétition. Plus vous répétez une

activité, plus la structure de votre cerveau se modifie pour devenir de plus

en plus efficace dans cette activité. Les neuroscientifiques appellent cela la

potentialisation à long terme, qui fait référence au renforcement des

connexions entre les neurones du cerveau sur la base de modèles d’activité

récents. À chaque répétition, la signalisation d’une cellule à l’autre

s’améliore et les connexions neuronales se resserrent. Décrit pour la

première fois par le neuropsychologue Donald Hebb en 1949, ce

phénomène est connu sous le nom de loi de Hebb : « Les neurones stimulés

en même temps sont liés. »

Répéter une habitude entraîne des changements physiques évidents dans le

cerveau. Chez les musiciens, le cervelet (essentiel pour les mouvements

physiques, comme gratter une corde de guitare ou manipuler un archet de

violon) est plus gros que chez les non-musiciens. Les mathématiciens,

quant à eux, ont plus de matière grise dans le lobule pariétal inférieur, qui

joue un rôle clé dans le calcul. Sa taille est directement corrélée au temps

consacré à la discipline ; plus le mathématicien est âgé et expérimenté, plus

la matière grise augmente.

Lorsque des scientifiques ont analysé le cerveau des chauffeurs de taxi à

Londres, ils ont constaté que l’hippocampe, une région du cerveau

impliquée dans la mémoire spatiale, était considérablement plus

volumineux chez leurs sujets que chez les non-chauffeurs de taxi. Plus

étonnant encore, la taille de l’hippocampe diminuait lorsque le chauffeur de

taxi prenait sa retraite. Tout comme les muscles du corps réagissent à la

musculation, certaines régions du cerveau s’adaptent à mesure qu’elles sont

sollicitées et s’atrophient lorsqu’elles ne sont plus mobilisées.

Bien sûr, l’importance de la répétition dans la mise en place des habitudes

a été reconnue bien avant que les neuro scientifiques ne commencent à faire

des recherches. En 1860, le philosophe anglais George H. Lewes indiquait :

« En apprenant à parler une nouvelle langue, à jouer d’un instrument de

musique ou à effectuer des mouvements inhabituels, on éprouve de grandes

difficultés, car les canaux par lesquels chaque sensation doit passer ne sont

pas encore mis en place. Mais à peine les répétitions fréquentes ont-elles débuté que ces difficultés disparaissent ; les actions deviennent tellement

automatiques qu’elles peuvent être exécutées alors que l’esprit est ailleurs.

» Le bon sens et les preuves scientifiques s’accordent sur ce point : la

répétition est une forme de changement.

Chaque fois que vous répétez une action, vous activez un circuit neuronal

particulier associé à cette habitude. Cela signifie que la simple intégration

de vos répétitions est l’une des étapes les plus critiques pour codifier une

nouvelle habitude. Ainsi, dans l’exemple cité précédemment, les étudiants

qui avaient pris des centaines de photos ont amélioré leurs compétences,

contrairement à ceux qui ont simplement théorisé sur des photos parfaites.

Un groupe s’est engagé dans la pratique active, l’autre dans l’apprentissage

passif. L’un était dans l’action, l’autre était en mouvement.

Toutes les habitudes suivent une trajectoire similaire, de la pratique

assidue au comportement automatique, un processus qu’on appelle

l’automaticité. L’automaticité est la capacité à adopter un comportement

sans penser à chaque étape, ce qui se produit lorsque l’inconscient prend le

relais.

Cela ressemble à quelque chose comme ça :

 

FIGURE 11 : Au début (point A), une habitude nécessite beaucoup d’efforts et de concentration pour être efficace. Après quelques répétitions (point B), elle devient plus facile, mais requiert toujours une attention consciente. Avec suffisamment de pratique (point C), l’habitude devient plus automatique que consciente. Au-delà de ce seuil, le comportement (la ligne de l’habitude) peut s’exécuter plus ou moins sans réfléchir. Une nouvelle habitude vient d’être créée.

 

Sur la page suivante, vous verrez comment les chercheurs suivent le

niveau d’automaticité pour une habitude réelle, comme marcher dix

minutes chaque jour. La forme de ces graphiques, que les scientifiques

appellent des courbes d’apprentissage, révèle une vérité importante sur le

changement de comportement : les habitudes se forment en fonction de la

fréquence et non du temps.

 

FIGURE 12 : Ce graphique illustre le processus quotidien d’une personne qui a l’habitude de marcher dix minutes après le petit déjeuner. Notez que plus le nombre de répétitions augmente, plus l’automaticité augmente, jusqu’à ce que le comportement soit aussi simple et automatique que possible.

 

L’une des questions les plus fréquentes que j’entends est la suivante : «

Combien de temps faut-il pour créer une nouvelle habitude ? » Mais ce que

les gens devraient véritablement se demander, c’est : « Combien de

répétitions faut-il pour créer une nouvelle habitude ? »

Il n’y a pas de formule magique pour calculer le temps nécessaire à la

formation des habitudes. Peu importe que vous mettiez vingt et un, trente ou cent jours à l’adopter. Ce qui compte, c’est la vitesse à laquelle vous

mettez en pratique votre comportement. Vous pouvez faire quelque chose

deux fois en trente jours ou deux cents fois. C’est la fréquence qui fait la

différence. Vos habitudes actuelles ont été intériorisées au cours de

centaines, voire de milliers de répétitions. Les nouvelles habitudes exigent

le même niveau de fréquence. Vous devez enchaîner suffisamment de

tentatives réussies jusqu’à ce que le comportement soit bien ancré dans

votre esprit et que vous franchissiez la ligne de l’habitude.

En pratique, peu importe le temps qu’il faut à une habitude pour devenir

automatique. Ce qui compte, c’est que vous preniez les mesures nécessaires

pour progresser. Le fait qu’une action soit entièrement automatique reste

secondaire.

Pour créer une habitude, vous devez la mettre en pratique. Le moyen le

plus efficace pour cela est de respecter la 3e loi du changement de

comportement : facilitez-vous la vie. Les chapitres suivants vous

montreront comment faire.

 

La 3e loi du changement de comportement est la facilité.

La forme d’apprentissage la plus efficace est la pratique, pas la

planification.

Concentrez-vous sur l’action, et non sur le mouvement.

La formation d’habitudes est le processus par lequel un comportement

devient de plus en plus automatique par la répétition.

La durée pendant laquelle vous avez mis en pratique une habitude

n’est pas aussi importante que le nombre de fois où vous l’avez mise

en pratique.

 

15 Une anecdote similaire est rapportée dans le livre Art & Fear de David Bayles et Ted Orland. Elle a été adaptée ici sur leur autorisation. Voir les notes en fin d’ouvrage pour une explication complète.

 

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