Un rien peut tout changer (French Edition)
Les fondamentaux
Pourquoi de petits changements ont un
impact énorme
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1
Le pouvoir surprenant des petites
habitudes
Le destin de la British Cycling, instance dirigeante du cyclisme
professionnel en Grande-Bretagne, bascula un beau jour de 2003.
L’organisation avait récemment engagé Dave Brailsford au poste de
directeur de la performance. Cela faisait près d’un siècle que les cyclistes
professionnels britanniques brillaient par leur médiocrité. Depuis 1908, ils
n’avaient remporté qu’une seule médaille d’or aux jeux Olympiques et leurs
résultats n’étaient guère plus brillants dans la plus prestigieuse des courses
cyclistes, le Tour de France. En cent dix ans, aucun cycliste britannique
n’était monté sur la plus haute marche du podium.
D’ailleurs, les performances des coureurs britanniques étaient si
déplorables que l’une des plus grandes marques européennes avait tout
bonnement refusé de vendre des vélos à l’équipe, de peur que cela nuise à
son image de marque si les autres professionnels voyaient que les
Britanniques utilisaient son équipement.
Dave Brailsford avait été recruté pour apporter un nouveau souffle au
cyclisme britannique. Ce qui le différenciait des précédents entraîneurs,
c’était son engagement sans faille dans une stratégie qu’il qualifiait de «
cumul de gains marginaux », philosophie qui consistait à rechercher une
petite marge d’amélioration dans tout ce que vous faites. « On part d’un
postulat simple : si on envisage la compétition cycliste en la décomposant
par élément, si on améliore chaque élément de 1 %, on obtiendra une
augmentation globale considérable des performances », expliquait-il.
Dave Brailsford et ses entraîneurs commencèrent par apporter de petits
ajustements qu’on peut légitimement attendre d’une équipe de cyclisme
professionnelle. Ils modifièrent les selles pour les rendre plus confortables
et frottèrent les pneus avec de l’alcool pour leur donner une meilleure
adhérence. Ils firent porter aux coureurs des surshorts chauffés
électriquement afin de maintenir une température musculaire idéale et
employèrent des capteurs de biofeedback (rétroaction biologique) pour
surveiller la réaction de l’organisme de chaque athlète à un entraînement particulier. L’équipe testa divers tissus dans une soufflerie et fit enfiler aux
coureurs de plein air des combinaisons de course intérieure, car plus légères
et plus aérodynamiques.
Et ce n’est pas tout. Dave Brailsford et son équipe décelèrent d’autres
améliorations de 1 % dans des domaines inattendus qui avaient été négligés
jusque-là. Ils testèrent différents types de gels de massage accélérant la
récupération musculaire. Ils engagèrent un chirurgien pour enseigner à
chaque coureur la meilleure façon de se laver les mains afin de réduire les
risques qu’ils s’enrhument. Ils déterminèrent le type d’oreiller et de matelas
qui garantissait la meilleure nuit de sommeil à chaque cycliste. Ils
peignirent l’intérieur du camion de l’équipe en blanc, ce qui leur permit de
débusquer les moindres particules de poussière qui, si elles passaient
inaperçues, risquaient de nuire aux performances des vélos parfaitement
réglés. En cumulant ces améliorations et d’autres, les résultats ne se firent
pas attendre !
En 2008, cinq ans à peine après la nomination de Brailsford, l’équipe
britannique domina les épreuves de cyclisme sur route et sur piste aux jeux
Olympiques de Beijing, où, à la surprise générale, elle rafla 60 % des
médailles d’or. Quatre ans plus tard, en 2012, aux jeux Olympiques de
Londres, les Britanniques relevèrent encore le niveau en battant neuf
records olympiques et sept records du monde.
La même année, Bradley Wiggins fut le premier cycliste britannique à
remporter le Tour de France. L’année suivante, son coéquipier Chris
Froome arriva vainqueur. Il renouvela cet exploit en 2015, 2016 et 2017,
offrant à l’équipe britannique cinq victoires sur le Tour de France en six
ans.
Au cours des dix années écoulées, de 2007 à 2017, les cyclistes
britanniques remportèrent cent soixante-dix-huit championnats du monde et
soixante-six médailles d’or aux jeux Olympiques ou Paralympiques, ainsi
que cinq victoires sur le Tour de France, ce qui est considéré comme un
véritable tour de force dans l’histoire du cyclisme 1 .
Comment est-ce possible ? Comment une équipe qui ne faisait pas partie
du peloton de tête est-elle parvenue à transformer ses athlètes en champions
du monde grâce à d’infimes changements qui n’apportent, au mieux, qu’une
différence minime ? Pourquoi l’accumulation de petites améliorations
permet-elle d’obtenir des résultats aussi remarquables et comment pouvez-
vous reproduire cette méthode dans votre vie ?
Pourquoi de petites habitudes exercent-elles un
impact énorme ?
Il est si facile de surestimer l’importance d’un moment déterminant et de
sous-estimer l’utilité d’apporter de petites améliorations au quotidien. Trop
souvent, nous nous persuadons qu’un grand succès exige des efforts
considérables. Que ce soit pour perdre du poids, créer une entreprise, écrire
un livre, gagner un championnat ou atteindre tout autre objectif, nous nous
mettons la pression pour réaliser des exploits dont tout le monde parlera.
Bien entendu, une amélioration de 1 % n’est pas particulièrement notable.
Parfois, elle n’est même pas perceptible, mais elle peut exercer un impact
considérable à long terme. Voici comment ça fonctionne : si vous pouvez
vous améliorer de 1 % chaque jour pendant un an, vous obtiendrez trente-
sept fois plus à la fin. À l’inverse, si votre situation empire de 1 % chaque
jour pendant un an, vous tomberez presque à zéro. L’accumulation de
petites victoires ou de défaites mineures aboutit à un tout beaucoup plus
important.
FIGURE 1 : L’impact des petites habitudes au fil du temps. Par exemple, même si vous ne vous améliorez que de 1 % chaque jour, vous obtiendrez des résultats 37 fois meilleurs au bout d’un an.
Les habitudes sont les « intérêts composés » de l’amélioration de soi. De
la même manière que l’argent fructifie par le biais des intérêts composés,
l’impact de vos habitudes est démultiplié lorsque vous les répétez. Même si
la différence paraît infime d’un jour sur l’autre, l’influence qu’elles
exercent au fil des mois et des années peut être énorme. Ce n’est que
lorsque l’on regarde en arrière, au bout de deux, cinq voire dix ans, que l’on
se rend véritablement compte de la valeur des bonnes habitudes et du coût
des mauvaises.
Ce concept peut paraître assez difficile à apprécier dans la vie quotidienne.
Nous refusons souvent de procéder à de petits changements, car ils nous
semblent futiles sur le moment. Vous ne deviendrez pas instantanément
millionnaire en économisant un peu d’argent sur un simple achat. Vous ne
deviendrez pas un athlète après seulement trois séances à la salle de sport. Un cours de chinois tous les soirs ne fait pas de vous un expert dans cette
langue. Nous appliquons quelques changements, mais nous trouvons que les
résultats n’arrivent pas assez rapidement et nous ne tardons pas à reprendre
nos bonnes vieilles habitudes.
Malheureusement, la lenteur du processus de transformation facilite la
prise de mauvaises habitudes. Si vous mangez un repas déséquilibré
aujourd’hui, la balance ne bougera pas beaucoup. Si vous travaillez tard ce
soir et oubliez votre famille, elle vous pardonnera. Si vous procrastinez et
remettez votre projet à demain, vous pourrez toujours le terminer plus tard.
Il est facile de repousser le moment de s’y mettre.
Mais lorsqu’on cumule des erreurs de 1 %, jour après jour, en répétant de
mauvaises décisions, en multipliant d’infimes erreurs et en se justifiant par
de piètres excuses, toutes ces mauvaises décisions finissent par avoir un
impact négatif. C’est l’accumulation de nombreuses erreurs (une
aggravation de 1 % çà et là) qui finit par créer un problème.
La répercussion du changement d’habitudes est similaire à l’impact de la
correction de quelques degrés de la trajectoire d’un avion. Imaginez que
vous preniez l’avion de Los Angeles à New York. Si un pilote décollant de
LAX règle un cap d’à peine 3,5 degrés plus au sud, vous atterrissez à
Washington au lieu de New York. Un changement aussi minime est à peine
perceptible au décollage (le nez de l’avion ne bouge que de quelques
mètres) mais, à l’échelle du territoire des États-Unis, vous vous retrouvez à
des centaines de kilomètres du lieu d’atterrissage initialement prévu 2 .
De même, un léger changement dans vos habitudes quotidiennes peut
changer votre destinée. Faire un choix qui soit meilleur de 1 % ou pire de 1
% semble insignifiant sur le moment, mais, au fil des moments qui
composent une vie, ces choix déterminent la différence entre qui vous êtes
et qui vous pourriez être. Le succès est le fruit d’habitudes quotidiennes, et
non de transformations uniques.
Cela dit, peu importe votre succès ou votre échec actuel. Ce qui compte,
c’est de savoir si vos habitudes vous mettent sur la voie du succès.
Préoccupez-vous davantage du chemin que vous empruntez que des
résultats que vous avez obtenus jusqu’ici. Si vous êtes millionnaire, mais si
vous dépensez plus que vous ne gagnez chaque mois, vous n’êtes pas sur la
bonne voie. Si vos habitudes de consommation ne changent pas, cela risque
de mal se terminer. À l’inverse, si vous êtes fauché(e) comme les blés, mais
que vous épargnez un peu tous les mois, vous êtes sur la voie de l’autonomie financière, même si vous avancez plus lentement que vous ne
le souhaiteriez.
Vos résultats sont des indicateurs tardifs de vos habi tudes. Votre valeur
nette est un indicateur tardif de vos habitudes financières. Votre poids est un
indicateur tardif de vos habitudes alimentaires. Vos connaissances
constituent des indicateurs tardifs de vos habitudes d’apprentissage. Le
désordre de votre lieu de vie est un indicateur tardif de vos habitudes de
rangement. Vous obtenez ce que vous répétez au quotidien.
Si vous voulez anticiper l’endroit où vous aboutirez, il vous suffit de
suivre la courbe des petites améliorations ou régressions pour voir ce
qu’auront généré vos choix quotidiens d’ici dix ou vingt ans. Dépensez-
vous moins que ce que vous gagnez chaque mois ? Allez-vous à la salle de
sport chaque semaine ? Lisez-vous des livres et apprenez-vous des choses
utiles chaque jour ? Fixez-vous de petites règles comme celles-ci pour
définir votre futur moi.
Le temps amplifie la marge entre la réussite et l’échec. Il multiplie ce que
vous y injectez. Les bonnes habitudes font du temps votre allié. Les
mauvaises en font votre ennemi.
Les habitudes sont à double tranchant. De mauvaises habitudes peuvent
vous ralentir tout aussi facilement que de bonnes habitudes peuvent vous
aider à progresser, d’où l’importance de bien comprendre leur processus.
Pour éviter les mauvaises surprises, vous devez comprendre le
fonctionnement des habitudes et savoir les mettre en place selon vos
besoins.
VOS HABITUDES PEUVENT SE LIGUER CONTRE VOUS OU JOUER EN VOTRE
FAVEUR
Construction positive Construction négative
Le rendement. Accomplir une tâche Le stress. L’énervement de se retrouver supplémentaire quotidiennement est une petite coincé dans un embouteillage. Le poids des victoire, mais cela représente beaucoup sur responsabilités parentales. L’inquiétude de l’ensemble d’une carrière. L’automatisation d’une réussir à joindre les deux bouts. Une pression ancienne tâche ou la maîtrise d’une nouvelle artérielle légèrement trop élevée. En soi, ces compétence peut exercer un impact encore plus causes courantes de stress sont gérables. Mais grand. Plus vous pouvez gérer de tâches sans quand elles persistent durant des années et réfléchir, plus votre cerveau est libre de se s’accumulent, elles engendrent de graves concentrer sur d’autres domaines. problèmes de santé.
Construction positive Construction négative
La connaissance. Maîtriser une nouvelle notion ne Les pensées négatives. Plus vous vous fera pas de vous un génie, mais si vous vous fixez considérez comme une personne sans valeur, pour objectif de continuer à apprendre tout au long stupide ou laide, plus vous vous conditionnez de la vie, cela pourrait tout changer. De plus, chaque pour interpréter la vie de cette façon. Vous livre que vous lisez vous enseigne non seulement de êtes pris(e) au piège d’une spirale infernale. nouvelles connaissances, mais offre également de Le même principe s’applique à la façon dont nouvelles perspectives à votre réflexion. Comme le vous pensez aux autres. Si vous prenez dit Warren Buffett : « C’est ainsi que fonctionne la l’habitude de considérer que les gens sont en connaissance. Elle s’accumule, comme un intérêt colère, injustes ou égoïstes, vous verrez ce composé. » genre de personnes partout.
Les relations. Vous récoltez ce que vous semez. L’indignation. Les émeutes, les Plus vous aidez les autres, plus les autres veulent manifestations et les mouvements de masse
vous aider. Être un peu plus gentil(le) dans vos sont rarement le résultat d’un événement relations aux autres peut vous permettre de isolé. Généralement, une longue série de construire un réseau solide de relations au fil du petites agressions et d’irritations quotidiennes temps. se multiplient lentement jusqu’à ce qu’un
événement fasse pencher la balance et que
l’indignation se propage comme une traînée
de poudre.
Qu’est-ce que le progrès réellement ?
Imaginez qu’un glaçon est posé sur la table devant vous. La pièce est froide
et vous pouvez voir votre souffle. Il fait actuellement – 3,8 °C. La pièce se
réchauffe très lentement.
– 3 °C.
– 2,5.
– 2.
Le glaçon est toujours posé sur la table devant vous. Il n’a pas fondu.
– 1,5.
– 1.
– 0,5.
Toujours rien… Le glaçon ne fond pas…
À 0 °C, le glaçon commence à fondre. Un incrément d’un demi-degré,
apparemment identique à ceux qui l’ont précédé, provoque un énorme
changement.
Les instants décisifs résultent souvent de nombreuses actions antérieures,
qui permettent de créer le potentiel nécessaire pour déclencher un
changement majeur. Ce modèle se retrouve dans tous les domaines. Le
cancer passe 80 % de sa vie indétectable, puis s’empare de l’organisme en quelques mois. Le bambou est à peine visible pendant les cinq premières
années de sa vie, car il construit de vastes systèmes racinaires sous terre
avant de surgir du sol et d’atteindre 27 mètres de haut en six semaines.
De même, les habitudes semblent souvent ne faire aucune différence
jusqu’à ce que vous franchissiez un seuil critique et débloquiez un nouveau
niveau de performance. Au début et au milieu d’une quête, on traverse
souvent une vallée de Déception. Vous vous attendez à faire des progrès
réguliers et il est frustrant de constater l’inefficacité des changements au
cours des premiers jours, des premières semaines, voire des premiers mois.
Vous avez l’impression de stagner. C’est la caractéristique de tout processus
de construction : les résultats les plus importants ne sont pas
immédiatement visibles.
C’est l’une des principales raisons pour lesquelles il est si difficile de
mettre en place des habitudes durables. On procède à de petits
changements, on ne voit pas de résultats tangibles et on décide de s’arrêter.
Vous vous dites : « Je cours tous les jours depuis un mois et je ne vois
aucun changement dans mon corps… Pourquoi ? » Dès que ce type de
pensée prend le dessus, on laisse facilement tomber les bonnes habitudes.
Vous devez vous engager à appliquer ces habitudes suffisamment
longtemps pour franchir cette étape que j’appelle le plateau du Potentiel
latent.
Si vous avez du mal à mettre en place une bonne habitude ou à en perdre
une mauvaise, ce n’est pas parce que vous avez perdu votre capacité à vous
améliorer. C’est bien souvent parce que vous n’avez pas encore franchi le
plateau du Potentiel latent. Se plaindre de ne pas réussir malgré un travail
acharné, c’est comme se plaindre d’un glaçon qui ne fond pas lorsqu’on fait
augmenter la température de – 3,5 à – 0,5 °C. Votre travail n’a pas été
inutile, il est simplement stocké en réserve. Toute l’action se passe à 0 °C.
Lorsque vous franchirez enfin le plateau du Potentiel latent, les gens diront
que vous avez réussi du jour au lendemain. Le monde extérieur ne voit que
l’événement le plus marquant sans imaginer tout ce qui l’a précédé. Mais
vous savez que c’est le travail que vous avez accompli il y a longtemps,
quand vous pensiez que vous n’avanciez pas, qui vous offre aujourd’hui
cette réussite.
C’est l’équivalent humain de la pression géologique. Deux plaques
tectoniques peuvent s’affronter pendant des millions d’années, la tension
augmentant lentement. Puis, un jour, elles se frottent encore, comme elles le font depuis des lustres, mais cette fois la tension est trop grande. Un
tremblement de terre a lieu. Le changement peut prendre des années avant
de se manifester brusquement.
La maîtrise demande de la patience. Les San Antonio Spurs, l’une des
équipes les plus titrées de l’histoire de la NBA, ont affiché une citation du
réformateur social Jacob Riis dans leurs vestiaires : « Quand rien ne semble
fonctionner, je vais observer un tailleur de pierres abattant sa masse sur un
rocher une bonne centaine de fois sans lui infliger la moindre fissure
apparente. Mais au cent unième coup, le rocher se fendra en deux, et je sais
que ce n’est pas seulement le dernier coup qui a fendu le rocher, mais les
cent qui l’ont précédé. »
FIGURE 2 : Nous nous attendons souvent à des progrès réguliers. Tout au moins, nous espérons progresser rapidement. En réalité, les résultats de nos efforts se font souvent attendre. Ce n’est que des mois ou des années plus tard que nous réalisons la véritable valeur du travail que nous avons effectué précédemment. On peut alors traverser la vallée de la Déception où l’on se sent découragé(e) après avoir passé des semaines ou des mois à travailler sans avoir obtenu de résultats. Mais ce travail n’a pas été vain. Il est simplement stocké en réserve. Ce n’est que bien plus tard que l’on pourra récolter les fruits de tous les efforts déployés.
Toutes les grandes réussites ont des débuts modestes. La graine semée par
chaque habitude est une décision unique et infime. Mais à mesure que cette
décision se répète, l’habitude germe et se renforce. Les racines s’enfoncent
profondément et les branches poussent. Perdre une mauvaise habitude
revient à déraciner un chêne solidement ancré en nous. Et créer une bonne
habitude revient à cultiver une fleur délicate un jour après l’autre.
Mais comment savoir si nous conservons une habitude assez longtemps
pour atteindre le plateau du Potentiel latent et franchir ce palier ? Qu’est-ce
qui pousse certaines personnes à adopter de mauvaises habitudes et permet
à d’autres de profiter des effets combinés des bonnes habitudes ?
Oubliez les objectifs, concentrez-vous plutôt sur
les moyens
Selon la sagesse populaire, le meilleur moyen de parvenir au but que nous
nous sommes fixé dans la vie (être en meilleure forme, bâtir une entreprise
prospère, se détendre davantage et s’inquiéter moins, passer plus de temps
en compagnie de ses amis et de sa famille), c’est de se fixer des objectifs
concrets et réalistes.
Pendant de nombreuses années, c’est aussi ainsi que j’ai abordé mes
habitudes. Chacune était un objectif à atteindre. Je fixais des objectifs pour
les notes que je voulais obtenir à l’école, pour les poids que je voulais
soulever à la salle de sport, pour les bénéfices que je voulais gagner en
affaires. J’ai réussi à en atteindre quelques-uns, mais j’ai échoué à beaucoup
d’entre eux. Finalement, j’ai réalisé que mes résultats avaient très peu de
liens avec les objectifs que je m’étais fixés, mais beaucoup avec les moyens
que je mettais en place.
Quelle est la différence entre les moyens et les objectifs ? J’ai pu faire
cette distinction pour la première fois grâce à Scott Adams, le dessinateur
de la bande dessinée Dilbert . Les objectifs sont les résultats que vous
souhaitez atteindre. Les moyens sont les processus qui mènent à ces
résultats.
Si vous êtes un entraîneur, votre objectif est de remporter un
championnat. Vos moyens sont la façon dont vous recrutez les
joueurs, gérez vos assistants et menez vos entraînements.
Si vous êtes un entrepreneur, votre objectif est de créer une
entreprise générant des millions de dollars. Vos moyens vous
permettent de tester des idées de produits, de recruter des employés
et de mener des campagnes de marketing.
Si vous êtes musicien, votre objectif est de jouer un nouveau
morceau. Vos moyens sont la fréquence à laquelle vous pratiquez, la
méthode avec laquelle vous déchiffrez et vous attaquez aux mesures
difficiles et la façon dont vous recevez les instructions de votre
professeur.
Passons maintenant à la question intéressante : si vous ignoriez
complètement vos objectifs et ne vous concentriez que sur vos moyens,
réussiriez-vous toujours ? Par exemple, si vous étiez un entraîneur de
basket, si vous ignoriez votre objectif de gagner un championnat et si vous
vous concentriez uniquement sur ce que votre équipe fait chaque jour à
l’entraînement, obtiendriez-vous toujours des résultats ?
Je pense que oui.
Dans tous les sports, l’objectif est d’obtenir le meilleur score, mais il serait
ridicule de passer tout le match à regarder le tableau de scores. La seule
façon de gagner réellement est de s’améliorer chaque jour. Comme le disait
Bill Walsh, triple vainqueur du Super Bowl : « Le score se fait tout seul. » Il
en va de même pour les autres domaines de la vie. Si vous voulez de
meilleurs résultats, alors oubliez de vous fixer des objectifs. Concentrez-
vous plutôt sur les moyens.
Les objectifs sont-ils complètement inutiles ? Bien sûr que non. Les
objectifs sont parfaits pour définir un cap, mais les moyens sont les
meilleurs outils pour progresser. Les problèmes arrivent quand vous passez
trop de temps à réfléchir à vos objectifs et pas assez à mettre en place vos
moyens.
Problème n° 1 : Les gagnants et les perdants ont les mêmes
objectifs.
L’établissement d’objectifs est malheureusement fortement dévoyé par la
notion de biais du survivant. Nous nous concentrons sur les personnes qui
finissent par gagner, les survivants, et supposons à tort que des objectifs
ambitieux ont conduit à leur succès, tout en ignorant les personnes qui
avaient les mêmes objectifs, mais qui n’ont pas réussi.
Tous les athlètes olympiques veulent gagner la très convoitée médaille
d’or. Et si les personnes qui réussissent et celles qui échouent partagent les
mêmes objectifs, l’objectif ne peut pas être ce qui différencie les gagnants
des perdants. Ce n’est que lorsqu’on met en place un système de petites
améliorations continues qu’on obtient un résultat différent.
Problème n° 2 : Atteindre un objectif n’est qu’un changement
momentané.
Imaginez que votre chambre soit en désordre et que vous vous fixiez pour
objectif de la nettoyer. Si vous mobilisez l’énergie pour ranger vos affaires,
vous aurez une chambre propre, pour un temps. Mais si vous conservez les
mêmes mauvaises habitudes que vous aviez auparavant et qui ont conduit
au désordre de votre chambre, vous trouverez rapidement un nouveau tas de
fouillis en attendant un regain d’énergie pour vous remettre à ranger. Vous
êtes condamné(e) à retrouver le même désordre tant que vous ne changez
pas de moyens. Vous avez traité un symptôme sans régler la cause.
Atteindre un objectif ne change votre vie que momentanément. C’est le
côté paradoxal de l’amélioration. Nous pensons que nous devons changer
nos résultats, mais les résultats ne sont pas le problème. Ce que nous devons
vraiment changer, ce sont les moyens qui produisent ces résultats. Lorsque
vous résolvez des problèmes au niveau des résultats, vous ne les résolvez
que temporairement. Afin de vous améliorer pour de bon, vous devez
résoudre les problèmes au niveau des moyens. Traitez les causes ; les
conséquences se résoudront d’elles-mêmes.
Problème n° 3 : Les objectifs sont des obstacles à votre bien-être.
L’hypothèse implicite derrière tout objectif est la suivante : « Une fois que
j’aurai atteint mon objectif, je serai heureux(se). » Le problème de l’idée
reçue selon laquelle le bonheur est un objectif à atteindre, c’est que vous
êtes toujours en train de reporter le bonheur à la prochaine étape. Je suis
tombé des milliers de fois dans ce piège. Pendant des années, le bonheur a
toujours été l’objectif de mon avenir. Je m’étais promis que lorsque j’aurais
pris 10 kilos de muscles ou lorsque mon entreprise aurait été citée dans le
New York Times , je pourrais enfin prendre du bon temps.
Il faut savoir que les objectifs créent un conflit « soit/soit » : soit vous
atteignez votre objectif et vous réussissez, soit vous échouez et vous êtes
déçu(e). Vous vous enfermez dans une vision étroite du bonheur. C’est une erreur… Il est peu probable que votre chemin de vie corresponde
exactement au voyage que vous aviez en tête au moment du départ. Cela
n’a aucun sens de limiter votre satisfaction à un seul scénario lorsque
plusieurs chemins mènent au succès.
L’antidote : adoptez une approche axée sur les moyens. Lorsque vous
appréciez plus le processus que le résultat, vous n’avez pas à attendre pour
vous donner la permission d’être heureux(se). Vous pouvez être satisfait(e)
chaque fois que le moyen que vous utilisez fonctionne. Et un moyen peut
fructifier sous de nombreuses formes, pas seulement celle que vous
envisagiez en premier lieu.
Problème n° 4 : Tout miser sur les objectifs est incompatible avec
une progression sur le long terme.
Pour finir, un état d’esprit axé sur les objectifs peut créer un effet « yo-yo ».
Beaucoup de coureurs déploient des efforts considérables pendant des mois,
mais dès qu’ils ont franchi la ligne d’arrivée, ils cessent de s’entraîner. La
course n’est plus là pour les motiver. Lorsque tout votre travail acharné est
axé sur un objectif particulier, que reste-t-il pour vous faire avancer une fois
que vous l’avez atteint ? Rien. C’est ainsi que beaucoup d’entre nous
reprennent leurs vieilles habitudes après avoir atteint un objectif.
On fixe des objectifs pour gagner un match. Le but de la mise en place de
moyens est de continuer à jouer. Sur le long terme, il faut donc adopter une
approche sans objectif. Il ne s’agit pas de réaliser une prouesse unique. Il
s’agit d’un cycle de perfectionnement sans fin et d’amélioration continue.
En fin de compte, c’est votre engagement dans le processus qui déterminera
votre progression.
Un système fait de petites habitudes
Si vous avez du mal à changer vos habitudes, le problème ne vient pas de
vous, mais du système et des moyens que vous utilisez. Les mauvaises
habitudes se répètent encore et encore, non pas parce que vous ne voulez
pas changer, mais parce que vous employez le mauvais système pour
changer. Vous n’atteignez pas le niveau de vos objectifs. Vous restez au
niveau de vos moyens.
L’un des thèmes fondamentaux de ce livre est de se concentrer sur le
système global plutôt que sur un seul objectif. Vous avez probablement compris qu’une petite habitude correspond à un changement minime, à un
gain marginal, à une amélioration de 1 %. Mais les petites habitudes ne sont
pas simplement des manies, si dérisoires soient-elles. Elles font partie d’un
système plus vaste. Ce sont les éléments constitutifs de résultats
spectaculaires.
Les habitudes sont le ciment de notre vie. Chacune contribue à bâtir votre
amélioration globale. Au début, ces routines minuscules semblent
insignifiantes, mais elles se renforcent rapidement mutuellement et
alimentent des gains plus importants qui se multiplient à un point qui
dépasse de loin le coût de l’investissement initial. Elles sont à la fois petites
et puissantes. C’est une pratique ou une routine régulière qui n’est pas
seulement facile à mettre en œuvre, mais qui est aussi la source d’un
pouvoir incroyable.
Les habitudes sont l’intérêt composé de l’amélioration de soi. Obtenir
1 % d’amélioration chaque jour finit par compter énormément sur le
long terme.
Les habitudes sont une arme à double tranchant. Elles peuvent
fonctionner pour vous ou contre vous ; il est donc essentiel d’en
comprendre chaque composante.
De petits changements semblent ne faire aucune différence jusqu’à ce
que vous franchissiez un seuil critique. Les résultats les plus
importants de tout processus de construction se font souvent attendre.
Vous devez être patient(e).
Une petite habitude fait partie d’un système plus vaste. Leur répétition
est constitutive de résultats spectaculaires.
Si vous souhaitez obtenir de meilleurs résultats, cessez de vous fixer
des objectifs. Concentrez-vous plutôt sur vos moyens.
Vous ne vous élevez pas à la hauteur de vos objectifs. Vous restez à la
hauteur de vos moyens.
1 Au moment où ce livre allait paraître, des révélations ont été faites sur l’équipe cycliste britannique. Vous pouvez consulter mes réflexions à ce sujet sur la page : atomichabits.com/cycling.
2 Je me suis amusé à faire quelques petits calculs : Washington se trouve à environ 360 kilomètres de New York. En supposant que vous embarquiez à bord d’un Boeing 747 ou d’un Airbus A380, si vous corrigez le cap de 3,5 degrés à votre départ de Los Angeles, le nez de l’avion bouge probablement de 2 mètres à 2,30 mètres. Un changement infime de direction peut conduire à un changement radical de destination.
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