Un rien peut tout changer (French Edition)

James Clear · Chapitre 5 sur 25

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Un rien peut tout changer (French Edition)

La 1re loi

 

L’évidence

 

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L’homme qui n’avait pas l’air bien

 

Le psychologue Gary Klein m’a un jour raconté l’histoire d’une femme qui

avait assisté à une réunion de famille. Elle avait passé des années à

travailler comme ambulancière et, en arrivant à l’événement, elle s’inquiéta

vivement à la vue de son beau-père.

– Vous ne m’avez pas l’air en forme, je n’aime pas trop ça, avait-elle dit.

Son beau-père, qui se sentait parfaitement bien, avait répondu en

plaisantant :

– Eh bien, tu ne m’as pas l’air en forme non plus.

– Non, avait-elle insisté. Nous devons vous conduire à l’hôpital dès

maintenant.

Quelques heures plus tard, l’homme subissait une opération chirurgicale

qui lui sauva la vie après qu’un examen eut révélé qu’il avait une artère

principale bloquée et qu’il risquait une crise cardiaque imminente. Sans

l’intuition de sa belle-fille, il aurait pu mourir.

Qu’avait vu l’ambulancière ? Comment avait-elle pu prévoir une crise

cardiaque imminente ?

Lorsque les artères principales sont obstruées, le corps renvoie le sang vers

les organes vitaux, loin des régions périphériques comme la surface de la

peau, ce qui modifie la circulation du sang dans le visage. Après de

nombreuses années de travail auprès de personnes souffrant d’insuffisance

cardiaque, la belle-fille avait développé sans le savoir la capacité de

reconnaître ce type de cas. Elle ne pouvait pas expliquer ce qu’elle avait

remarqué sur le visage de son beau-père, mais elle savait que quelque chose

n’allait pas.

Des histoires similaires existent dans d’autres domaines. Par exemple, les

analystes militaires peuvent identifier quel point sur un écran radar est un

missile ennemi et quel point est un avion de leur propre flotte, même s’ils se

déplacent à la même vitesse, à la même altitude et ont quasiment la même

apparence sur l’écran radar. Pendant la guerre du Golfe, le capitaine de

corvette Michael Riley a sauvé un navire de guerre après avoir ordonné la

destruction d’un missile, alors que celui-ci ressemblait en tout point à l’un de ses propres avions sur l’écran radar. Il avait raison, mais même ses

officiers supérieurs n’ont pu expliquer comment il avait eu cette intuition.

Les conservateurs de musée font généralement parfaitement la différence

entre une œuvre d’art authentique et une contrefaçon produite par un expert,

même s’ils ne peuvent pas vous dire quels détails précis les y ont aidés. Des

radio logues expérimentés peuvent examiner un scanner cérébral et prédire

la zone dans laquelle un AVC se développera avant que des signes évidents

ne soient visibles pour un œil non averti. J’ai même entendu parler de

coiffeurs qui savaient si une cliente était enceinte uniquement à la sensation

qu’ils avaient en touchant ses cheveux.

Le cerveau humain est une machine à prédire. Il parcourt en permanence

notre environnement et analyse les informations qu’il contient. Chaque fois

que vous rencontrez une situation qui se répète – par exemple un

ambulancier voyant le visage d’un patient victime d’une crise cardiaque ou

un analyste militaire découvrant un missile sur un écran radar – votre

cerveau note ce qui est important, trie les détails, met en évidence les

déclencheurs pertinents et archive ces informations pour une utilisation

future.

Avec suffisamment de pratique, vous pouvez détecter les déclencheurs qui

prédisent certains résultats sans y penser consciemment. Votre cerveau

codifie automatiquement les leçons tirées de votre expérience. Nous ne

pouvons pas toujours expliquer ce que nous apprenons, mais

l’apprentissage se fait tout au long de votre parcours, et votre capacité à

remarquer les déclencheurs pertinents dans une situation donnée est à la

base de toutes vos habitudes.

Nous sous-estimons à quel point notre cerveau et notre corps peuvent agir

sans réfléchir. Vous ne dites pas à vos cheveux de pousser, à votre cœur de

pomper, à vos poumons de respirer ou à votre estomac de digérer. Et

pourtant, votre corps gère tout cela et plus encore en pilote automatique.

Vous êtes beaucoup plus que votre soi conscient.

Prenons l’exemple de la faim. Comment savez-vous quand vous avez faim

? Il n’est pas nécessaire de voir un gâteau sur la table pour se rendre compte

qu’il est temps de manger. L’appétit et la faim sont gérés inconsciemment.

Votre corps utilise différentes boucles de rétroaction qui vous alertent

progressivement lorsqu’il est temps de manger à nouveau et qui suivent ce

qui se passe autour de vous et en vous. Des fringales peuvent survenir en

raison des hormones et des produits chimiques qui circulent dans votre corps. Tout à coup, vous avez faim, même si vous ne savez pas vraiment ce

qui vous a prévenu(e).

C’est l’une des idées les plus surprenantes sur nos habitudes : vous n’avez

pas besoin de connaître le déclencheur pour commencer à prendre une

habitude. Vous pouvez remarquer une opportunité et agir sans y consacrer

une attention consciente. C’est ce qui rend les habitudes utiles.

C’est aussi ce qui les rend dangereuses. Au fur et à mesure que les

habitudes se forment, vos actions relèvent de votre esprit automatique et

non conscient. Vous tombez dans de vieux schémas avant de réaliser ce qui

se passe. À moins que quelqu’un ne le signale, vous ne remarquerez peut-

être pas que vous vous couvrez la bouche avec la main chaque fois que

vous riez, que vous vous excusez avant de poser une question ou que vous

avez l’habitude de finir les phrases des autres. Et plus vous répétez ces

schémas, moins vous risquez de vous demander ce que vous faites et

pourquoi vous le faites.

Un jour, j’ai entendu parler d’un employé de magasin qui avait reçu pour

instruction de découper des cartes-cadeaux vides après que les clients

avaient épuisé le solde de leur carte. Un jour, l’employé a encaissé plusieurs

clients à la suite qui avaient acheté des cartes-cadeaux. Lorsque le client

suivant s’est avancé, l’employé a pris sa carte de crédit, a pris les ciseaux,

puis a découpé la carte en deux, en exécutant cette tâche de façon

totalement automatique, avant de regarder le client abasourdi et de réaliser

ce qui venait de se passer.

Dans le cadre de mes recherches, j’ai rencontré une femme, ancienne

enseignante en classe maternelle, qui avait changé de travail et était passée

dans le privé. Même si elle travaillait maintenant avec des adultes, elle avait

conservé ses anciennes habitudes et elle demandait toujours à ses collègues

si elles s’étaient lavé les mains après être allées aux toilettes. J’ai aussi

découvert l’histoire d’un homme qui avait passé des années à travailler

comme secouriste et qui criait parfois : « Arrête de courir ! » quand il voyait

un enfant courir.

Au fil du temps, les déclencheurs de nos habitudes deviennent si courants

qu’ils sont pratiquement invisibles : les friandises sur le plan de travail de la

cuisine, la télécommande située à côté du canapé, le téléphone dans nos

poches. Nos réponses à ces déclencheurs sont si profondément encodées

qu’il peut sembler que l’envie d’agir vienne de nulle part. Nous devons donc commencer le processus de changement de comportement avec

conscience.

Avant de pouvoir créer efficacement de nouvelles habitudes, nous devons

maîtriser nos habitudes actuelles. Cela peut être plus difficile qu’il n’y

paraît, car une fois qu’une habitude est fermement ancrée dans votre vie,

elle est généralement inconsciente et automatique. Si une habitude reste

automatique, vous ne pouvez pas espérer l’améliorer. Comme l’a dit le

psychologue Carl Jung : « Tant que vous n’aurez pas rendu l’inconscient

conscient, il dirigera votre vie et vous appellerez cela le destin. »

 

Le tableau de bord des habitudes

 

Le système ferroviaire japonais est considéré comme l’un des meilleurs au

monde. Si vous prenez le train à Tokyo, vous remarquerez que les

conducteurs ont une habitude particulière.

Chaque fois qu’ils conduisent, s’effectue un rituel consistant à pointer

différents objets et à annoncer des commandes. À l’approche d’un feu de

signalisation, l’opérateur le désigne et dit : « Le feu est vert. » Lorsque le

train entre et sort d’une gare, l’opérateur pointe le compteur de vitesse et

signale la vitesse exacte. Au moment de partir, il indique les horaires du

train et l’heure de départ. Sur le quai, d’autres agents effectuent des actions

similaires. Avant le départ des trains, les membres du personnel pointent du

côté du quai et indiquent : « La voie est libre ! » Chaque détail est identifié,

pointé et énoncé à haute voix 7 .

Ce processus, appelé « Pointing-and-Calling » (Pointer et Annoncer), est

un système de sécurité conçu pour réduire les erreurs. Cela peut paraître

idiot, mais il fonctionne incroyablement bien. Le fait de pointer et

d’annoncer une anomalie permet d’éliminer jusqu’à 85 % des erreurs et de

réduire les accidents de 30 %. Le métro new-yorkais a adopté une variante

qui consiste à « pointer uniquement » ; dans les deux ans suivant sa mise en

œuvre, les incidents dus aux rames mal positionnées ont chuté de 57 %.

La méthode « Pointing-and-Callling » est particulièrement efficace parce

qu’elle permet d’augmenter le niveau de prise de conscience d’une habitude

automatique. Sachant que les chefs de train doivent utiliser leurs yeux, leurs

mains, leur bouche et leurs oreilles, ils sont plus susceptibles de détecter des

problèmes avant que les choses ne se passent mal.

Ma femme applique un principe similaire. Chaque fois que nous nous

préparons à sortir, elle désigne oralement les éléments les plus importants

dont elle a besoin. « J’ai mes clés. J’ai mon portefeuille. J’ai mes lunettes.

J’ai mon mari. »

Plus un comportement devient automatique, moins nous y pensons

consciemment. Et quand nous avons fait quelque chose mille fois

auparavant, nous commençons à négliger les détails. Nous supposons que la

prochaine fois sera comme la précédente. Nous sommes tellement habitués

à faire ce que nous avons toujours fait que nous ne nous arrêtons pas pour

nous demander si c’est vraiment la meilleure chose à faire. Beaucoup de

nos échecs en matière de performance sont en grande partie liés à un

manque de conscience de soi.

Rester conscient de ce que nous sommes en train de faire est l’un de nos

plus grands défis pour changer nos habi tudes. Cela aide à expliquer

pourquoi les conséquences de mauvaises habitudes peuvent nous envahir.

Nous avons besoin d’un système de « point-and-call » pour nos vies

personnelles. C’est sur ce point que s’appuie le Tableau de bord des

habitudes, un exercice simple que vous pouvez effectuer pour prendre

conscience de votre comportement. Pour créer votre propre tableau de bord,

dressez la liste de vos habitudes quotidiennes.

Voici quelques éléments de départ pour votre liste :

 

Réveil

Arrêt du réveil

Consultation du téléphone

Toilettes

Pesée

Douche

Brossage des dents

Fil dentaire

Déodorant

Suspension de serviette pour séchage

Habillage

Tasse de thé

 

Etc.

Une fois que vous avez établi la liste complète, examinez chaque

comportement et posez-vous la question suivante : « S’agit-il d’une bonne

habitude, d’une mauvaise habitude ou d’une habitude neutre ? » Si c’est une

bonne habitude, écrivez « + » à côté. Si c’est une mauvaise habitude,

écrivez « - ». Si c’est une habitude neutre, écrivez « = ».

Par exemple, la liste ci-dessus pourrait ressembler à ceci :

 

Réveil =

Arrêt du réveil =

Consultation du téléphone -

Toilettes =

Pesée +

Douche +

Brossage des dents +

Fil dentaire +

Déodorant +

Suspension de serviette pour séchage =

Habillage =

Tasse de thé +

 

Les notes que vous attribuez à une habitude particulière dépendent de

votre situation et de vos objectifs. Pour quelqu’un qui essaie de perdre du

poids, manger un croissant avec du Nutella tous les matins peut être une

mauvaise habitude. Pour quelqu’un qui essaie de grossir et de gagner en

masse musculaire, le même comportement pourrait être une bonne habitude.

Tout dépend de vos objectifs 8 .

Noter vos habitudes peut être un peu plus complexe, mais pour une autre

raison. Les étiquettes « bonne habitude » et « mauvaise habitude » sont

légèrement inexactes. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises habitudes. Il

n’y a que des habitudes efficaces. C’est-à-dire qu’elles sont efficaces pour

résoudre des problèmes. Toutes les habitudes vous servent d’une manière

ou d’une autre, même les mauvaises, c’est la raison pour laquelle vous les

répétez. Pour cet exercice, classez vos habitudes en fonction de leurs

avantages à long terme. De manière générale, les bonnes habitudes ont des

résultats positifs nets. Les mauvaises habitudes ont des résultats négatifs

nets. Fumer une cigarette peut réduire le stress sur le moment (c’est la raison pour laquelle vous fumez à ce moment précis), mais ce n’est pas un

comportement sain à long terme.

Si vous avez toujours du mal à déterminer comment noter une habitude

particulière, voici une question que j’aime me poser : « Ce comportement

m’aide-t-il à devenir le type de personne que je souhaite être ? Cette

habitude permet-elle de voter pour ou contre l’identité que je souhaite ? »

Les habitudes qui renforcent l’identité souhaitée sont généralement bonnes.

Les habitudes qui entrent en conflit avec l’identité souhaitée sont

généralement mauvaises.

Lorsque vous créez votre Tableau de bord des habitudes, il n’est pas

nécessaire de changer quoi que ce soit au début. Le but est simplement de

remarquer ce qui se passe réellement. Observez vos pensées et vos actions

sans jugement ni critique interne. Ne vous en voulez pas pour vos fautes.

Ne vous félicitez pas pour vos réussites.

Si vous mangez une barre de chocolat tous les matins, reconnaissez-le,

comme si vous le constatiez chez autrui. Si vous en faites une

consommation excessive, remarquez simplement que vous consommez plus

de calories que vous n’auriez dû. Si vous perdez du temps en ligne, notez

que vous passez votre vie à des occupations qui ne vous conviennent pas.

La première étape pour changer les mauvaises habi tudes est de les

surveiller. Si vous sentez que vous avez besoin d’une aide supplémentaire,

vous pouvez essayer d’appliquer la méthode « Pointing-and-Calling » dans

votre vie. Dites à haute voix l’action que vous envisagez d’effectuer et quel

en sera le résultat. Si vous souhaitez réduire le grignotage, tout en prenant

un autre gâteau, dites à voix haute : « Je suis sur le point de manger ce

gâteau, mais je n’en ai pas besoin. Le manger me fera prendre du poids et

sera mauvais pour ma santé. »

Entendre à voix haute vos mauvaises habitudes vous permet de mieux

visualiser les conséquences. Cela met en avant l’action plutôt que le fait de

continuer inconsciemment dans une vieille routine. Cette approche est utile

même si vous essayez simplement de vous rappeler un élément de votre

liste de tâches. Dire à voix haute « Demain, je dois aller au bureau de poste

après le déjeuner » augmente les chances que vous le fassiez. Vous vous

engagez à reconnaître le besoin d’agir – et cela peut faire toute la

différence.

Le processus de changement de comportement commence toujours par la

prise de conscience. Des stratégies telles que le « Pointing-and-Calling » et le Tableau de bord des habitudes ont pour objectif de vous aider à identifier

vos habitudes et à reconnaître leurs déclencheurs, ce qui vous permet

d’adopter une approche qui vous est favorable.

 

Avec suffisamment de pratique, votre cerveau capte les déclencheurs

qui provoquent certains résultats sans y penser consciemment.

Une fois que nos habitudes sont devenues automatiques, nous ne

faisons plus attention à ce que nous faisons.

Le processus du changement de comportement commence toujours

par la prise de conscience. Vous devez connaître vos habitudes avant

de pouvoir les modifier.

La méthode « Pointing-and-Calling » augmente votre niveau de

conscience d’une habitude automatique en verbalisant vos actions.

Le Tableau de bord des habitudes est un exercice simple que vous

pouvez utiliser pour prendre davantage conscience de votre

comportement.

 

7 Lors de ma visite au Japon, j’ai pu constater que ce processus avait permis de sauver la vie d’une femme. Son jeune fils était monté à bord du Shinkansen, le célèbre train à grande vitesse japonais, qui se déplace à plus de deux cents kilomètres à l’heure, au moment même où les portes se fermaient. Elle est restée dehors sur le quai et s’est coincé le bras dans la porte pour récupérer son fils. Le train était sur le point de démarrer, mais juste avant le départ, un agent a procédé à une vérification de sécurité en pointant du doigt et en faisant une annonce sur le quai. En moins de cinq secondes, il a remarqué la femme et a réussi à empêcher le train de partir. La porte s’est ouverte, la femme, en larmes, a couru vers son fils, et une minute plus tard le train est parti sans encombre.

8 Si vous le souhaitez, vous pouvez télécharger un modèle pour créer votre propre Tableau de bord des habitudes sur la page atomichabits.com/scorecard.

 

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