Vengée (French Edition)

Laura Fervante · Chapitre 10 sur 27

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Vengée (French Edition)

Chapitre 10

 

 

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ALEXANDER

 

L a porte se referme derrière elle, et je me retrouve seul comme un con, encore une fois. Je sais que je ne devrais pas profiter de sa vulnérabilité et de sa douleur

pour sortir d’ici. Mais c’est l’unique solution que je vois pour le moment.

J’ai vu ses pupilles se dilater alors qu’elle regardait mes bras, et son souffle

s’accélérer entre ses lèvres entre-ouvertes. Je lui plais, et c’est aussi une carte à jouer.

Pourtant, j’ai des remords à vouloir la manipuler. Ce serait comme

frapper quelqu’un déjà à terre. Ce serait lâche de ma part, mais à nouveau,

je ne peux compter que sur moi et moi seul sur cette terre. Si cette fille est

la clé pour m’enfuir, alors je dois saisir ma chance.

À contrecœur, je réalise que j’apprécie sa compagnie. Les murs froids et

humides autour de moi disparaissent un peu lorsqu’elle entre dans la pièce.

Ses longs cheveux blonds épais qui balaient ses épaules, sa bouche boudeuse qui ne demande qu’à être embrassée et la délicatesse de son cou,

droit et fin. Je sens ma queue durcir dans mon pantalon et je grogne en me

laissant tomber sur le matelas, et je ferme les yeux.

Ce n’est pas sa compagnie que tu apprécies, c’est sa beauté.

Mais je sais que j’ai tort, sa répartie et la façon qu’elle a d’être fière me

plaisent beaucoup.

Je jette un regard vers la caméra qui me fixe dans un coin de la pièce, et

je referme les yeux. S’enchaînent alors toutes sortes d’images et de fantasmes où je suis entre les cuisses de June et où elle me supplie de la

prendre plus fort, plus vite. Je bande encore plus et je jure contre cette caméra qui m’empêche de me toucher comme je l’aurais fait en temps

normal.

C’est une torture que je n’avais pas prévu.

J’ignore combien de temps passe, mais je pense que je finis par

m’assoupir, toujours avec les gémissements de June dans les oreilles. Je

sursaute. La porte de ma cellule s’ouvre, et l’espace d’un instant, j’espère que c’est elle.

Mais dans l’embrasure, les mains dans les poches, se tient celui qu’ils

ont appelé Vadim avec cet air réprobateur qui semble ne jamais le quitter.

— Le patron veut voir ce que tu vaux, l’acrobate.

Je me redresse, raide et crispé, encore troublé par mes fantasmes. Je me

lève lentement, et Vadim agite un pistolet dans sa main. Je comprends le

message, mais je ne peux m’empêcher d’enregistrer tous les détails qui

m’entourent. La façon dont Vadim se déplace et tient son révolver. Le long couloir sans fenêtre qu’on traverse, moi devant et Vadim derrière, le canon

de son arme entre mes omoplates. Il y a ensuite un escalier qui débouche

sur un hall d’entrée gigantesque et lumineux.

Je suis chez eux.

Je ne l’avais pas vraiment réalisé jusqu’à maintenant mais désormais,

tout fait sens. Et je me sens tout à coup plus léger, car cette maison je la

connais. J’ai étudié ses plans par cœur avant d’y entrer par effraction

quelques jours plus tôt. Et si me les procurer m’a coûté l’équivalant d’un rein, je suis soulagé aujourd’hui d’avoir cette connaissance de toutes les

issues possibles.

Vadim me pousse sans ménagement à travers la pièce de vie, puis dans

le jardin, où toute la famille semble réunie.

Chouette, je suis le spectacle du jour.

Nous sommes en octobre, mais les températures sont encore douces.

Autour de moi, il y a des visages familiers, et d’autres non. Gabriel se tient

debout en face d’un grand roux à la barbe fournie. Derrière eux, je reconnais le type qui fait froid dans le dos, Nate, je pense, assis sur un

transat près d’une fille aux cheveux noirs qui m’épingle du regard dès

qu’elle me voit. Entre elle et moi, je ne peux m’empêcher de contempler

June plus longtemps que les autres. Elle écoute attentivement une petite

rousse qui parle avec animation. Le fait qu’elle ne me repère pas tout de

suite me permet de la détailler encore quelques secondes.

La jeune fille en pyjama et sweat à capuche avec les cheveux ébouriffés

de l’autre jour a définitivement disparu. Sa longue chevelure blonde est

bouclée avec soin, et loin de la lumière crue de ma cellule, je peux voir

qu’ils brillent sous le soleil automnal. Sa peau tient encore des restes de

bronzage de l’été, et elle a mis un rouge à lèvres pourpre qu’elle ne portait

pas ce matin. Elle est vêtue d’un pantalon en cuir qui moule chaque centimètre de ses longues jambes, et d’un pull en laine bordeaux dans

lequel elle pourrait rentrer 3 fois.

— Mes très chères sœurs, mes très chers frères, annonce Gabriel en se

postant à côté de moi. Je vous présente Alexander Skywalker, l’acrobate.

— Tu t’appelles vraiment Skywalker ?

La question, moqueuse, vient de la fille aux cheveux noirs qui me

regarde désormais avec suffisance.

Je secoue la tête de gauche à droite.

— Non, mon vrai nom est moins sexy, c’est tout.

La fille se penche en avant et me fait un clin d’œil.

— Avec ces tatouages, chéri, t’as pas besoin d’un nom pour être sexy.

— Nina…, gonde Gabriel.

Du coin de l’œil, je vois la rousse pouffer, et même un léger sourire sur

les lèvres de June.

Avec impatience, Gabriel me montre la façade de la maison.

— Impressionne-nous, Skywalker.

Instinctivement, je me repasse les plans de la demeure en tête. Si

j’arrive sur le toit, je pense que j’aurais le temps de le traverser et d’être de

l’autre côté assez vite. Mais aurais-je le temps de redescendre la façade

avant que tous les Sherwoods ne comprennent ce que je fais et courent

jusque devant leur maison pour me tirer à vue ?

— N’essaie pas de nous faire faux bon, Alexander. Il y a des hommes

postés devant la maison.

C’est June qui a parlé, et je peux voir une pointe de pitié dans ses yeux. Disparue la colère de tout à l’heure. Je ne sais pas si c’est une bonne chose

ou non.

Je saute sur place et je fais quelques moulinets avec mes bras pour me

dérouiller et m’échauffer. Cela devrait être un jeu d’enfant. La maison des

Sherwood est faite dans un style un peu gothique, et la façade est toute en

relief et fioritures.

Je pose une main sur une brique, puis l’autre. Mes pieds trouvent une

prise à leur tour, et j’escalade la propriété, mètre après mètre. Après

quelques secondes à peine, j’ai passé les hautes fenêtres du rez-de-chaussée,

puis celles du premier étage. Après une minute, j’ai dépassé le deuxième

étage. Mes mains se posent sur la corniche, je vérifie qu’elle est solide et

me hisse à la force de mes bras. Les jambes dans le vide, je m’assieds sur le bord du toit et regarde en bas.

Tout le monde à la tête en l’air. Gabriel a un bras autour de la taille de la

rousse, qui a dû se lever pendant que je montais. Il est imperturbable et son

œil m’épingle comme un insecte rare sous la loupe d’un collectionneur. Ses

frères se tiennent en retrait, les bras croisés. June, elle me regarde avec un

léger sourire et celle que Gabriel a appelée Nina applaudit en rigolant.

— Il est tout trouvé ton nom, chéri ! C’est Spiderman !

Le petit gloussement de June en réponse à la blague de sa sœur me réchauffe étrangement le cœur.

— Redescends, l’acrobate. On va passer à la deuxième partie du test.

Je me laisse glisser le long le long de la façade, principalement à la

force de mes bras, et je saute sur le dernier mètre. En me retournant vers la

famille qui me retient captif, je remarque que Nate et Vadim ont la main sur

leur arme, accrochée à leur taille. Leur aptitude à être prêt à m’abattre à tout

moment me dégrise un peu.

— Les gens disent vrai, acrobate. Tu sais y faire.

Je hoche brièvement la tête. Je ne veux pas remercier Gabriel, et

pourtant son compliment me fait plaisir.

— On va voir à présent ce que tu vaux sur le terrain, dit le grand roux

barbu.

La rousse, qui est visiblement la femme de Gabriel, vient se poster en

face de moi. Elle se présente comme étant Juliette, et montre le grand roux :

— Lui, c’est Ben. Ce soir, Gabriel et moi avons un rendez-vous avec

Brian Nolan. C’est le directeur d’un des plus gros casinos de New York. Nous étions en relativement bons termes avec lui jusqu’il y a peu. Vois-tu,

Ben ici présent, est lui-même à la tête d’un casino. Le problème est qu’on

soupçonne que Brian travaille depuis peu avec les Moretti, une puissante

famille de la mafia italienne. Le plan de ce soir est simple : moi et Gabe

irons le rencontrer, June sera en hauteur de la scène et pourra nous

communiquer ce qu’elle pourra dire du comportement de Nolan. Toi, tu

seras le moyen de locomotion de ma belle-sœur : tu assureras sa montée et tu la feras ensuite sortir avec une tyrolienne. Rien de plus simple. Mais on

veut voir si on peut compter sur toi.

Tout le monde est tourné vers moi pour juger ma réaction. Il y a l’air

désapprobateur de Vadim, le regard moqueur de Nina, l’impassibilité de

Nate. Et l’intensité de June. J’ignore si elle m’analyse autant parce que je la

fascine autant qu’elle m’obsède, ou si elle fait juste ce pourquoi elle est dans la famille : évaluer mon comportement, ma façon de penser et

anticiper mes actions.

Je pencherais plutôt pour la deuxième hypothèse.

— D’accord, ça semble facile.

— Ce sera à nous de juger si on peut compter sur toi ou pas, Skywalker.

Gabriel me donne une tape dans le dos et rentre dans la maison, suivi

par les siens, à part Vadim qui me surveille toujours étroitement. Le geste,

simple mais familier, de ce bandit froid et calculateur, me surprend. Serait-il en train de relâcher sa garde ?

Si c’est le cas, mon espoir de fuite n’est pas encore une illusion.

 

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