Vengée (French Edition)
Chapitre 26
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ALEXANDER
l’espace d’une seconde, je me demande où je suis. Suis-je mort ? Est-ce un J ’ai l’impression qu’on m’a fendu la tête en deux. Un horrible bourdonnement persiste dans mes oreilles et
coup que j’ai raté ? Merde, je dois me relever avant que quelqu’un n’arrive.
J’entends une voix qui crie, c’est qu’on m’a déjà découvert. Putain, je vais
devoir trouver une excuse.
— Alex, réveille-toi !
Tiens, elle connait mon nom.
J’ouvre un orteil, intrigué. Et en voyant le visage de June, tout me
revient en tête. Le kidnapping des Russes, le vol dans la villa Sherwood, le
deuxième kidnapping par les frères Sherwood. Le choix entre mourir au
service de leur clan.
Mais surtout : June.
Chaque seconde, minute et heure passée avec elle effacent tout le reste. Comment ai-je pu vivre dans la solitude avant elle ? J’ai bien vu son regard
soulagé lorsqu’elle est apparue sur le toit avec ses frères. Eux, d’ailleurs,
ont eu l’air surpris.
Et si tout ceci n’avait été qu’un monstrueux test, encore une fois ?
Au-dessus de moi, June sanglote :
— J’ai cru que tu étais mort !
Je souris, puis j’essaie de me relever et je grimace :
— Je suis comme les chats, j’ai sept vies et je retombe toujours sur mes pattes.
La tête me tourne un instant, puis ma vue se stabilise. Je réalise que
mon oreillette a dû chuter, car June parle à toute vitesse au reste de sa famille.
— Il est conscient. Mais je ne sais pas s’il est en état de se redresser, ou
d’affronter les gardes lorsqu’ils se réveilleront.
Elle se tait et écoute les réponses des autres. Elle lève les yeux au ciel et
fulmine.
— Non, je ne laisse pas.
Puis, son visage se détend.
— Merci, Gabe.
Je me redresse et je me mets debout, en titubant d’abord, puis je
m’immobilise. Je dois avoir une légère commotion, mais ça a l’air d’aller.
Ma seule préoccupation maintenant, c’est de faire sortir June de ce merdier.
— On y va, dis-je à June en lui prenant la main et en l’entrainant vers la
porte de service.
Elle ne bouge pas et secoue la tête de droite à gauche.
— Non, ils s’attendent à ce qu’on repasse par là. Gabriel nous dit d’aller
par la sortie du personnel par laquelle il est rentré plus tôt. Le souci est
d’arriver jusque là.
Je jauge June. Elle doit peser cinquante kilos à tout casser, ça fait un
gros sac à dos. Si on ne m’avait pas fracassé la tête, je sais que je suis
capable le faire. Mais là, je me sens pas trop bien dans mes baskets.
Toutefois, je soupire :
— Tu me fais confiance ?
Sans hésiter, June hoche la tête.
Je fais le tour du toit en me penchant à chaque fois pour regarder les
façades. Je pense qu’on est cuit quand je trouve ce que je cherche sur le
versant est de l’immeuble.
— On va descendre jusqu’à cette fenêtre.
Je ne suis pas surpris de voir la peur pétrifier June. Et je suis certain que
ses frères doivent être en train de hurler dans son oreillette que c’est de la
folie.
Peut-être.
Mais c’est la seule option possible.
— Alexander, tu es certain que…
— Oui, approche.
June me regarde encore quelques secondes de ses grands yeux apeurés,
puis fait trois pas hésitants dans ma direction.
— Essaie de t’accrocher comme tu le peux à moi.
Elle s’exécute et la situation pourrait être beaucoup plus agréable si
nous n’étions pas coincés au sommeil d’un immeuble avec une horde de
gardes à nos trousses.
J’ajuste les jambes et les bras de June autour de moi pour ne pas être
gêné dans mes mouvements. Je bouge, plie les genoux et lève les bras pour
tester ce poids étranger auquel je ne suis pas habitué. Toutefois, je suis rassuré de sentir qu’elle est plus légère que je le pensais.
— Tu me fais confiance ? chuchoté-je doucement.
Elle hoche la tête sans rien dire, puis se love dans mon cou, attendant la
suite.
Je commence à me laisser glisser le long de la façade lisse et presque
sans aspérité de l’hôtel-casino Eden. C’est la première fois que j’ai une
passagère avec moi, et j’ai peur. D’ordinaire, si je m’écrasais au sol, il n’y
avait que moi et il faut croire que ma vie ne m’importait pas tant que ça. Mais celle de June, c’est autre chose.
Pourtant, elle ne dit rien et ne bouge pas. La seule chose qui me rappelle
que ce n’est pas un vulgaire sac à dos que je transporte est son souffle
chaud et rapide dans ma nuque.
J’ai déjà parcouru 3 étages et il n’en reste que deux avant d’atteindre la
fenêtre ouverte. C’est clairement une aubaine, car les clients d’hôtel new-
yorkais n’ouvrent pas pour faire entrer l’air frais des gaz de pot
d’échappement.
Sans doute des fumeurs.
— Il y aura certainement quelqu’un à l’intérieur, June. Prête à encore
casser la figure de deux ou trois personnes ?
— Seulement si c’est nécessaire, soupire-t-elle, las.
Elle m’a impressionné dans ses techniques de combat et la fluidité de
ses mouvements. Elle, l’ingénue qui semble si frêle et douce s’est révélée
efficace et dangereuse en cas d’attaque. Et ça me plait, car savoir qu’elle est
en mesure se protéger me rassure. Pourtant, je comprends qu’elle en ait marre pour ce soir. D’autant plus que les personnes présentes dans cette
chambre n’ont rien à voir avec la rivalité qui oppose la famille Sherwood et
Denitsov.
Arrivé à la hauteur de la fenêtre ouverte, je m’arrête un instant pour
regarder à l’intérieur. La lumière est allumée, mais il n’y a personne en vue.
Je me glisse par le battant ouvert et je retiens mon souffle. L’espace d’une seconde, je crains que ça ne soit un piège. Un leurre de Denitsov pour nous
attirer.
Puis, j’entends un rire grave dans la salle de bain, suivi d’un
miaulement féminin et de bruits d’eau. Je soupire de soulagement, puis je
me précipite de sortir de la chambre, avec June toujours sur le dos.
Une fois dans le couloir, je m’empresse de la détacher. Lorsqu’elle est sur ses pieds, elle chancelle et je la rattrape par les épaules.
— Ça va ?
Elle hoche la tête et ferme les yeux.
— Mais ça ira encore mieux quand on sera hors d’ici. Gabe m’a dit
qu’au vu des plans, on devait descendre la cage d’escalier, aller à l’étage -2,
puis prendre la sortie du personnel.
— Cela me semble assez facile, dis-je en lui caressant la joue.
Elle appuie sa tête contre ma main et fronce les sourcils.
— Ne nous attire pas la poisse, s’il te plait.
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