Vengée (French Edition)

Laura Fervante · Chapitre 17 sur 27

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Vengée (French Edition)

Chapitre 17

 

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JUNE

 

M a famille se détend un peu et tout le monde repart à ses occupations. Tout le monde, sauf Gabriel.

— L’acrobate, va manger un bout dans la cuisine. June, on peut

discuter ?

Ai-je le choix ? Je retiens un soupir, pour ne pas exaspérer mon frère, et je le suis jusqu’à son bureau. Avant d’y entrer, je jette un dernier regard à

Alexander qui nous a suivis pour sortir du garage. J’aimerais tellement

parler avec lui de ce qui s’est passé aujourd’hui. Tout ce qui s’est passé.

Maintenant que je suis de retour chez moi, j’ai l’impression d’avoir à

nouveau la tête froide.

Gabriel ferme la porte derrière moi et montre une chaise, m’invitant à

m’asseoir.

— Je vais me faire engueuler ?

Je me laisse tomber à contrecœur en face de mon frère, et j’attends ses

remontrances.

— Pas du tout, répond-il. Je veux juste comprendre ce qui s’est passé.

Je lui raconte tout, en dehors de la main d’Alexander dans ma culotte, et

au fur et à mesure que je parle, Gabriel plisse les yeux. Lorsque j’ai

terminé, il secoue la tête.

— Je ne comprends pas. Il aurait pu te planter sur le toit avec ce vigile

ou même dans cette cage d’escalier. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?

— Je ne sais pas, dis-je en haussant les épaules. Mais il était si…

prévenant et soucieux pour moi. Et lorsque j’ai refusé de lui donner les clés de la voiture, lui expliquant qu’il irait rejoindre des amis pour se

débarrasser de moi, il avait l’air si triste de me dire qu’il n’en avait pas.

Je repense au fait qu’il aurait tout aussi bien pu se débarrasser de moi

plutôt dans la journée, lorsque j’étais à la merci de ses doigts experts.

— Je lui ai posé la question, et il m’a avoué qu’il avait peut-être envie,

après tout, de voir ce que la famille Sherwood valait vraiment.

Gabriel et moi restons silencieux un moment.

— Je n’arrive pourtant pas encore à lui faire confiance entièrement.

— Moi non plus, dit Gabriel. Mais après tout, il n’est parmi nous que

depuis quelques jours à peine. Il faut lui laisser le temps.

Gabriel se lève pour sortir de son bureau, mais alors qu’il s’apprête à

ouvrir la porte, il s’arrête et se tourne vers moi.

— J’envisage de lui rendre sa liberté s’il nous aide à voler la couronne

de Pougatchev.

Je sursaute presque de surprise. Mon frère est d’ordinaire beaucoup

moins clément.

— En quel honneur ?

— J’espère qu’il restera alors avec nous par choix, et plus par

obligation.

Nous sortons du bureau, chacun dans nos pensées.

N’est-ce pas déjà le cas ? Alexander n’a-t-il pas prouvé aujourd’hui

qu’il demeurait avec moi par choix et non plus par obligation ?

Il faut que je lui parle.

Dans la cuisine, Alexander vide son assiette de chili con carne alors que

Ben est en train de ramasser ses clés et son portefeuille.

— Je retourne au casino. À demain ?

Nous saluons mon frère, et Gabriel sort de la pièce pour rejoindre le

salon.

Je prends une assiette et me sers à mon tour une portion de chili. Nina a

ramené cette recette de mission, et c’est une des meilleures choses au monde.

— Tu en veux encore ?

Alexander secoue la tête et tapote son ventre avec satisfaction.

— Non, non, j’en ai déjà repris deux fois.

Je m’assieds sur le tabouret à côté de lui, et je mange en silence mon

assiette. Lorsque j’ai terminé, Alexander me demande :

— Tu t’es fait engueuler ?

— Non, il voulait juste savoir pourquoi tu ne t’étais pas fait la malle

sans moi.

Je mets en bouche ma dernière cuillère de chili.

— Et je voudrais bien le savoir aussi, dis-je après avoir avalé.

Alexander ne dit rien, se contentant de fixer la surface de l’îlot d’un air

absent.

Il finit par faire pivoter son tabouret vers moi et déclare :

— Je t’ai déjà répondu cet après-midi. Vous avez piqué ma curiosité.

— Nous n’avons rien d’exceptionnel, dis-je en haussant les épaules.

— Pour toi, c’est normal. Mais pour moi qui n’ai connu que la solitude,

c’est…

Il se tait, cherchant le bon mot.

— Nouveau.

À mon tour, je tourne mon tabouret vers lui. Nos genoux se touchent, mais le contact ne me dérange pas. Au contraire, il a quelque chose de

rassurant. Ses yeux sombres me scrutent, comme si j’étais une énigme à

résoudre. Pourtant, c’est lui l’inconnue, c’est lui qui agit de façon tout à fait

inattendue. Je suis contente qu’il n’ait pas fui la dizaine de fois où il en a eu

l’opportunité. Mais tout de même… Son comportement est imprévisible.

— Nous n’avons pourtant rien à voir avec la famille traditionnelle.

Nous n’avons pas de parents, pas de tuteurs de qualité qui nous a appris la

vie, et les règles à suivre. On a découvert la vie à la dure, et nos règles, nous les faisons nous-même.

— Vous êtes votre propre entité, en fait.

— Qu’entends-tu par là ?

Alexander se montre du doigt et m’explique :

— J’ai toujours considéré que j’étais une entité indépendante du

système. Ou de tout autre système qui existe : pas de couple, pas d’amis,

pas de parents, pas de collègues. J’ai toujours été seul, par choix. Parce que

pour moi, une entité se suffit à elle seule, elle n’a pas besoin d’autres qu’elle-même pour se compliquer la vie. Mais vous… Vous êtes une entité,

tous ensemble.

Je fronce les sourcils, pas certaine de comprendre.

— Tu vois, continue Alexander, vous avez tous vos forces et vos

faiblesses. Et lorsque vous êtes ensemble, sur le terrain ou autour de la table

à côté, à échanger vos idées… Les faiblesses des uns sont compensées par

les forces des autres. Et votre famille est comme… une super-entité.

Je rigole, mais je me rends compte qu’il est très sérieux. Il a visiblement

beaucoup réfléchi à la chose. Peut-être que je considère ma famille comme

acquise ? Cela expliquerait pourquoi je n’arrive plus à m’émerveiller de ce

que nous sommes et de ce que nous faisons.

À l’inverse d’Alexander.

— Je vais aller me coucher, annonce-t-il en prenant mon assiette et la sienne et en allant les mettre dans l’évier.

Je descends de mon tabouret et je le suis dans le couloir. Alexander se

retourne, moqueur :

— Tu viens te coucher avec moi ou tu as peur que je ne trouve pas mon

chemin.

Je me trémousse, mal à l’aise, et je sors une clé de ma poche.

— Je suis désolée, je dois fermer ta porte.

Il regarde la clé, guère impressionné, puis soupire.

— Je pensais qu’on avait passé cela.

Une main sur la rampe, il commence à monter les escaliers. Je reste un

moment interdite, puis je le suis d’un pas précipité.

— Oui, enfin non, balbutié-je. On ne sait jamais que tu as un

changement d’état d’âme au milieu de la nuit.

Arrivé en haut, il se retourne et me fait un clin d’œil.

— Tu peux toujours me montrer où est ta chambre. Si j’ai un doute, je

viendrai te réveiller pour voir si tu sais me faire changer d’avis.

J’ouvre la bouche de surprise face à ce qu’il sous-entend. Puis, je me

rappelle ce qu’il m’a fait quelques heures plus tôt, et je me trouve bien

prude tout à coup. Que doit-il penser de moi ?

Arrivé devant sa chambre, il se retourne vers moi.

— Tu veux rentrer ?

— Je suis encore chez moi, tu sais. Je fais ce que je veux.

— Je n’impliquais pas le contraire. C’était juste une invitation polie à

continuer à discuter.

Je croise les bras sur ma poitrine et je ricane :

— Discuter ?

— Exactement. Tu m’as prouvé plus tôt dans la journée que tu savais

très bien… discuter.

Je me mords la lèvre. Parle-t-il de mes confidences ou de la façon dont

je l’ai laissé jouer avec mon corps comme si j’étais son pantin ? Je scrute ses traits, mais son visage reste impénétrable. Il déborde juste de cette

confiance en lui qui le rend irrésistible et si dangereux à la fois.

Alexander appuie son épaule contre le montant de la porte et se penche

vers moi :

— Tu veux me border ?

D’accord, il y avait bien un sous-entendu derrière ses mots. Son arrogance et la façon qu’il a de se comporter alors qu’il reste notre

prisonnier m’horripile.

Mais on peut être deux à jouer.

Je fais un pas en avant et nous sommes tout proches. Son air demeure

impassible, mais ses yeux glissent sur mes lèvres.

— Tu es un grand garçon, susurré-je. Tu n’as plus besoin d’être bordé

par qui que ce soit.

Alexander se détache de la porte de pose ses mains de part et d’autre de mon visage. Ses bras tatoués accrochent mon regard, et je le laisse glisser

sur les motifs bleus qui tournoient et fleurissent sur ses biceps.

— Si tu me bordes, je te montre le reste de mon tatouage.

— Qui me dit qu’il y a quelque chose sous ce t-shirt ?

Ses doigts glissent sous mon menton et il redresse ma tête afin que je le

regarde dans les yeux.

— Oh, le tatouage ne s’arrête pas au t-shirt, chérie.

Instantanément, le rouge me monte aux joues. Que veut-il dire ? Qu’il ne s’arrête pas à la lisière de son t-shirt ou qu’il continue ailleurs que sous

son t-shirt ?

— J’aime bien quand tu rougis, c’est une si jolie couleur.

Ses doigts frôlent ma joue, et je ferme les yeux une seconde, profitant

de la sensation. Alors que je les rouvre, je sens ses lèvres dans mon cou. Je

halète :

— Tu sais comment ça a terminé la dernière fois que tu as fait cela.

— Mh, mh.

Il fait courir son nez le long de la courbe de ma nuque, puis sur ma

mâchoire. Enfin il appuie son front contre le mien.

— Mais je ne suis pas con, tu t’es servie de moi tout à l’heure.

— Je vois pas ce qui te fait dire ça.

Ma voix n’est qu’un souffle.

— Je n’ai rien eu en retour, pas même un baiser de ta part.

Est-il sérieux ? En y réfléchissant, c’est vrai que nous ne nous sommes

pas embrassés. Il m’a fait venir du bout de ses doigts, mais il n’y a eu aucun

geste d’affection de ma part ni de la sienne.

Sa bouche est juste là, à quelques centimètres de la mienne je n’ai qu’à

me pencher pour fermer la distance qui nous sépare.

— Tu veux un baiser pour mieux dormir ?

Il grogne et se serre un peu plus contre moi, et il n’y a aucun doute sur

le fait qu’il bande. Fort.

— Pas certain que ça m’aide à mieux dormir, mais ça abrègerait

clairement mes souffrances.

— Ou ça ne ferait que les rendre pires encore.

— S’il te plait, murmure-t-il.

Je sais que je ne devrais pas. Je sais que ce baiser va mettre le feu à une

traînée de poudre qu’il y a eu entre nous dès le début. Je sais que ce simple contact va nous emmener dans un maelström de sensations, dont nous ne

sortirons pas indemnes.

Lorsque mes lèvres touchent les siennes, j’ai l’impression que mes

entrailles se liquéfient en même temps que mon cerveau explose. Ma langue

se fraie un chemin jusqu’à lui et le gémissement de plaisir qui sort de sa

gorge vibre directement entre mes jambes.

Je glisse mes doigts dans ses cheveux pour l’attirer plus près de moi. Je

veux le goûter tout entier, et je l’embrasse avec un désir dévorant.

Mais qui n’est rien à côté du sien.

Il agrippe mes hanches et me colle contre lui. Alors que sa langue

s’enroule autour de la mienne, je sens son sexe dur et gonflé contre ma

cuisse. Je donne un coup de bassin contre son corps et il me plaque contre

le mur en grognant. Sans retenue, il se frotte contre moi et assene des coups

de reins de plus en plus forts. Je halète de désir quand il prend ma lèvre

inférieure dans sa bouche et qu’il la suce.

Je me consume. Je veux le sentir encore en moi. Les images qui me traversent la tête n’ont rien à voir avec les caresses de cette après-midi.

Alors qu’il m’embrasse comme jamais encore personne ne m’a embrassée,

et qu’il se frotte contre moi, j’ai l’impression vertigineuse que je n’en aurais

jamais assez de lui, de ses mains, de son corps, et de son goût.

— Reste avec moi cette nuit, grogne-t-il à mon oreille en reprenant son

souffle. Sinon je risque vraiment de me barrer.

Je lui donne une légère claque sur la joue, et il glisse ses mains sous

mes fesses pour me soulever du sol. Alors que j’enroule mes jambes autour

de sa taille pour être au plus proche de lui, la pensée fugace que je suis en

train de perdre la tête me traverse l’esprit, mais je l’ignore.

Soudain, un bruit au rez-de-chaussée et des éclats de voix me font

sursauter. C’est suffisant pour me ramener sur terre. Je m’écarte d’Alexander et redresse un peu mon t-shirt.

— Bonne nuit, dis-je essoufflée alors que je pousse un Alexander

bouche bée dans sa chambre, puis que je ferme la porte à clé derrière lui.

Alors que je me laisse aller contre le montant, je ferme les yeux et

effleure mes lèvres du bout des doigts. C’était un arc-en-ciel, une pluie de

douceur, et un raz de marée en même temps. Si nous n’avions pas été

interrompus, jusqu’où aurions-nous été ?

Et je réalise qu’une part de moi regrette que cela n’ait pas eu lieu.

 

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