Vengée (French Edition)
Chapitre 24
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ALEXANDER
qu’on est passé à côté d’un truc. Quelque chose d’évident qu’on a tous L a simplicité du plan me fait peur. Tout semble trop facile, chaque étape parait être un jeu d’enfant. Inévitablement, cela me fait croire
zappé.
Ou est-ce plutôt la magie Sherwood qui est à l’œuvre ? Travailler en
groupe est nouveau pour moi, mais j’ai découvert que Gabriel sait parfaitement quelles sont les forces et les faiblesses de chaque personne
dans ses rangs. Et ce plan complètement fou qu’on met en action a été fait
sur mesure pour nous. Chaque intervenant se tient là où il doit être, dans le
rôle qui lui sied le mieux.
Et le mien, c’est à une centaine de mètres de la surface du sol.
J’escalade la tour Escala qui sépare le casino Eden à la tour désaffectée
au sommet de laquelle se tient Nate. Mon rôle se résume à cela : assurer la
sortie de tout le monde et, accessoirement, voler la couronne.
Complètement dingue.
Je suis toujours aussi surpris que Gabriel me fasse autant confiance.
Mais me fait-il vraiment confiance ? Je ne pense pas, mais pour la première
fois, c’est plus fort que moi, j’ai envie de lui montrer que je suis digne de
confiance. J’ai envie de prouver à la famille entière que je mérite de faire
partie de leur clan et, surtout, que je mérite June.
Ces pensées me font peur et, l’espace d’un instant, j’ai le vertige. Rien à
voir avec le vide sous mes pieds. Plutôt le vide que June laisserait dans mon cœur si elle devait disparaitre.
Dans mon oreillette, sa voix me tire de mes songes.
— Vous êtes certain que votre mot de passe est suffisamment robuste,
monsieur Faradet ? Il y a bien au minimum 12 caractères ? 10 ? Et un
chiffre ? Deux chiffres ?
Depuis maintenant quelques minutes, June essaie de définir le mot de
passe de Logan Faradet en lui posant des questions de plus en plus précises,
auxquelles Faradet lui répond à chaque fois :
— Mais si je vous dis que ce mot de passe est en béton !
Pourtant, on peut percevoir une pointe de doute, ou peut-être de stress,
dans sa voix.
Au même moment, une autre voix se fait entendre dans mon oreillette.
C’est Gabriel.
— Les caméras de surveillance sont sécurisées.
June continue encore quelques minutes à poser des questions, puis
déclare le plus naturellement du monde :
— Je vais devoir emprunter vos toilettes, Logan. Des problèmes de fille,
si vous voyez ce que je veux dire.
Je m’arrête, à un mètre du sommet de la tour.
Elle a dit quoi ?
J’entends Logan Faradet bafouiller :
— Euh, o-oui, oui, bien sûr. Thomas, accompagnez madame, s’il vous
plait.
— Oh, pas besoin, répond June. Nous voyons bien que vous avez confiance en votre sécurité. Nous savons reconnaitre une cause perdue
lorsque nous en voyons une.
— Si, j’insiste, nous ne pouvons pas vous laisser vous promener dans
nos couloirs.
— Bien sûr.
Des bruits de gens qui se lèvent et des salutations plus tard, je suis
arrivé au sommet. Pendant que j’entends June aller vers les toilettes, quoi
qu’elle veuille y faire, je me dirige vers le versant nord, sors mon arbalète, vise et tire un point de l’autre côté de la rue. Le grappin s’élance dans le
ciel, semble voler quelques secondes, puis s’enfonce dans sa cible. Je
vérifie qu’il tient et qu’il est sécurisé et je saute dans le vide, pour traverser
à mon tour l’espace séparant les deux bâtiments.
— Tyrolienne intermédiaire sécurisée, soufflé-je aux autres lorsque
j’atterris.
Je m’élance vers la porte de service et m’y engouffre sans hésiter. Les
plans du casino Eden défilent dans ma tête, et je descends quelques volées
d’escaliers, avant de pousser une porte menant dans un couloir tapissé de
rouge. Je jette un œil vers les caméras de surveillance, priant pour que
Gabriel ait bien fait son job.
La voix de June chuchote dans mon oreillette :
— Juliette, tu peux me dire si Faradet a une fille ? Si oui, c’est son
prénom, avec sa date de naissance. Et normalement, il y a la lettre « a »
dedans. Alexander, ce sera le prénom, suivi de la date de naissance. Et
remplace le « a » du prénom par une arobase.
— Entendu.
Plus personne ne parle pendant que Juliette fait ses recherches. Pendant
ce temps-là, j’ouvre les portes et encode les chiffres renseignés dans le
dossier des assureurs Eagledale. J’essaie d’ignorer le mauvais pressentiment qui nait dans le creux de mon estomac. C’est toujours trop simple. Je ne dis
pas que ça devrait mal se passer, la plupart de mes casses se sont faits sans
encombre, mais ce n’est pas un bête cambriolage qu’on est en train de faire.
À entendre la famille Sherwood, cette couronne mythique est inestimable.
Je me rassure en me disant qu’on s’est peut-être planté et que le coffre-fort
renferme peut-être quelque chose de bien plus banal qu’un trésor disparu.
Cela expliquerait beaucoup de choses.
J’entre dans la dernière pièce qui est censée me séparer du coffre-fort au même moment où June tire la chasse, claque la porte des toilettes et
annonce :
— Bon ben, bonne soirée, messieurs !
On peut entendre le brouhaha des conversations en arrière plan. Ben et
June sont redescendus dans le hall d’entrée. Ils ne vont pas tarder à faire
marche arrière pour remonter en sens inverse.
Si Gabriel a fait ce qu’il fallait, Ben et June se trouvent à présent dans un
angle mort des caméras de l’entrée. Tout le plan pourrait foirer si Faradet allait dans la salle des affichages de sécurité pour s’assurer qu’ils sortent
bien par la porte principale. Pour la première fois, je tique sur quelque
chose qui jusqu’à présent ne m’avait pas interpellé.
En prenant une bombe de laque d’une poche de mon pantalon de sport,
je souffle :
— Rappelez-moi encore pourquoi Ben et June ne sortent pas par la
porte principale comme le bon sens le voudrait ?
Un silence me répond, puis Gabriel dit d’un ton mi-moqueur, mi-
menaçant :
— Parce que je ne te fais pas encore confiance à 100 %, Skywalker.
Je grogne et commence à vaporiser le contenu de la bombe devant moi. Des rayons infrarouges invisibles à l’œil nu se révèlent dans le nuage de
produit.
— Cela m’étonne que tu n’aies pas posé la question plus tôt.
— Je vois pas ce que je peux faire de pl…
Mais Juliette m’interrompt d’un ton autoritaire :
— Taisez-vous. Vous parasitez la ligne pour ces choses futiles.
Je soupire et continue mon manège en silence. Vaporiser, sauter, ramper,
vaporiser.
Alors que j’ai fait la moitié de la pièce, June parle à nouveau. Elle n’a
plus son ton enjoué de tout à l’heure, mais c’est avec une voix tendue
qu’elle déclare :
— On est repérés. Quatrième étage, aile B.
S’ensuivent des bruits de lutte, et je m’immobilise. Les pensées, les
questions et les doutes défilent un après l’autre dans ma tête. Dois-je faire
demi-tour ? Dois-je aller les aider ? Est-ce que June sait seulement se
battre ? Le souvenir de notre première rencontre me revint en mémoire, et l’étau qui me serre la poitrine se relâche un peu. Oui, elle sait se battre. Il
faut que je lui fasse confiance.
Une peur inconnue me vrille l’estomac et je reste quelques secondes le
souffle coupé, à quelques millimètres du rayon infrarouge qui risque
d’alerter tout le bâtiment de ce que nous sommes en train de faire. J’ai
toujours cru que je n’avais peur de rien, pas même du vide, et de la mort
certaine qu’il promet si je ne me rattrape pas comme il faut dans une chute
ou une ascension. Mais pour la première fois depuis des années, je suis terrifié.
June.
Je réalise que je pourrais tuer pour elle, me rendre pour elle. Et peut-être
même mourir pour elle. Car je sais désormais que la vie n’aurait plus la
même saveur sans son existence.
Alors que ma décision est prise et que je vais faire demi-tour, j’entends
la voix essoufflée de Gabriel qui crie presque :
— Le plan continue comme prévu. Je vais aider Ben et June, et je
ressortirai par le toit. À Ben et June : combien sont-ils ?
Seuls des grognements et des bruits de coups répondent à Gabriel, puis
un cri, un corps qui s’effondre et une exclamation de June :
— Plus que deux !
Je suis au bout de la salle et, au même moment, Juliette dit :
— Alexander : le mot de passe, c’est Leona, née le 15 juin 2012.
Je me tiens devant le coffre-fort le plus épais et volumineux que j’ai
jamais vu. L’espace d’une seconde, j’ai un doute : comment un coffre si
grand pourrait-il contenir quelque chose de si petit qu’une couronne ?
La voix de Juliette me sort de mes doutes. Elle m’épelle le mot de passe
supposé et en retenant mon souffle, j’encode chaque caractère d’une main
tremblante sur le panneau numérique. J’appuie sur OK, puis après une
seconde, les chiffres disparaissent et l’écran s’allume en vert.
— On est bon, m’exclamé-je en me retenant de sauter sur place.
Je pousse la porte, épaisse et lourde par le blindage, et j’entre dans le
coffre qui fait la taille d’une petite pièce.
Je crois d’abord qu’elle est vide, puis je la vois, bien au centre, posée
sur un coussin, lui-même sur un piédestal. Denitsov, dans sa confiance
débordante en lui-même et son intelligence, ne l’a même pas mis sous
vitrine sécurisée.
Éclatante à la simple lumière de ma lampe frontale, trône la couronne de Pougatchev.
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