Vengée (French Edition)
Chapitre 7
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JUNE
feu dans le foyer en grognant. Mes deux frères sont furieux, d’une part pour G abriel fait les cent pas dans le salon. Moi et Juliette sommes assises dans le fauteuil en face de lui et, un peu plus loin, Vadim remet du
la perte de l’ordinateur portable, mais surtout parce qu’en l’espace de
quelques jours, ma sécurité a été mise en danger deux fois.
— Il ressemblait à quoi ?
Je hausse les épaules, et Juliette m’entoure d’un bras protecteur.
— Je ne sais plus, il avait les yeux gris, les cheveux blonds, je crois.
Mais je ne suis pas certaine parce qu’il avait un bonnet. Il n’était pas très
grand, mais très musclé, et large d’épaules. Il a escaladé le mur du jardin
avec une facilité déconcertante…
Gabriel et Vadim échangent un regard sombre, et je devine ce qu’ils
pensent. Les informations que j’ai sont maigres, et on ira nulle part avec ça.
— Il a dit aussi qu’il travaillait seul, qu’il faisait ça pour Denitsov juste parce qu’il était coincé et obligé de le faire.
Je me mords les lèvres, et puis continue :
— Ma foi, il n’avait pas l’air très méchant…
Gabriel glisse les mains dans ses cheveux de frustration.
— Il est entré chez nous et il t’a poussée. Vous vous êtes battus ! Je me
fiche que ce soit un enfant de chœur ou non, ce mec est mort. Dès qu’on l’a
trouvé, il va passer un mauvais quart d’heure, crois-moi.
Je me tais, car insister rendrait mon frère encore plus furieux. Le voleur de cette nuit avait l’air si sincère, mais Gabriel a raison et ce qu’il dit fait
échos avec la rage que j’ai en moi depuis l’incendie. Quelqu’un doit payer,
et tant pis si ça doit tomber sur cet acrobate solitaire.
Me battre avec lui m’a fait du bien, cependant. Il m’a servi de punching-
ball humain, et je me suis sentie utile, forte. Être dans l’action m’a
clairement été bénéfique.
— Je veux être utile à quelque chose, dis-je.
Mes frères me regardent bizarrement, et Juliette me serre l’épaule.
— Tu dois te reposer, June. Ces derniers jours ont été durs pour toi…
Je me dégage de ses bras.
— Non, non. Je… je veux me battre.
Vadim fait un mouvement impatient, mais Gabriel plisse les yeux et me
sonde pendant quelques secondes, comme s’il réfléchissait et me jaugeait en
même temps.
— Laisse-moi d’abord mettre mes gars sur la recherche de ce type.
Juliette, tu penses que ton contact du FBI pourrait connaitre notre voleur-
acrobate ?
Juliette hoche la tête, sort son téléphone et quitte le salon après avoir
effleuré d’un geste tendre l’épaule de Gabriel.
— Ensuite, toi et moi on se fera une session d’entrainement. Je veux
voir ce que tu as encore dans le ventre, petite sœur.
Je fais une moue boudeuse. Vu la nuit dernière, je trouve que je me suis
pas mal débrouillée. Mais soit, si ça peut me permettre de me défouler un
peu plus en frappant sur mon frère, allons-y. C’est lui qui le demande.
— Et après cela, conclut Gabriel, on fera le point sur notre prochaine réponse à Denitsov.
— Tu te retiens, Gabe ! Allez !
On est bien plus tard dans la journée, et mon frère a tenu ses paroles.
Nous sommes tous les deux dans une des nombreuses pièces de la villa, à nous tourner autour, les mains levées devant le visage pour parer les coups
et en donner à l’autre.
Si c’est Vadim qui m’a appris le combat au corps à corps, j’ai toujours
préféré m’entrainer avec Gabriel. Son approche est moins directe que
Vadim, il est plus réfléchi, plus complexe et ses attaques sont plus difficiles
à anticiper. Pourtant, aujourd’hui, je sens bien qu’il me ménage.
Le tranchant de ma main vole vers la gorge de Gabriel, et alors que je
vais le toucher, il attrape mon poignet et me tire vers lui tout en me faisant
pivoter. Il agrippe mon autre bras et m’immobilise contre lui.
— Si je donne tout ce que j’ai, tu vas râler, petite sœur.
Je grogne, et me dégage de son emprise. Je lui refais face, prête à
recommencer.
— Encore.
Mais Gabriel attrape une serviette et s’essuie le visage en secouant la
tête.
— Non, désolée, je dois aller voir si on a du nouveau sur ton visiteur-
acrobate de cette nuit.
— Il n’est pas mon acrobate, dis-je les dents serrées.
Mon frère me lance une serviette propre, et j’ai droit à un de ses rares
sourires.
— Non, mais il m’intrigue. À t’entendre, c’est un prodige de l’évasion.
Je contemple Gabriel en silence, et soudain, je sais à quoi il pense.
— Il t’intéresse ?
Gabriel hausse les épaules.
— Pas tant que je ne l’ai pas vu en action, et que je n’ai pas entendu sa
défense pour être entré par effraction dans ma maison, et pour t’avoir
touchée.
Je serre les lèvres, mais je ne dis rien. Gabriel est à la tête de notre famille, mais il dirige aussi une petite armée urbaine qui sévit dans New
York. Nous sommes tous plus ou moins formés aux techniques de vol de
base, mais nous avons chacun notre spécialité. Nous excellons chacun dans
un domaine particulier, et la plupart des soldats de mon frère ont été
recrutés pour leur aptitude spécifique.
Et nous n’avons pas d’acrobate dans nos rangs.
— Le type travaille pour la Bratva, on ne peut pas lui faire confiance.
— Tu as raconté toi-même qu’il t’a dit être obligé de le faire parce qu’il y était forcé.
— Oui, et ?
Avant de quitter la salle de sport, mon frère me fait un clin d’œil et
répond :
— Dans le doute, faveur à la liberté.
La porte se referme et je me retrouve seule avec mes pensées.
Dans le doute, faveur à la liberté, c’est la règle numéro un dans la
famille. La seule, sans doute. C’est là-dessus que nous basons tout ce que
nous faisons : nous doutons du système légal, donc nous avons choisi la
liberté. Nous voulons douter de tout, tout le temps, pour être certains
d’avoir un bon esprit critique. Ainsi, nous sommes très doués pour juger et
comprendre les gens. Et si mon frère pense pouvoir décrypter l’inconnu qui s’est introduit chez nous, grand bien lui fasse.
Je cours presque jusqu’à la salle de bain et je prends une rapide douche.
Si Gabriel est en train de réceptionner les informations de ses indics, il va
en parler ensuite à Vadim, et je veux être dans les parages pour entendre
cela après.
J’enfile un pull en laine et un pantalon en flanelle, et je dévale les
escaliers. En entrant dans le salon, je suis surprise de tomber sur Nate, qui
contemple pensivement le jardin. Dans sa main, une tasse fumante où dépasse l’étiquette de son sachet de thé. Earl Grey, comme d’habitude. La
vision me réchauffe le cœur, car Nate n’est pas souvent à la maison.
Récemment, pourtant, il semble errer ici de plus en plus.
En silence, je vais me glisser à côté de lui, et je pose ma tête sur son
épaule. J’ai beaucoup de peine pour mon frère, car sa spécialité est sans
doute la pire de nous tous. Si chacune de ses victimes a mérité la balle
reçue, la tâche n’en reste pas moins difficile pour la conscience de mon
frère. Pourtant, comme à son habitude, il ne laisse rien paraitre. Ou très peu.
— Salut, petite sœur.
— Salut, grand frère.
— Alors comme ça, on botte les fesses des mecs maintenant ?
— Seulement s’ils sont dans mon jardin sans invitation.
Il se tourne vers moi, et ses yeux brillent d’une malice silencieuse.
— J’aurais voulu voir ça.
La porte s’ouvre derrière nous, et Gabriel arrive avec son sérieux
habituel. Lui et Nate se saluent d’un mouvement de tête, et sans rien dire, nous nous asseyons dans les canapés du salon. C’est rare que je traîne avec
eux pour les écouter parler business, mais j’estime que ce qui me passe en
ce moment me concerne suffisamment pour avoir le droit de participer à
leurs réunions officieuses. D’ailleurs, aucun de mes frères ne questionne ma
présence, ce qui me réconforte.
Vadim entre à son tour dans le salon, un peu essoufflé, mais l’air
satisfait, ce qui est inhabituel chez lui. Il se laisse tomber à côté de moi dans le canapé deux pièces, et regarde Gabriel, impatient de commencer.
— Tu sembles revenir avec quelque chose. Parle, mon frère.
Vadim se redresse et se penche vers Gabriel. Il doit être de loin celui
d’entre nous qui vénère le plus notre frère aîné. Il irait sur la lune pour
chacun d’entre nous, mais pour Gabriel, il irait carrément la décrocher.
J’admire cette confiance aveugle et ce dévouement infini qu’il lui voue. Je l’envie un peu, aussi.
— C’est presqu’un coup de bol, mais une connaissance, Lena, est la
cousine d’un gars de la Bratva.
— La fameuse Lena, commenté-je en souriant.
Vadim et Lena couchent ensemble depuis des mois, mais il s’obstine à
la définir comme une connaissance, alors que tout le monde sait ce qu’elle
est vraiment pour lui.
Gabriel encourage Vadim à continuer.
— J’ai l’adresse de l’acrobate. Ils l’ont baptisé Skywalker dans la
Bratva.
— Comme dans Star Wars ?
— Comme dans « marcheur du ciel ».
— Continue, Vadim, soupiré-je.
Vadim me regarde et hausse les épaules.
— Il n’y a pas grand-chose d’autre à dire, à part qu’il a déjà remis
l’ordinateur aux gars de Denitsov, mais qu’on a son adresse.
Un silence flotte quelques secondes, interrompu par l’impatience de
Vadim :
— Je pensais qu’on pourrait aller lui rendre visite avant qu’il ne prenne
la poudre d’escampette.
Nate plisse les yeux :
— Pourquoi penses-tu qu’il prendrait la poudre d’escampette ?
Vadim sourit d’un rire sans joie.
— Parce que si ce qu’il a dit à June est vrai, il va vouloir se débarrasser de la Bratva. Et de nous, accessoirement, car il sait qu’on va chercher le
retrouver, et que June a vu son visage.
Mes deux autres frères échangent un regard et hochent la tête, comme
s’ils pouvaient communiquer par télépathie. Je déteste lorsqu’ils font ça, et
en même temps, je ne peux m’empêcher d’admirer la facilité avec laquelle
ils se comprennent.
— D’accord, conclut Gabriel. On va le cueillir et on le ramène ici.
Tout le monde se lève, et je m’apprête à les suivre, lorsque Gabriel
m’arrête.
— Pas toi, June. Va plutôt préparer la chambre d’invité dans la cave.
J’ouvre la bouche pour protester, mais lorsque je vois la mine de mes
frères, je sais que c’est perdu d’avance. Les bras croisés, je prends mon air
boudeur et marmonne un « bonne chance » avant de descendre à la cave.
Ce que Gabriel appelle la chambre d’invité n’est qu’un cachot sans
fenêtre, avec une porte blindée composée d’une ouverture pour faire passer
la nourriture.
Jusqu’à présent, les personnes y ayant séjourné ne sont jamais ressorties
de la maison vivantes.
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