Au diapason de soi
9. La contagion émotionnelle
Quelqu’un vous sourit, vous lui répondez par un sourire.
Quelqu’un est en colère, quelque chose en vous s’active et vous
percevez celle-ci, un malaise s’insinue et vous ressentez une irritation qui peut devenir agressive.
Un proche se fait du souci et vous vous inquiétez pour lui, cela devient
votre préoccupation.
Une personne à l’humeur négative arrive dans une pièce et une tension
s’installe dans le groupe des convives présents qui perdent rapidement leur gaieté au contact du nouvel arrivant, un froid glacial s’installe. Le contraire peut aussi se produire : une personne joyeuse arrive dans un groupe plutôt morose et celui-ci se met à sourire en réponse aux sollicitations du nouvel arrivant.
Un leadership émotionnel s’instaure, les émotions sont contagieuses et
peuvent être source d’un terrorisme relationnel dans le sens où celui qui exprime le plus fort ses émotions parvient à les imposer aux autres.
Les émotions sont comme une wifi neuronale qui nous met en lien
avec les autres, que nous le voulions ou non, nous ressentons « quelque chose » lorsque nous sommes en synchronie, ce que fait automatiquement notre cerveau.
Un tango émotionnel se déroule entre les individus…
Selon Giacomo Rizzolatti, il existe dans notre cerveau des neurones
miroirs qui permettent une compréhension immédiate, à la première personne, des émotions d’autrui, ce qui rend possible le mécanisme empathique qui sous-tend une large part de nos relations
interindividuelles . Partager au niveau visuo-moteur, l’état émotionnel de 1
quelqu’un ne signifie pas pour autant être en empathie avec lui. Par exemple, si nous ressentons une grimace de douleur, ce n’est pas pour autant que nous sommes amenés à ressentir de la compassion. Certes, cela arrive mais n’est pas automatique. La compassion dépendra aussi d’autres facteurs tels les relations que nous entretenons avec lui, notre capacité à nous identifier à lui, notre désir d’endosser sa situation émotionnelle… La résonance émotionnelle provoquée par la vue de la souffrance peut provoquer en nous de la compassion ou de la pitié, du dégoût, voire du plaisir, etc.
L’absence d’empathie existe notamment chez les pervers ou les psychopathes qui n’ont probablement pas appris, par défaut d’éducation ou pour n’avoir pas été suffisamment regardés eux-mêmes, à se mettre à la place des autres. Selon Boris Cyrulnik, leurs neurones miroirs ne se développent pas ou ne fonctionnent pas.
En raison de son caractère direct et réflexif, cette compréhension détermine l’émergence d’un espace d’action potentiellement partagé à l’origine d’interactions élaborées (imitation, communication intentionnelle, etc.), lesquelles à leur tour s’appuient sur des systèmes de neurones miroirs de plus en plus articulés et différenciés. Pareillement, la capacité qu’a le cerveau de résonner à la vue d’un visage et des gestes d’un autre individu et de les coder immédiatement en termes viscéro-moteurs, fournit le substrat neural d’une coparticipation empathique qui alimente et oriente nos conduites et nos relations interindividuelles.
La mise en lumière de la nature et de la portée du mécanisme des neurones miroirs offre une base qui permet de comprendre les processus cérébraux dans lesquels prend corps le réseau de nos relations sociales.
Beaucoup de neurones miroirs opèrent dans le cortex prémoteur qui gère notamment la parole et l’action, mais aussi l’intention d’agir. Ces zones sont adjacentes, ce qui signifie que les aires du cerveau qui initient le mouvement peuvent commencer à s’activer dès que nous regardons quelqu’un faire ce mouvement.
Une première découverte inattendue s’est produite lorsque des scientifiques virent avec stupeur une cellule sensori-motrice s’activer dans le cerveau d’un singe lorsqu’il regardait un assistant porter de la nourriture à sa bouche. D’autres expériences ont ensuite confirmé cette première découverte : un ensemble de neurones entre en action lorsque les singes observent le mouvement d’autres singes ou de l’expérimentateur.
Une autre expérience a montré qu’un neurone peut s’activer à la fois
quand une personne anticipe une douleur – piqûre d’épingle – et quand elle voit quelqu’un d’autre se faire piquer, instantané neural de l’empathie primaire en action. Il n’y a donc aucune différence entre simuler un acte et l’accomplir, sinon que l’exécution est bloquée.
Les neurones miroirs rendent les émotions contagieuses en laissant les
sentiments que nous observons se répandre en nous, ce qui nous aide à nous mettre en synchronie et à suivre ce qui se passe. Nous « sentons » l’autre en éprouvant ses sentiments, ses mouvements, ses sensations, ses émotions de l’intérieur.
Certaines personnes deviennent de véritables éponges émotionnelles et
sont prisonnières de cette faculté de ressentir en captant tout ce qu’il y a de négatif dans l’air, comme ce qu’il y a de positif… En imitant ce que fait ou ressent quelqu’un, ces neurones créent des sentiments partagés, comme un ressenti virtuel, une connexion, une immédiateté de ce qui compte à un moment donné. On appelle cet état de réverbération mutuelle, ce lien de cerveau à cerveau, la résonance empathique. Celui-ci forme un circuit à deux cerveaux, via la route basse. Tant que nous sommes ensemble, notre vie mentale est cocréée. C’est pourquoi les mouvements de nos deux corps s’accordent, le fil de nos pensées se déroule en parallèle, et nos émotions se ressemblent. Nous ne pouvons plus voir nos esprits comme indépendants, séparés et isolés. Nous sommes perméables, en interaction permanente, pour le meilleur ou pour le pire suivant que nous arrivions à instiller des émotions positives ou négatives face à nos alter ego.
ZOOM : LE CERVEAU EST SOCIAL
Les neurones miroirs découverts fin des années 1980 par Rizzolatti dans nos
cerveaux permettent de nous mettre instantanément au diapason de notre
interlocuteur, base de l’empathie, capacité de nous mettre à la place de l’autre. Ils
jouent un rôle fondamental dans l’apprentissage socialisé d’expertises motrices
diverses comme le langage parlé.
Les autistes présenteraient une déficience de l’activité des neurones miroirs
préfrontaux lorsqu’ils lisent ou imitent les mimiques faciales.
♦ En pratique
Exercice 9 : Canaliser les émotions négatives
Objectif : Cet exercice permet de canaliser et réguler les émotions empathiques négatives.
Outre le ralentissement de la respiration, l’attention prêtée à celle-ci jouerait un rôle important pour canaliser les émotions négatives en atténuant l’activation de l’amygdale et en activant le cortex préfrontal dorsomédian, une zone corticale régulatrice.
Dans l’exercice suivant, vous allez associer pensées positives et respiration.
À chaque inspiration, associez une pensée apaisante, par exemple « J’inspire le calme, la douceur… ».
À chaque expiration, imaginez que vous expulsez vos soucis et inquiétudes, par exemple « J’expire mes tracas, mes angoisses, ceux des autres… ».
Faites l’exercice régulièrement si vous vous sentez envahi par les émotions négatives des autres.
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