Au diapason de soi

Eva Voros · Chapitre 19 sur 36

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Au diapason de soi

16. Le narcissisme

 

Chacun de nous possède un potentiel psychologique et relationnel qui

se structure autour de deux composantes : d’une part les composantes positives qui agiront comme de véritables moteurs et contribueront à illuminer notre vie, d’autre part les composantes négatives ou marginales qui pourront constituer autant de freins, de limitations ou de contraintes susceptibles d’assombrir notre existence.

Les économies modernes, caractérisées par le consumérisme, nous

poussent constamment à rechercher davantage de récompenses et de plaisir. Or, les journaux regorgent de faits divers, de souffrances et de périls contre lesquels nous sommes impuissants. Cela place notre cerveau en alerte rouge : « Quelque chose ne tourne pas rond. » À cause de son penchant négatif, notre cerveau enregistre très bien ces éléments dans sa structure neuronale. Cela peut créer en nous une forme d’exil intérieur chronique qui peut se traduire par un vague sentiment de pression, de persécution, d’irritabilité, d’épuisement, d’incompétence, de malaise ou de morosité. Tout cela peut nuire au développement d’un narcissisme sain et de l’empathie, cette capacité à se mettre à la place d’autrui.

Dans le mythe grec, Narcisse était si fasciné par sa propre beauté qu’il

est tombé amoureux de son propre reflet. La nymphe Écho, qui s’éprit de lui, fut incapable de le détourner de son auto-adoration et mourut de chagrin.

Comme le suggère le mythe, beaucoup de narcissiques séduisent, car

leur confiance en eux leur confère du charisme ; autant ils peuvent être charmants, autant ils peuvent se montrer désagréables. Le narcissique est quelqu’un qui possède un sens exagéré de sa propre importance, qui entretient des rêves de gloire, réagit à la critique par la colère ou une honte excessive, estime que tout lui est dû et manque donc d’empathie. Or, les narcissiques n’ont aucune conscience de l’égocentrisme que les autres perçoivent ! Cela les conduit à se sentir meilleurs que d’autres, au sentiment d’avoir toujours raison et au rejet de toute critique qu’ils perçoivent comme injustifiée. Il n’y a qu’un seul point de vue qui compte : le leur. Ce qui ne les empêche pas de se sentir aimables, au contraire. On le constate, du point de vue de la personne narcissique, tout va bien, elle ne peut qu’être aimée, voire adorée. Elle pratique généralement une forme d’empathie ciblée, lorsque quelqu’un peut être utile, le narcissique sait se concentrer sur l’émotion de l’autre mais globalement, cette incapacité relationnelle associée à cet opportunisme et à de la tyrannie lui attire une mauvaise réputation à long terme et risque de le couler professionnellement. Si son sang-froid peut sembler admirable dans les interactions sociales, cela n’a qu’un intérêt limité dans les connexions émotionnelles puisqu’il va avoir tendance à manipuler son entourage selon son intérêt. Sa capacité sélective à lire les émotions et les pensées d’autrui, sa cognition sociale très fine le rend sensible aux nuances et lui permet de deviner comment les gens vont réagir dans telle ou telle situation. Toute forme de saine contestation disparaît et cette manière de filtrer la réalité confirme le narcissique dans son désir de grandeur. L’entourage, pour éviter les conflits ou la colère du narcissique, finit par se taire et l’authenticité de la relation disparaît, chacun contribuant au maintien de l’illusion commune. Les relations deviennent une comédie dans laquelle chacun n’a plus qu’à jouer son rôle tel que défini par le narcissique.

 

Cette inflation de l’ego se produit plus souvent dans les cultures qui encouragent la réussite individuelle que dans celles qui favorisent les succès collectifs. Autant dire que notre culture encourage les personnes dans leurs tendances narcissiques.

Une personne qui se prive de l’accès à l’authenticité perd sa capacité à réagir souplement en cas de difficultés. Lorsque le narcissique est confronté à l’échec, il aura tendance à rejeter la faute sur l’autre, ses collègues ou la société. L’ivresse narcissique expose à une redescente douloureuse vers l’échec ou la honte et la réaction immédiate sera la fureur. La personne narcissique finit par décréter sa propre morale où ses objectifs ne peuvent être remis en question. Cela devient un monde où faire ce que l’on veut, obtenir ce que l’on désire ne pose aucun problème. Cette perpétuelle autosatisfaction masque en fait un clivage avec la réalité. Il s’agira pour le narcissique de remettre en question ses réactions émotionnelles de colère ou de fureur face à l’intolérance, à la frustration et son illusion de toute-puissance. Quand les règles ne s’appliquent qu’aux autres et que l’on a le sentiment d’avoir toujours raison, il importe de se poser des questions. En effet, il n’existe pas une façon de voir mais autant de façons de voir qu’il y a de personnes. Si le monde se réduit au blanc ou au noir, il perd ses nuances et sa richesse, même pour les personnes narcissiques qui deviendront immanquablement des personnes toxiques pour l’entourage en pratiquant le terrorisme relationnel, c’est-à-dire qu’elles se donneront le droit d’exploser et d’exprimer leur colère, voire leur rage.

La capacité de se contrôler et l’autodiscipline sont des facteurs qui

favorisent une bonne estime de soi. Une saine image de soi consiste à savoir reconnaître ses forces et ses faiblesses, ses talents, ses zones de compétences et ses limites.

 

ZOOM : LES ZONES D’OMBRE

 

L’ensemble des composantes positives et négatives participe à la structure de

notre personnalité. Nous pouvons considérer que la part d’ombre et la dimension

conflictuelle de notre potentiel relationnel s’organisent en chacun de nous autour de

caractéristiques et de traits dominants et sont en interaction avec les composantes

de l’autre.

En complémentarité, elles seront atténuées ou maintenues en sourdine puisque

l’autre inhibera certains traits présents en nous.

Il appartient donc à chacun de développer une conscience portant sur ses zones

d’ombre et de lumière, et de ne pas se laisser entraîner par l’autre quand nous

engageons une relation avec lui.

Dans la composante narcissique, le moi idéal envahit tout l’espace social avec

une incapacité à se décentrer et à tenir compte d’autrui, ainsi qu’un sentiment de sa

propre importance, une surestimation de ses réalisations ou de ses capacités.

L’attente d’être reconnu comme exceptionnel alterne avec des phases de

découragement fondé sur le sentiment d’être nul ou indigne. Il s’agit d’un idéal du

moi très élevé qui n’admet pas les erreurs et les réactions peuvent être des crises de

rage envers soi autant que de la colère contre l’autre. Elle se fonde sur l’illusion

d’être le centre du monde et expose à un sentiment de toute-puissance qui favorise

un terrorisme relationnel.

Dans sa forme acceptable, la composante narcissique correspond à une forme

d’amour de soi ouverte et bienveillante. Lorsque le rapport à soi-même est

harmonieux, il est suffisamment paisible pour permettre de s’engager sans crainte

de l’échec, ni obsession de la réussite, ni peur du jugement de l’autre, ni besoin

d’être admiré.

Être bienveillant avec soi-même n’est pas de la vanité, se reconnaître des qualités

et des talents peut contribuer à se sentir bien et à guérir des éventuels sentiments

d’inaptitudes ou de honte, sans avoir besoin d’impressionner les autres.

 

♦ En pratique

 

Exercice 16 : Valeur personnelle

 

Objectif : Cet exercice permet de développer ses compétences et ses forces intérieures.

Nous avons chacun des compétences et des forces intérieures qui nous permettent de faire face à la vie. Suivant les circonstances, nous pouvons avoir besoin de développer nos valeurs personnelles afin de renforcer nos zones de lumière (exemple : le partage, la confiance, l’affirmation de soi, la solidarité, l’écoute, la sérénité, le respect, l’impartialité, l’humour…).

 

Installez-vous confortablement et centrez-vous sur votre respiration.

Lorsque vous êtes bien détendu, pensez à une valeur que vous cherchez à incarner dans votre vie personnelle. Visualisez cette valeur.

Maintenant, visualisez-la à l’intérieur de vous.

Voyez comme vous tentez de la vivre en pratique.

Prenez conscience de votre capacité à concrétiser cette valeur.

Félicitez-vous de pouvoir faire cela.

Puis, revenez à votre respiration et ouvrez les yeux. (Vous pouvez refaire l’exercice avec d’autres valeurs qui sont importantes pour vous.)

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