Au diapason de soi
23. Dire non et être clair
Être clair avec l’autre implique de d’abord l’être avec soi-même !
Quand j’imagine qu’un ami va s’offusquer d’un refus de ma part, c’est
parce que je vis moi-même les refus comme un rejet. Quand je n’ose pas demander par « peur de déranger », c’est parce que je ne sais pas moi-même dire non, sinon avec une grande gêne.
Ainsi, nous avons souvent un discours intérieur plus ou moins
conscient et qui se formule en ces termes : « On va me trouver indélicat/mesquin/égoïste/prétentieux… je vais avoir l’air ignorant/incompétent, etc. » Le jugement supposé est aussitôt généralisé (« tout le monde va me rejeter, me mépriser… ») et les conséquences sont dramatisées (« je vais me retrouver seul, exclu… »). Dans un mécanisme projectif très sévère, nous anticipons tout ce que l’autre pourrait penser de nous en pire. Mais pourquoi penser que les autres seront plus sévères que moi ? Avons-nous l’apanage de la largeur d’esprit ?
Si la peur d’être rejeté ou méprisé est bien l’obstacle majeur à
l’authenticité, nous n’en avons que rarement conscience, car l’esprit humain est très fort pour se tromper lui-même. La prise de conscience de son discours projectif de dévalorisation permettra de prendre du recul par rapport aux situations, de mieux gérer ses émotions et d’éviter une baisse de l’estime de soi.
À l’inverse, surmonter son appréhension pour formuler un refus avec
gentillesse et empathie, constater que ce refus n’entraîne pas d’hostilité ni de conflit agit comme un renforcement positif.
Être clair signifie ne pas sous-entendre, ne pas faire sentir, ne pas
laisser entendre que… Réciproquement, on ne devine pas, on ne comprend pas des sous-entendus, on ne voit pas mais on entend ce qui est dit et cela seul existe.
D’où vient le manque d’assertivité ?
Nous l’avions déjà signalé dans le chapitre précédent, certains facteurs éducatifs peuvent favoriser le manque d’assertivité. Ainsi, des parents anxieux du « qu’en-dira-t-on », par exemple « que vont dire les voisins si… » ; une éducation rigide avec des préceptes tels que « cela ne se fait pas de demander ou cela ne se fait pas de dire non… », peut conduire à obéir à la règle en toutes circonstances ; une éducation trop altruiste avec des messages comme « il faut toujours faire passer les autres avant soi, se dévouer sinon on est égoïste… » ; une éducation trop permissive dans laquelle on prévient les désirs de l’enfant qui n’a plus à demander, on ne peut rien lui refuser, ce qu’il assimilera plus tard à un manque d’amour… En bref, toutes les règles mises en place ne donnent pas le droit d’exprimer ses propres désirs, ni même à exprimer des sentiments négatifs.
Il faudra donc remettre en question les idées reçues qui ont contribué à adopter un comportement normalisé, standardisé, tout en prenant conscience de ses vrais désirs, de ses émotions, de ses sentiments et de les assumer au regard des autres, ce qui conduit à des remaniements en profondeur.
J’apprends à refuser
Il ne s’agira pas bien sûr de ne plus jamais dire oui mais d’assumer un refus valable sans fausse excuse tout en reconnaissant la demande de l’autre, néanmoins le refus doit être clair et ferme : « Cela me gêne de te dire non », « Cela m’ennuie de te refuser cela », « Je ne voudrais pas que tu sois blessé par mon refus », donc tout en faisant preuve d’empathie et en prévenant une réaction négative. L’objectif étant d’exprimer à l’autre que ce n’est pas lui que nous rejetons mais sa demande, qu’il a eu raison de nous solliciter même si nous lui disons non.
Nous pouvons refuser pour toutes sortes de raisons, à commencer parce que nous n’avons pas envie, pas le courage, autre chose à faire… sans justification et tout en renvoyant du positif, par exemple : « n’hésite pas à me demander une autre fois… », ce qui consiste alors à proposer un compromis, une alternative.
Un refus n’est pas un rejet de la personne et c’est l’empathie qui le
souligne.
Nous pouvons rester en accord avec nos valeurs morales de
serviabilité, disponibilité, générosité, tout en acquérant la possibilité de dire non. Cela nous évitera de passer à nos yeux pour « une bonne poire », ou pour « quelqu’un qui se laisse marcher sur les pieds », car l’image que nous avons de nous-mêmes souffre de ses qualifications peu valorisantes.
ZOOM : CULPABILITÉ, HONTE
La culpabilité résulte de la transgression, réelle ou imaginaire, d’une règle morale
concernant soi-même ou autrui (faire souffrir, mentir, tromper…). Lorsque nous nous
sentons coupables, nous essayons de réparer. En ce sens, c’est une émotion
sociale.
La honte est liée à la peur du rejet social, de l’exclusion. Elle résulte du sentiment
d’être indigne, inférieur aux autres (parce que l’on est dans la misère, inculte…). Elle
nous donne envie de fuir, de nous cacher.
L’embarras surgit quand nous contrevenons aux conventions, aux règles du
savoir-vivre. Le sujet manifeste son embarras en adressant des excuses.
Dois-je réduire mes exigences envers moi-même ?
Si vos critères éthiques vous poussent impérativement à être à la hauteur de vos
principes mais qu’en cas d’échec, vous vous considérez comme quelqu’un de nul,
en gardant ce mode de pensée, vous continuerez à vous rendre coupable à vos
yeux, quand bien même vous manifesteriez moins d’exigences envers vous-même.
Commencez donc par ne pas vous croire irrécupérable ou nul sous prétexte que
vous avez manqué à vos principes. Cela vous permettra d’abaisser la barre des
exigences placée trop haut tout en ne vous accablant pas de reproches. Il s’agit
donc pour commencer de mieux tolérer ses erreurs, surtout pour les perfectionnistes
qui fixent sans arrêt la barre au-delà de ce qui est humainement possible…
L’esprit critique par rapport à ses propres valeurs éthiques demeure
indispensable.
♦ En pratique
Exercice 23 : L’assertivité
Objectif : Cet exercice permet de créer une anticipation positive face aux changements personnels que vous souhaitez mettre en place.
Durant cinq minutes, focaliser son attention sur son souffle en s’ancrant dans son corps. Pensez à votre vie actuelle et voyez ce qui vous convient et ce que vous souhaitez améliorer (par exemple la confiance en vous).
Repérez les comportements qui vous semblent gênants ou limitants pour vous.
Que ressentez-vous face aux changements qui vous semblent nécessaires : êtes-vous serein, enthousiasmé ou effrayé ?
Imaginez maintenant que ces objectifs soient atteints, que ressentez-vous ?
Comment vous sentez-vous avec ces nouveaux comportements mis en place dans votre quotidien ?
Quelle image avez-vous maintenant de vous-même ?
Revenez sur votre souffle et vos sensations corporelles puis ouvrez les yeux.
Après cet exercice, votre perception sera plus complète, ressentir véritablement l’objectif de l’intérieur est primordial. Cela aidera à créer une anticipation positive et à mettre en place les changements nécessaires.
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