Au diapason de soi

Eva Voros · Chapitre 21 sur 36

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Au diapason de soi

18. L'empathie

 

 

Des recherches en physiologie ont montré que lorsque deux personnes

deviennent interdépendantes (couple, amis, collègues…), elles jouent un rôle actif dans leur régulation physiologique réciproque. Cela signifie que les signaux reçus de l’autre ont la capacité de modifier leur organisme en mieux ou en moins bien.

Il n’y a de l’empathie que lorsque les réactions physiologiques sont

synchronisées.

Dans une relation enrichissante, les partenaires s’aident mutuellement

à gérer leurs émotions négatives, comme le font les parents avec les enfants.

Quand nous sommes fâchés ou stressés, notre partenaire peut nous

aider à identifier la cause de notre détresse, la relativiser, la mettre en perspective, court-circuitant ainsi la cascade neuroendocrinienne néfaste.

Selon Rick Hanson, neuropsychologue, quand vous expérimentez la

connexion, votre cerveau passe en mode réceptif, ce qui aide à se sentir en sécurité. Quand vous vous sentez pris en considération, l’ocytocine, qui calme et apaise, pénètre dans la sonnette d’alarme de votre cerveau, l’amygdale. Les récepteurs de cortisol de votre hippocampe (mémoire) identifient aussi la présence de l’ocytocine et demandent à votre hypothalamus d’arrêter de réclamer des hormones du stress. De plus, se sentir connecté est satisfaisant car, par exemple, les liens sociaux et les contacts affectueux libèrent les opioïdes (endorphines) gratifiants de

votre cerveau . 1

On peut en inférer que lorsque le cerveau émotionnel impose à

l’organisme une forte réaction, disons une flambée de colère, il y a peu ou pas d’empathie, car celle-ci exige une réceptivité et un calme suffisants pour que les signaux subtils indiquant les sentiments de l’autre puissent être perçus et imités. Nous communiquons et captons les émotions en une sorte d’économie souterraine de la psyché dans laquelle certaines rencontres sont néfastes. Les émotions s’attrapent comme une sorte de virus social. Lors de toute rencontre, nous émettons des signaux psychologiques qui affectent l’autre. Quel est le mécanisme de cette transmission magique ? La réponse la plus probable est que nous imitons inconsciemment les émotions manifestées par quelqu’un en mimant à notre insu son expression faciale, ses gestes, le ton de sa voix et d’autres signes non verbaux (repérables par des détecteurs électroniques mais imperceptibles à l’œil nu). L’individu recrée donc en lui l’humeur de l’autre. Certaines personnes sont plus sensibles à l’expression de l’autre, leur système nerveux autonome (SNA) est plus facilement stimulé. Cette labilité semble les rendre plus impressionnables : les films sentimentaux les font pleurer, ils sont plus facilement émus par les sentiments d’autrui. Cette synchronie facilite la communication de l’humeur même si celle-ci est négative. Que les gens soient optimistes ou abattus, plus leur interaction est physiquement synchronisée, plus leurs humeurs deviendront similaires. La coordination des humeurs constitue l’essence d’un rapport, c’est la version adulte de l’harmonisation entre un parent et son enfant. Les gens qui ont du mal à capter et à émettre des émotions ont fréquemment des problèmes relationnels parce qu’ils mettent les gens mal à l’aise.

Dans une interaction, l’individu le plus expressif et dont la personnalité s’avère la plus forte est généralement celui dont les émotions guident l’autre. Le partenaire dominant parle davantage, tandis que le dominé a tendance à regarder plus souvent le visage de l’autre. La domination émotionnelle est au cœur de l’influence.

Sur le plan neuronal, la synchronisation doit sa rapidité à la route basse. L’amygdale repère les signes de peur sur les visages à la vitesse de 33 millièmes de seconde, voire pour certaines personnes, 17 millièmes de

seconde (moins de 2 centièmes de seconde ). Cette rapidité ne permet pas 2 à la conscience de percevoir ces signaux, sinon une vague sensation de malaise. À notre insu donc, nous nous synchronisons avec une extrême facilité. La boucle créée entre deux cerveaux permet le passage d’un flux de signaux, qui installe entre eux une harmonie tacite et, si le flux va dans la bonne direction, amplifie leur résonance. Le rire est certainement la plus courte distance d’un cerveau à l’autre. Ce bouclage permet la synchronisation de nos sentiments, pensées et actes et produit un sentiment de bien-être. Mais il peut y avoir désynchronisation, lorsqu’un malaise s’installe, nous ne réagissons pas toujours avec empathie. Si la tonalité de l’autre nous incommode, nous pouvons nous fermer à la contagion et refuser de partager les émotions toxiques. Au moment de prendre une décision commune, un groupe (famille, travail, amis) devrait s’intéresser non seulement à ce qui se dit mais aussi aux émotions qui surgissent puisque si une personne est en réaction et non en réception, elle va émettre des signaux négatifs qui seront captés et influenceront l’état émotionnel de chacun ainsi que les décisions prises.

Par ailleurs, quand nous voyons quelqu’un qui souffre, les circuits

correspondants s’activent dans notre cerveau et cette résonance empathique devient le prélude à la compassion. La sensation de détresse suscite le désir d’aider.

 

Nos perceptions initiales nous poussent à agir et nous préparent à

l’action. Les mêmes neurones sont activés pour la perception et pour l’action, dans le cortex prémoteur, c’est ce qui est constaté par l’IRM. Ressentir avec nous permet d’agir pour.

 

ZOOM : MODE RÉACTIF OU RÉCEPTIF

 

L’évolution du cerveau est liée à celle d’assouvir trois besoins fondamentaux :

sécurité, satisfaction et connexion, destinés respectivement à échapper aux

dangers, s’approcher des récompenses et s’attacher aux autres. En résumé, notre

système d’évitement des dangers est lié au tronc cérébral, notre système de

recherche de récompense est lié au sous-cortex, notre système d’attachement aux

autres est lié au cortex ; ces trois systèmes fonctionnent pourtant en connexion.

Quand un besoin n’est pas satisfait, compte tenu du penchant négatif du cerveau,

celui-ci s’empresse de basculer dans un mode « rouge », réactif, de

combat/fuite/immobilisation. Votre esprit est alors coloré par la peur, la frustration, la

colère et le chagrin.

Quand notre cerveau passe au « vert », vous n’êtes plus perturbé par les

menaces, les pertes ou les rejets et notre souffrance n’est plus alimentée, c’est l’état

de base homéostatique du cerveau qui se régénère, se recharge et se répare. Vous

ressentez de la paix, de la satisfaction et de l’amour, tout cela dans un sentiment de

sécurité, d’épanouissement et de prévenance.

Or, la réactivité nourrit le conflit qui nourrit la réactivité, dans un cercle désastreux

de griefs, de rancunes et de représailles. Les coûts du système réactifs sont donc

élevés.

♦ En pratique

 

Exercice 18 : Réagir ou répondre

 

Objectif : Cet exercice permet de choisir entre réagir (mode automatique) ou répondre (mode réceptif).

Face à un défi, dans un conflit par exemple ou lors de sensations désagréables, vous pouvez décider d’être en mode réactif (réagir) ou en mode réponse ou réceptif (répondre). Choisir de répondre consciemment au lieu de réagir vous aidera à rester centré et fort intérieurement.

 

Pratiquez une séance de méditation centrée sur l’accueil de l’autre dans le respect.

Commencez par respirer profondément puis centrez-vous sur les sensations physiques de votre corps. Observez vos pensées sans les juger ni les commenter.

Pensez à une personne qui vous est proche et laissez-vous absorber par cette sensation d’ouverture à l’autre où vous ressentez de l’empathie, tout en étant vous-même bien différencié.

Puis revenez à votre respiration et doucement, reprenez le fil de votre journée en ressentant cette sensation d’ouverture et d’empathie positives.

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