Au diapason de soi
12. Besoins ou désirs. Le cerveau mimétique
12. Besoins ou désirs.
Le cerveau mimétique
Une des fonctions essentielles du parent est de répondre plus ou moins
rapidement aux besoins de l’enfant, exprimés ou non exprimés. Le propre d’un besoin, comme nous l’avons vu au chapitre précédent, c’est qu’il témoigne d’une aspiration vitale à une satisfaction. En cas de non-satisfaction d’un besoin, cela provoque un dysfonctionnement physique ou psychologique. Cela est clair dans les besoins vitaux comme manger ou uriner, mais moins évident dans les besoins relationnels qui entrent en résonance et mobilisent des ressources pour la survie sociale ou morale de l’individu.
Un désir, en revanche, se distingue d’un besoin, car il ne se rattache
pas à un besoin vital, qu’il soit physique ou social, c’est une amplification plus de l’ordre de la pulsion. Quand on a faim, un simple repas fait l’affaire et le repas gastronomique n’est qu’une option non essentielle. Il devient capital de différencier le besoin du désir qui lui n’a pas forcément besoin d’être satisfait.
La sexualité relève à la fois du besoin et du désir, suivant son
mouvement initial qui peut se transformer en désir d’appropriation, de soumission de l’autre à son désir. Dans les couples, on remarque souvent des besoins différents dans ce domaine et il devient nécessaire de s’accorder pour que l’un n’impose pas son désir à l’autre, ou que le besoin soit nié par l’un ou l’autre. Mon désir est-il au rendez-vous du désir de l’autre ?
Un des pièges à éviter serait de prendre tous les désirs pour des
demandes et de vouloir les satisfaire ou d’estimer avoir le droit légitime d’être satisfait. Nous ne sommes plus des enfants et la tolérance à la frustration plus ou moins grande sera à travailler pour relativiser tout désir impérieux qui peut ainsi rester à l’état de désir ou de rêve, sans devoir être satisfait. Jacques Salomé, psychosociologue, nous rappelle qu’il ne faut pas confondre le désir vers l’autre (désir convivial), du désir
sur l’autre (désir terroriste) . Il convient aussi de différencier les désirs 1
dépendants des autres pour être satisfaits de ceux autonomes qui ne dépendent que de soi, comme faire une activité créative ou du sport. Chacun peut ainsi se relier à son désir dans le but de le transformer lui-même en projet en tenant compte de la réalité de contraintes, de moyens et de ressources disponibles, sans contraindre l’autre, soit y renoncer, soit se contenter d’y rêver seul…
On le constate pour les désirs comme pour les besoins, ils peuvent être projetés sur l’autre et dans ce cas exercer une tyrannie ou être vécus de façon personnelle, responsable et autonome.
Ainsi, croire que des achats compulsifs prônés dans notre société de consommation pourront combler nos désirs et nos besoins profonds sera vécu comme un échec et laissera un profond sentiment d’insatisfaction parce que cela ne répond pas au sens réel profond du besoin ou du désir. Il en est ainsi de tout désir déconnecté de sa source personnelle et individuelle, de son besoin profond et rend alors la satisfaction réelle impossible ou illusoire. Le désir peut aussi devenir fantasme et donner une couleur particulière à celui-ci. Il s’avère en tous les cas être une construction mentale qui exerce un pouvoir sur nous tant que nous le lui octroyons par la force de nos certitudes ou de nos convictions non remises en question. Or, la vie est faite d’une part non négligeable d’incertitudes et nous devons y faire face.
La mécanique du désir s’avère complexe…
Les neurones miroirs participent aussi au mécanisme du désir : observer autrui désirant quelque chose ou quelqu’un pourrait faire résonner en nous la même action désirante ou accentuer notre propre désir. Cette conception du désir comme une contagion entre nos intentions et celles des autres est au cœur de la théorie du désir mimétique de René Girard qui a des implications sociologiques avec la victime émissaire. Le désir mimétique pourrait être au centre de la construction du psychisme humain, selon Jean-Michel Oughourlian, psychiatre, en passant par un premier stade d’imitation du modèle, ensuite au fur et à mesure de l’apprentissage, va apparaître le désir de
prendre la place du modèle, faisant naître la rivalité . Le modèle risque 2 ainsi de devenir le rival et ensuite un obstacle que l’on veut éliminer. Du désir à la jalousie ou au conflit, il n’y a évidemment qu’un pas, que certains franchiront, puisque par essence, tout rival possède quelque chose que nous ne possédons pas. Dépasser la spirale mimétique du désir revêt ainsi un enjeu crucial pour l’individu comme pour la collectivité. Il s’agit donc de comprendre les implications sans les réduire au niveau émotionnel mais d’agir aussi sur le modèle du désir mimétique, qui de par sa nature risque de transformer l’autre en rival ou en obstacle, comme on le remarque particulièrement dans nos sociétés individualistes basées sur la compétition et non sur la coopération.
ZOOM : LE CERVEAU MIMÉTIQUE
L’imitation, base de l’apprentissage et de l’empathie, repose sur nos neurones
miroirs dont on a déjà parlé. Pour comprendre, puis passer à l’action, nos neurones
copient ceux de nos parents, modèles, amours, amis… ou ennemis. Par le
processus, du désir mimétique, l’autre peut devenir un rival ou un obstacle que l’on
va tenter d’éliminer ou que l’on accusera de tous nos maux.
Ce n’est qu’en se questionnant sur la nature réelle de son besoin ou de son désir
que l’on pourra y répondre ou non. Nos neurones miroirs peuvent nous illusionner en
voulant imiter à tout prix ce que l’on voit autour de nous et devenir ainsi source de
souffrance ou de conflit. Cela constitue la trame de notre vie affective et sociale.
Seuls, nous ne pourrions ni vivre ni nous développer, nous avons besoin des autres,
nos désirs ne doivent pas devenir des petits monstres qui nous dévorent de
l’intérieur en nous tyrannisant. Notre système nerveux se structure autour de nos
expériences de bonheur, d’inquiétude, d’amour et d’anxiété, or nous choisissons ce
qui se placera à l’avant-plan de notre conscience. Nous pouvons nous distancier des
sources d’insatisfaction et nous connecter aux sources de satisfaction grâce à nos
processus d’attention. Ce sur quoi nous projetons le projecteur nous
« engrammera » car « le bonheur s’engramme », comme le dit le psychiatre
Christophe André.
♦ En pratique
Exercice 12 : La joie altruiste
Objectif : Cet exercice vise à développer la joie altruiste dans le partage.
Partager la joie, ressentir du bonheur pour les autres contribue à faire grandir l’amour et la compassion en vous. Plus vous développez d’amour en vous, plus vous développerez d’amour autour de vous. Dans nos sociétés individualistes et compétitives, on a oublié l’importance de la coopération et du partage pourtant essentiels à la satisfaction de nos besoins d’expression et de nos besoins sociaux. La joie égoïste procure-t-elle autant de satisfaction que si elle est partagée entre deux ou plusieurs cerveaux connectés ?
Pratiquez une séance de méditation centrée sur la joie altruiste.
Connectez-vous à votre respiration à différents moments de la journée et ressentez votre ventre monter ou descendre trois fois.
Prenez conscience de vos sentiments ou de vos pensées dans ces moments-là, en vous contentant de les observer sans les juger ni vous juger vous-même.
En même temps, centrez-vous sur une image ou une situation qui développe un sentiment de joie qui s’installe au fond de vous et, progressivement, étendez ce sentiment aux êtres chers avec qui vous aimez être, puis à d’autres personnes plus éloignées : votre joie vous emplit et déborde vers les autres.
OceanofPDF.com