Au diapason de soi
19. Adopter un autre regard
La plupart du temps, nos références se font à partir d’un système
causaliste. A cause B.
Dans la pensée systémique, les références sont interactives, ce qui
signifie que A agit sur B, B agira en retour sur A. Il s’agit d’une boucle circulaire et non d’une causalité linéaire.
Dans le réel, comme dans tout système, tous les éléments sont en
interaction.
L’action sur un élément a des répercussions sur l’ensemble du système,
et tout changement global du système change à la fois tous les éléments qui le constituent et les relations entre ces éléments.
En matière de psychologie, la plupart des questions sont par nature
complexes. Les réponses ne sont jamais univoques, jamais définitives, jamais « allant de soi ». Au contraire, elles nécessitent de prendre en compte un ensemble de facteurs, de multiples interactions, mais aussi le contexte, en particulier culturel, et le positionnement des acteurs, y compris en termes de valeurs. Surtout, elles exigent le croisement des points de vue, la confrontation des expertises, la remise en cause des présupposés, parfois inconscients, par l’exercice de l’esprit critique.
Le mode mental automatique, basé sur une causalité linéaire, est
constitué de routines, de refus, de dichotomies et de certitudes empiriques. Dans toute une série de circonstances, l’approche linéaire est sans doute acceptable, elle est rapide et simple.
On peut relever que la routine repose sur la facilité de l’habitude, le
goût du connu et l’aversion pour l’inconnu. Le refus bloque le changement, provoque des persévérations malgré l’obstacle ou l’échec. La dichotomie repose sur une vision tranchée, binaire, facilitant la prise de décision ou d’action mais souvent basée sur des jugements (blanc/noir, bien/mal, vrai/faux). Les certitudes reposent sur la conviction que le monde représente ce que nous percevons, sur le sentiment que nous détenons la vérité, l’aversion pour des réflexions « compliquées ».
À notre époque, on peut constater que le stress humain n’a que peu d’origine externe, contextuelle, environnementale, mais qu’il est principalement cognitif et donc, d’origine interne. Il semble que ce soit le résultat d’un conflit interne et il apparaît comme une information nous indiquant que nous avons commis une erreur de raisonnement, au niveau de l’intention, de l’attitude ou du comportement, que nous faisons fausse route, qu’il y a sans doute d’autres manières d’appréhender la réalité, et de la gérer.
Oui, mais comment ?
En développant notre raisonnement dans un sens systémique grâce à la curiosité, l’adaptation, la nuance, la relativité, la réflexion et l’opinion personnelle.
Bref, en utilisant nos capacités supérieures qui se nichent dans le cortex préfrontal.
La stressabilité, c’est-à-dire la tendance à se stresser sur un sujet donné considéré en situation négative, réelle ou imaginaire, est donc liée à un dysfonctionnement cognitif dans notre capacité à recruter consciemment le circuit cérébral adapté à la gestion du complexe et de l’inconnu, là où le mode automatique est dépassé et où il est bon que le préfrontal prenne le relais !
La préfrontalité, c’est être léger sans être insouciant, à la fois intelligent et ouvert.
Lorsque nous sommes confrontés à un problème et que nos réactions automatiques ne conviennent pas, nous pouvons nous mettre en adéquation avec notre mode mental préfrontal qui nous offre les capacités dont nous avons besoin pour répondre et gérer la situation.
Dès lors, nous développerons de la curiosité avec la recherche active de nouveauté, l’acceptation et la capacité d’adaptation en prenant en compte toute la réalité comme elle est, le choix d’être dans la nuance en développant une vision subtile tout en ayant une vision de la complexité et de la continuité des choses, la relativité en prenant conscience que chacun a son regard, que chaque vision est superficielle, que la carte n’est pas le territoire, la réflexion en cherchant à comprendre la logique cachée, tout en faisant preuve d’un point de vue personnel ouvert à l’opinion et aux sentiments des autres.
ZOOM : LA PRÉFRONTALITÉ
La préfrontalité naît de la rencontre des informations néocorticales, qui
aboutissent au niveau du préfrontal dorso-latéral et des informations d’origine
limbique qui aboutissent au niveau ventro-médian. La rencontre entre ces deux
lignées d’intégration se réalise au niveau du cortex orbito-frontal (COF). En fait, il
s’agit de la rencontre entre des informations d’origine externe et celles d’origine
interne, les premières nous informant sur la situation de l’environnement et ses
potentialités ; les secondes sur notre état biologique et nos besoins immédiats.
Il existe d’autres niveaux d’interférence entre ces deux lignées, notamment au
niveau du thalamus et du cortex cingulaire antérieur (CCA). On peut dire que la
rencontre du cœur et de la raison se passe au niveau du préfrontal . 1
♦ En pratique
Exercice 19 : Se connecter aux circuits réceptifs
Objectif : Chaque fois que vous vous connectez à des circuits réceptifs,
vous stimulez un circuit neuronal qui dès lors se renforce. C’est donc une merveilleuse voie de transformation du cerveau.
Si vous traversez un moment difficile, pensez à expirer lentement,
remémorez-vous une occasion où vous vous êtes senti fort, ou savourez un plaisir physique, ou pensez à quelqu’un qui vous aime ou à quelqu’un que vous aimez.
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