Au diapason de soi
4. Gestion des émotions
Il n’y a pas de bonne gestion émotionnelle sans une bonne gestion de
ses pulsions, car elles motivent le besoin d’agir. Rappelons qu’étymologiquement émotion signifie « mettre en mouvement », donc la capacité de refréner ce mouvement à ses débuts, de résister à ce besoin d’agir, est due vraisemblablement à une inhibition des signaux de la route basse en direction du cortex moteur. Une expérience menée dans les
années soixante, le test des bonbons , a permis de démontrer qu’il peut 1 exister dès le plus jeune âge une aptitude à retenir ses émotions et donc à retarder la satisfaction de ses pulsions. Dans cette étude faite auprès d’enfants de 4 ans, on leur offrait la possibilité de manger un bonbon immédiatement ou de recevoir deux bonbons s’ils attendaient le retour de l’expérimentateur durant un temps qui leur semblait interminable. Environ un tiers des enfants étaient capables d’attendre et de reporter la satisfaction d’un désir immédiat. La valeur prédictive de l’épreuve est apparue entre douze à quatorze ans plus tard, lorsque les sujets étaient devenus adolescents. Ceux qui avaient saisi le bonbon présentaient à l’adolescence une tendance à plus éviter le contact avec autrui, étaient têtus, indécis, facilement contrariés par leurs déboires, souvent plus jaloux ou envieux, susceptibles et donc, sources de conflits. En revanche, les enfants qui n’avaient pas saisi le bonbon se montraient à l’adolescence prêts à affronter la vie en société : efficaces, sûrs d’eux et capables d’affronter les déboires, connaissant moins le doute, la peur et l’échec. Plus de dix ans après, ils restaient capables de remettre à plus tard une récompense.
Comme la plupart de nos réactions émotionnelles ont été façonnées
dans notre enfance, avec notamment nos parents, nos frères et sœurs, nos relations amicales…, on ne modifie pas son fonctionnement émotionnel du jour au lendemain, cela exige de la motivation et de la persévérance et dépendra donc de la (bonne) volonté de chacun. Il existe donc des habitudes psychologiques qui sont déclenchées automatiquement si cela touche à certains de nos besoins primordiaux : l’amour et le respect, ou de nos peurs primaires : l’abandon ou la perte, et cela se déroule alors comme si notre survie était en jeu. Or, aucune solution ne peut être trouvée lorsqu’on est sous l’emprise de nos émotions. La première chose à faire est de maîtriser ses propres sentiments négatifs, ce qui signifie d’être capable de se remettre rapidement d’un débordement émotionnel parce que l’on perd sa capacité à écouter, à penser et à s’exprimer clairement.
On distingue trois catégories de personnes suivant leurs capacités de gestion émotionnelle. Tout d’abord, celles qui ont conscience d’elles-mêmes. Ces personnes font naturellement preuve de subtilité dans leur vie affective. Lorsqu’elles sont de mauvaise humeur, elles ne ressassent pas et sont capables de s’en défaire rapidement. Leur caractère attentif les aide à maîtriser leurs émotions. Ensuite, celles qui se laissent submerger par leurs émotions. Cela se passe comme si l’émotion était au pouvoir et elles ne peuvent y échapper tout en s’y abîmant. Leur vie affective semble peu contrôlée. Et pour finir, celles qui acceptent leurs dispositions d’esprit quelles que soient les conséquences et sont donc peu enclines à modifier leurs humeurs même si celles-ci sont négatives. Ces personnes ont conscience de leurs sautes d’humeur mais les acceptent et ont tendance à s’y laisser aller et ne rien faire.
Il s’agit donc d’habitudes et de styles relationnels personnels qui sont en quelque sorte inscrits dans notre cerveau comme des autoroutes neuronales figées et il sera nécessaire de développer, si ce n’est déjà fait, un mode « neutre » qui permettra de conserver sa capacité d’autoréflexion, donc nos capacités préfrontales, même dans la tempête des émotions.
Certains penseront peut-être qu’exprimer ses émotions positives ou négatives de façon débridée lorsqu’elles se présentent peut faire du bien
et agir comme une « vidange émotionnelle », or c’est un mythe, comme 2 le souligne Christophe André. En effet, plus on laisse libre cours à la colère, plus celle-ci se nourrit d’elle-même et augmente l’irritabilité et la frustration. De même, les larmes vous rendent encore plus triste, car pleurer augmente sa sensation de détresse, ainsi que sa fréquence cardiaque et sa tension artérielle. Les chercheurs précisent que pleurer peut soulager uniquement si l’on est entouré d’une présence bienveillante qui vous assure compréhension et consolation. Pleurer seul ou face à des interlocuteurs indifférents ou hostiles risque de vous enfoncer un peu plus. Comme on le constate, l’expression brute de ses émotions fortes ne permet pas le recul ou l’expression nuancée de son ressenti, ce qui peut aggraver l’état émotionnel de base et entretenir un conflit au lieu de l’apaiser durant des heures, voire des jours. Le principe étant que les routes neuronales utilisées sont renforcées en permanence. Ce qui ne s’utilise pas s’appauvrit et disparaît. Les recherches actuelles ne se posent plus la question de savoir si les émotions causent les maladies mais bien quel est leur rôle dans la survenue ou l’évolution de celles-ci. La causalité n’est plus linéaire. Il ne s’agit pourtant pas de refouler ses émotions, car l’attitude inverse du défoulement émotionnel demeure aussi néfaste pour l’individu que les coups d’états émotionnels.
Mais alors comment gérer ses émotions ? Il s’agirait d’y réfléchir de
façon constructive afin d’accroître ses chances de trouver une solution, ce qui signifie aussi de ne pas se laisser ronger par les tracas. Mentalement, les soucis s’expriment presque toujours de manière auditive plutôt que visuelle – c’est-à-dire en paroles et non en images –, ce qui n’empêche pas certains de se faire des films catastrophe dignes d’un bon thriller hollywoodien. Le plus efficace afin d’apaiser la personne semble être de se centrer sur la détente du corps procurée par la relaxation ou la méditation. Il est donc possible de détourner les soucis en ne se fixant pas sur eux mais en détournant l’attention, ce qui diminue l’angoisse physiologique et permet de sortir de l’état de submersion psychologique.
Apprendre à cultiver les émotions positives est tout un art qui nécessite
que l’on s’y emploie activement.
ZOOM : CORTEX PRÉFRONTAL GAUCHE ET DROIT
Lorsque l’esprit fonctionne dans un état d’harmonie interne, facilité, efficacité,
rapidité et puissance d’action sont à leur niveau maximal et ces moments sont vécus
comme un plaisir. L’imagerie cérébrale montre que cela correspond, chez un droitier,
à une grande activité dans le cortex préfrontal gauche, pierre angulaire de la route
haute. Quand l’activité préfrontale augmente, les capacités mentales telles que la
pensée créatrice, la souplesse cognitive et le traitement d’information sont décuplés.
L’aire préfrontale gauche , comme l’explique Daniel Goleman, régule une cascade 3
de circuits dans les aires du cerveau inférieur qui déterminent le temps de
récupération après une épreuve – c’est-à-dire notre résilience. Plus l’activité est
intense dans l’aire préfrontale gauche, plus nous sommes aptes à développer des
stratégies cognitives de régulation émotionnelle et plus nous récupérons vite.
♦ En pratique
Exercice 4 : Visualisation positive
Objectif : Cet exercice permet de s’emplir d’émotions positives.
Relâchez-vous dans une position de détente au fond du siège, en fermant les yeux.
Vos pieds sont déposés sur le sol, votre bassin est dans l’alignement de votre dos pour éviter toutes tensions et vos mains sont sur vos cuisses.
Concentrez-vous alors sur les points d’appui de votre corps sur la chaise. Faites quelques profonds soupirs pour chasser toutes les pensées négatives, les pressions inutiles.
Puis prenez le temps de suivre votre respiration naturelle quelques instants, comme une vague régulière, paisible.
Et, tranquillement, laissez venir à vous une image agréable, douce : un paysage, un moment du quotidien qui vous fait particulièrement plaisir ou encore un souvenir agréable. Il est synonyme de bien-être et de joie pour vous. Vous prenez alors tout votre temps pour vivre ce contenu positif, en laissant vos cinq sens s’éveiller : les couleurs, les personnes chères, les odeurs, les bruits, des saveurs ou encore la température extérieure sur votre peau.
En vivant ce doux contenu, laissez monter les émotions positives. Elles vous apaisent. Vivez les sensations positives, les ressentis agréables.
Vivez pleinement cet instant.
Puis, quand vous le souhaitez, inspirez profondément, comme pour capter ce moment et les émotions associées. Et sur l’expiration, vous envoyez toutes ces émotions positives dans votre corps. Vous répétez cette respiration profonde plusieurs fois de suite. Laissez tout ce positif se diffuser, comme une douce lumière dans la tête, le cou, les épaules, le dos, le thorax, les bras, le ventre et le bas du corps.
Pour terminer, remettez votre corps en tension musculaire, tout
doucement en commençant par les pieds et en remontant jusqu’à votre visage, pour enfin ouvrir les yeux. Vous êtes alors rempli de positif et libéré de toutes autres émotions.
Qu’avez-vous ressenti ?
La méditation de pleine conscience est un état mental destiné à libérer
l’esprit et permet de faire une pause dans toute la profusion de nos pensées, images mentales et dialogues intérieurs. Petit à petit, le corps se stabilise grâce à l’immobilité et au centrage, l’agitation mentale ralentit et un nouvel état plus serein s’installe. Les émotions positives peuvent émerger.
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