Au diapason de soi
29. Rechercher le sens ou le plaisir ?
S’affirmer et être soi-même est un processus sans cesse à remettre en mouvement. On ne devient pas soi-même une fois pour toutes, on évolue et les situations également. Rien n’est statique, immuable, tout est mouvement, c’est un processus en devenir.
Comme une pièce d’un puzzle qui s’emboîte imparfaitement dans une autre, nous faisons aussi l’expérience de dissonance intérieure et extérieure mais est-on ouvert à soi ? À ce qui constitue nos différences ? Le plus souvent nous cherchons ce qui rassemble et de ce fait, nous nous écartons de nous-mêmes, car nous sommes intrinsèquement différents.
Pris dans le tourbillon de la vie, il n’y a de place, à notre époque, que pour l’urgent. Il est urgent que j’écrive cet e-mail ou que je termine ce rapport mais est-ce important ? Nous confondons sans cesse l’urgent et l’important, dans une vision à court terme, nous cédons à l’urgence sans nous préoccuper de l’importance de nos actes. D’ailleurs nous n’avons pas le temps de nous arrêter pour réfléchir ou pour nous recueillir. On semble pris dans un engrenage sans fin et les années filent comme une fusée dans l’espace sans que nous l’ayons vraiment vu passer. Aujourd’hui, c’est à chacun de construire du sens. Il n’y a plus de cadre traditionnel pour le faire à notre place. C’est un travail complexe mais indispensable. On se retrouve seul face à soi-même avec un puzzle à composer. L’évolution économique, historique et sociale du monde nous a plongés dans une crise de sens. Il n’y a pas de réponse absolue et générale à cette question du sens mais l’on peut cependant relever quatre caractéristiques : la signification, l’appartenance, la cohérence et l’orientation. La signification pourrait se résumer par l’idée que ce que nous faisons n’est pas indifférent mais au contraire important pour nous et pour les autres. L’appartenance implique le sentiment d’avoir sa place dans le monde – dans la famille, la société, le travail, la planète – ou tout ce que l’on voudra. La cohérence signifie que ce qui arrive dans notre vie n’est pas totalement chaotique mais obéit à un certain ordre selon notre propre logique. L’orientation représente les valeurs que l’on défend et les buts que l’on poursuit.
Selon Tatjana Schnell (psychologue existentielle) de l’université
d’Innsbruck en Autriche, l’être humain puise le sens dans vingt-
six catégories regroupées en cinq dimensions : 1
– Autotranscendance horizontale (générativité, lien avec la nature,
engagement social, connaissance de soi, santé) ;
– Autotranscendance verticale (spiritualité, religiosité) ;
– Autoréalisation (créativité, individualisme, développement,
connaissance, performance, pouvoir, liberté, défi) ;
– Ordre (morale, raison, tradition, enracinement à la terre) ;
– Sentiment de bien-être et d’appartenance (plaisir, bien-être,
communauté, ressenti conscient, sollicitude, harmonie, amour).
Les combinaisons possibles de ces facteurs sont potentiellement
infinies si bien que chacun est amené à créer sa propre grille de lecture du sens de son existence.
Il semble plus important de chercher le sens que le bonheur pour notre
bien-être et notre équilibre, ainsi que pour notre santé.
Il existe pourtant des personnes qui ne discernent pas vraiment de
signification dans leur vie, mais qui ne traversent pas pour autant une crise. Des individus « existentiellement indifférents » d’après Schnell, ce qui signifie que pour eux la vraie signification de leur présence au monde est indifférente.
Ce concept d’eudémonie (recherche de sens) s’oppose à l’hédonie
(recherche de plaisir). Comme on le constate, la société de consommation n’apporte que peu de sens véritable dans la recherche effrénée de plaisir ou de biens matériels qui doivent se renouveler sans cesse pour espérer donner le sentiment d’exister.
La « générativité » est un terme qui désigne le fait de mettre en œuvre
des actes qui apportent quelque chose à la postérité (même à petite échelle) et au monde, que ce soit en dispensant un savoir, en s’engageant dans une association, dans la sauvegarde de l’environnement…
De ce fait, on constate que le comportement de consommation va changer suivant le sens que l’on veut donner à sa vie, par exemple investir plus d’argent dans de nouvelles expériences comme un concert, un séjour de vacances ou un bon repas bio plutôt que dans l’achat de biens matériels comme un téléviseur ou un bijou. Outre les facteurs personnels, la culture et la société dans laquelle on grandit ont aussi leur importance. Dans les pays les plus pauvres, les personnes déclarent généralement trouver plus de sens à l’existence que dans les pays industrialisés. Il est possible que lorsqu’on doit constamment se préoccuper de ses besoins, voire se battre pour survivre, on ne se pose pas la question du sens de sa vie, car ce qui doit être fait apparaît immédiatement de façon très claire. De même, on observe un lien entre religiosité et sens dans les pays pauvres où la religion joue un rôle très important dans la communauté. Quant aux habitants des pays plus riches, ils accordent plus de valeur à l’individualité et d’autres facteurs associés, ce qui finalement procure un sentiment moindre de sens.
Notre cerveau est ainsi fait qu’il a besoin d’anticiper le plaisir pour en profiter pleinement et c’est la recherche qui prime donc sur la récompense. On peut alors comprendre que le peut-être devient un stimulant plus que la certitude d’obtenir une satisfaction.
La réalisation dans le travail demeure possible si la personne réalise son potentiel personnel et si ce qu’elle fait est jugé utile dans la société. Les personnes qui attendent du sens de leur travail sont plus facilement frustrées et sujettes au burn-out. Rares sont les métiers qui peuvent à eux seuls donner du sens à votre vie. Autant le savoir.
Ce n’est qu’en se ménageant du temps, sans écrans qui clignotent, sans téléphones portables qui sonnent… et en sortant du train-train infernal qui empêche de penser que l’on pourra répondre à la question du sens et il peut être douloureux de s’apercevoir que la vie que l’on mène n’est pas compatible avec nos aspirations ou avec notre personnalité, mais c’est aussi l’occasion de se remettre en accord et de (re)naître à soi-même.
ZOOM : LE CIRCUIT DU PLAISIR
Selon le professeur Richard Davidson, ce qui intéresse le plus le cerveau, c’est la
possibilité de la recherche du bonheur. En fait, le cerveau ne libère pas de la
dopamine (neurotransmetteur du plaisir) lorsqu’on reçoit une récompense, mais
plutôt quand on pense en recevoir une bientôt. C’est une question d’anticipation :
ainsi, l’anticipation elle-même devient pour le cerveau une source de plaisir.
Sur une expérience avec des singes entraînés à appuyer sur une manette pour
obtenir une récompense et qui ne la recevaient qu’une fois sur deux, on a constaté
qu’une fois la manette actionnée, pendant que le singe attendait de voir s’il allait
recevoir ou non la récompense, sa dopamine atteignait des niveaux jamais observés
dans le cerveau d’un singe. Autrement dit, dès que vous introduisez l’idée du « peut-
être » tout devient formidablement plus gratifiant. Quand vous êtes absolument
certain, c’est barbant. Si vous n’avez aucune chance d’être récompensé, vous êtes
impuissant et déprimé. 50 % de chances, c’est exactement le seuil où réside un défi,
mais un défi qui ne vous asphyxie pas, et c’est alors que nous observons la plus
forte libération de dopamine dans le cerveau . 2
♦ En pratique
Exercice 29 : Ici et maintenant
Objectif : Cet exercice permet de se placer au centre de sa vie.
Un état définitif de bonheur n’existe pas mais ce qui est possible, c’est
de se voir avec bienveillance et douceur, de laisser ses attentes tyranniques et de se sentir satisfait. Cela nous décontamine de ce mental impitoyable. Il s’agit de sortir du mode « agir » pour aller vers le mode « être ».
La durée de méditation journalière est de vingt à quarante-
cinq minutes de façon formelle pour maintenir l’effet d’une régulation émotionnelle, mais il s’agit pour chacun de déterminer la durée qui nous donnera l’envie de poursuivre.
Dans la pratique formelle, nous observons ce qui émerge et nous
intégrons ce qui est différent chaque jour. Ainsi, nous intégrons la méditation de pleine conscience dans notre vie à partir d’une posture immobile ou en mouvement. Notre cerveau développe une plus grande vigilance et plus de concentration. Notre attention reste dirigée sur notre corps, nos sensations, nos émotions et nos pensées, sans s’y attacher. C’est ce que l’on appelle « laisser être ». On laisse alors l’agir découler de l’être.
Dans la pratique informelle, au cours d’un acte de la vie quotidienne (exemple : prendre sa douche, se brosser les dents, manger…), nous explorons et observons avec attention et curiosité tous les sens (vue, ouïe, odorat, toucher, goût) comme si c’était la première fois et nous cultivons le moment présent : « Ici, maintenant, que se passe-t-il réellement ? »
On peut aussi faire une balade en forêt et se centrer sur ses sensations et percevoir avec ses cinq sens toute la nature environnante tout en adoptant des attitudes intérieures de réceptivité et d’ouverture. Vous ne faites plus qu’un avec ce qui vous entoure et vous ressentez un intense plaisir dans une parfaite conscience de soi.
Au fil du temps, il se développe une attitude positive, une vision plus large et éclairée, vous abordez les situations en changeant de point de vue et en expérimentez les côtés positifs, tout en construisant une relation positive avec vous-même et les autres.
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