Au diapason de soi
13. Soigner les blessures du cœur, faire ses deuils
13. Soigner les blessures du cœur, faire
ses deuils
« Car de même que l’amour vous couronne, il doit vous
crucifier.
De même qu’il est pour votre croissance, il est pour votre
élagage. »
« L’amour ne possède pas et ne veut pas être possédé ;
Car l’amour suffit à l’amour. »
Khalil Gibran, Le Prophète
L’amour n’est pas une émotion mais plutôt un mélange complexe
d’émotions associées à des pensées particulières et une tendance à vouloir se rapprocher de l’être aimé. Il n’y a pas d’expression faciale typique de l’amour même si l’on peut noter une expression caractéristique dans le regard qui ressemble plus à des yeux de chien battu… qu’à un regard exalté, un sourire tendre, le visage un peu penché sur le côté. On croirait parler du regard d’une mère vers son enfant et, si l’on observe une mère et son bébé, il y a bien une façon de regarder et de parler caractéristique faite de babillements, de petits cris et de sourires. Si tout se passe bien, le parent répondra aux sollicitations du bébé et ce sera le début d’une belle histoire d’amour… Sauf qu’à un moment donné, le parent va quitter la pièce et le bébé va se mettre à pleurer et souvent hurler de plus belle si quelqu’un d’autre essaie de le consoler. Pourtant, dès que le parent revient, le bébé s’apaise, il est réconforté. Si la séparation dure quelques jours, celui-ci finira par se calmer et deviendra silencieux, abattu, indifférent aux personnes qui l’entourent ; il montrera des signes de désespoir et refusera jouets et nourriture. Il reprendra vie dès qu’il sera à nouveau entouré des soins attentifs de sa mère, son père ou d’un tuteur de résilience mais manifestera alors des signes de colère (coups, rejet). Ainsi, l’angoisse de la séparation est bien réelle pour le nouveau-né qui vit parfois les ruptures comme des souffrances béantes desquelles il doit dégager les forces intérieures suffisantes pour faire face à cette situation douloureuse. Par la suite, chaque rupture réveillera notre peur d’être abandonné, chaque séparation sera un mini-cataclysme où tel un tsunami nous risquons d’être complètement bouleversés par la perte (réelle ou imaginaire) de l’objet aimé. La vie est ainsi composée de rencontres, de séparations et de ruptures, d’attachements et de détachements, sinon de pertes et d’abandon. Que celles-ci soient décidées (ruptures, divorces) ou subies (deuils, maladies ou pertes), les modalités sont nombreuses et recèlent du sens.
Les rencontres amoureuses, qu’elles soient tragiques ou merveilleuses, s’accompagnent de tendances à idéaliser et survaloriser l’autre. Quand l’autre « manque », un sentiment d’incomplétude s’installe. L’autre revient, nous sommes heureux mais parfois ambivalents. Ainsi peut s’installer dans un couple une véritable valse de l’amour faite de ruptures et de réconciliations éprouvantes mais très fortes émotionnellement. Jusqu’au jour où ce sera la rupture finale, choisie ou subie, mais de laquelle il s’agira de se remettre, de faire son deuil, de guérir la marque laissée en soi par le manque de ce qui était devenu une partie de soi. Cette blessure est d’autant élevée que le degré de dépendance et d’attachement qui existe entre les personnes est grand. La perte remet en question notre capacité à tenir debout tout seul sans le réconfort ou l’amour de l’autre. C’est le prix à payer pour l’attachement qui est indispensable dans toute relation, qu’elle soit filiale, amoureuse ou amicale.
Or, ce n’est pas parce que quelqu’un dit ou fait quelque chose qui nous blesse qu’il devient pour autant la cause de notre blessure, c’est ce qu’il touche de potentiellement sensible, ce qu’il réveille en nous ou réactive d’une blessure ancienne qui devient insupportable. En effet, ce qui arrive nous vient de l’intérieur, de nos émotions, pas de l’extérieur, elles n’ont pas de cause en dehors de nous-mêmes. Nous sommes donc responsables de notre souffrance, de notre réaction par rapport à la « violence » de ce que l’autre a dit ou fait ou de ce que la rupture ou le deuil a réveillé en nous d’incomplétude ou d’insécurité, de manque. Bien sûr, un deuil brutal peut produire un choc psychotraumatique et provoquer un état de sidération, période durant laquelle la victime sera incapable de parler ou d’agir. Puis le temps permettra d’atténuer la blessure, de s’en détacher… jusqu’à son prochain réveil.
La façon de réagir aux séparations de la vie dépendra de notre style
d’attachement. Est-il sécure, évitant ou ambivalent ? En d’autres termes, nos parents (mère, père ou autre substitut parental) nous ont-ils permis d’obtenir une base sûre ou non, voire ambivalente ? Avons-nous réussi à surmonter les inévitables séparations de l’enfance avec confiance, distance ou ambivalence ? On constate que dans le cas de l’attachement sécure, l’enfant explore volontiers l’environnement, si la mère ou le père s’en va, il est facilement réconforté quand la figure d’attachement revient.
Dans le cas de l’attachement évitant, l’enfant ne recherche pas
activement le contact avec la mère ou le père, il se met facilement en colère, il semble indifférent à la figure d’attachement, il évite le contact et continue de jouer avec ses jouets seul.
Dans le cas de l’attachement ambivalent, l’enfant colle à sa mère ou
son père, il n’explore pas volontiers, supporte mal toute séparation, se met en colère, crie beaucoup et ne se calme pas facilement.
C’est ainsi que va se créer un rapport de proximité, d’intimité ou de
distance à un stade précoce du développement, de dépendance ou d’indépendance par rapport à l’autre et nous risquons toute notre vie de rejouer le même scénario.
Comme nous pouvons prendre conscience de notre style
d’attachement, nous pouvons « guérir » notre façon de nous comporter dans nos relations et apprendre à gérer les séparations et les pertes inévitables de la vie.
Faire le deuil signifie se donner les moyens d’intégrer l’absence non
comme une dépossession, une privation, mais comme un lâcher-prise sur notamment les sentiments négatifs ou positifs soigneusement entretenus, il s’agit aussi de reconnaître en quoi cette relation a été importante, difficile ou stimulante, aliénante ou créative pour nous, à différents moments de notre vie. Il convient de ne pas laisser pourrir en nous des sentiments d’amour/haine, le but étant de se réconcilier avec soi-même, non de rechercher des justifications ou des consolations. Par exemple : « Il buvait mais ce n’était pas de sa faute, car il a lui-même été abandonné de ses parents. » Ou toute autre interprétation qui va s’avérer tout aussi hasardeuse. Il est plus important de reconnaître chacun de ses proches pour ce qu’il est ou ce qu’il a été en positif, même si cela ne correspond pas toujours à ce que l’on aurait souhaité. Faire son deuil signifie accepter en chacun de nous un changement dans nos relations essentielles et vitales, car cela fait partie des apprentissages nécessaires de la vie.
Pourquoi reste-t-on accroché à ce qui nous fait mal dans des relations destructrices ? Souvent à cause de nos angoisses infantiles, notamment de l’angoisse de l’abandon. Si nous acceptons de regarder en nous nos angoisses, alors nous les accepterons et elles ne nous effraieront plus, elles seront à notre disposition avec toute l’énergie qu’elles recèlent. Dans le cas de l’angoisse d’abandon prédomine un sentiment d’insécurité proportionnel à la demande affective excessive. Attentes fantasmatiques qui ne pourront qu’être déçues face à une réalité toujours frustrante. Faisant face à un sentiment de dévalorisation permanent, la personne tente de compenser souvent en survalorisant l’autre qui doit sans cesse la réconforter. Elle n’a pas de sentiment de sa valeur propre et se soumet à l’autre pour obtenir l’amour qu’elle attend. C’est une façon de se voir à travers le regard de l’autre et d’être en demande constante de preuves pour se sécuriser.
Nos épreuves nous montrent un chemin, celui de la réconciliation d’avec nous-mêmes, en acceptant la désidéalisation de soi et des autres, d’envisager les renoncements nécessaires et le fait que nous ne sommes pas tout-puissants, dès lors, ce que nous nommons échec ne sera plus de l’ordre de la répétition morbide mais une péripétie sur le chemin de la réussite.
ZOOM : L’ATTACHEMENT
La notion d’attachement a été introduite en psychologie en 1959 par John Bowlby
(1907-1990), à la suite des travaux des éthologistes. Harlow présentait des jeunes
macaques rhésus à deux mères substitutives : l’une faite de fil de fer mais pourvue
d’un biberon de lait, l’autre sans biberon mais recouverte de fourrure. Les bébés
singes se précipitaient vers cette dernière, préférant le contact et la chaleur du
pelage au lait. Cette observation contredisait la thèse selon laquelle le lien à la mère
dérivait du besoin de nourriture.
Pour Bowlby, il ne fait aucun doute que l’attachement est un besoin inné dont
nombre de mécanismes, tels le cri, l’agrippement, l’étreinte, la succion, sont
communs à l’enfant et au jeune primate. Le sourire, spécifiquement humain, est l’un
des mécanismes apparaissant précocement chez le nouveau-né. La théorie de
l’attachement s’est progressivement enrichie ; actuellement, elle dépasse la dyade
mère-enfant pour englober les relations avec les autres membres de l’entourage.
♦ En pratique
Exercice 13 : Présence et amour
Objectif : Cet exercice permet de développer le ressenti d’amour.
Installez-vous confortablement et centrez-vous sur votre respiration.
Lorsque vous êtes bien détendu, pensez à un être cher et envoyez-lui de
l’amour sous la forme d’une énergie colorée à votre convenance.
Que vous choisissiez de laisser être, de lâcher prise ou de laisser entrer,
soyez conscient, c’est-à-dire présent moment après moment. La pleine conscience n’est qu’observation mais elle peut s’accompagner d’efforts conscients pour développer ses forces intérieures.
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