Ce qui se passe au congrès reste au congrès
Épilogue
Salle de pause du personnel.
Quelques semaines plus tard…
Assises toutes les trois dans la salle des profs, comme le veut leur habitude matinale, elles dégustent un bon café en regardant les feuilles des arbres virevolter dans les bourrasques automnales.
— Maudit de compte rendu à marde. C’était tellement long à rédiger, se plaint Caroline en expirant bruyamment par la bouche.
— Tu dis !
— Eille ! Laisse faire, vous en avez fait la moitié à deux et je me suis tapée le reste toute seule, rectifie celle-ci pour étouffer dans l’œuf la plainte injustifiée de Katia.
— On t’a proposé de faire un compte rendu de notre après-midi à la piscine et t’as refusé, lui reproche Vicky, très sérieuse.
— Ouin, du genre : l’eau était assez chaude, bien qu’un peu trop chloreuse par contre. L’ambiance était à la détente et les lieux déserts, étant donné que tout le monde se faisait chier à leur congrès, rajoute Katia pour faire suer son amie.
— Ha ! ha ! ha ! fait Caroline en appuyant bien sur les « a » de sa rigolade forcée.
Elle décroise les jambes et se redresse, puis ajoute :
— Mais j’ai terminé hier, se réjouit-elle en accrochant derrière son oreille une mèche de cheveux qui lui chatouillait le visage.
— C’est super beau tes cheveux, Caro, en passant, note Vicky, en analysant sa tête.
En effet, la coiffeuse de Caroline avait finalement fait une exception en la recevant à son salon le soir de leur arrivée. Lorsque son chum l’avait vue passer la porte, il avait cru, sur le coup, qu’elle portait une perruque. Quand son fils lui avait demandé pourquoi elle ressemblait à un clown, elle avait échappé quelques larmes avant d’appeler désespérément sa coiffeuse. Dur retour à la réalité. Celle-ci avait réussi à lui faire une coupe courte plus symétrique et très mode après avoir uniformisé les couleurs. Un beau brun chaud qui faisait maintenant ressortir son teint clair. La coiffeuse avait tout de même laissé une frange devant ainsi que des mèches plus longues sur le côté et derrière, lui donnant à la fois un air sage et contemporain. Bien sûr, il était difficile de cacher le côté rasé très court sur le sommet de son oreille, mais avec la nouvelle coupe, le tout donnait un résultat plutôt harmonieux et recherché.
Pour ceux qui connaissaient Caroline, cette coupe osée s’est avérée très surprenante ; quant aux autres, ils n’y ont vu que du feu.
Caroline chuchote en direction de Vicky :
— As-tu revu Marc ?
— Ouin ? s’intéresse à son tour Katia, désireuse de savoir, mais craintive à la fois que quelqu’un n’entre dans la salle de pause et ne les entende.
Vicky tient réellement à ce que leur liaison demeure top secrète aux yeux du corps professoral.
— Oui, trois fois. Mais c’est bizarre, on s’appelle maintenant, fait-elle en grimaçant comme si ce détail en soi était presque dégoûtant.
— Vous vous parlez au téléphone ?
— Genre, ouais.
Vicky songe soudainement à quelque chose de comique à partager avec ses amies.
— Justement, en parlant avec lui… La semaine dernière, on discutait du congrès et il m’a révélé quelque chose. On se remémorait tout bonnement l’épisode où le prof de sciences nous a surpris dans les toilettes de l’hôtel et là, Marc m’a confié que ce prof-là travaille à l’école de son ami et que c’est l’ex-mari de la prof d’ECR, qui travaille aussi dans cette même école.
— Hein ? Ils ont été mariés ? se désole Katia, trouvant du coup leur aventure clandestine clairement moins excitante.
— Oui, ils ont eu des enfants et tout, les informe Vicky.
— Pourquoi ils se cachaient alors ?
— Aucune idée. Pour pas faire jaser leurs collègues, suppose Vicky.
— Nous autres on s’était imaginé un mégacomplot d’adultère super parfait, décrit Katia.
— Ne jamais se fier aux apparences, hein…
— Eh ben ! Mais pour en revenir à Marc, je trouve ça correct que vous vous parliez au téléphone. À un moment donné, baisons par-ci, baisons par-là, il y a une évolution qui doit se faire, les éduque Caroline en toute connaissance de cause.
— Je ne sais pas trop, je laisse les choses aller. Mais pas question de jouer trop au couple, je veux que le tout demeure excitant. Je sais même pas si je l’aime, semble réfléchir à voix haute Vicky, fixant toujours la grande fenêtre qui se dresse devant elle.
— Tu verras avec le temps, ne te mets pas de pression, la guide Caro, toujours aussi désireuse qu’un jour ses amies soient en couple une fois pour toutes.
— Parlant de pression ; au sujet de mon vendeur de chars…
— Lequel ? Ha ! ha ! ha ! pouffe Caro, divertie à souhait par sa propre blague.
— Jean Poitras ? rigole à son tour Vicky, toujours aussi amusée par le nom complet de l’homme sans trop savoir pourquoi.
— Non, celui qui m’a vendu mon char, précise Katia. Figurez-vous que quand je suis allée chercher mon auto finalement réparée, il a payé pour toute la communauté de crosseurs de vendeurs de chars du monde entier. Le pauvre ! Je lui ai vomi dessus toute ma frustration face à Jean Poitras (elle décoche un clin d’œil à Vicky) comme une vraie maniaque déchaînée. Au début, il devait comprendre que j’étais en colère car, dans le fond, c’était son erreur le bris sur mon auto. Mais plus je lui crachais mon venin dessus, plus il semblait comprendre que ma crise s’adressait pas à lui pantoute. Pendant que je gueulais comme une perdue, un des garagistes a même arrêté de travailler et un autre en a laissé tomber sa clé à molette.
— Mon Dieu que j’aurais aimé ça être un petit oiseau pour voir la scène !
— Non, je te confirme que non.
Silence. Les feuilles des arbres tourbillonnent toujours dans le vent.
— L’hiver arrive, hein ? s’attriste Vicky.
— Eille, j’y pense ! J’ai oublié de vous dire : Ramon m’a fait une demande d’amitié sur Facebook ! déclare Caroline, l’air stupéfait de ce dénouement.
— Il doit avoir fouillé dans la réservation de l’hôtel pour obtenir ton nom au complet, présume Katia.
— Non, la réservation était à mon nom, car j’ai payé avec ma carte, fait remarquer Vicky.
— C’est vrai, réfléchit Caroline, qui avait aussi mis cette possibilité en tête de liste de ses hypothèses.
Aucune des filles ne parle. Elles semblent toutes songer à la façon dont le jeune homme aurait pu mettre la main sur son nom au complet. À partir du compte de Vicky ? En parcourant toutes les Caroline de Gatineau inscrites sur Facebook ?
Tout à coup, sceptique face aux bonnes intentions du Latino, Caroline s’affole un peu :
— J’aime pas ça du tout. C’est quoi ? Un détraqué ?
La voyant ainsi se mettre en mode « parano », Katia ne peut s’empêcher de se confesser :
— C’est moi…
— Toi quoi ?
— Ma faute, je veux dire.
— Explications, s’il vous plaît ?
Mal à l’aise, Katia plonge son regard dans celui de son amie.
— Quand il m’a généreusement donné le numéro de Jean dans le lobby de l’hôtel…
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