Ce qui se passe au congrès reste au congrès
Chapitre 14
Congrès
Jour 1
Katia avance dans une rangée en regardant bien les numéros de table. Elle cherche la sienne, la trente-quatre. Comme elle repère la trente-cinq et la trente-sept, elle pivote sur elle-même en se disant que la trente-quatre se trouvera probablement de biais avec celles-ci. Bingo ! Elle fige presque sur place en apercevant le beau gars, alias le 6e, déjà assis. Reprenant vite ses esprits, elle pousse carrément un homme avec les hanches afin de lui subtiliser la chaise libre qu’il convoitait. Katia se retrouve ainsi voisine de l’homme mannequin. Personne ne remarque sa manœuvre cavalière sauf le pauvre type bousculé, qui recule d’un pas. Un peu saisi mais vaincu, il rebrousse chemin vers une place libre, à l’autre bout de la grande table circulaire. Sans le regarder, Katia s’installe en souriant jusqu’aux oreilles à monsieur le 6e, qui l’accueille en montrant aussi les dents. Des dents d’une blancheur immaculée, parfaitement alignées dans une bouche tout aussi impeccable que le reste de sa personne. Katia tourne la tête, cherchant des yeux ses amies, afin de partager avec elles l’extraordinaire nouvelle. Elle croise le regard de Caroline. Discrètement, elle ouvre la bouche et écarquille les yeux pour tenter de lui faire comprendre la situation excitante. Caro fait dévier son regard et remarque en effet que son amie siège à côté du bel apollon. Elle lui sourit en retour, contente pour elle.
Trop préoccupée à replacer son chemisier et à adopter une posture féminine et lascive en rejetant ses épaules vers l’arrière, Katia n’entend pas que quelqu’un s’adresse à elle depuis déjà un moment.
— Madame ?
— Oui ? fait-elle en s’intéressant soudainement à la conversation qu’elle n’écoutait pas du tout.
C’est à son tour de se présenter. Tous les convives la regardent, attendant patiemment qu’elle fasse comme les autres.
— Heu… Katia, prof d’anglais à Gatineau, dit-elle finalement, l’air très bizarre.
Au même moment, les potages sont servis. Katia, qui se demande bien comment elle parviendra à manger une soupe de façon séduisante, n’écoute pas une femme qui commente favorablement les entrées qu’ils ont mangées à la table précédente. Elle ne songe qu’à la façon adéquate de lever son petit doigt tout en tenant sa cuillère comme le font les femmes distinguées dans les films d’époque. En agrippant l’ustensile, elle essaie discrètement d’esquisser le bon geste. Satisfaite du résultat, elle prend une première bouchée de potage en battant des cils en direction du bel adonis, à qui c’est maintenant le tour de se présenter.
Il pose la main sur son torse et déclare :
— Çe m’appelle Maçime. Çe suis prof de çéographie.
En l’entendant susseyer 6 ainsi, Katia laisse carrément tomber sa cuillère dans son bol, ce qui couvre la nappe d’éclaboussures de potage.
— Oupsssssss, s’exclame Maxime en constatant le beau gâchis.
— Voyons ? Excusez-moi, se repend Katia, consciente de sa bourde.
— Ç’est un potaçe à quoi ? s’intéresse le 6e pour faire diversion.
— Un potage aux courçes… euh aux courges, je pense, se reprend rapidement Katia, qui, sans trop savoir pourquoi, a imité le défaut de prononciation de Maxime.
— Ah ! Ç’aime ça les courçes, se réjouit Maxime en goûtant son plat.
6 Cette fois-ci, il s’agit d’un vrai mot. Vice de prononciation, qui consiste notamment à prononcer
incorrectement les s, les g ou les j.
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