Ce qui se passe au congrès reste au congrès

Amélie Dubois · Chapitre 86 sur 122

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Ce qui se passe au congrès reste au congrès

Chapitre 84

Congrès

Jour 4

 

« Cinquième étage. Fifth floor. »

— C’est super, maintenant c’est rendu « Fif floor », se désole Katia, qui préférait de loin l’étage du sexe.

— Franchement, Kat, réagit Caro à sa blague quasi homophobe.

Les filles se rendent rapidement à leur chambre pour aller récupérer leurs bagages. Katia bifurque vers l’escalier pour descendre d’un étage, afin de passer à la nouvelle chambre de Jean. En y arrivant, elle n’obtient pas de réponse. Le croyant peut-être au restaurant en train de déjeuner, elle remonte dans l’espoir de le trouver quelque part pendant que les filles effectueront le check out. Tout se passe rondement, les trois amies ayant déjà rangé leurs effets personnels avant de se rendre au congrès.

— Bon, voilà la fin, soupire Katia, la mine nostalgique.

— Enfin, tu veux dire ! rectifie Caroline, heureuse de partir.

— Bye-bye, Québec ! ajoute Vicky, dans le même état d’esprit.

En déplaçant leur valise jusqu’à l’ascenseur, elles restent silencieuses. Le trio est complètement exténué à la suite de ce week-end tumultueux.

En arrivant au lobby, elles constatent que plusieurs congressistes s’y trouvent déjà. La plupart des congrès se terminent aujourd’hui. Les filles se mettent donc en file. Caroline remarque la présence de policiers sur les lieux. Vicky, qui jette un regard circulaire, est frappée de plein fouet par une vision. Elle prend le bras de Katia pour lui dire avec émotion :

— Calvaire, Kat ! Regarde !

Celle-ci se retourne rapidement. Jean se trouve près de l’entrée de l’hôtel, embrassant une fille sur la bouche.

— HEIN ? beugle Katia, en tentant de se déplacer afin de mieux voir la désolante scène.

De toute évidence, il discute avec une fille habillée en survêtement de sport, enlacée amoureusement à son cou. Le couple entremêle leur discussion de baisers en souriant.

— C’est quoi la joke ?

— On dirait une fille du congrès de Zumba, remarque Caroline.

— Ben oui, il embrasse la prof qui donnait le cours !

En effet, un groupe de femmes de ce congrès, toutes en vêtements sport, semble attendre que l’amante éplorée termine ses déchirants au revoir. Bien évidemment en furie, Katia semble vouloir aller interrompre leur passionnante conversation. Vicky la retient par le bras, lui conseillant plutôt :

— Non, attends au moins qu’il soit seul.

À contrecœur, elle obéit et agrippe très fort la poignée de sa valise à roulettes en pestant. Le « couple » revient à l’intérieur. Jean salue chaleureusement les amies de sa belle flamme et il s’en va en se retournant de nouveau vers elle, tout sourire. Comme il se dirige vers les ascenseurs pour regagner probablement sa chambre, Katia tonne :

— Mon ostie, lui !

Puis elle fonce droit dans sa direction. Lorsqu’elle arrive à sa hauteur, il semble content de la voir :

— Hé, ma belle ! Je te cherchais…

— Laisse faire « ma belle », là ! T’es ben dégueu ! rage-t-elle, le visage décomposé.

Réalisant qu’elle a assisté au départ de son autre valentine, il tente mollement de se défendre :

— Ah ? La fille ? C’est une amie de ma cousine que j’ai croisée par hasard…

— Eille ! fait-elle pour lui signifier que son excuse est du gros n’importe quoi.

— OK, non, c’était mon ex…

— Trouve mieux que ça !

— Ma belle, c’est toi qui as dormi avec moi tout le week-end, je te signale…

— Quelle veine ! Je suis la chanceuse que tu as choisie pour les shifts de nuit ? Et elle ? C’était le jour ?

Un peu agacé par son sarcasme, Jean rectifie un point crucial :

— On se devait rien, quand même…

— Non mais, dans la vie, y a un minimum de respect quand t’es pas un écœurant !

— Oh ! oh ! oh ! Tu t’attendais à quoi ? À l’exclusivité ? À ce qu’on se revoie ? interroge-t-il, comme si ces deux possibilités étaient les plus ridicules qui soient.

Comme elle ne dit rien, humiliée dans son orgueil, il poursuit en lui empoignant doucement le bras :

— On a eu du bon temps ensemble, ma belle, c’est l’important…

Elle se dégage avec force pour lui cracher :

— T’es vraiment un esti d’trou de cul !

Puis elle tourne les talons. Il lui répond avec désinvolture, en écartant les bras :

— Je mérite pas ça…

En revenant près de ses amies, elle ne dit pas un mot et secoue la tête pour leur témoigner son désarroi. Avant même que ses deux amies n’aient le temps d’écouter la suite de son histoire, un policier s’approche des filles en s’adressant directement à Vicky :

— Excusez-moi, madame. Pourriez-vous venir avec nous quelques secondes ? Nous aurions d’autres questions à vous poser…

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