Ce qui se passe au congrès reste au congrès

Amélie Dubois · Chapitre 20 sur 122

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Ce qui se passe au congrès reste au congrès

Chapitre 18

Congrès

Jour 1

 

Après quelques mises en scène drôles avec d’autres concurrents, Hypnotisarus invite aléatoirement Katia et l’enseignante d’éthique à se joindre à lui. Toujours sous hypnose, les deux femmes coopèrent docilement en se tenant bien droites devant la scène, prêtes à recevoir les consignes.

— Maintenant, il est l’heure d’aller coucher les enfants, car nous entamons la partie plus osée du spectacle. Mes pauvres petites dames, votre emploi est malheureusement en jeu. Au compte de trois, afin de conserver votre poste d’enseignante, vous allez nous effectuer les performances de danse les plus impressionnantes de votre vie, et ce, en tenant compte du style musical et en gardant vos vêtements, bien entendu. Ha ! ha ! ha ! Vos patrons sont ici ce soir et ils vous regardent. Vous dansez pour ne pas perdre votre poste, je vous le répète. Sinon, vous serez au chômage et à la rue…

C’est l’euphorie dans la salle.

— UN ! DEUX ! TROIS !

Débute une musique hip-hop rythmée ; les deux femmes lèvent les bras avant de se mettre à sauter dans tous les sens. Katia balance la tête de haut en bas telle une danseuse de rap, tandis que l’autre femme dresse les genoux en laissant exagérément pointer sa poitrine, les omoplates bien collées ensemble. Elles ressemblent à deux adolescentes ayant consommé des amphétamines lors d’un party de sous-sol. La musique change subitement pour faire place à du vieux rock. Katia ajuste son style en se mettant plutôt à sauter sur place à pieds joints, en balançant ses cheveux dans tous les sens. L’enseignante d’éthique fait semblant de jouer d’une guitare invisible tel un membre des Rolling Stones. Tout le monde rit aux larmes. Katia décide finalement d’accompagner sa partenaire avec une batterie imaginaire, qu’elle mitraille de coups. La musique change encore soudainement, pour du classique cette fois-ci. À la première note de piano, les deux femmes improvisent avec brio une chorégraphie de danse contemporaine tout en suivant parfaitement le tempo de la musique douce. Katia se lance au sol en ondulant les épaules au rythme du violoncelle. L’autre femme secoue les bras au-dessus de sa tête, ayant l’air d’imiter le mouvement d’un arbre agité par de grands vents. La scène est tordante et les deux candidates semblent beaucoup trop sérieuses compte tenu de l’extrême ridicule de leur performance. Le morceau qui débute ensuite rappelle une pièce classique de danse de strip-tease. L’enseignante d’éthique, qui se métamorphose littéralement en danseuse sexy, se prend les hanches à deux mains en tournant sur elle-même. Katia se redresse et propulse sa jambe droite en l’air sans crier gare, avant de se pencher vers ses pieds pour ensuite relever sensuellement ses cheveux telle une garce. L’hilarité dans la salle atteint son paroxysme. Katia, qui se prend maintenant les seins à deux mains, semble carrément vouloir enlever son chemisier. Maintenant au sol, l’autre femme écarte les jambes de façon invitante en lorgnant avec envie un homme assis à une table devant la scène. Un malaise s’immisce tranquillement parmi la foule. Les éclats de rire diminuent tout à coup et les gens se regardent. S’apercevant que la situation pourrait quasi dégénérer en orgie, l’hypnotiseur s’approche rapidement des filles afin de les réveiller. En le voyant arriver près d’elle, Katia empoigne sans gêne la boucle de sa ceinture pour le rapprocher d’elle ; elle se laisse descendre le long des jambes de l’homme en ondulant avec suavité les fesses de gauche à droite. En deux temps trois mouvements, l’autre participante agrippe Katia par-derrière en faisant glisser ses mains le long de son corps. Pris d’assaut, le jeune homme se libère de peine et de misère et il réveille illico les deux concurrentes déchaînées.

— Vous vous réveillerez au compte de trois. UN ! DEUX ! TROIS !

Les filles sortent des limbes, un peu confuses de se retrouver dans cette posture peu gracieuse. Katia est accroupie devant Hypnotisarus, juste à la hauteur de la fermeture éclair de son pantalon, et l’autre femme, penchée aussi, tient les hanches de sa compétitrice en lui soufflant dans le dos. En s’assoyant chacune sur leur chaise comme leur a demandé l’hypnotiseur, elles semblent faire peu de cas de ce qui vient de se produire. Leur visage est impassible et sans émotion.

— Je crois qu’elles vont conserver leur emploi, qu’en pensez-vous ? crie l’hypnotiseur dans son micro en s’adressant à l’assistance médusée.

Soulagés que celui-ci ait enfin réveillé les deux congressistes qui dérapaient, les gens approuvent en applaudissant.

Les deux concurrentes, assises nonchalamment sur leur chaise, restent flegmatiques. Leur regard respectif semble vide, voire un peu fuyant.

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