Ce qui se passe au congrès reste au congrès

Amélie Dubois · Chapitre 3 sur 122

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Ce qui se passe au congrès reste au congrès

Chapitre 1

Retour Québec-Gatineau

12h25

 

Katia frappe deux petits coups sur le coffre de la voiture de Caroline pour lui signifier qu’elle veut y placer ses bagages. Le congrès est ENFIN terminé. Au moment de prendre place sur le siège arrière, la dernière arrivée est inondée de reproches par ses deux amies, déjà à bord :

— Coudonc ? Es-tu allée faire une saucette dans la piscine ? lance Vicky, exaspérée.

— C’était ben long ! prétend Caroline, assise derrière le volant depuis presque quinze minutes.

— My God ! Calmos amigos, rétorque Katia, irritée par l’accueil un peu brusque de ses comparses.

— Embraye, Caro ! Je veux juste décamper d’icitte et retourner au plus sacrant à Gatineau. Il faut vraiment qu’on parte en douce, s’impatiente Vicky en observant nerveusement la voiture de police toujours stationnée devant l’hôtel.

— Oui, cibole, et avec grand plaisir ma chère, commente à son tour Katia, en se tournant pour surveiller elle aussi la voiture de police.

— C’est que… il y a une autre auto de police à la sortie, là-bas, se rend compte la conductrice en braquant le volant vers ladite sortie du complexe hôtelier Hilton de Québec, où se tenait leur congrès sur l’éducation.

— Ah, shit ! Je n’avais pas remarqué, panique Vicky en s’allongeant le cou pour constater à son tour la présence dudit véhicule.

— OK, tout va bien, on est normales. On n’a rien fait de mal dans le fond, précise Katia, l’air peu convaincu.

— Eille, on est tout sauf normales. Et c’est pas vrai qu’on n’a rien fait…, murmure Caroline, qui souhaite ardemment que le policier, maintenant debout près de son véhicule, ne les intercepte pas au passage.

— Pas en lien avec ce qui les intéresse, du moins. Je pense…, rectifie Katia, pour calmer la nervosité palpable qui a envahi la voiture de Caroline.

Malheureusement, l’homme en uniforme lui fait signe d’immobiliser son véhicule en agitant une main vers le bas.

— On est normales, tente de nouveau de se convaincre Vicky avant d’inspirer profondément.

— Bonjour, monsieur l’agent ! lui sourit Caroline en ouvrant juste à moitié sa vitre automatique.

— Bonjour, mesdames. Compte tenu de ce qui s’est passé à l’hôtel hier soir, avez-vous remarqué quelque chose d’anormal durant votre séjour : des gens suspects, des événements inhabituels ?

— Quelque chose d’anormal ? Non ! Rien, rien, rien… Rien !

— Rien, rien, rien, ajoute Vicky, comme si les quatre « rien » de Caroline n’avaient pas été suffisants.

— OK…

L’homme semble tout de même suspecter les filles ; il les observe longuement, l’une après l’autre. Il pose une question supplémentaire :

— Vous participiez à quel congrès exactement ?

— Euh… celui des… comptables agréés, ment cavalièrement Caroline, dont l’hésitation fut beaucoup trop longue.

Immédiatement après avoir entendu le mensonge effronté de leur collègue enseignante, Vicky et Katia tournent la tête en direction opposée pour ainsi éviter de croiser le regard de qui que ce soit.

— D’où venez-vous ?

Caroline poursuit sur sa lancée mensongère :

— Victoriaville. On travaille ensemble pour la firme Grant Thornton.

D’instinct, Vicky s’enfonce dans son siège comme si elle souhaitait y disparaître à tout jamais. À l’arrière, Katia fait claquer sa langue contre son palais, l’air candide.

— Ouais, d’accord. Bon bien, bonne journée, mesdames. Si quelque chose vous revient concernant les événements d’hier soir, contactez sans hésiter le Service de police de la Ville de Québec. Voici une carte.

— Oui, nous en avions déjà une. Parfait ! Merci !

Caroline remonte sa vitre en continuant de paraître « normale » ; elle sourit au policier et appuie sur l’accélérateur. Lorsqu’elle emprunte finalement la rue adjacente, les filles restent toutes silencieuses pour un moment, comme si le policier, maintenant loin, pouvait encore les entendre.

Une fois le véhicule bien engagé sur la route, Katia crache à son amie :

— T’es cinglée ou quoi ? Voyons ? Qu’est-ce que t’aurais fait s’il t’avait demandé ton permis de conduire ? « Euh, je ne comprends pas, madame. Vous travaillez à Victoriaville, mais votre adresse civique m’indique que vous habitez à Gatineau ? »

— Je le sais pas, moi ! crie la menteuse, soulagée, mais encore un peu sous le choc d’avoir osé déclarer des propos fallacieux à un agent de la paix menant une enquête.

— J’ai chaud ; je me sens pas bien, confesse Vicky, qui secoue énergiquement le collet de son chemisier.

— À lui, il fallait dire la vérité, voyons ! explique Katia, toujours très émotive.

— On a dit des menteries pendant tout le foutu congrès. Je ne savais plus du tout quoi dire ou pas, moi, pleurniche Caroline, pas du tout à l’aise quand il s’agit de raconter des faussetés.

— C’est pas grave, là ; c’est fini ! tente de les rassurer Vicky en regardant de nouveau derrière.

— J’espère que c’est enfin fini, oui. Ce n’est pas encore certain. On court toujours le risque de se faire accuser de fraude…

— En effet, approuve Vicky, qui grignote nerveusement l’ongle de son pouce en se retournant une fois de plus, comme si elle craignait de se faire suivre.

— De fraude ? Il faut pas exagérer, les filles, rectifie Katia, avec tout de même un trémolo d’inquiétude dans la voix.

— Surtout toi, en fait, Katia ; c’est TON nom qui est écrit, je te ferais remarquer, note Caro.

— Pas besoin de se rappeler que ce qui s’est passé au congrès reste au congrès, hein ? déclare Katia, avant d’expirer très fort, soulagée de quitter enfin Québec.

— Eille, c’est quoi l’affaire ? Chaque fois qu’on se retrouve quelque part ensemble, ça tourne mal ? L’an passé, c’était au Mexique, et là…, fait remarquer Vicky.

Les baguettes en l’air, Katia exagère :

— C’est rendu une devise nationale dans notre cas. Bientôt, ça va être quoi ? Ce qui se passe à l’épicerie reste à l’épicerie ? Ce qui se passe sur le trottoir reste sur le trottoir ?

— On a un mauvais karma, les filles, conclut Caroline, attristée, en secouant la tête pour appuyer sa déprimante déclaration.

— Tu dis ! Et on n’a pas accumulé de points karmiques favorables pour que ça change ce week-end, souligne Vicky avec abattement.

— En tout cas, on n’est pas aussi pires que ceux qui ont été mêlés à ce qui s’est passé hier soir, raisonne Caroline en repensant aux événements dramatiques survenus la veille.

— Non, hein ? Vraiment pas fort…, acquiesce Katia. Mais la question reste : comment ç’a pu se produire ? Honnêtement, avec ce que je viens juste d’apprendre, je m’en sacre pas mal !

— C’est qui qui a eu la bonne idée de proposer ce maudit congrès-là ? se plaint Vicky, comme si la faute de toutes leurs mésaventures revenait directement à cette personne.

— Pfft ! Beau sous-entendu. C’est pas ma faute du tout, tu sauras. Vous étiez TRÈS intéressées au départ, je vous signale, réagit Caroline, offusquée de devoir maintenant porter le blâme.

— Franchement, Vicky, c’est vrai que c’est pas sa faute.

— Bah ! Moi, je n’aurais jamais eu l’intention de participer à un congrès si tu ne nous avais pas « vendu » ton projet.

— Dans ma tête non plus, notre week-end ne se passait pas comme ça, figure-toi donc. C’est pas mon problème si vous vous sentez obligées de vous dévergonder partout où on passe.

— Notre faute alors ? Pour ce qui est de se dévergonder, je parlerais pas à ta place, Caro, lui lance un peu abruptement Vicky.

— Ah, les filles, ARRÊTEZ ! C’est trop tard de toute façon. Et c’est vrai, Vicky, qu’on voulait toutes y aller de notre plein gré…

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