Ce qui se passe au congrès reste au congrès

Amélie Dubois · Chapitre 21 sur 122

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Ce qui se passe au congrès reste au congrès

Chapitre 19

Retour Québec-Gatineau

13h18

 

— Méchant Hypnoti-anus, ouais, commente simplement Katia pour rire du type en question.

— C’était n’importe quoi, ce concept-là…

— T’étais terrible, Kat. À un moment donné, je me disais : elle va lui baisser les culottes devant tout le monde. Mais en même temps, j’étais comme stone, alors je m’en foutais, explique Vicky, qui tente de se remémorer tant bien que mal son état psychique d’alors.

— Moi aussi, aucune réaction. J’étais juste comme un gros légume assis sur ma chaise, se souvient Caroline.

— J’ai eu l’air idiote à mon tour quand il m’a fait péter les plombs. Je risque de perdre ma licence d’enseignement pour de vrai, se rappelle également Vicky avec regret.

— Non, toi, t’as juste dépeint un fantasme refoulé que TOUS les profs ont déjà eu, rectifie Katia avec persuasion.

En effet, durant un numéro subséquent, le type avait mis Vicky en contexte en lui disant : « Tu restes après la cloche avec un élève qui t’a traitée de grosse vache devant toute la classe… » Vicky, tel l’incroyable Hulk, était devenue complètement hystérique en balançant des insultes presque ordurières, ce qui n’était pas digne du tout d’une gestion de conflit efficace. L’hypnotiseur avait même ajouté que l’élève la traitait effrontément de vieille folle et qu’il la menaçait maintenant d’aller raconter à tout le monde qu’elle lui avait fait des avances sexuelles. Vicky avait carrément feint de sauter sur lui en serrant ses mains autour du cou de l’élève fictif. Elle criait avec fureur dans la salle : « Je vais te tuer, mon p’tit criss… » Ses menaces de mort avaient créé un léger froid dans l’assistance. Finalement, une fois le malaise instinctif dissipé, tout le monde avait éclaté de rire.

— Les filles, je me souviens de ma rage intérieure. Elle était incontrôlable, comme démesurée. J’aurais vraiment pu tuer quelqu’un, je pense, admet Vicky, les yeux encore écarquillés de stupeur.

— C’est curieux, le phénomène de l’hypnose ; moi aussi je me souviens que ma tristesse était presque insoutenable au moment où tout se déroulait. Je savais très bien que c’était pas vrai, mais les émotions vives m’envahissaient, comme si c’était réel, donc je suivais la vague, décrit Caroline avec difficulté.

— Tu pleurais tellement, pauvre toi, se rappelle Katia en lui flattant le côté de l’épaule.

— Je sais ; et tout mon maquillage a coulé. C’était pas assez d’avoir une tête monstrueuse, ça prenait une face pour aller avec.

La situation qui avait tant bouleversé Caroline (et, du coup, détruit son maquillage) était survenue vers la fin du spectacle ; tous les participants présents à l’avant y avaient pris part. Dans la mise en scène, Caroline écoutait les nouvelles avec ses collègues dans la salle des professeurs. Elle tenait en main le billet de loterie qu’elle était chargée de valider pour tout le personnel de l’école, comme elle le faisait chaque semaine. Au fur et à mesure que les numéros étaient nommés par l’animatrice à la télé, elle se rendait compte qu’elle les possédait tous. Tout le monde s’était regroupé avec excitation autour d’elle pour entendre les autres numéros afin de voir si la suite des chiffres allait les faire gagner. Au dernier numéro prononcé, ce fut l’euphorie : le groupe avait remporté la coquette somme de cinquante millions de dollars. Les gens se sautaient dans les bras, Vicky pleurait de joie et Katia criait en tournant sur elle-même avant de prendre dans ses bras l’enseignante d’éthique qui lui avait fait des attouchements sexuels dans un numéro précédent. Après avoir laissé écouler quelques minutes, l’hypnotiseur les avait informés que le billet datait malheureusement de la semaine précédente. Caroline avait oublié de le valider auprès d’un commerçant. La fautive s’était donc effondrée sur le plancher dans une détresse incommensurable. Tout le monde s’était mis à l’insulter, très violemment. Caroline, écrasée au sol, telle une cancéreuse en phase terminale, ne semblait pas dans un pire état que si on lui avait annoncé que toute sa famille avait été liquidée dans un attentat terroriste aérien. L’hypnotiseur ne l’avait pas laissée longtemps dans ce désarroi, compte tenu de la vive intensité de la palette d’émotions. En se réveillant, elle avait semblé perplexe d’avoir le visage si trempé de larmes. Dans une confusion évidente, elle avait regagné sa chaise, en s’essuyant les joues du revers de la main, s’étalant ainsi le maquillage presque jusque derrière les oreilles.

— Je m’excuse encore, Caro, se repent Katia en fixant le siège devant elle.

— On n’était pas nous-mêmes. Voyons, je t’en veux pas, la rassure Caroline.

Durant le spectacle, en proie à une rage foudroyante d’avoir perdu autant d’argent à cause d’elle, Katia l’avait traitée de « grosse criss de nulle » devant tout le monde.

— Comme on disait, l’hypnose fait ressortir toutes les émotions à l’extrême, raisonne Katia, encore traumatisée d’avoir été si rude avec sa chère amie, et ce, devant une foule.

— En tout cas, ce fut très étrange comme expérience, conclut Vicky.

— À la fin du spectacle, quand il a radicalement gâché le reste de notre soirée, c’était pas l’idée du siècle non plus.

— Eille oui… Ouache !

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