Ce qui se passe au congrès reste au congrès
Chapitre 40
Congrès
Jour 2
Habillées de simples survêtements sport afin de ne pas déambuler dans tout l’hôtel en maillot de bain, les filles se dirigent d’un pas décidé vers l’espace divertissement du complexe hôtelier, au troisième étage. Celui-ci offre aux clients une grande piscine extérieure chauffée, un sauna et une vaste salle d’entraînement. En cette fin d’après-midi, plusieurs personnes profitent tranquillement des diverses installations.
Vicky, qui semble connaître les airs de la place, dirige les filles :
— Le vestiaire est juste là-bas.
— Tu étais venue visiter l’endroit ? l’interroge Caro.
— Oui, hier, en me baladant.
Elles se dévêtent rapidement pour ensuite se diriger, une serviette autour de la taille, vers la piscine. Bien que le temps soit tout de même un peu frisquet, la température de l’eau s’avère parfaite. Au moment de s’y immerger jusqu’au cou, un relâchement de groupe s’effectue en simultané, laissant ainsi libre cours à plusieurs interjections de satisfaction.
— Aaahhhh…
— Ffffff…
— Huuuuummm…
— Ça, c’est la vraie vie de congrès, confie Katia en pivotant sur elle-même.
Les deux autres filles l’imitent, en souriant aux anges. Elles s’installent près du rebord, pour apprécier tout simplement le moment présent en silence. Un petit rire strident les sort brutalement de leur sereine quiétude. Située à l’autre bout de la piscine, une jeune femme aux cheveux pâles ricane, telle une hyène prise au piège.
— Hui ! hui ! hui !
— Voyons, elle…, s’interloque Katia, auditivement 12 irritée.
Elles observent avec attention cette fille blondasse qui barbote avec tant de plaisir. La jeune femme arrose avec ferveur son partenaire en riant avec excitation de la situation, comme s’il s’agissait de la blague de l’année.
— Hui ! hui ! hui !
— Eille ! C’est la secrétaire cochonne qui chantait Barbie Girl au party des comptables, semble reconnaître Vicky.
— Ark ! Oui, avec son vieux cochon de patron, confirme Caroline, outrée, même s’il ne s’agit que de spéculations pour le moment.
— Vieux dégueulasse !
— J’espère que sa promotion en vaut la peine, continue de présumer Vicky, toujours sans connaître la véritable situation des deux inconnus.
— Pfft ! Elle va entrer au bureau lundi matin et oups ! Plus question de promotion finalement. Après une révision du budget semestriel, on a dû couper dans les dépenses. Une décision administrative de la femme du patron, actionnaire majoritaire de la compagnie…, exagère Caroline en secouant la tête de gauche à droite.
— Et comme je t’ai déjà baisée, c’est toi qu’on met à la porte. La belle et plantureuse Samantha va prendre ta place pour 4 piastres moins cher de l’heure, termine Katia.
Pendant que les filles continuent de potiner sur le possible abus de pouvoir dudit patron, Ramon fait son entrée dans l’aire de la piscine avec une vadrouille en main. Il commence à nettoyer le carrelage avant d’apercevoir les filles. Excité, comme si Rihanna en personne pataugeait dans la piscine, il pousse un petit cri avant de gambader vers elles.
— Ayoye ! Raymond va capoter de voir sa future femme en maillot de bain, prédit Katia.
— Raymond ?
— En espagnol, Ramon, c’est Raymond, affirme celle-ci avec conviction.
— Hola ! fait-il avec ardeur en arrivant près des filles.
— Hola ! le salue Caro, avec gentillesse.
Ramon se poste devant elles, telle une statue, les mains sur les hanches, en observant Caroline sans dire un mot. Importunée, celle-ci se montre peu loquace. Un large sourire aux lèvres, Katia incline la tête vers l’arrière, comme si elle savourait plaisamment le malaise palpable. Vicky observe l’eau glisser entre ses doigts en remuant sa main de gauche à droite, comme s’il s’agissait de l’expérience sensorielle la plus intrigante de sa vie. Ramon tapote légèrement du pied gauche, avant de décider de lui débiter sa blague classique :
— Toi avoirrr le temps marrrier maintenant ?
— Ha ! ha ! ha ! rigole Katia en agitant à son tour ses mains dans l’eau.
— T’as le temps, Caro, on ne fait rien, rajoute Vicky pour l’inciter à accepter la proposition de mariage.
— Non, moi pas le temps. Moi en congrès ! s’y met à son tour Caro, pour faire rire ses amies en faisant une phrase sans verbe.
— D’accorrrd, marrrier plus tard alorrrs. Vous quel congrrrès ? s’informe Ramon, désireux de connaître l’emploi de sa future épouse.
— Heu…, hésite Caroline, en dévisageant ses amies, plus certaine du bon choix à faire.
— Celui des comptables, dit Katia en prenant en charge la conversation.
— Comptable, bién emploi, conclut Ramon dans un français approximatif.
— Bon emploi, le reprend Caroline en bonne pédagogue pour le franciser un peu au passage.
— Toi apprendrrre moi frrrançais meilleurrr quand marrriés, fait remarquer Ramon, toujours aussi emballé.
Se rappelant soudainement leur enquête concernant le fameux bouquet de fleurs, Katia tente d’interroger le suspect numéro un :
— Serais-tu du genre à acheter des fleurs à ta future femme, toi, Ramon ?
— Des flores ? Toi vouloirrr flores ? demande Ramon, simulant un air affolé, soucieux de faire plaisir à sa future épouse.
— Non, non, non. Mon amie fait des blagues. Je n’aime pas les fleurs, rectifie Caroline, embarrassée.
— Ah ! Pas de flores. Moi retour trrravail. Attention, pas oublier
lunettes ici. 13 Jajajaja ! Au revoirrr, fait poliment le jeune homme en retournant à sa tâche.
Les filles le saluent et attendent qu’il soit un peu plus loin avant de se prononcer.
— Pertinente, sa mise en garde au sujet des lunettes, souligne Caro, qui le trouve drôle, mais tout de même un peu étrange.
— On sait maintenant que c’est pas lui qui a envoyé les fleurs, en déduit Vicky.
— Non, et là, je ne voulais pas qu’il dépense sa paye au complet pour des roses en croyant ainsi me faire plaisir, explique Caro.
— C’est le jeune serveur du bar, donc…
— Ouuuuuuh ! s’émoustille Vicky en arrosant son amie pour la taquiner.
Le visage et les cheveux quelque peu trempés, celle-ci asperge à son tour Vicky avant d’agripper sa serviette pour s’assécher un peu les yeux. Naturellement, princesse Vicky fait de même pour éviter que son maquillage ne coule.
12 J’ajoute ce mot à mon dictionnaire, mais selon mon humble opinion, il devrait déjà exister pour
vrai. Quelle évidence !
13 Façon à l’écrit de rire en espagnol, en remplacement du traditionnel « ha ! ha ! ha ! »
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