Ce qui se passe au congrès reste au congrès

Amélie Dubois · Chapitre 48 sur 122

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Ce qui se passe au congrès reste au congrès

Chapitre 46

Congrès

Jour 2

 

En quittant la salle où se déroulait la fiesta de la SAQ, les trois enseignantes saluent la fille à l’entrée, même si celle-ci est maintenant assise sur une chaise, le haut du corps couché sur la table et la tête bien posée au milieu de ses bras croisés. Bien entendu, elle ne leur répond pas.

— Ouin, elle a abusé du Ménage à trois, statue Vicky, même si elle n’est pas vraiment mieux.

— Je dirais même : c’est pas ce soir qu’elle va se taper un trip à trois, justement ! Ha ! ha ! rajoute Katia, hilare.

— Commentaire venant d’une pro en la matière, la nargue Caroline, incapable de s’en empêcher.

— Bon, regardez l’autre, encore ! « On ne parle plus du passé, blablabla… » Juste en ce qui te concerne, hein ? lui renvoie promptement Katia, vu la susceptibilité de Caroline à ce propos.

Celle-ci ne répond pas, consciente de sa faute.

Vicky enchaîne :

— Il y a un point similaire entre le congrès et le Mexique : l’alcool ! Mon Dieu ! Je bois jamais autant dans la vraie vie.

— C’est Katia qui nous porte à boire, rajoute Caro, visiblement sur le dos de son amie ce soir.

En continuant de déambuler avec nonchalance, les filles croisent des gens apparemment plongés dans le même état d’ivresse qu’elles. De loin, elles distinguent l’enseignante d’éthique avec qui Katia s’était vulgairement pelotée la veille devant tout le monde, lors du spectacle de l’hypnotiseur. En arrivant à leur hauteur, ladite femme n’est pas sûre de les reconnaître à cause de leur loup. Elle ralentit tout de même le pas pour valider son impression. Afin de lui faciliter la tâche, Katia la salue en soulevant son masque sur sa tête. Immédiatement, la femme lui saute au cou, comme on le ferait lors de retrouvailles avec une grande amie du secondaire. Katia l’accueille dans ses bras, en lui tapotant le dos en signe de : « Bon, on se calme un peu, là… »

— ALLLLO ! Je n’étais pas certaine que c’était vooooous ! déclare la femme, trop contente et complètement ivre.

L’homme qui l’accompagne se présente. Un enseignant en sciences à la

mine un peu perdue 18.

— Vous fêtez déjà l’Halloween ? demande la femme, amusée.

Les filles songent rapidement à une façon de justifier le fait qu’elles portent des masques colorés et des colliers de fleurs. Comme suggéré, la fête d’Halloween du lendemain peut en effet expliquer leur accoutrement.

— Ouais, on voulait se mettre dans l’ambiance…

— On ne vous a pas vues de la soirée ? s’intéresse l’enseignante d’éthique, en chancelant un peu avant de s’appuyer carrément sur l’épaule de son compagnon.

— On avait une petite fête costumée chez des amis de Québec, ment Katia, toujours prompte à inventer n’importe quoi.

Soudainement, la femme se tourne vers son ami pour lui faire des yeux doux et un sourire séducteur, oubliant pour ainsi dire la présence des filles. Les spectatrices échangent quelques regards médusés avant de s’éloigner de la scène en souhaitant aux amoureux :

— Bonne soirée à vous deux…

— Hum…, répond la femme, qui dévore toujours des yeux l’enseignant de sciences presque en ronronnant.

En s’éloignant, les filles s’amusent de la situation. Vicky décrit :

— Mon Dieu ! Elle discutait avec nous, et là, paf ! Elle a semblé succomber à une poussée d’hormones sexuelles incroyable.

— C’était quelque chose, hein ? Elle le déshabillait littéralement des yeux, on n’existait plus, s’amuse aussi Caroline, surprise de la tournure soudaine de la conversation.

— Juste à voir son air, elle est mariée, c’est certain. My God, elle le regardait d’une manière tellement cochonne : des missiles sexuels dans le regard, toi ! affirme Katia en rigolant.

— Mariée ou pas, elle va se le faire. Y en a qui se le permettent…, conclut Vicky en envoyant encore une flèche à Caro.

— AAAAHHHH ! rage celle-ci.

— C’est ce que je disais : toi, tu peux en parler, mais pas nous, conclut Katia en constatant le mécontentement de Caro face à l’allusion de Vicky.

— Vous êtes trop connes, je vais me coucher, déclare Caroline en arrivant près du corridor menant à l’ascenseur.

— Apporte nos déguisements à la chambre, ils pourraient toujours resservir. Nous, on va magasiner un comptable pour Vicky de l’autre côté de la rue, affirme Katia en relevant les manches de son chandail, comme si elle s’en allait faire des travaux physiquement très exigeants.

— Bonne nuit. Demain, à 8h30 !

— Ben oui ! Ben oui ! répondent en chœur les filles, qui sont déjà rendues loin.

***

Lorsqu’elles entrent dans la salle, la musique du D.J. résonne toujours. Il y a moins de congressistes que tout à l’heure, mais le groupe de survivants semble festoyer gaiement. La plupart sont agglomérés sur la piste de danse. Les filles approchent de leur traditionnelle place au bar. Vicky analyse l’ambiance :

— Mon Dieu ! Un gros changement du petit-train-va-loin de l’autre party.

— Coudonc ? Il est où mon « fish on » ? se demande Katia, qui vient de balayer la pièce des yeux sans y apercevoir Jean.

— On va prendre un verre et faire le tour, si tu veux. Shooter ! clame haut et fort Vicky.

Les trois gars qui les saluent depuis le début du congrès arrivent tout près du bar. Déduisant qu’ils avaient probablement senti leur haleine d’oignon le premier soir, Vicky prend subtilement une gomme à mâcher à la menthe afin de reprendre un semblant de crédibilité odorante buccale. Sensible, mais surtout paranoïaque, elle semble percevoir une hésitation persistante dans le non-verbal d’un des gars qui s’approche d’elle pour discuter. Katia converse avec les deux autres en levant sans cesse la tête en l’air.

— Vous allez être au party déguisé de demain, j’espère ? lui demande l’un d’eux.

— Sûrement, oui, répond-elle sans trop de conviction.

Lorsque les gars repartent finalement avec leur consommation, Katia interroge son amie :

— Il ne t’intéresse pas, le grand avec qui tu parlais ? T’aurais pu trouver un sujet passionnant pour qu’il reste avec toi.

— Bof ! Le gars est convaincu que je suis la fille qui pue le plus au monde ; il ne semble pas très friand de moi et je le comprends.

— Ah, Vic ! My God, reviens-en !

Toujours à la recherche active de Jean, Katia avance de nouveau pour faire visuellement le tour de la place. Un peu blasée, Vicky pianote sur son téléphone intelligent lorsque son amie revient près d’elle, bredouille. Vicky semble tout à coup avoir une illumination.

— On va en ville ! Il y est assurément, ton mec.

— C’est vrai, j’avais pas pensé à ça…

— GO !

— My God ! T’es donc ben willing ?

— On a juste une vie à vivre ! Vite, il est déjà tard.

 

18 Personnellement, tous les profs de sciences que j’ai eus au secondaire semblaient clairement vivre

dans un monde intergalactique parallèle…

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