Ce qui se passe au congrès reste au congrès
Chapitre 28
Congrès
Jour 1
« … Mexico, n’importe quel paradis, Mexico… »
Au grand bonheur des oreilles de tous, un homme possédant une belle voix s’en donne à cœur joie sur cette chanson populaire de Kaïn. Il semble même avoir répété une petite chorégraphie pour accompagner certains passages. Avec sa main libre, il balaye l’air de façon latérale au moment de dire « … c’est pas les îles Fidji… » et il la lève ensuite vers le ciel au moment de chanter « … c’est pas le soleil de Tahiti… ».
— Sérieux, en le regardant, tu te dis : « Il doit passer sa vie à courir les karaokés ! » Il est bien trop préparé ! affirme Vicky, pleine de jugement, qui le trouve tout de même doué malgré sa mise en scène un peu quétaine.
— Il chante bien, en plus, ajoute Caro, qui apprécie beaucoup l’ensemble du spectacle.
En dansant un peu sur la chanson, les filles se mettent finalement à la fredonner aussi, mais de leur place.
« … que Mexico, qu’n’importe quel paradis.
Que Mexico, pourvu qu’on s’oublie… »
Les trois copines forment une ronde, la présence de Jean ne constituant pas un frein à leur besoin de se regrouper un peu. Elles chantent toutes avec ardeur la chanson populaire en se tenant les bras, l’air nostalgique. Jean les observe avec amusement. Comme il semble s’interroger sur les raisons motivant cet engouement groupal soudain, Katia se tourne vers lui pour lui expliquer rondement :
— La chanson parle du Mexique et ça nous rappelle un voyage qu’on a fait l’an dernier à Cancún.
— Ah bon !
Les filles, considérablement éméchées, terminent la chanson en faisant un « cocon » bien soudé, bras dessus, bras dessous, laissant transparaître la mélancolie qu’elles attribuent aux paroles de la ballade.
« Que Mexicooooooo… ooooooo… »
À la fin de la chanson, Katia avoue sans détour à Jean :
— Le plus curieux, c’est qu’il s’agit sûrement du pire voyage de l’histoire, mais on est comme unies viscéralement par cette expérience-là, tu comprends ?
— Ouais, ouais…
— Sérieux, ce voyage-là, c’est vraiment LE pire de tous ! renchérit Vicky. J’ai dû vider mon compte de banque à cause d’un trou de cul qui m’a fait chier. Pas grave, je me suis vengée en publiant une photo de lui nu, avec sa grosse graine molle géante en gros plan sur le Net. Combien d’internautes l’ont vue, les filles ?
— On était rendu à vingt-trois mille personnes la dernière fois qu’on a regardé, lui rappelle Katia avec fierté, satisfaite de la démarche de vengeance de son amie.
Jean dévisage les filles bizarrement. L’anecdote ainsi rapportée, et hors contexte, lui paraît un peu inusitée, voire décousue. Il hausse même les épaules, semblant vouloir plus de détails face à l’embryon d’histoire qu’elles lui ont livré. Katia, qui meurt d’envie de tout lui raconter, se fait rapidement ramener à l’ordre par Caroline.
— Tut ! tut ! tut ! De toute façon, on n’est plus censées parler de ce voyage ; ce qui s’est passé là-bas reste là-bas, conclut Caroline, n’ayant pas du tout envie de se replonger dans ce souvenir.
Vicky, qui regarde son téléphone intelligent, cligne des yeux plusieurs fois avant de déclarer :
— Bon ! Il est tard, je vais me coucher !
— Moi aussi. Attends-moi, je vais aller aux toilettes avant. J’ai trop envie, la prie Caro, qui disparaît en cinquième vitesse.
Restant au bar, les autres observent avec attention une femme dans la quarantaine qui monte sur scène. Débute la trame sonore d’une douce mélodie…
« If I should stay. I would only be in your way… »
— Hooooon ! Whitney Houston ! J’espère qu’elle chante bien, au moins, souhaite Katia, emballée par la potentielle prestation touchante.
Jean, qui saisit l’occasion d’effectuer un rapprochement facile avec Katia, la prend par la taille, et le couple se tourne ainsi vers la scène pour apprécier le spectacle. La femme maîtrise bien les paroles de départ, plutôt dialoguées, de la chanson. Ils l’écoutent un moment, attentifs. De plus en plus absorbée par la ballade romantique, Katia se blottit encore plus contre Jean pour lui susurrer langoureusement à l’oreille :
— C’est tellement une belle histoire d’amour, ce film-là…
— Moi, ce que je vois de beau ici ce soir, c’est toi, lui murmure Jean, en rapprochant son visage du sien.
« And IIIIIIIIIII, will always love youuuuuuuuuu… »
Au moment où Caroline revient des toilettes, elle s’arrête brusquement, freinant ainsi sa marche rapide ; perplexe, elle analyse la situation de loin. Près du bar, Katia et Jean s’embrassent devant tout le monde, toutes langues sorties, au son de la voix de la femme qui fausse maintenant comme personne n’avait réussi à le faire depuis le début de la soirée. L’horreur ! Tellement que feue madame Houston doit se retourner de trois cent soixante degrés dans sa tombe.
Elle cherche Vicky des yeux, mais ne la voit pas…
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