Ce qui se passe au congrès reste au congrès
Chapitre 78
Congrès
Jour 3
Debout et légèrement chancelante dans l’ascenseur menant à l’étage de leur chambre, Caroline chantonne avec une passion brûlante L’encre de tes yeux, de Francis Cabrel, qui résonne en sourdine.
« J’aimerais quand même te dire, tout ce que j’ai pu écrire,
je l’ai puisé à l’encre de tes yeux… »
« Sixième étage. Sexe floor. »
À l’ouverture des portes, elle continue de fredonner, les yeux mi-clos, complètement absorbée par la douceur et le romantisme du parolier.
« Puisqu’on est fous, puisqu’on est seuls, puisqu’ils sont si
nombreux… »
PAN ! PAN ! PAN ! Elle fait un saut vertigineux en entendant l’alarme de feu qui, dans un vacarme assourdissant, retentit sur tout l’étage. Apeurée, elle fige sur place, ne sachant pas si elle doit immédiatement sortir de l’immeuble par les escaliers de secours. Étrangement, son réflexe est de s’engager dans le corridor menant à leur chambre. En tournant le coin, elle aperçoit un homme de dos, les fesses nues, mais vêtu d’une chemise et avec des effets personnels dans les mains, qui court en direction des escaliers de secours. « Mon Dieu, c’est la panique ! », se dit-elle. D’autres clients ouvrent la porte de leur chambre afin de voir ce qui se passe. Des gens quittent la leur pour évacuer les lieux comme il se doit en cas d’alarme d’incendie. En approchant de leur chambre, Caroline aperçoit Vicky, qui galope vers elle, en camisole et en sous-vêtements.
Essoufflée et complètement affolée, elle lui explique :
— C’est dans la chambre voisine. J’ai vu de la fumée en dessous de la porte…
Au même moment, deux agents de sécurité arrivent en trombe, sachant exactement où se diriger. Ils tiennent chacun en main un extincteur de fumée. Ils foncent droit vers la chambre de Jean et ouvrent la porte avec une clé magnétique. Un nuage de fumée opaque s’échappe de la pièce. Les gicleurs du plafond de ladite chambre sont en fonction. Après une analyse rapide de la scène, ils activent simultanément leur extincteur.
Ils éteignent leur appareil après à peine quelques secondes et ressortent aussitôt, la situation étant visiblement maîtrisée. Ils rassurent les gens dans le corridor en les informant que les pompiers ne tarderont pas à arriver pour vérifier que tout est en règle. Caroline, complètement abasourdie, flatte le dos de Vicky ; celle-ci doit tout de même avoir eu la frousse de sa vie en se faisant réveiller par un tel bruit. Comme l’incident semble terminé, les clients s’interrogent à savoir s’ils doivent ou non évacuer l’hôtel. Les pompiers surviennent effectivement quelques minutes plus tard. Ils entrent dans la chambre de Jean et y restent pendant un bon moment.
L’un d’entre eux en ressort pour signaler à tous ceux qui sont dans le corridor de regagner leur chambre, car tout danger est maintenant écarté. Ceux qui sont logés à proximité doivent toutefois être relocalisés, car de la fumée a dû s’introduire dans leur chambre. L’alarme cesse immédiatement son cri strident. Les filles se dirigent plus loin, vers la jonction des corridors, dans l’attente des instructions. Naturellement, elles font partie de ceux qui ne peuvent pas regagner leur chambre. Les pompiers veulent d’abord vérifier qu’il n’y a pas d’autres foyers d’incendie potentiels. Tout compte fait, à la vitesse dont le tout s’est réglé, le feu devait être très mineur. Caroline, qui voit que Vicky tente de se cacher les cuisses avec son chandail, avance vers la chambre la plus près. L’occupante observe discrètement la scène, la porte entrouverte. Caroline lui demande une serviette. En revenant vers son amie et au moment de la couvrir avec la pièce de tissu, elle remarque un détail :
— Pauvre toi ! T’es tombée ?
Vicky se penche et inspecte à son tour ses genoux, qui sont en effet rouges et écorchés.
— Ouais, en me levant du lit.
— Et ce bleu ?
Caroline lui désigne maintenant une large ecchymose violacée sur le côté extérieur de sa cuisse. Vicky, qui se moque royalement de ce détail en ce moment, répond, expéditive :
— Non, non. Je l’avais avant d’arriver ici. On s’en fout.
Des policiers surgissent à leur tour. Après avoir discuté quelques minutes avec les pompiers, ils se dispersent pour interroger sommairement les clients des chambres avoisinantes, qui doivent toujours attendre les consignes expliquant la marche à suivre pour être relogés. Évidemment, l’un d’eux se dirige vers les filles avec son calepin de notes…
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