Ce qui se passe au congrès reste au congrès
Chapitre 56
Congrès
Jour 3
« Sixième étage. Sexe floor. »
Caroline marche rapidement dans le corridor en direction de la chambre dans l’espoir d’y retrouver les filles. En entrant, elle les aperçoit, fraîches et disposes, en habit sport, prêtes à se rendre au cours gratuit de Zumba.
— Allo ! l’accueille Katia en espérant que leur absence de l’après-midi a passé comme du beurre dans la poêle.
— C’est pas drôle, les filles ! bout de rage Caroline, en posant des feuilles et des dépliants sur la table de travail de la chambre d’hôtel.
— Caro, on voulait y aller plus tard, mais on a passé tout droit. Désolée…
Muette comme une carpe, celle-ci fouille avec empressement dans sa valise pour en ressortir ses vêtements de sport. Elle passe ensuite devant elles, l’air très enragé, et s’engouffre dans la salle de bain en refermant la porte avec fracas. Vicky tourne son visage allongé vers son amie, lui signifiant son embarras.
Katia tente une approche à travers la porte :
— Caroliiiine, t’es choquée après nous ?
Celle-ci vocifère :
— C’est vraiment le fun venir quelque part avec vous ! Vraiment ! Wow ! Tout l’après-midi toute seule…
— On s’est jamais réveillées, ment à demi Katia étant donné qu’après leur sieste elles sont plutôt allées se prélasser dans l’aire de loisirs.
Elle juge bon de passer sous silence ce détail futile pour le moment.
— On s’excuse, insiste à son tour Vicky d’une voix douce.
— Demain, on va être avec toi, la rassure Katia en regardant Vicky.
Celle-ci lui adresse un signe affirmatif en retour, comme si son argument était du tonnerre.
— Demain, c’est juste le mot de la présidente et la clôture du congrès ; on s’en fout ! grogne Caroline.
— Ah ! On n’est pas obligées d’y aller, donc ? demande spontanément Katia, contente d’être mise au courant de ce détail crucial.
Vicky la fusille du regard, les yeux ronds comme un ballon.
— Je niaisais ! Ha ! ha ! simule Katia, désireuse de tout de même valider plus tard si l’activité du lendemain est réellement libre ou non.
Au même moment, Caroline sort vêtue de son survêtement et elle chausse ses espadrilles, assise sur un des lits. Toujours aussi frustrée et courroucée, elle dépose pêle-mêle ses vêtements dans sa valise ouverte, en déclarant :
— J’ai vraiment eu l’air nouille quand les gens me demandaient où vous étiez.
— Ouin, j’avoue. Désolée encore. Mais… t’as répondu quoi ? s’intéresse Vicky.
— Que tu avais des ballonnements et des flatulences et que Katia t’avait accompagnée à la pharmacie, l’informe sèchement Caroline en
tentant d’attacher ses cheveux asymétriques devant le grand miroir 23.
— QUOI ? T’as pas dit ça pour vrai ? beugle Vicky, maintenant aussi offusquée que Caroline.
— Ha ! ha ! ha ! rigole de bon cœur Katia en s’assoyant sur l’autre lit tant elle s’amuse de la situation.
— Dis-moi que c’est pas vrai ? demande une fois de plus Vicky.
Cherchant des barrettes supplémentaires pour parvenir à attacher ses cheveux correctement, Caroline passe devant Vicky, qui la fixe toujours avec horreur.
— À qui ?
— On s’en fout ! Genre la prof d’ECR, son supposé amant, deux autres profs connus lors du premier soir, Marc et son collègue…, énumère vaguement Caroline.
— MARC ? C’est quoi ? Il va rire de moi jusqu’à la fin des temps. Il va vouloir venir filmer mes flatulences dans la chambre ? imagine Vicky, humiliée que plein de gens du congrès la croient aux prises avec des problèmes intestinaux de cette nature.
— T’exagères…
— Je suis crampée ! rit encore Katia, qui ne se rend pas compte du calembour qu’elle vient de faire avec le mot « crampe ».
— C’était en réponse à ton mensonge d’allergie alimentaire aux fruits de mer que tu m’as fait passer sur le dos, explique rationnellement Caroline.
— C’est elle qui a inventé ça ! Pas moi ! rectifie Vicky, toujours outrée, en montrant du doigt Katia.
— Ah ouin ? J’étais certaine que c’était toi. De toute façon, trop tard, conclut Caroline, secrètement très fière de sa punition.
— Super ! J’ai pas eu assez de puer les oignons, je pète en plus ! Vraiment, wow ! se désole la victime, troublée et impuissante.
— Ha ! ha ! ha ! pouffe Katia, qui ne se peut plus, maintenant couchée sur le dos, les mains sur les côtes.
***
Dégageant une drôle d’énergie de groupe, les filles se rendent à l’essai gratuit de Zumba. Vicky semble toujours insultée de la rumeur que Caroline a fait courir à son sujet, tandis que celle-ci paraît de moins en moins en colère. Comme si la douce vengeance l’avait du coup apaisée. En entrant dans la grande salle, les filles constatent la présence de beaucoup de femmes. L’une d’elles les accueille en les priant de tout simplement se choisir une place, le cours gratuit débutant sous peu. Les trois enseignantes choisissent l’arrière de la salle et fixent les alentours. Bien qu’il s’agisse d’un cours d’introduction, la majorité des femmes semblent expérimentées ; elles portent pour la plupart la même camisole rose et rouge, au dos de laquelle on peut lire en grosses lettres : « Zumba Team ».
— OK, nous sommes les seules « touristes », remarque Katia, en faisant une moue terrassée à ses amies.
— Les filles avaient oublié de nous dire que les fesses de fer étaient un préalable au cours, chuchote à son tour Vicky, en désignant du menton trois filles qui placotent à l’avant.
En effet, les filles semblent être en excellente forme physique, leur cuissard leur modelant toutes avantageusement le popotin. En faisant référence à son tour à un autre groupe de sportives plus loin, Katia ajoute avec envie :
— Les faux seins aussi.
— Arrêtez de regarder les autres. On va s’amuser, prétend Caroline, pour les ramener à l’ordre.
L’animatrice active son micro statique sur serre-tête et souhaite la bienvenue aux participantes.
— Comme je vois quelques visages inconnus, je vais vous expliquer ce qu’est la Zumba…
Elle prend quelques minutes pour expliquer que l’activité sportive en question est un exercice cardiovasculaire sous forme de mouvements chorégraphiques répétitifs. Les séquences reviennent en alternance et sont associées au refrain et aux couplets d’une chanson. Chaque séquence compte trois ou quatre mouvements. Elle rassure le groupe, pour celles qui auraient de la difficulté à suivre, en indiquant que le premier essai n’est jamais facile pour quiconque.
— Allons-y !
Une chanson aux rythmes latins commence.
— Je te l’avais dit que c’était comme de la danse latine, se réjouit Caroline en donnant un petit coup sur l’épaule de Katia.
L’animatrice débute par le refrain ; on doit avancer un pied en faisant un mouvement de bassin vers l’avant en même temps qu’on soulève les bras au-dessus de la tête. Ensuite, on pivote en mettant un pied devant puis on tourne sur soi-même avant de faire deux pas à gauche, deux pas à droite pour terminer par quatre rotations de bassin langoureuses, toujours les bras pointés vers le haut. Et on recommence…
— Simonaque, lâche Vicky, perdue, tentant de suivre comme elle peut la chorégraphie au rythme incroyablement rapide.
— Ben là, se plaint aussi Katia, qui n’a retenu aucun mouvement.
— Pivot, deux pas à droite, à gauche, rotation…, détaille avec énergie la fille à l’avant.
La chanson se poursuit de la sorte, avec deux autres blocs de mouvements. Toutes les participantes semblent bien suivre les pas, sauf les trois filles, bien sûr. De plus, le fait d’être situées trop à l’arrière de la salle les empêche de bien voir.
À la fin de la chanson, Katia, à moitié morte des trois premières minutes et demie d’effort, se tourne vers ses amies, l’air dépité :
— C’est donc ben dur !
— Sport de matante, hein ? rigole Caroline, aussi très essoufflée.
— Moi, avec mon sens nul du rythme, je l’ai pas pantoute, dévoile Vicky, contrariée de vivre des échecs successifs.
Les filles remarquent alors que toutes les participantes sont retournées dans leur direction ; elles lèvent la tête pour se rendre compte que l’animatrice s’adresse à elles. Comme elles n’ont pas prêté attention à ce qu’elle disait, celle-ci répète :
— Oui ! Vous trois. Venez à l’avant pour mieux voir les mouvements.
— Aaaahhh, fait Katia avec un sourire guindé, nullement emballée par l’invitation.
Gênées de retarder plus longuement le cours, elles obtempèrent et se déplacent juste en avant du professeur. Vicky arbore un sourire encore plus jaune que celui de Katia, déçue de devoir exposer son peu de talent et ses fesses ramollies au grand jour. Caroline semble contente.
***
Après la séance d’entraînement, qui a duré une heure, les filles quittent sans plus attendre les lieux après avoir remercié l’animatrice d’un signe de la main.
— Je suis toute trempée, affirme Katia.
— Moi, je suis déjà courbaturée. Demain, je vais mourir, c’est certain, se désole Vicky en s’étirant un peu les épaules vers l’arrière.
— C’était le fun ! se réjouit Caro.
— Oui, oui, surtout placées à l’avant. On n’avait pas l’air du tout de trois grosses impotentes pas en forme qui mangent trop au buffet du matin, exagère Katia avec ironie.
— On voyait mieux les mouvements, explique Caro, comme si son amie ne le savait pas.
— J’ai toujours aimé m’humilier publiquement en me mettant à l’avant-plan, raille à son tour Vicky.
— Surtout que toi, c’est ta deuxième fois en peu de temps, la taquine Katia, en lui poussant un peu l’épaule.
Celle-ci lui envoie un regard interrogateur, semblant se demander à quoi son amie fait référence.
— Le karaoké…
— Hish, oui, et l’hypnotiseur aussi, rajoute Vicky. Sans oublier mon nouveau problème de flatulences nauséabondes. Mais dans ce cas, c’est pas assez public comme humiliation ; il faudrait que l’animateur l’annonce au souper de ce soir…
— Je m’en charge si tu veux, propose Caro en regardant sa montre. Eille, je dois me dépêcher pour me rendre à mon massage, il est 17 h.
— À plus tard, chanceuse !
23 Hum… Douce vengeance d’une frustration refoulée après l’épisode dans le bain au Mexique ?
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