Ce qui se passe au congrès reste au congrès
Chapitre 51
Retour Québec-Gatineau
14h52
— Trois orgasmes ? crie Vicky en ouvrant la portière du véhicule, étant donné qu’elles s’apprêtent à quitter la halte routière.
Un couple, qui sort d’une voiture garée à quelques mètres d’elles, s’amuse de la commotion que la déclaration de Katia a créée chez Vicky.
Katia roule des yeux, découragée par son amie. Elle lève finalement la tête vers le couple et leur lance, avant de disparaître dans le véhicule :
— Avec mon comptable en plus !
Tant qu’à y être, pourquoi ne pas leur expliquer le contexte ! Naturellement, le couple s’esclaffe de ce détail croustillant et inattendu. Une fois les filles bien assises, Katia répond finalement à la question de son amie :
— Oui, Vicky, trois orgasmes.
— Mais vous n’avez pas fait l’amour ? ne comprend toujours pas Caroline, confuse quant aux impulsions sexuelles particulières de cet homme.
— En fait, je ne vous ai pas tout, tout dit, débute Katia, l’air mesquin.
— Quoi ?
— Et vu la conclusion de l’histoire, on s’en fout royalement… mettons que sa tuyauterie ne fonctionnait pas nécessairement tout le temps, commence celle-ci, un peu floue dans ses propos.
— Aaaah ! Il avait le tuyau rouillé ? tente Caroline.
— Le tuyau flasque ? présume à son tour Vicky en utilisant un adjectif clairement peu approprié.
— Je ne dirais pas « flasque », mais pas très dur dans le coude, complète Katia, poursuivant ainsi avec brio la métaphore relative à la plomberie.
Un embarras groupal envahit la voiture, comme si ce secret ainsi révélé au grand jour changeait leur aventure du tout au tout. Comme si, dorénavant, il s’avérait plus délicat d’en rire.
— Ouin…, fait Caroline sans rien ajouter de plus.
— Hum…
— Ce n’est pas tout. Il n’avait pas une grosse circonférence de tuyau non plus, leur balance Katia, sans aucune empathie.
— Ah non ? Comme un petit tuyau de jonction ? demande Vicky en ayant l’air, à son tour, de n’éprouver aucune compassion particulière pour le pauvre comptable.
Personne n’ose proposer d’autres comparaisons. C’est le silence froid. Caroline sifflote en regardant défiler la route. Vicky examine distraitement les ongles de sa main droite. Katia, toujours à l’arrière, épie ses amies à travers les interstices des appuie-têtes de leur siège respectif. Il va de soi
qu’elle attend sagement la question qui tue 21. Une longue minute passe avant que Vicky ne lui balance en se retournant, trop curieuse :
— Petit comment ?
— Ouin, petit comment ? renchérit immédiatement Caroline, qui n’en pouvait plus elle non plus d’être ainsi maintenue dans le doute.
— Petit comme dans petit en criss, répond Katia, en sachant très bien que sa réponse vague sera jugée insuffisante.
— Petit comme ça ? tente Vicky en serrant le poing, mais en laissant son pouce bien haut.
— Non, quand même. Petit comme dans petit, mais trapu, s’ingénie toujours à décrire Katia, l’air d’y réfléchir très sérieusement.
— Trapu, pas flasque, mais mou ? essaie encore de savoir Caroline, dont l’expression faciale témoigne de sa non-compréhension de la description dudit phallus.
— Court, mais de largeur normale, élabore de nouveau Katia, en leur représentant l’organe avec ses doigts entre les deux sièges avant.
— OK, fait Caroline comme si maintenant tout était clair comme de l’eau de roche.
— Court, trapu, et défectueux, conclut Vicky en haussant les épaules de satisfaction, comme si son énumération d’adjectifs qualificatifs complétait ainsi à merveille la description finale et définitive du pénis de Jean.
— Voilà ! Donc tout ça pour vous expliquer qu’il semblait avoir un complexe, donc je crois que son obsession pour l’entrejambe féminin était plutôt un genre d’anxiété de performance recyclée en obsession,
psychanalyse Katia 22 en se tapotant la joue d’un doigt, l’air de réaliser la raison probable au moment de la partager avec ses copines.
— Comme s’il trouvait la noune réconfortante ? questionne Vicky, pas sûre d’avoir bien compris le verdict.
— Non ! Dans le sens de la performance, rectifie Katia en la dévisageant.
— OK, comme si la noune le jugeait ? tente de nouveau Vicky.
— Noooon ! Pour ne pas devoir vivre l’échec devant l’autre, s’impatiente presque Katia, en constatant que son amie ne saisit vraiment pas son analyse pourtant savante.
— Tu penses ? fait Caroline en songeant avec sérieux à la théorie de son amie.
Vicky, qui croit enfin avoir pigé, s’exclame :
— Aaaah ! OK ! Je l’ai : comme s’il voulait rester plus bas pour ne pas regarder la fille dans les yeux.
— Non ! Vic, tu ne l’as pas pantoute. Laisse faire, la prie Katia, lasse de devoir lui expliquer à nouveau.
— De toute façon, avec la fin de l’histoire, il y a plusieurs théories possibles, présume Vicky pour tirer un trait sur son incompréhension précédente.
— Oui, il était tendre, doux. C’était cool. Mais avec ce que j’ai appris, pas besoin de me demander si je le regrette ; la réponse est : oui ! En esti…, lâche Katia en devenant subitement plus enragée que posée face à lui.
— Au moins, t’as passé de belles nuits à deux, fait valoir Vicky, qui tente de lui faire voir le bon côté des choses.
— Ouin…
21 Probablement comme vous aussi…
22 Katia est aussi talentueuse en analyse psychologique que Mali dans ma série Chick Lit…
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