Château Pékin
18 - Les vins de château
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Les vins de château
Bon nombre d’observateurs présentent le Ningxia comme la nouvelle Chine viticole, tournée vers une production de qualité. En 2015, je reviens à Pékin et prends très vite la direction du Ningxia. J’atterris à l’aéroport ultramoderne de Yinchuan Hedong, au milieu d’un paysage désertique bien différent de la densité urbaine de la capitale. C’est la vigneronne chinoise la plus médiatisée, Gao Yuan, plus connue sous le nom d’Emma Gao, qui vient me chercher. Dans un français remarquable, elle me parle immédiatement de la transformation de sa région : « Je suis née ici à une époque où il n’y avait pas beaucoup de voitures. Maintenant, il y a plusieurs autoroutes et quantité de gratte-ciel. C’est une région qui s’est beaucoup développée. Dans mon enfance, la ville comptait 300 000 habitants. Aujourd’hui, nous sommes 3 millions, mais c’est petit pour la Chine ! »
Pendant notre trajet en voiture, je suis surpris par l’arsenal de technologies de surveillance déployé pour contrôler les flux de passagers (caméras, reconnaissance de l’iris, etc.). Sur l’avenue principale permettant de gagner la ville, un gigantesque radar flashe et photographie tout véhicule entrant dans l’aéroport et en sortant. Nous empruntons une autoroute toute neuve pour gagner la ville. Rapidement, des dizaines‐ d’immeubles longent des sortes d’autoroutes- avenues aussi larges que récentes. La présence de nombreuses grues témoigne de l’expansion de cette nouvelle ville de l’ouest de la Chine. Nous passons devant plusieurs lacs artificiels et immeubles résidentiels récents entourés de parcs agrémentés de très nombreux arbres fraîchement plantés. Yinchuan apparaît comme une oasis urbaine sortie récemment de terre, qui cherche à articuler modernité des bâtiments et végétation luxuriante.
Le lendemain, je m’accorde un moment pour découvrir la ville. Je suis étonné que le gouvernement chinois ait choisi le Ningxia, le territoire qui a été attribué aux Hui. Ces musulmans chinois font partie des cinquante-six groupes ethniques (minzu) reconnus par le système des nationalités établi sous Mao en 1958. Je vois quelques minarets témoignant de cette présence musulmane. À proximité d’une mosquée, une grande pancarte affiche le slogan « Ai Guo, Ai Jiao » (« Aimons le pays, aimons la religion »), qui rappelle la primauté de la loyauté de ces musulmans envers la Chine, avant la religion. On reconnaît les hommes hui dans la rue à leur discret chapeau blanc. Aujourd’hui, Yinchuan est majoritairement habité par des Han ; les Hui sont plutôt implantés dans les zones rurales et dispersés sur l’ensemble du territoire chinois. Le gouvernement de Pékin veut faire de ce territoire une vitrine à destination des pays musulmans. Au centre de la nouvelle ville, un grand parc (Golden Palace) est censé évoquer les rapports de la Chine avec le monde arabe. Tout autour, de nouvelles mosquées sont en construction. Un guide m’explique que, bientôt, ces nouveaux bâtiments en forme de pagode chinoise incarneront l’islam à la chinoise. Et il n’y aura plus de minarets, qui rappellent trop l’influence étrangère. Yinchuan se veut un lieu privilégié pour développer le commerce halal avec les pays musulmans.
L’anthropologue américain Dru Gladney évoque ces transformations architecturales remontant aux années 2010 en les reliant à une vaste politique de « sinicisation » de l’islam, qui consiste à effacer toute influence arabe dans les textes, l’archi tecture ou les pratiques vestimentaires. L’idée du Bureau des affaires religieuses est simple : bannir les influences extérieures, notamment celle des wahhabites venus en masse du Pakistan et d’Arabie Saoudite depuis le début des années 1990. Les imams suivent désormais des cours obligatoires pour prendre connaissance de la politique officielle du gouvernement en matière religieuse et ethnique. Cela se traduit dans la région par la fermeture des petites mosquées et la création de lieux de culte enregistrés par le gouvernement. Une politique patrimoniale incite à une transformation architecturale en supprimant les minarets au profit des pagodes chinoises. La destruction du patrimoine architectural sous prétexte de vétusté est une stratégie qui ne se limite pas aux musulmans et concerne l’ensemble des religions et des croyances. L’objectif est de faire table rase du passé pour construire un avenir commun. Les Hui ne représentent plus qu’un tiers de la population du Ningxia et doivent apparaître comme un modèle d’intégration. Mon guide, lui-même hui, cherche immédiatement à nier toute ressemblance avec les Ouïgours : « Nous sommes chinois et descendants des commerçants qui se sont convertis à l’islam. Notre langue est le mandarin. Nous n’avons rien à voir avec les Ouïgours. »
Le Ningxia est l’une des régions les plus pauvres du pays, connue pour la culture du goji dans le Sud et pour ses mines de charbon dans le Nord, qui sont peu à peu abandonnées. Il est l’objet depuis quelques années d’investissements importants. Ici, le gouvernement a décidé que le nouveau rêve chinois d’un pays vert devait se réaliser par l’essor de la viticulture.
Les premières vignes ont été plantées dans les années 1980 par une coopérative d’État, Xisaking, pour produire un vin industriel. Les grands groupes de la filière viticole ont été rejoints par des entreprises privées soutenues par les autorités locales, qui sont devenues des acteurs majeurs de la filière. Ces nouveaux entrepreneurs n’hésitent pas à employer les meilleurs experts mondiaux. Pédologues, pépiniéristes, œnologues et architectes venus de France, d’Italie, d’Espagne ou d’Australie sont sollicités pour faire sortir de terre des vignobles à la superficie impressionnante, affublés de copies de châteaux français. Le responsable du Comité du vin du Ningxia me confie : « Notre gouvernement a fait du vin une priorité de développement, et nous espérons ainsi continuer à attirer des investissements étrangers. Nous voulons imposer l’idée d’une appellation d’origine contrôlée et faire du vin de qualité. » L’implantation de ces vignobles permet aussi de limiter l’exode rural et de créer des emplois.
Au début des années 2000, la viticulture a pris un nouveau tournant quand il a été décidé de commencer à produire un vin de qualité. Le gouvernement a mis à disposition des moyens et des infrastructures pour transformer cette région désertique traversée par le fleuve Jaune, garant d’une bonne irrigation. Le vignoble se situe à 1 200 mètres d’altitude, dans une plaine du piémont des monts Helan, une chaîne montagneuse qui coupe les vents venus du désert de Gobi et qui protège les vignes des tempêtes de sable. Le Ningxia compte désormais plus de deux cents établissements vinicoles, et la superficie devrait encore s’étendre d’ici à 2022 pour atteindre 60 000 hectares, soit deux fois la Bourgogne.
Quelques jours plus tard, Emma Gao passe me chercher à mon hôtel pour me faire découvrir son domaine, Silver Heights. Elle m’explique : « Avant, notre région était tournée vers l’économie du charbon ; maintenant, c’est le vin qui devient important. C’est bien pour l’écologie. »
Nous arrivons dans sa petite ferme, nichée au cœur de la ville de Yinchuan. Elle ressemble davantage à un grand jardin et se trouve encerclée par un environnement urbain impressionnant. Emma raconte : « C’est d’abord mon père qui a commencé ici en plantant quelques pieds de vigne. Aujourd’hui, nous utilisons ce lieu pour stocker une partie de notre production, mais notre vignoble est à l’extérieur de la ville. » On se demande comment ce lieu bucolique cerné par les immeubles pourra résister à la pression urbaine.
Nous retrouvons Lin Gao, le père d’Emma. Installés sous la pergola, nous l’écoutons raconter l’histoire familiale avant de goûter les vins. Originaire du Shaanxi, il a été un artisan de l’instauration du communisme au Ningxia, où il avait été envoyé comme instituteur en zone rurale pour lutter contre l’illettrisme parmi les Hui. Lin Gao a vécu à Yinchuan en occupant différents postes de fonctionnaire. Dans les années 1990, il a vécu cinq ans avec sa fille à Saint-Pétersbourg, où il faisait du commerce avec la Russie. Il vendait des vêtements en cachemire et en laine venant du Ningxia dans la nouvelle société de consommation russe, tandis qu’Emma faisait des études d’économie à l’université.
En 1997, Lin Gao a été rappelé en Chine pour travailler dans une usine chimique et d’extraction de charbon dans le nord du Ningxia. En 1998, il a dirigé une ferme agricole d’État où il devait développer un vignoble pour freiner la désertification rampante de la région. Au cours d’un séminaire organisé par le gouvernement régional, il a fait la rencontre de Li Hua, un éminent professeur de l’université agricole du Nord-Ouest, à Yangling (Shaanxi), persuadé que l’avenir de la viticulture chinoise se jouerait au Ningxia. Le professeur Li Hua avait été l’un des rares à voyager avant la politique de « la porte ouverte » : il avait obtenu un doctorat à Bordeaux avant de créer le département d’œnologie de son université.
En 1999, Lin Gao est envoyé par le gouvernement en Allemagne et en France pour un voyage d’études. Il tombe amoureux des paysages viticoles qu’il voit en Europe et décide de s’inspirer de cette expérience pour se lancer dans une entreprise privée, en plantant de la vigne pour son propre compte. Il réussit à obtenir un bail privé pour construire cette petite ferme de moins d’un hectare, qui se trouve à l’époque dans les faubourgs de la ville, et y plante des arbres fruitiers et de la vigne.
Il décide que sa fille, alors âgée de vingt-deux ans, poursuivra son aventure. Le gouvernement du Ningxia favorise à cette époque le développement de la viticulture, et Emma profite d’un programme d’État pour aller étudier à l’étranger. En 1999, elle s’envole pour la France. Elle se forme pendant quatre ans, d’abord au lycée agricole d’Orange, puis à l’université de Bordeaux, où elle obtient un diplôme d’œnologue. Elle accomplit plusieurs stages dans de grands domaines. C’est au cours d’un stage à Saint-Estèphe qu’elle rencontre le maître de chai de Calon-Ségur, Thierry Courtade, qui deviendra son mari en 2004, et le père de leur fille.
En 2004, Emma Gao rentre en Chine. Elle est déçue par sa première expérience professionnelle dans un domaine viticole du Xinjiang, qui cherchait à produire un vin industriel. Elle se souvient : « J’avais travaillé dur pour commencer la vinification de mes vins. Un jour, le patron est arrivé et a mélangé le vin qui venait de nos propres raisins avec du vin importé d’Australie. J’en ai pleuré ! » Elle revient au Ningxia pour développer le projet familial en s’associant avec des partenaires financiers. Leur domaine commence à produire en 2007 quelques barriques et sort 3 000 bouteilles. Très vite, des critiques internationaux signalent Silver Heights comme l’un des vins chinois les plus prometteurs. La célèbre
journaliste Jancis Robinson lui consacre un reportage sur son blog31, et Robert Parker lui octroie une note de 86 sur 100 dans son guide.
Aujourd’hui, ils produisent 40 000 bouteilles par millésime et espèrent atteindre une production de 200 000 bouteilles dans les cinq ans. La taille de l’exploitation, la démarche qualité et le caractère familial du domaine tranchent avec la réalité du monde du vin en Chine.
Entre-temps, Emma et Thierry ont obtenu un bail sur 200 hectares de terre vierge dans le nouveau couloir viticole. Après trois ans de défrichage et l’aide d’investisseurs hongkongais, la famille Gao a créé un nouveau vignoble de 15 hectares sur des terrains graveleux et argileux, riches en minéraux. Comme de nombreux investisseurs, ils ont bénéficié de fonds publics très importants. Leurs vins sont désormais distribués par la société Torres China, ce qui leur permet de figurer sur les tables des plus grands restaurants des hôtels de Shanghai et de Pékin. Emma Gao considère qu’elle participe à la construction d’une nouvelle société : « L’environnement en Chine, avec notre croissance très forte, a fait l’objet de très peu d’attention. Beaucoup d’industries ont pollué l’air et les sols. On parle très souvent de ce sujet entre nous, en espérant que les futures générations feront autrement. En plus, la viticulture fournit de nombreux emplois, notamment aux ouvriers agricoles hui. »
Quelques jours plus tard, je rencontre son mari, Thierry Courtade. Avant d’arriver en Chine, il était salarié agricole dans le haut Médoc, et il s’estime très heureux dans sa nouvelle vie d’expatrié : « Cela faisait vingt-quatre ans que j’étais dans le Médoc. C’était l’occasion de changer, car le Médoc, c’est étroit ! On ne peut plus s’y installer. Pour ma part, j’ai commencé avec un petit propriétaire, mais tous les petits disparaissent. Ils sont repris par des gros. Et moi, je n’avais pas les moyens de m’installer. C’est ça qui est dommage… »
Il dispose ici de moyens pour construire un projet autonome avec sa femme : « C’est une belle vie que j’ai en Chine, je ne regrette rien. Le Médoc, c’est fini, tout est bloqué, il n’y a plus d’ouverture en France pour les jeunes. Ici, cela explose. »
Pourtant, leur petite ferme a bien failli disparaître, car les autorités municipales souhaitaient les exproprier. Emma Gao se souvient : « Je suis très attachée à notre ferme, c’est un lieu très important de mémoire de mon enfance. Nous habitons dans un appartement, comme mes parents ; notre fille a grandi ici aussi. Les autorités locales voulaient nous expulser pour construire des immeubles. On a bataillé pour garder cette ferme, et nous avons finalement eu la chance d’y parvenir. » La médiatisation du New York Times et l’inter vention de l’ambassade de France ont probablement aidé. Ils ont finalement conclu un accord avec la mairie, avec en contrepartie néanmoins la construction d’un musée public dédié à la culture du vin sur leur petite ferme.
Cet épisode pose une question majeure à l’ensemble du vignoble chinois. La production de vin demande du temps et implique souvent plusieurs générations. Dans un système où il n’y a pas de propriété privée, la succession des générations est incertaine. À la fin de cette rencontre, j’interpelle le père d’Emma sur la question de la transmission de son vignoble, il me répond : « Avec ma femme, nous avons beaucoup travaillé pour voir ses vignes fleurir, je suis fier que ma fille continue et j’espère que ma petite-fille fera la même chose. »
L’histoire de la famille Gao semble l’arbre qui cache la forêt de l’émergence d’une industrie viticole d’État. Le lendemain, nous empruntons la route G 110, récemment construite. De grands panneaux publicitaires vantent l’essor d’une zone économique pilote autour de l’œnotourisme. Cette route des vins longe le futur vignoble, qui s’étendra sur plusieurs kilomètres le long des monts Helan. Nous traversons ce nouveau couloir de vignes, où nous assistons à un ballet incessant de camions, de bulldozers et de tractopelles, qui transforment la nature. Les engins creusent et fendent la roche pour aménager le terrain. Ce sont les autorités qui construisent les routes, les réseaux d’irrigation, les réservoirs et les installations électriques destinés aux futurs établissements vinicoles.
Ailleurs, des ouvriers sont affairés à planter des piquets pour préparer la plantation. Emma Gao m’explique : « L’hiver, la température peut descendre à moins 25, moins 30, et comme il fait très sec, les souches peuvent sécher… Au printemps, elles sont mortes. On conserve donc les vignes sous la terre. Après le buttage, on irrigue pour garder l’humidité. Sur cette terre vierge, nous avons aussi besoin d’apporter des nutriments pour faire grandir les plants. »
Ces difficultés impliquent de mobiliser des moyens techniques et humains colossaux.
Je poursuis mon séjour par la visite de l’établissement d’État Helan Qingxue, qui s’est récemment distingué en obtenant une médaille décernée par le Decanter World Wine Awards pour son vin rouge Jia Bei Lan de 2009. Une belle reconnaissance du travail mené par l’œnologue Li Demei, qui est parvenu à hisser un vin chinois dans un concours international. Cette entreprise bénéficie d’un soutien très important pour montrer la capacité du pays à produire un vin de qualité. Le domaine est l’équivalent d’une cave coopérative à taille humaine, très différente des grandes structures industrielles de Changyu, de Dragon Seal ou de Greatwall. Les petits producteurs lui vendent du raisin, qui est ensuite vinifié et assemblé par des œnologues. Helan Qingxue est souvent cité comme exemple du nouveau virage de la viticulture chinoise
Je visite ensuite plusieurs domaines qui me rappellent ce que j’ai pu observer au domaine Hansen en Mongolie : un nouveau riche qui investit dans un projet viticole à dimension industrielle tout en prétendant faire de la qualité.
Quelques jours plus tard, je reprends la route des vins. Après une heure de trajet, j’arrive à proximité d’un chai ultramoderne, au milieu d’une grande étendue verte de plusieurs dizaines d’hectares. Je visite rapidement le domaine Helan Mountain, qui appartient à Pernod Ricard. La multinationale française, qui a planté un vignoble de plus de 400 hectares, produit déjà 1,5 million de bouteilles. S’inspirant de son aventure avec Jacobs Creek en Australie, Pernod Ricard s’est appuyé sur ses équipes australiennes pour développer ce nouveau vignoble. Dans les vignes et sur la chaîne d’embouteillage, des femmes hui, reconnaissables à leur foulard, travaillent dans le silence.
Je repars un peu plus loin vers le domaine Chandon, où le groupe LVMH, avec sa marque Moët & Chandon, produit un vin pétillant – pour ne pas dire du champagne.
Rapidement, je comprends que l’exploitation des Gao fait figure de Petit Poucet au milieu des nombreuses entreprises vinicoles de taille mondiale associant des capitaux venant de France, d’Autriche, d’Australie ou d’Espagne.
Un soir, je suis invité par le Bureau des vins du Ningxia à participer à une dégustation à l’occasion de la venue d’un critique travaillant pour un guide français. Marc Nolleau, sommelier français installé à Shanghai, exerce depuis sept ans au restaurant de l’hôtel Park Hyatt, après avoir officié dans de grands restaurants étoilés du monde entier. Il collabore au nouveau guide des vins chinois édité par les critiques français Bettane et Desseauve. Il vient de visiter plusieurs domaines de la région pour évaluer leurs vins et constate : « Des progrès sont faits : la vigne prend de l’âge, l’irrigation est mieux maîtrisée, des efforts sont réalisés dans les chais, mais il y a encore des problèmes d’hygiène et de défauts dans les vins, avec trop d’oxydation. Le raisin n’est parfois pas assez mûr, et cela donne un goût de poivron vert sur les vins rouges. Je pense que le potentiel est plus important pour les blancs. Je constate qu’il n’y a pas encore suffisamment le sens du terroir distinguant la provenance des raisins. »
Le propriétaire d’un vignoble au Ningxia, ancien dirigeant local du Parti communiste chinois, insiste : « Mon rêve est simple, c’est que mon vin fasse la fierté de la Chine. Nous aussi, nous sommes capables de faire de grands vins et nous allons le prouver au monde entier… Je vais maintenant m’attaquer à l’export en m’appuyant sur nos diasporas. »
Le responsable du Bureau des vins du Ningxia m’explique : « On a commencé à établir la classification de la région du Ningxia. Tous les deux ans, on la met à jour, et nous avons besoin de huit ans pour faire des grands crus classés. »
C’est au tour d’Emma Gao de faire déguster ses cuvées au sommelier français. Elle sollicite des conseils pour améliorer son vin et demande si cela serait une bonne idée de mélanger les millésimes 2013 et 2014. Le sommelier semble surpris par cette question : « Personnellement, je ne le ferais pas. Il y a tellement de malversations en Chine, des gens qui mélangent plusieurs millésimes, des vins qui viennent en fait d’Australie, c’est rassurant pour les consommateurs de savoir où le vin a été produit, par qui et quand. Chaque millésime a ses qualités et ses défauts. Il ne faut pas les mélanger. »
La viticulture chinoise est en cours d’élaboration et sa législation demeure floue, ce qui autorise certaines pratiques étonnantes aux yeux d’un sommelier français. Le modèle viticole n’est pas encore bien défini. Emma me dit que les autorités cherchent à imposer des lois, mais aussi à établir des critères communs pour classer les différents vins en fonction du lieu d’origine, sur le modèle français. Le responsable du Bureau des vins ajouta : « Nous savons qu’il y a une grande distance entre le nouveau monde et l’ancien monde. Une longue route nous attend pour faire des vins de qualité. Nous manquons de professionnels, et les étrangers sont les bienvenus pour nous apprendre. Mais nous sommes patients, car il y a de plus en plus de Chinois qui boivent du vin. »
Les projets viticoles continuent à se multiplier au Ningxia. Beaucoup d’observateurs parlent de celui du groupe alimentaire sino-thaïlandais Jiangsu Daysun. Son directeur, Chen Deqi, est déjà propriétaire du domaine viticole Ho-lan Soul (1 500 hectares de vignes), qui serait en agriculture biologique. Il s’est attaché les conseils d’un nouveau flying winemaker bordelais. Il ne compte pas s’arrêter là : il ambitionne de développer un complexe œnotouristique sur plus de 6 700 hectares avec trente châteaux et une station de ski, pour un investissement approchant le milliard d’euros.
Le président Xi Jinping a visité en juin 2020 un de ces établissements du
Ningxia 32. Il en a profité pour exhorter les Chinois à boire chinois pour réduire les importations, soutenir la viticulture du Ningxia, contrer la désertification et favoriser l’essor d’une Chine tournée vers l’écologie.
31 Jancis Robinson, « China’s most promising wine province? »,
15 septembre 2012 (https://www.jancisrobinson.com/articles/chinas-
most-promising-wine-province).
32 http://www.winechina.com/html/2020/06/202006301283.html
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