Château Pékin

Boris Pétric · Chapitre 4 sur 31

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Château Pékin

Exergue

« La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire. L’homme est une création du désir, non pas une création du besoin. »

Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu

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Prologue

 

La dernière fois que j’étais venu à Saint-Émilion, en 2015, j’arpentais les ruelles avec mon ami Gérard Colin, qui était de retour dans son village natal pour quelques jours avec son employeur chinois. Monsieur Chen, un nouveau riche ayant fait fortune dans la construction immobilière, se passionnait en effet pour le vin et venait d’embaucher Gérard dans son domaine Taila, dans le Shandong, fief historique de la culture viticole en Chine. Les deux complices étaient là pour recevoir une médaille d’un mystérieux concours vinicole européen. Gérard travaillait depuis quelques mois sur ce projet pharaonique et gérait l’aménagement d’un immense domaine de plusieurs centaines d’hectares, doté d’une dizaine de châteaux en cours de construction.

C’est un événement aussi inattendu que malheureux qui m’y ramène ce vendredi pluvieux et froid du mois de février 2017 : Gérard Colin vient de mourir.

J’ai perdu un témoin, j’ai perdu un ami. Je suis là pour assister aux obsèques de cet enfant du pays, de cet œnologue expatrié depuis dix-sept ans en Chine, où il était devenu une star dans le milieu viticole.

Je l’avais rencontré en 2012, alors qu’il travaillait à l’implan tation d’un vignoble pour les Domaines Barons de Rothschild dans le Shandong. Pendant mes années d’enquête afin de comprendre l’engouement soudain des Chinois pour le vin, je n’ai cessé de circuler entre la France et la Chine, je n’ai cessé de croiser Gérard, au gré de ses contrats dans différentes régions chinoises. Il a été pour moi un observateur privilégié du développement de la consommation et de la production du vin en Chine. Au fil des séjours et des soirées passées ensemble à parler de vin, de la Chine, de la transformation de la France et du sens de l’existence, nous sommes devenus amis.

Cet hiver 2017, Gérard venait d’arriver en France avec son amie chinoise. Ce court séjour dans son pays natal devait le mener jusqu’à Marseille, pour y découvrir la première version du montage de mon film documentaire Château Pékin, dont il est l’un des personnages principaux. Finalement, son chemin s’est arrêté là, quelque part dans les faubourgs‐ d’Angers, au milieu des vignes. Au petit matin, après une dégustation chez un ami vigneron, Gérard s’est effondré de son mètre quatre-vingt-dix, le 8 février, à l’âge de soixante-quatorze ans. Pour un passionné de vin, c’est une belle mort, même si elle a été précoce, brutale et douloureuse pour son entourage. C’est une belle mort pour le bon vivant qu’il aimait être, même si ce n’est pas la fin qu’il avait envisagée. Il m’avait confié son souhait d’être enterré à Mulangou, ce village chinois à propos duquel il aimait dire qu’il y avait transmis son savoir-faire en sculptant la montagne avec des paysans chinois pour donner naissance au vignoble de Lafite.

Après avoir déposé mes bagages à l’hôtel situé au centre du village, je m’arrête au bar-tabac d’en face pour boire un verre et me donner du courage avant de rencontrer la famille de Gérard. Des ouvriers viticoles qui viennent d’achever leur journée sont accoudés au comptoir pour le traditionnel apéro et discutent avec les patrons du troquet. Tout ce petit monde me toise et se demande ce que je peux bien faire ici. J’engage la conversation, car je suis à la recherche de piles. L’un d’eux m’explique que je ne trouverai pas de magasins à proximité, qu’il n’y a ni commerce, ni boucherie, ni boulangerie, tous ayant été remplacés par des hôtels, des restaurants et des boutiques de vins. Il ajoute : « C’est devenu inabordable, plus personne n’habite ici. » Eux-mêmes vivent aux alentours, et leurs regrets de la vie d’avant, d’un monde de proximité et d’interconnaissance, viennent faire écho à la « fin du village français » décrite par Jean-Pierre

Le Goff1. Il faut se rendre à la sortie du village pour trouver la seule supérette.

Je leur explique la raison de ma présence, mais personne ne connaît personnellement Gérard : « Ah oui, j’ai vu dans le journal, c’est lui qui est parti chez les Chinois ! » Certains semblent comprendre qu’un des leurs soit allé aussi loin pour tenter sa chance. L’un d’eux confie : « Ici, c’est dur d’avoir des perspectives. Nous sommes de petits salariés, avec des propriétaires que l’on connaît parfois à peine, car ils habitent ailleurs. Le prix du foncier est devenu inabordable, et nos enfants n’ont pas forcément envie de rester dans le coin : ils savent qu’ils ne pourront pas acheter une maison ou des terres. » Il y a aussi le camp de ceux qui pensent qu’il aurait dû rester et ne pas s’aventurer si loin. Je paie ma tournée et m’excuse de devoir les quitter. Il est temps d’aller rendre visite à la famille Colin.

En marchant vers sa petite maison perchée sur les hauteurs du village, je me remémore les nombreuses soirées passées avec Gérard à discuter de l’implantation du vin en Chine, des transformations de la France viticole et de la dépendance croissante de notre pays à l’égard de la Chine. À travers le destin de Gérard, je me suis intéressé à ces millions de compatriotes qui s’expatrient dans l’espoir d’un destin meilleur loin de l’Hexagone. Il n’y a jamais eu autant de Français vivant à l’étranger, ils sont très nombreux à Hong Kong et dans les grandes villes chinoises. Les chiffres varient selon les sources, mais ils seraient plus de 5 millions à vivre en dehors des frontières nationales, dont plusieurs milliers en Chine.

Gérard était né à Madagascar, où son père a servi pendant plusieurs décennies dans l’administration coloniale. La famille Colin rentre en France alors que Gérard est âgé de huit ans. Son père, d’origine lorraine, rêve d’un lieu pour poser ses valises et enraciner sa famille dans un projet terrien. En 1962, il trouve finalement un domaine viticole à Saint-Émilion. Gérard grandit avec ses deux sœurs au château Teyssier, qui est alors une ferme en polyculture avec des vignes, mais aussi des productions céréalières et des vaches. À cette époque, tout le monde prend conscience que le vin devient plus rémunérateur, et Saint-Émilion voit peu à peu s’imposer la monoculture viticole. Gérard fait des études d’œnologie et travaille dans un premier temps auprès de son père. Celui-ci meurt prématurément, et des mésententes avec ses deux sœurs obligent Gérard à vendre le domaine en 1979 à des Australiens. Après tant d’années, il me parlait encore de cet épisode comme d’une blessure ouverte.

Gérard est alors contraint d’abandonner le château Teyssier pour mener une longue carrière dans le négoce bordelais. Il travaille notamment pour la société Dourthe Kressmann, puis pour Edmond de Rothschild, auprès de qui il contribue à redorer le blason de Château Clarke. Gérard connaît très bien « la place », comme on dit à Bordeaux, ce monde du vin bordelais marqué par le poids des négociants. Mais il s’y est toujours senti marginal, éprouvant à son égard un sentiment ambivalent d’attraction et de rejet.

En 1997, une page inattendue de sa carrière s’ouvre : il commence à être sollicité par des Chinois en qualité de consultant et, après deux ans de missions sporadiques, il décide de s’installer en Chine. Pendant plus de quinze ans, Gérard est l’un de ces flying winemakers – « œnologues volants » qui dispensent leurs conseils dans le monde entier – français qui s’expatrient pour donner des conseils sur l’implantation de la vigne dans des pays lointains sans culture viticole. Il s’impose comme un acteur de la nouvelle fièvre chinoise pour le vin. Il travaille dans les différentes régions viticoles du Xinjiang, du Ningxia et du Shandong, et devient un observateur privilégié de l’émergence d’une puissance vinicole. En quelques années, l’empire du Milieu va incorporer dans sa réalité sociale des cépages, des techniques, du matériel, des hommes et des femmes, pour s’imposer, en 2020, comme l’un des vignobles les plus importants au monde, avec une superficie de près de 900 000 hectares. Le phénomène est rapide, presque brutal, pour le monde vinicole.

Lors de ce dernier séjour à Saint-Émilion, en juin 2015, Gérard était heureux de revenir dans son village pour recevoir un prix. Il prenait plaisir à nous décrire « son » Saint-Émilion en se promenant de ruelle en ruelle. Il en parlait néanmoins comme d’un monde qui n’était plus, ou qui était en train de disparaître. Il s’amusait à donner son point de vue sur la transformation de Saint-Émilion en parc touristique, sous la houlette de son puissant syndicat viticole et de son incontournable président, Hubert de Boüard, le propriétaire de Château Angélus. Il expliquait à son patron chinois que, désormais, toute l’activité de la région était tournée vers la monoculture viticole, avec un prix du foncier délirant – plusieurs centaines de milliers d’euros l’hectare –, et vers l’accueil de milliers de touristes qui ne venaient passer que quelques heures dans le village.

Saint-Émilion était en ébullition. Ce week-end de printemps était particulièrement animé, avec différentes manifestations organisées autour de Vinexpo Bordeaux, qui était inauguré cette année-là par le président de la République, François Hollande. Le même jour, la Jurade de Saint-Émilion, la confrérie des vins, organisait une grande cérémonie d’intro‐ nisation sous l’égide d’Hubert de Boüard. Le premier jurat était, depuis 2011, un ardent acteur de la transformation du Bordelais et de Saint-Émilion, ce qui lui valait quelques critiques et problèmes judiciaires. Il ne ménageait pas ses efforts pour resserrer les liens avec la Chine et développer un nouvel œnotourisme de grande ampleur.

Alors que nous cheminions à proximité de l’église, de puissantes berlines et de vieux cabriolets se sont garés tout autour. Des personnes en tenue de gala ont convergé vers le sanctuaire. Chen a pensé que nous étions arrivés là où aurait lieu la remise de son prix et a reproché à Gérard de ne pas lui avoir dit qu’il fallait être sur son trente et un. Devant le perron, une foule de badauds observait l’arrivée des quatre-vingts jurats vêtus d’une toge rouge, affublés d’une hermine blanche sur les épaules et coiffés d’un chapeau rouge. Les invités, venus du monde entier, allaient bientôt être intronisés et participeraient ensuite à un dîner préparé par Alain Passard, chef du restaurant trois étoiles parisien l’Arpège.

Lorsque Julie Gayet est sortie d’une voiture, les badauds se sont rapprochés et ont dégainé leurs smartphones. Les journalistes se sont pressés pour photographier la star de la journée. La compagne du président Hollande deviendrait dans quelques instants la nouvelle ambassadrice des vins de Saint-Émilion.

Gérard semblait presque ignorer que notre présence à Saint-Émilion se télescopait avec cette intronisation. Comme Chen souhaitait assister au spectacle, Gérard a fendu la foule et tenté de pénétrer dans l’église. Il a été refoulé, car il n’avait pas d’invitation. Il a reconnu une vieille connaissance qui faisait partie de l’organisation et lui a demandé si nous pouvions entrer : « Désolé, Gérard, je ne peux rien faire, tu ne peux pas entrer, je suis désolé. Nous avons des recommandations très strictes, il y a la compagne du président, tu sais, les choses ont changé. »

D’autres comédiens, telle Michèle Laroque, mais aussi des politiques comme François Baroin ou des sportifs se sont engouffrés dans l’église, où ils seraient intronisés quelques instants plus tard. Nous frôlions l’incident diplomatique, car Chen a aperçu quelques Chinois qui allaient également être honorés, et il ne comprenait pas pourquoi il n’avait pas été invité. Il a demandé des explications à Gérard.

Finalement, nous nous sommes éloignés de cette société prestigieuse que Gérard avait un temps côtoyée et qu’il avait quittée avec un sentiment mitigé. Nous avons pris la voiture pour nous retrouver à quelques kilomètres du village, dans un domaine viticole moderne, propriété d’un millionnaire belge organisateur de ce mystérieux prix européen. Nous étions loin du faste du village, et la remise du prix s’est apparentée à une forme de mascarade. Tout le monde cherchait à ne pas perdre la face, valeur si importante dans l’univers social chinois, et Chen cachait difficilement sa déception.

Ce matin du 12 février 2017, Saint-Émilion est calme, et Gérard n’aura pas droit aux fastes et aux derniers hommages de la petite société saint-émilionnaise pour ses obsèques, malgré les efforts de toute une vie pour mettre en avant les vins de Saint-Émilion. Le village est silencieux, les premiers cars de touristes ne sont pas encore arrivés : personne donc pour remonter les rues pavées et s’engouffrer dans les boutiques de vins. Il n’y aura pas de cérémonie religieuse, et la famille m’a donné rendez-vous à quelques kilomètres de là, au crématorium de Montussan.

Nous attendons sur le parking, au milieu des voitures, que la cérémonie précédente s’achève. Dans l’assemblée clairsemée, les proches – sa femme, sa fille, son fils et son petit-fils –, ainsi que quelques fidèles. Il y a aussi quelques amis qui ont rythmé son parcours de vie, comme son voisin vigneron Alain Vauthier, propriétaire d’un des quatre grands crus classés A de Saint-Émilion, le célèbre Château Ausone, ou Michel Gracia, son ami de toujours, tailleur de pierre devenu vigneron sur le tard et qui a développé un vin de garage à la renommée mondiale. Visiblement très ému, Chen, le patron de Gérard, a fait le déplacement depuis la Chine et observe la cérémonie, qui ne lui semble pas être à la hauteur du personnage qu’il a connu.

Gérard Colin n’est pas le premier à avoir quitté son pays pour diffuser le mondialement célèbre savoir-faire français. Après l’Australie, l’Argentine, l’Afrique du Sud et les États-Unis, c’est un village chinois du Shandong qui a vu naître un paysage viticole. Au cours de l’histoire, Bordeaux a bénéficié de son ancrage sur la façade maritime française pour développer des relations privilégiées avec l’Angleterre, puis les États-Unis. Aujourd’hui, de très nombreux clients sont chinois, et Bordeaux vit à l’heure chinoise.

À quelques kilomètres de l’ancienne propriété de Gérard, une célèbre actrice chinoise, Zhao Wei, a racheté le château Monlot. Un peu plus loin, c’est l’entrepreneur Jack Ma, le fondateur du géant de l’e-commerce Alibaba, qui vient lui aussi d’acquérir son troisième domaine et affiche l’ambition de transformer son château de Sours en un petit Versailles viticole.

Cette présence chinoise soudaine suscite des enthousiasmes mais aussi des inquiétudes, relayées par de nombreux articles de la presse régionale et nationale. Le célèbre écrivain Philippe Sollers, ancien compagnon de la revue maoïste Tel Quel, a bien changé. Il ne voit plus dans la révolution culturelle chinoise l’espoir d’un monde meilleur. Il est même devenu le chantre du protectionnisme et de l’identité française, et en appelle à la préservation du passé et de la tradition. Il prolonge l’imaginaire de la perte, partagé par une partie de l’opinion. Dans une chronique du Journal du dimanche, il a déclaré : « Mais que vois-je soudain ? Les Chinois ont envahi les environs de Bordeaux, achètent des châteaux, se passionnent

pour les crus locaux et les importent en masse2. » Il a même écrit au maire de Bordeaux pour lui demander d’intervenir afin de protéger le patrimoine français. Un des nouveaux propriétaires souhaite changer le nom de son château pour le rebaptiser « Lapin blanc ». Impensable : des vins français faits par des Chinois ? L’écrivain, un brin franchouillard, oublie le passé et l’arrivée des Anglais, qui ont (re)baptisé de nombreux châteaux. Il omet de prendre en compte une partie de la réalité et d’évoquer ces Français qui font du vin dans le monde entier, notamment en Chine.

Un peu plus bas dans le village, le propriétaire de Château Angélus, Hubert de Boüard, n’est pas du tout de cet avis. Il se réjouit même de cette évolution. Le dynamique président de la Jurade se prépare depuis des années à accompagner la nouvelle phase de la mondialisation du vin. Il a compris le rôle déterminant de l’image et de l’imaginaire pour construire une notoriété mondiale. Il a lourdement investi pour placer son Angélus dans des James Bond. Il a entrepris de grands travaux pour transformer sa propriété, avec l’installation d’un nouveau parking pouvant recevoir les cars de touristes chinois. Il a doté son nouveau chai ultramoderne d’un clocher électronique carillonnant les hymnes nationaux à l’arrivée des flux touristiques de plus en plus importants dans son petit village, désormais classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Mais revenons à Gérard. Après la cérémonie, chacun regagne rapidement son véhicule en regrettant qu’elle ait été aussi expéditive. Nous repartons tous avec nos interrogations, et j’ai les miennes.

S’interroger sur ce qui a poussé ce natif de Saint-Émilion à s’expatrier conduit à prendre en compte un vaste processus historique en train de rapprocher l’Europe de la Chine. Les Chinois se sont mis à boire du vin et leur engouement plonge la France, longtemps premier producteur mondial, dans une nouvelle réalité faite d’interdépendances inédites avec la Chine. La commercialisation des vins fins français est traditionnellement liée à des marchés étrangers, comme l’Angleterre ou les États-Unis. Le début du XXIe siècle se caractérise par un déplacement massif des ventes vers l’Asie. Ce phénomène met soudainement en relation étroite une partie de la société française avec une culture chinoise largement méconnue. Les univers du goût s’élaborent sur des lieux organisés, avec des écrits et des outils fabriqués par l’intermédiaire d’acteurs qui s’y déploient. Des contacts multiples se nouent entre des producteurs et des consommateurs que j’ai côtoyés tout au long de cette enquête.

Je ne suis pas sûr de fournir toutes les réponses, même si Gérard et les nombreuses personnes que j’ai rencontrées pendant toutes ces années m’ont confié quelques explications. Bordeaux a été marqué par ses échanges avec le monde anglo-saxon, qui se matérialisent encore par la toponymie de quelques propriétés, par les noms à consonance britannique de certaines familles de négociants de « la place bordelaise ». Désormais, cette nouvelle mobilité vers l’Asie se distingue par une coprésence inédite lors d’autres cycles de mondialisation : des Chinois en France et des Français en Chine produisant du vin. Gérard a été entraîné dans le tourbillon des évolutions d’un monde qui ne sera plus jamais le même. À travers l’histoire de ce vigneron expatrié, on peut entrevoir les mutations qui s’annoncent dans de nombreux domaines de la vie sociale.

Le désir de vin est une invitation plus générale à s’interroger sur un vaste processus de mondes sociaux qui souhaitent de plus en plus consommer, accumuler des produits lointains et en fabriquer d’autres qu’il faudra expédier à l’autre bout du monde. Les liens d’interdépendance croissants entre Français et Chinois à travers le vin en sont une des illustrations et concernent tous les citoyens français, car le vin est loin d’être une simple marchandise dans la culture française et européenne. L’évolution de sa consommation et de sa production a des implications multiples : sur la conception du rapport au temps, sur le lien à la nature et la manière de la domestiquer, sur la façon d’envisager des conduites sociales, sur le goût, sur la propriété…

Bref, Château Pékin n’est pas un domaine viticole, mais l’allégorie d’un monde social structuré par une intensification sans précédent de la circulation des individus, des idées et des marchandises. Une question se pose : dans quel monde commun vivons-nous déjà avec les Chinois sans le savoir ?

1 Le lecteur trouvera les références détaillées des livres cités au fil du

texte dans la bibliographie de fin d’ouvrage.

2 e Le Journal du dimanche , 1 avril 2012

(https://www.lejdd.fr/Chroniques/Philippe-Sollers/Le-journal-du-mois-

de-Philippe-Sollers-499178).

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