Cœurs déraisonnables: Au delà des préjugés (French Edition)

Chapitre 10 Diego - Jogging matinal

— ¡ Holà Guapo[19] ! J’ai failli ne pas te reconnaître ! Eva se tient devant moi fraîche et souriante, elle a revêtu une tenue de sport qui moule parfaitement ses jolies courbes féminines. — Salut ! Ravi que tu sois venue ! Je te plais comme ça ? — Carrément, tu es canon en mode sportif.

Elle me regarde de haut en bas et je vois une petite étincelle dans ses yeux.

— Tu es venue sans ton chaperon ?

— Très drôle ! Manon te l’a dit tomber du lit un dimanche pour aller courir, ce n’est pas son truc. Elle est très protectrice avec moi, mais ça part d’une bonne intention.

— Je pense qu’elle va trop loin, parfois.

En une fraction de seconde son regard s’assombrit, comme un ciel qui vire soudain à l’orage. Son ton devient également plus sec. J’ai touché un point sensible, sans le vouloir, on dirait…

— Tu ne comprends pas, reprend-elle, Manon a toujours été là pour moi. J’ai essuyé pas mal de moqueries pendant ma scolarité, mais elle a toujours pris ma défense. Je n’étais la fille de personne ou du Saint-Esprit comme disaient certains. J’ai longtemps souffert du fait que mon père n’a pas voulu de moi.

— Désolé j’ignorais. Les enfants ne sont parfois pas tendres entre eux.

Elle acquiesce en silence et lève les yeux au ciel, pour mieux retenir ses larmes, mais je vois bien qu’elle prend sur elle pour ne pas perdre la face. — Aujourd’hui je m’en fiche. Je ne peux même pas dire que j’ai grandi avec un père absent, c’était plutôt un fantôme, une vieille histoire du passé qui venait me hanter le soir. Mais c’est fini, je n’ai pas besoin de lui pour être heureuse.

—Ça n’a pas dû être facile.

Gros malin, tu t’es déjà mis sa meilleure amie à dos, tu ne vas pas en plus remuer le couteau dans la plaie ? Tu ne pouvais pas te contenter des banalités d’usage ?

— Ça va, je ne m’en sors pas si mal. Je ne vais pas te mentir, être une enfant née hors mariage, ça faisait désordre, mais la famille de ma mère est plutôt aisée, donc matériellement je n’ai manqué de rien. Manon, elle c’est autre chose, ses parents sont toujours mariés, mais ils n’ont jamais eu beaucoup de temps à lui consacrer. Ils n’ont pas mis leurs vies entre parenthèses pour elle. C’est une autre forme d’abandon quand on y pense, mais plus vicieux. Chez elle, sur les murs il y a de beaux portraits de famille tout sourire, mais en réalité elle a été élevée par les nounous et les jeunes filles au pair. Manon, c’est la sœur que je n’ai jamais eue, on a grandi ensemble.

— OK, je comprends mieux votre relation. Et ta mère, elle n’a jamais refait sa vie ?

— Non, pas vraiment. Je pense qu’elle a été très déçue des hommes et qu’elle a préféré faire une croix sur l’amour pour ne plus souffrir. Et toi, ta famille ?

Je souris, presque gêné.

— Il n’y a pas grand-chose à dire. Mes parents se sont connus à la fac, ils se sont mariés et ont eu quatre enfants : deux garçons et deux filles. Je suis le petit dernier.

— Tu as grandi au sein d’une famille aimante, baignée dans la foi ? — Oui, en quelque sorte. Ils sont très croyants et très pratiquants, mais mes grands-parents nous reprochent de nous être engagés dans un catholicisme trop radical.

Elle hoche la tête et lève les sourcils.

— Ce n’est donc pas une tradition familiale de génération en génération ? — Non, mes parents ont vécu une période très difficile, suite à la perte d’un enfant, mort-né et ont pu trouver du réconfort auprès de l’Église des saints du Nouveau Monde.

— J’imagine que ça doit être une épreuve terrible. — Ça les a marqués à jamais, mais tu sais ce que l’on dit : ce qui ne tue pas rend plus fort.

— Tu as certainement raison. Bon, ce n’est pas tout, mais je ne me suis pas levée si tôt pour papoter. On le fait ce footing, avant que je change d’avis ? Je te préviens, ça fait une éternité que je n’ai pas couru ! — Pas de souci je te propose qu’on s’échauffe un peu d’abord. On commence en petites foulées et on termine par un sprint ? — Je sens que je vais regretter d’être venue.

— Mais non fais-moi confiance !

Pour ne pas trop la distancer je me suis adapté à son rythme, mais je dois dire que pour quelqu’un qui ne court pas régulièrement elle s’est plutôt bien défendue, elle a une bonne endurance.

— Prête pour le sprint final ?

— Tu as envie de m’achever on dirait ! Allez c’est parti !

Elle démarre en trombes, mais je la distance sans problème. — Tricheur, me dit-elle en reprenant son souffle. Tu t’entraînes tous les jours.

— Tu peux me rejoindre tous les matins si le cœur t’en dit. — Je ne crois pas non ! Je n’ai pas déjeuné, ça te dirait que l’on prenne un truc à boire en bord de mer, histoire de profiter de la quiétude de la ville et de l’air marin.

— J’allais te proposer de prendre un smoothie[20], mais va pour le café. — Non le smoothie ça me convient. On s’assoit deux minutes sur les chaises bleues là-bas ?

— Volontiers. Tu as un bon rythme pour quelqu’un qui ne court pas. — Le jogging ce n'est pas trop mon truc, mais je n’ai pas dit que je ne faisais pas de sport du tout.

— Et quelles activités tu pratiques ?

— Un peu de danse et du fitness, des trucs de filles quoi…

Elle laisse son regard s’attarder au loin vers l’horizon. — C’est bizarre, je n’étais jamais venue si tôt en bord de mer, c’est plutôt agréable.

— Moi je viens régulièrement, répondis-je, il m’arrive même d’aller nager. — Tu plaisantes ? L’eau ne doit même pas être à dix degrés en cette saison ! — Parfois moins, mais c’est ça qui est bien, ça a un côté comment dites-vous ? Ça rend plus fort, ça te donne de la vigueur. — Revigorant ?

— Voilà, tu devrais essayer.

Elle fait non de la tête, mais j’insiste malgré tout. — Au moins une fois, c’est bien toi qui disais que tu aimais tenter de nouvelles expériences pour te sentir pleinement vivante ! Viens avec moi cet après-midi.

— Non, non, non, tu ne m’auras pas cette fois. Mais je peux t’apporter un chocolat chaud pour te réchauffer après par contre. J’attrape sa main et je la regarde dans les yeux. — Au moins une fois, juste deux minutes !

Elle réfléchit et semble hésitante. Je fais mon regard de cocker pour l’amadouer.

— OK, mais si je finis avec un gros rhume ça sera entièrement ta faute.

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