Cœurs déraisonnables: Au delà des préjugés (French Edition)

Chapitre 38 Eva - Proposition incongrue

 

J’avais espéré que le fait que Diego soit libéré du joug religieux pourrait tout changer, mais j’ai rapidement déchanté. Il est revenu depuis un peu plus d’un mois maintenant et la situation n’a pas vraiment évolué. Ma mère est restée campée sur ses positions. Il n’est toujours pas le bienvenu chez nous. D’ailleurs, je la soupçonne d’avoir fait exprès d’annuler tous ses rendez-vous pour que je ne puisse pas disposer de la maison pour moi toute seule. On ne sait jamais, je pourrais bien être tentée de faire des folies de mon corps dès qu’elle a le dos tourné.

Manon le regarde toujours de travers et tolère à peine sa présence, même si elle nous épargne un peu les réflexions scabreuses dont elle était coutumière.

Diego n’a pas encore trouvé d’autre logement, parallèlement il recherche un petit boulot, mais de ce côté-là non plus ça n’a pas donné grand-chose. Bref, c’est un peu compliqué et c’est terriblement frustrant. La situation me pèse et je pense que c’est encore pire pour lui.

Malgré tout, on essaye de passer le maximum de temps ensemble.Aujourd'hui, je dois le retrouver pour prendre un café après son jogging matinal. Il me rejoint tout transpirant et encore tout essoufflé. Il est terriblement sexy. Je rêverais de pouvoir me glisser sous la douche avec lui et de rester des heures dans ses bras, mais actuellement pour avoir un moment d’intimité c’est un peu tendu. Je n’aime pas vraiment jouer les exhibitionnistes même si je dois admettre qu’il y a un côté excitant à risquer de se faire surprendre. En ce moment j’essaye d’arrondir les angles avec ma mère. Peut-être qu’avec le temps j’arriverai à l’amadouer et à tromper sa vigilance ? Diego m’embrasse sur la joue, me ramenant soudain à la réalité.

— Beurk, tu es tout collant !

— Tu aurais dû venir courir avec moi, comme ça on serait deux ! — Je te remercie, mais le sport au saut du lit, ce n’est pas trop mon truc, je préfère en faire en fin de journée. J’ai l’impression que ça me détend davantage. Ça va toi sinon ?

— Tu es là c’est tout ce qui compte.

— Tu es trop gentil !

— Non, en fait non, pour être totalement sincère avec toi. Eva, j’ai beaucoup réfléchi. On est bien ensemble, mais j’ai l’impression que pour tes amis et ta famille ça n’a rien changé, ils ne prennent pas au sérieux notre relation. Ils n’accordent aucune crédibilité à notre couple. Et j’aimerais vraiment que ça change. Je pense avoir trouvé la solution.Il s’agenouille et me prend la main. Je ne sais pas vraiment comment réagir.

— Diego qu’est-ce que tu fais ?

— Épouse-moi, enfuyons-nous tous les deux. Quand nous reviendrons, nous serons mariés et ils seront obligés de nous accepter comme couple légitime.

Je manque de recracher mon café par les trous de nez, tant je suis surprise. — Quoi ? C’est n’importe quoi ! Mais on irait vivre où ? Ta proposition pourrait sembler romantique, voire quelque peu chevaleresque, mais ma vie est ici, ma famille est ici, mes amies, mes études… Ma mère m’en voudra à mort si j’épouse quelqu’un sans lui en parler au préalable. Je suis sa fille unique et elle a toujours imaginé qu’elle m’aiderait à préparer mon mariage dans les moindres détails, même si je n’épouse pas le prince charmant. — Elle ne me laisse même pas te voir sans constamment jouer les chaperons.

— Je sais, elle est pénible, mais c’est juste pour nous faire chier et asseoir son autorité parce que j’habite chez elle. C’est une façon de me signifier que je dois me plier à ses règles de vie. Écoute, je suis désolée, mais mon rêve ultime ce n’est pas de me marier et d’avoir beaucoup d’enfants, d’où te vient une idée pareille ?

— Tu ne veux pas d’enfant ou tu ne m’aimes pas assez pour envisager de passer le reste de ta vie avec moi ?

— Putain, je n’en sais rien ! Est-ce qu’on est obligé de se prendre la tête sur ça maintenant ? Tout ce que je peux te dire c’est qu’à l’instant T je n’ai pas envie de ça. Pourquoi est-ce que tu compliques toujours tout ? Le monde n’est pas tout noir ou tout blanc, ce n’est pas bien ou mal, on vient à peine de se retrouver. Laisse-moi un peu de temps pour m’habituer à l’idée. Je veux d’abord profiter de la vie, voyager, réussir professionnellement et à ce moment-là quand je serai plus posée, je pourrais envisager de me marier et de fonder une famille. Je te jure que je t’aime et que la situation me pèse autant qu’à toi.

— Est-ce qu’au moins tu seras prête un jour ? Est-ce qu’au final je ne suis pas pour toi qu’une petite distraction sympathique. Est-ce que tu es prête à t’engager avec moi ?

— Oui, j’imagine que oui quand le moment sera venu. Mais crois-moi nous enfuir pour nous marier, ce n’est pas vraiment une bonne idée. Ça ne changera rien, ma mère n’acceptera jamais que tu viennes habiter chez nous. Pire, elle pourrait même me déshériter pour lui avoir fait un coup pareil.

— Ma famille nous accueillerait, contrainte et forcée, mais elle ne nous laisserait pas tomber.

— Vu l’accueil que m’a réservé ta mère, permets-moi d’en douter, en tout cas il faudrait sûrement que j’accepte d’adhérer à votre communauté et ça, c’est hors de question.

— Je n’ai pas hésité à faire des sacrifices pour être avec toi, mais apparemment c’est à sens unique.

Le ton monte. Je n’aime pas la tournure que cette conversation est en train de prendre. Je n’apprécie pas vraiment les reproches qu’il m’adresse. — Je ne t’ai jamais rien demandé et puis tu savais depuis le départ que la religion et moi, ça faisait deux.

— Peut-être que je me suis planté sur ton compte. Tu veux juste t’amuser, mais dès qu’il s’agit de s’engager il n’y a plus personne. J’ai parfois l’impression de perdre mon temps.

— Je n’aime pas trop le ton directif que tu emploies avec moi ! Je dois dire amen à tous tes désirs c’est bien ça l’idée ? Et bien désolée ! Je resterai fidèle à moi-même, libre et indépendante et mon amour pour toi n’y changera rien. D’ailleurs, cette proposition est totalement délirante, tu veux que l’on vive de quoi ? D’amour et d’eau fraîche ? C’est mignon mais ce n’est pas du tout réaliste !

— Inutile de nous mentir sur le long terme nous deux c’est forcément voué à l’échec on a deux façons d’envisager la vie radicalement différente. — J’hallucine, je dois comprendre quoi au juste ? — Je sais ce qu’il me reste à faire !

— Quoi ? Mais qu’est-ce que tu veux dire ?

— C’est évident, je perds mon temps avec toi. Je n’ai pas envie de t’attendre éternellement et si pour toi je ne suis rien de plus qu’une amourette je préfère arrêter les frais.

— Mais putain dans quel monde tu vis ?

— J’ai compris Eva, tu ne m’aimes pas assez pour envisager de t’officialiser les choses avec moi.

— Pourquoi vouloir tout précipiter ?

— Je n’en peux plus de me cacher, soit nous vivons notre amour au grand jour, soit c’est terminé.

— Tu me poses un ultimatum ou tu es carrément en train de me larguer ? Eh bien désolée, mais effectivement je ne suis pas prête à renoncer à tout pour être avec toi. Sois tu l’acceptes, soit tant pis. — Je pense que l’on n’a plus rien à se dire.

— Il me semble aussi.

Il se lève d’un bond et part sans même m’adresser un dernier regard. Étrangement, je reste le cul vissé à cette chaise, la bouche ouverte comme une carpe. Je ne suis pas sûre d’avoir envie de le rattraper.Je suis sous le choc de cette conversation surréaliste. Diego s’attendait peut-être à des vœux d’amour éternel,mais au lieu de ça on se sépare ! C’est assez ironique quand on y pense ! Je déteste qu’on me force la main ! Cette fois-ci, je pense que nous avons atteint un point de non-retour. Je ne suis plus vraiment sûre que ça vaille le coup de recoller les morceaux ! J’ai le cœur brisé, mais je ne pouvais pas accepter, ça aurait été comme me trahir moi-même.

 

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