Cœurs déraisonnables: Au delà des préjugés (French Edition)
Chapitre 23 Eva - Clash avec la daronne
Je suis dans la plus embarrassante des positions quand le bruit d’une clé dans la serrure se fait entendre. Merde ma mère ! À croire qu’elle le fait exprès.
Dans un réflexe, je repousse Diego et j’essaye de retrouver mes affaires à la hâte pour avoir l’air un minimum présentable. C’est la panique totale. — Cache-toi.
— Quoi ? Mais où ?
— Ma mère va me tuer si elle te trouve dans ma chambre. Putain, tu n’as pas vu mon t-shirt ?
— Je crois qu’on l’a semé en chemin… comme ma chemise d’ailleurs. — Merde, putain de merde, cette fois, elle va me prendre la tête jusqu’à la nuit des temps.
J’entends des bruits de pas dans le couloir.
— Eva, tu es là ? s’inquiète ma mère.
Elle semble marquer un temps d’arrêt. Mince elle a dû trouver les fringues par terre. La voilà qui tambourine à la porte. — Eva ouvre-moi. On va avoir une petite conversation toutes les deux.
J’attrape des habits au hasard dans ma penderie. J’ouvre la porte prête à affronter les feux du dragon. Diego est derrière moi, torse nu, ça va chauffer pour moi. Je suis prise en flagrant délit de batifolages. Dans un geste chevaleresque, il se dresse devant moi, comme s’il pouvait encore me protéger des foudres parentales.
— Bonjour Madame Augusto.
Elle lui tend sa chemise avec un regard réprobateur. — J’imagine que c’est à vous. Diego, est-ce que je peux savoir ce que vous faites ici ? Dans cette tenue ?
— Désolée Madame, si je vous ai offensée. Croyez bien que je respecte votre fille.
— Par contre, les règles en vigueur dans ma demeure vous passent au-dessus de la tête, manifestement ! J’aurais pu espérer qu’en vertu de vos convictions religieuses vous me témoigneriez un peu plus de considération, mais il semblerait que vous ne soyez rien de plus qu’un vil hypocrite.
Diego baisse les yeux et ne relève pas le pic de ma mère, il m’embrasse timidement sur la joue, mais je n’ai pas l’intention de me laisser faire sans broncher, je lui roule une pelle monumentale sous le regard médusé de la daronne.
— Je t’appelle plus tard Diego.
À peine a-t-il refermé la porte que ma mère repart à l’assaut. — Eva ma chérie, tu connais le règlement, est-ce que je n’ai pas été assez claire ?
— Pas vraiment. Tu m’as traîné chez le gynéco dès que j’étais en âge d’avoir des rapports sexuels et à cause de toi je me bourre d’hormones depuis des années, sous prétexte que de toute façon ça m’aidera à avoir une plus jolie peau et des règles moins douloureuses. Je ne suis plus une petite fille. Je ne pensais pas que j’avais besoin de ton consentement pour avoir une vie sexuelle, mais je te rassure on a mis des capotes. Où est-ce qu’on est censé se retrouver selon toi ? À sa confrérie ? — Votre relation est inappropriée, tu pervertis un jeune homme élevé dans la foi qui voulait peut-être se donner qu’à une seule femme. — Tu es naïve, chère mère. Il n’en est pas à son coup d’essai, crois-moi, et puis lâche-moi il ne va pas devenir prêtre, je ne fais rien de mal. J’ai des sentiments pour lui et c’est réciproque.
— Tu ne vas pas te laisser enguirlander par ce beau parleur. Je n’ai pas envie que tu finisses dans une secte. Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu ne dois pas t’amouracher de lui, réagis, votre couple n’a pas d’avenir, vous ne pourrez rien construire ensemble, vos visions de la vie sont trop différentes. — Je comprends tes réticences maman, mais je te rassure, il y a peu de chances que je l’épouse. J’ai conscience de nos différences, mais on confronte nos façons d’appréhender la vie, on s’enrichit l’un et l’autre. Et puis tu devrais être contente pour moi que je sois avec un gentil garçon qui m’aime vraiment.
— Redescends de ton petit nuage, avant d’y laisser des plumes. Je connais les hommes, j’en ai fait les frais moi aussi. Dois-je te rappeler que ton père n’a jamais pris ses responsabilités ? Pourtant au début de notre relation j’aurais juré avoir rencontré le prince charmant, mais quand je suis tombée enceinte il a pris la poudre d’escampette et a soudain révélé sa vraie personnalité.
— Ton histoire et la mienne sont différentes.
— Méfie-toi ma fille, parfois les malédictions se répètent de génération en génération.
— Je te promets que je serai prudente maman, mais je pense que tu ne comprends pas ce que je vis.
— Bien sûr que si, ma chérie, tu es amoureuse. Tu le vois au travers du prisme de l’amour, mais c’est un miroir déformant. Moi je vois clair dans son jeu, mets fin à cette relation avant qu’il ne soit trop tard. — Sinon quoi ? Tu m’as souvent reproché d’avoir tourné le dos à l’église, tu devrais être contente que j’ai réintégré la parole de Dieu dans ma vie. Leur approche est beaucoup plus moderne que celle de l’Église catholique d’ailleurs.
— C’est bien ce que je craignais. Il est en train de t’endoctriner, insidieusement, jour après jour et tu n’y vois que du feu. Tu es tellement aveuglée par l’amour que tu lui portes.
— Tu le dépeins comme un sinistre personnage alors que c’est tout le contraire, c’est la personne la plus authentique et la plus altruiste que je n’ai jamais rencontrée. Mais sois rassurée, il y a peu de chances que j’intègre un jour sa communauté : ils me voient comme une dépravée qui pourrait le pervertir et le détourner du droit chemin. J’ai conscience que notre couple dérange, mais je ne laisserai personne et même pas toi, y mettre fin, notre amour est sincère.
— Ma fille, je te promets que je ne veux que ton bonheur. — Permets-moi d’en douter, peut-être que si tu étais un peu moins psychorigide la cohabitation se passerait mieux ?
Je claque la porte et je la laisse plantée là sur le palier. Une question me taraude toutefois, pourquoi est-ce que tout le monde me met en garde contre Diego ? Est-ce que notre relation est si malsaine que ça ?
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