Cœurs déraisonnables: Au delà des préjugés (French Edition)

Chapitre 27 Eva - Dans ma carapace.

 

Depuis le départ de Diego, je ne suis plus que l’ombre de moi-même. Je n’ai plus goût à rien, tout est fade, triste, sans saveur. Je passe le plus clair de mon temps pelotonnée sous ma couette, c’est devenu mon refuge. Ma mère a bien tenté quelques approches pour me ramener à la vie, mais sans succès. Je sais qu’elle s’inquiète pour moi, et peut-être même qu’elle culpabilise, mais rien de ce qu’elle pourra dire n’apaisera mon chagrin. Ça fait trop mal !

Je tends l’oreille, j’entends des voix qui chuchotent dans le couloir. Que peut-elle bien comploter encore ? On frappe. Je ne réponds pas, je me recroqueville dans mon lit et je me cache sous les draps, peut-être que si je fais semblant de dormir elle rebroussera chemin ? La porte s’ouvre doucement, je reconnais une voix familière.

— Coucou, comment ça va ? me demande Manon. J’hallucine, la daronne a trouvé le moyen de faire appel à la dernière personne au monde avec qui je voudrais parler de cette rupture. Je sors la tête de mes couvertures comme une tortue sortirait de sa carapace. À ce moment-là je n’ai qu’une seule obsession : chasser rapidement l’intruse. Je lui réponds sèchement :

— Comme tu peux le voir, je pète la forme. Désolée Manon, mais tu dois bien te douter que je n’ai vraiment pas envie de discuter de ça avec toi. — Je serai toujours là pour toi, tu sais bien, me réplique-t-elle en venant s’asseoir près de moi. Elle essaye de me prendre la main, mais je la repousse.

— Sur ce coup-là non, permets-moi d’en douter. Tu peux te réjouir c’est fini avec Diego, il est reparti aux Canaries. Affaire classée. Tes souhaits sont exaucés.

— Eva, je n’aime pas te voir malheureuse.

Je lève les yeux au ciel.

— Tu détestais Diego.

— Ce n’est pas tout à fait ça.

— Ah oui, attends, tu n’aimais pas ce qu’il représentait, c’est ça ? Enfin je n’ai jamais très bien compris ce que tu lui reprochais d’ailleurs. — J’ai essayé de te protéger. Parce que je suis ton amie et que tu comptes énormément pour moi.

Je me lève comme un ressort et je lui rétorque : — Me protéger ? Mais de quoi ? De l’amour ? — Eva, voyons tu savais dès le départ que vous deux ça ne durerait pas. Vous êtes trop différents. Je ne voulais pas que tu aies de la peine. D’ailleurs, je m’en veux c’est un peu de ma faute tout ça. Si je ne l’avais pas invité à notre soirée Sans Valentin, rien de tout ça ne se serait produit et nous pourrions encore profiter de la vie en toute insouciance, comme avant !

J’éclate en sanglots :

— Manon, je n’ai pas fait exprès de tomber amoureuse de lui, c’est arriver comme ça, insidieusement, et au fur à mesure des jours c’est devenu une évidence. Mais tout ça n’a plus d’importance puisqu’il est parti. Je suis là toute seule comme une conne avec ma mélancolie pour seule compagnie. J’essuie la morve qui coule de mon nez sur ma manche. Manon me fait les gros yeux et sort un paquet de mouchoirs de son sac. — S’il te plaît, mouche-toi. Reprends-toi. Tu ne peux pas rester éternellement terrée dans ta chambre. Je vais peut-être te paraître dure, mais la vie continue. Relève-toi, habille-toi, on va faire la fête, se mettre la tête à l’envers et oublier tout ça.

— Je ne peux pas, tu ne comprends pas. Mon existence sans lui n’a plus de sens.

— Arrête de dire n’importe quoi, tu es jolie comme un cœur, tu as la vie devant toi, c'est un chagrin d’amour, c'est douloureux mais ça passera avec le temps. Et j’en connais plus d’un qui serait ravi de te consoler. — Je m’en fiche. Pour la dernière fois, je n’ai pas envie de me recaser avec qui que ce soit. Ce n’était pas juste pour le fun avec lui, ça va te paraître ridicule, mais j’avais l’impression d’avoir trouvé mon âme sœur et d’être enfin complète.

— Merde, tu tenais vraiment à ce type. Si votre amour était réciproque, alors pourquoi il est parti ? Raconte ! Ça va te faire du bien d’en parler ! On a traversé tellement de choses toutes les deux depuis qu’on se connaît, tu peux tout me dire.

J’hésite à me confier à elle, mais au point où j’en suis avoir une oreille attentive pourra peut-être me soulager. Je me mouche bruyamment et je me lance :

— Je ne sais pas trop. Sa confrérie a appris pour nous, Diego s’est battu avec Juan, mais j’ignore pourquoi, il avait des écorchures sur les phalanges quand il est passé me voir. Bref, il a été convoqué dans le bureau du directeur, le ton est monté et il l’a viré. Finie la relation avec la petite dévergondée. Il a dû vouloir faire un exemple. Enfin voilà, ils lui ont pris un billet pour le premier avion et il a à peine eu le temps de me dire au revoir. — Tu te doutais bien que cette relation faisait désordre vis-à-vis de son Église ?

— On s’aime, on ne fait rien de mal ! Putain, pourquoi personne ne veut comprendre ? Ce n’est pas un crime d’être amoureux, non ?

Elle me regarde d’un air hébété, comme si elle venait soudain de réaliser quelque chose.

— Eva, je te dois des excuses. Mon comportement n’était vraiment pas digne d’une amie. J’ai passé mon temps à essayer de vous mettre des bâtons dans les roues, parce que j’étais aveuglée par mes préjugés. Comment est-ce que je pourrais me faire pardonner ?

— C’est trop tard, il est parti.

— Peut-être pas.Qu’est-ce qui t’empêche d’aller le retrouver ? Tu sais,comme dans les films romantiques à la con. J’esquisse un sourire.

— J’ai réussi à te faire rire c’est déjà ça, c’est un bon début. Je la regarde droit dans les yeux et j’attrape mon téléphone : — Tu as raison, oui il faut que je le vois, que je lui parle et que je lui dise ce que je ressens vraiment pour lui.

— Eva, je plaisantais !

— Non, au contraire, c’est une super idée. Je vais avoir besoin de ton aide. On va dire à ma mère que l’on va passer quelques jours entre filles mais en réalité je profiterai de cette diversion pour aller retrouver Diego à Tenerife. Elle n’y verra que du feu, trop contente que je reprenne goût à la vie. — Eva, tu as vraiment perdu la tête !

— Au contraire, je n’ai jamais été aussi lucide. — Et si tu commençais par l’appeler ? Ou lui envoyer un message sur les réseaux sociaux, ce serait un bon moyen de tâter le terrain. — Non, il faut que je le vois en personne, les yeux dans les yeux. — C’est n’importe quoi ! Est-ce que tu sais au moins où il habite ? — Non, mais l’île ne doit pas être si grande que ça. — Tu es complètement folle ! L’amour ne rend pas aveugle, il empêche les neurones de se connecter correctement.

— Est-ce que je peux compter sur toi ou pas ? Je la sens hésitante ; mais elle finit par me répondre : — OK, je vais le faire, au nom de notre amitié, mais je viens avec toi. — Non, c’est quelque chose que je dois faire seule. Elle se mord la lèvre et réfléchit de longues secondes. — D’accord, mais si ta mère se rend compte de la supercherie, elle me tuera.

— Tu es la meilleure !

Je lui tombe dans les bras, reconnaissante. Il faut juste que l’on s’accorde sur la version à servir à la daronne pendant que je réserve mes billets d’avion. Je dois savoir ce que Diego ressent vraiment pour moi, même si ça doit me briser le cœur.

 

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