Cœurs déraisonnables: Au delà des préjugés (French Edition)
Chapitre 7 Diego - Salon de thé
Ça fait bientôt vingt minutes que je l’attends et elle n’est toujours pas là. Comment est-ce que j’ai pu croire qu’une fille comme elle avait du temps à perdre avec moi ? Elle doit avoir une foule de prétendants, et je ne suis sûrement pas du tout son genre… Je suis sur le point de partir quand Eva passe enfin la porte des « Folies pâtissières ». Un instant, j’ai eu peur qu’elle ne vienne pas. Elle se dirige vers moi et me sourit, elle est encore plus jolie en plein jour.
— Excuse-moi, je suis en retard, me dit-elle toute essoufflée. Tu m’attends depuis longtemps ?
Je préfère mentir pour ne pas perdre la face d’emblée : — Je viens d’arriver.
— C’est sympa ici ! Tu vas être surpris, j’habite à Nice depuis toujours, mais je n’y avais jamais mis les pieds. Je traîne plutôt dans les pubs d’habitude. Je suis plus un oiseau de nuit, pour ainsi dire… — Je me suis dit que tu serais peut-être gourmande… — Bien vu, j’adore les gâteaux, tu as réussi à titiller mon intérêt. Et toi tu viens souvent ?
— De temps en temps. J’aime beaucoup cet endroit, le décor acidulé me rappelle le film Charlie et la chocolaterie. Les vitrines regorgent de pâtisseries toutes plus appétissantes les unes que les autres. Le lieu est très cocooning, les canapés sont moelleux et les coussins très confortables. On se sent un peu comme à la maison. Ma mère a l’habitude de faire des bons gâteaux le dimanche alors, comme je suis loin de chez moi, c’est devenu mon petit plaisir.
— Une façon de respecter les traditions familiales. Qu’est ce que tu me recommandes ?
— Tout est délicieux, mais tu devrais tester la pavlova[14] ! — Je te fais confiance, je vais prendre un chai latte avec, désolée, mais le thé ce n’est pas trop mon truc.
— Pas de soucis. Je vais passer commande.
— En tous cas, ça sent bon ici.
Elle n’a pas tort, il flotte dans l’air une agréable odeur de café fraîchement torréfié, mêlée à celle des gâteaux qui sortent du four.
La serveuse ne tarde pas à nous apporter nos boissons et nos gourmandises. — Dis-moi il y a un truc qui m’intrigue, reprend-elle. Comment se fait-il que tu parles si bien français ? En plus tu n’as presque pas d’accent. — Je n’ai aucun mérite en réalité. C’est une langue que j’ai apprise depuis tout petit, ma mère est originaire de Perpignan. Disons que c’est un peu ma seconde langue maternelle.
— C’est une chance, parce que si je devais m’exprimer en espagnol, la communication serait beaucoup plus compliquée entre nous. Je n’en ai quasiment plus fait depuis le lycée. Mais bon, je parle trop. Goûtons, ça m’a l’air délicieux !
Elle croque dans sa part de gâteau à pleines dents. Je me rends compte que je fais une fixette sur sa jolie bouche pulpeuse. J’aimerais être cette paille qu’elle glisse entre ses lèvres. Mon regard s’attarde un instant sur son décolleté. Elle porte un pull rose avec un col en V qui laisse subtilement entrevoir la naissance de ses seins et mes sens en sont tout émoustillés. Mon Dieu, faites que je n’ai pas à me lever qu’elle ne s’aperçoive pas de l’effet qu’elle produit sur moi. Physiquement, elle est mon idéal féminin : grande, brune, les yeux noisette avec une pointe de jaune qui lui donne un regard félin, de jolies formes qu’elle sait parfaitement mettre en valeur sans tomber dans la vulgarité. Sa voix est suave et sucrée, mais son discours est acerbe et sans détour. Elle n’a pas l’habitude de prendre des pincettes et elle n’a pas peur de dire ce qu’elle pense. Elle représente la débauche et le vice, je devrais fuir à toutes jambes, mais quelque chose m’attire vers elle indéniablement.
— Diego, j’ai peur de te faire perdre ton temps. Si j’ai bien compris, l’une de tes missions consiste à colporter la parole de Dieu à travers le monde ? Je vais être franche : la religion et moi ça fait deux. — Tu ne crois pas en Dieu ?
Elle se lève, soulève son pull et abaisse légèrement son pantalon. Seigneur, mais qu’est-ce qu’elle fait ? Ce n’est vraiment pas le lieu pour s’exhiber de la sorte.
Je regarde autour de moi horriblement gêné. Elle arbore un tatouage sur la fesse gauche des plus explicites : Ni Dieu ni maître. — Ça répond à ta question ? Je suis et je resterai la maîtresse de mon destin !
— C’est un peu radical, mais ça a le mérite d’être clair.
— Pour être totalement sincère avec toi d’un côté, j’ai envie de croire en une puissance supérieure qui aurait créé tout ça et qui pourrait nous filer un coup de pouce quand tout va mal, mais je ne crois pas aux religions. — Pour quelles raisons ?
— De tout temps, elles ont beaucoup plus séparé les gens qu’elles ne les ont rassemblés et les pires horreurs ont été commises au nom de Dieu et c’est malheureusement encore le cas aujourd’hui.
— Oui, mais c’est les hommes qui sont mauvais, pas Dieu. — OK, mais s’il est tout puissant, pourquoi il les laisse faire malgré tout ? — Pour permettre à l’Humanité d’apprendre de ses erreurs. — Je ne suis pas convaincue, disons que j’ai une conception plus agnostique. Je crois en la puissance d’une unité supérieure, en l’Univers, mais je veux avoir mon mot à dire et ne pas vivre dans un monde où le destin est déjà écrit. J'ai envie d'être aux commandes de ma vie. — Je n’avais jamais vu les choses comme ça, mais j’aime bien l’idée que l’on puisse agir sur notre destinée.
— Je ne suis pas une brebis égarée qu’il faudrait ramener dans le droit chemin. Je préfère évoluer dans l’ici et maintenant et je ne veux pas attendre l’au-delà pour profiter d’un hypothétique paradis. — Ta conception du monde est à l’opposé de tout ce que j’ai appris, mais elle est néanmoins intéressante.
— Désolée, je suis une très mauvaise recrue pour toi. Mais imagine un instant qu’il n’y ait rien. Que l’on soit tout seuls. As-tu vraiment envie de vouer ta vie au néant ? Ne voudrais-tu pas essayer d’en faire quelque chose par toi-même sans attendre une intervention divine qui n’arrivera peut-être jamais ?
— Pour moi, Dieu guide mes pas, depuis toujours. Et d’ailleurs, je pense qu’il t’a mise sur ma route pour m’aider à avancer. Tu n’as pas à t’excuser, tu sais, je t’apprécie beaucoup en tant que personne et je crois que tu es très ouverte d’esprit au contraire. La plupart des gens refusent le dialogue face à des choses qui ne comprennent pas.
— Est-ce qu’on peut faire un pacte pour ne pas entacher notre amitié naissante ?
— Je t’écoute ?
— Nous avons chacun des convictions diamétralement opposées sur la foi et je ne veux pas polémiquer sur qui a tort et qui a raison. Est-ce que dorénavant on pourrait éviter d’aborder la religion entre nous ?
— Pourquoi pas … Ça me semble être une bonne idée. — Pour quoi ne pas nous focaliser sur nos points communs plutôt que sur nos divergences, qu’est-ce que tu aimes faire quand tu as du temps libre, à part chanter ?
Nous avons discuté pendant des heures de tout et de rien. Nous venions à peine de nous rencontrer, mais c’était comme si nous nous connaissions depuis toujours. Et puis de fil en aiguille, nous sommes devenus amis. À force de traîner ensemble, nous avons appris à apprécier nos différences et bien plus encore…
Il me semble plus raisonnable de ne pas entreprendre de relation plus poussée avec elle, mais pour être totalement sincère avec moi-même, je ne suis pas sûr de pouvoir me contenter de cette amitié. Jour après jour, je ressens de plus en plus une attirance pour elle et j’ai de plus en plus de mal à l’ignorer. Pourtant, elle est tout ce que je devrais détester : une femme libre, indépendante, l’incarnation de la pécheresse qui assume pleinement ses envies et qui les revendique… Je suis en proie à un véritable conflit intérieur, je devrais la fuir, mais elle me fascine. Pourquoi est-ce que je m’inflige un pareil supplice ? Je suis tiraillé entre ma foi et mon désir pour elle. Je lutte de toutes mes forces pour ne pas franchir la ligne rouge. J’ai supplié le seigneur de me venir en aide, mais mes prières semblent inefficaces et ne parviennent pas à éteindre le feu de la passion qu’elle a allumé en moi. Quand je suis avec elle, je suis sur la corde raide, il suffirait d’un rien, pour que je bascule et que je me complaise dans le péché. Jamais je n’avais ressenti cela auparavant, je suis une âme en perdition et elle est la plus divine des tentations.
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