Cœurs déraisonnables: Au delà des préjugés (French Edition)

Chapitre 39 Eva – Faisons le test

 

La vie a repris son cours presque normalement, il n’y a pas eu de mélodrame cette fois. Peut-être parce que j’ai l’impression d’être allée au bout de cette relation ? Je ne pouvais pas lui dire oui, certaines filles auraient sans doute trouvé cela romantique, mais pas moi ! Est-ce c’est parce que je n’ai jamais eu de père que j’ai une piètre opinion du mariage ? Allez savoir ! En tous cas, mon but ultime n’est pas de me faire passer la bague au doigt.

Cependant, j’avoue que je crois en l’amour et au grand amour même. J’ai même cru un instant que ça pourrait être Diego, mais à bien y réfléchir nous deux c’était davantage une relation torturée et passionnée. J’ai besoin d’apaisement, j’en ai marre de me battre sans cesse, je préfère déposer les armes.

Je me remets lentement de cette rupture, je me sens fatiguée, je suis souvent barbouillée ces derniers jours. C’est sûrement le contre coup de la séparation c’est épuisant les chagrins d’amour ! J’ai l’impression que ça me pompe toute mon énergie.

Manon n’arrête pas de me prendre la tête pour que je sorte et que je me change les idées, mais le cœur n’y ait pas. Tout m’ennuie et je n’ai pas envie d’être comme tous ces gens qui s’enivrent jusqu’à plus soif et qui dansent jusqu’au bout de la nuit pour oublier que leur vie c’est de la merde ! D’accord, je l’avoue, je ne vais pas très bien et je ne sais pas vraiment quoi faire pour aller mieux. Peut-être qu’il faut juste laisser le temps faire son travail ? Un cœur brisé, ça ne se soigne pas si facilement !

— Eva bouge-toi s’il te plaît !

— Fiche-moi la paix Manon, je ne suis pas d’humeur à faire la fête ! —Allez prends un verre ! On trinque à notre célibat et toutes les perspectives d’avenir que ça nous offre.

— Arrête ça ! Tu veux la vérité, ça me saoule d’avance ! Pas besoin de m’enfiler toute la bouteille d’alcool.

— Tu es vraiment rabat-joie, tu vas te traîner comme une âme en peine encore combien de temps ? On peut savoir ?

— Ce n’est pas ça, tu n’as rien compris. Je suis patatras en ce moment. Je n’ai pas d’énergie, à la limite je veux bien mater avec toi un truc en streaming, tant que je peux rester camper dans le canapé. — Tu couves quelque chose toi ?

— Mais non, je suis juste crevée mais je n’ai pas de fièvre ! — Justement, c’est pire !

— N’importe quoi, depuis quand tu es médecin ? — Est-ce que tu as fait un test de grossesse ?

— Très drôle ! En ce moment, ma vie sexuelle est aussi mouvementée que celle d’une bonne sœur.

— C’est quand la dernière fois que tu as eu tes ragnagnas ? — Je n’en sais rien, je ne tiens pas un carnet et je ne fais pas de croix sur le calendrier.

— Est-ce que tu as eu tes règles depuis ton escapade aux Canaries ? — Aucune idée !

— Tu as toujours pris ta pilule ?

— Arrête, tu deviens relou on dirait, ma mère ! — Non sérieusement ?

— Oui la plupart du temps !

— Ça veut dire quoi ça ?

— Que je l’ai prise, peut-être pas toujours à heure régulière dans les règles de l’art, mais bon ça marche quand même.

— Donc il y a un risque. Suis-moi, on va à la pharmacie, on va t’acheter un test.

— C’est juste un coup de fatigue !J’aurais plutôt besoin de faire une cure de vitamines. Mes émotions ont joué les montagnes russes ces derniers temps, je suis épuisée mentalement.

— Eva, il faut que tu en aies le cœur net. Si tu dois agir, il ne faut pas traîner.

— OK, mais tu ne veux pas y aller pour moi ? — Tu plaisantes là ?

— Je sais, ça a l’air débile, mais j’ai toujours l’impression qu’on va me juger si j’achète ces machins-là !

— Tu n’es plus une gamine ! Tu es majeure, qui plus est. — Oui, mais je n’ai pas envie d’affronter le regard de la vendeuse. S’il te plaît, c’est ton idée en plus, même si je suis quasiment sûre que ça ne servira à rien.

— OK, je vais y aller pour toi.

— Merci tu es vraiment une amie !

— La meilleure !

— Pour toujours !

Elle entre dans la pharmacie en bas de son immeuble, je reste à l’attendre sur le trottoir. Mon Dieu faites que ça ne soit pas ça ! Ma mère me tuerait et elle n’aurait pas fini de me rabattre les oreilles ! Manon en ressort quelques minutes plus tard et me tend un sac en papier.

— Tiens voilà ma belle ! Je t’en ai pris deux : un avec les plus et l’autre où le résultat est écrit en toutes lettres !

— Ce n’était pas forcément nécessaire !

— Deux précautions valent mieux qu’une, ce n’est pas toujours fiable ces machins.

— Tu en as fait souvent ?

— Çà a pu m’arriver et toi ?

— C’est une première fois ! Je flippe grave.

— Arrête de stresser, on en saura plus quand tu auras fait pipi là dessus.

Nous rejoignons son appartement sans tarder, j’angoisse, je me rends directement aux toilettes, Manon me tend le test. J’attrape le bâtonnet. — Ça te dérangerait de me laisser seule deux minutes ? Elle lève les yeux au ciel puis s’exécute.

J’ai les mains qui tremblent, je repose la chose à côté de moi. Je me dirige vers le lavabo et j’attrape la savonnette, j’ose à peine le regarder. Ma mère me tuera si ce truc est positif.

Manon tambourine à la porte.

— Alors ?

— J’ai peur. Je ne suis pas sûre de vouloir connaître le résultat ! Il doit rester encore une minute.

— Arrête de faire ta gamine, laisse-moi jeter un œil ! Elle se saisit du test et s’écrie :

— OK pas de panique, fais le deuxième.

— Attends-tu veux dire que ce machin est positif ?

— Oui, mais ça ne veut rien dire. On va faire l’autre.

J’attrape le test comme un automate. Mais impossible de produire la moindre goutte.

Putain, de merde ! Ce n’est pas possible. Qu’est-ce que je vais faire ? Je m’assois par terre les yeux dans le vide.

— Eva reprends-toi ! Tiens, bois un peu d’eau. Je serai toujours là pour toi ! — OK, c’est gentil, mais là tu vois j’ai l’impression que tout mon monde est en train de s’écrouler. On est même plus ensemble… — D’un côté, c’est peut-être mieux, au moins tu pourras avorter sans qu’il n'ait son mot à dire.

— Je ne suis pas sûre de vouloir faire ça !

— Ma belle, tu m’inquiètes, tu as totalement perdu la tête ! — Tu ne peux pas comprendre ! Passe-moi ce truc, il faut que j’en aie le cœur net.

Je place le test sous le jet d’urine, m’aspergeant la main au passage. Je fixe anxieuse la petite fenêtre qui ne tarde pas à afficher en toutes lettres le résultat. C’est sans appel je suis bien enceinte. Manon me serre dans ses bras dans une vaine tentative de me réconforter. Je chuchote :

— Il faut que je vois Diego.

Elle me secoue comme une poupée de chiffon : — Ma chérie, c’est la dernière chose à faire, tu as totalement perdu la tête !Tu es sous le choc, tu racontes n’importe quoi. Ne t’inquiète pas, je vais te prendre un rendez-vous chez le médecin au plus tôt ! — Non ! C’est ma vie c’est à moi de décider ! Laisse-moi passer, il faut que je lui parle.

— Ta mère t’en voudra à mort !

— Je sais, mais je m’en fiche ! Elle est mal placée pour me faire la morale quand on y pense.

J’attrape mon téléphone, mais ça sonne dans le vide. J’ignore si Diego est encore en France ou s’il est reparti aux Canaries. Je n’ai eu aucune nouvelle depuis notre altercation.

J’essaye de le contacter via les différents réseaux sociaux, mais j’ai peu d’espoir, il n’a rien posté depuis une éternité. Je laisse quand même un message. « Diego, rappelle-moi au plus vite j’ai besoin de te parler ! » J’éclate en sanglots sur le canapé. Elle me rejoint avec une grosse boîte de mouchoirs et me serre dans ses bras. Je m’écroule totalement et je pleure à chaudes larmes.

— Ne t’inquiète pas ça va aller. Je vais m’occuper de tout pour toi.

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