Cœurs déraisonnables: Au delà des préjugés (French Edition)
Chapitre 11 Eva - Bain glacé
Qu’est-ce qui m’a pris d’accepter son défi ? Me baigner dans l’eau glacée, c’est un coup à attraper la crève. Jamais un jour, je n’aurais pensé faire partie de ces illuminés qui s’éclatent à se baigner dans une eau glacée. Cet après-midi, le soleil brille et le fond de l’air avoisine les dix-sept degrés, ce qui est une température plutôt clémente pour la saison.
— Prête ?
— Non ! Carrément pas. Je suis complètement tarée de t’avoir suivi dans ton délire. Je devrais rebrousser chemin tant qu’il en est encore temps. — Tu verras, tu te sentiras totalement revigorée après. — J’en doute, mais frigorifiée certainement.
— Ne t’inquiète pas, je serai là pour te réchauffer si besoin.
Il sourit, découvrant ses deux adorables fossettes. Puis, il se déshabille et il m’est impossible de détacher mon regard de son torse musclé, mes yeux s’attardent sur ses épaules carrées, ses biceps gonflés et ses abdos, Madre
mia[21]… des plaquettes de chocolat dans lesquelles je croquerais volontiers. Son corps est digne de celui d’un dieu grec sculpté dans la pierre. C’est une véritable torture ! Comment résister à la tentation de me blottir dans ses bras confortables ? Je pourrais peut-être en profiter un peu, tout à l’heure, pour me récompenser d’avoir fait le grand plongeon ? Arrête de le mater comme ça ! Il va finir par s’en rendre compte, vous êtes juste amis, souviens-toi ! Ce mec n’est pas pour moi, je le sais, ça serait une folie, mais il m’attire indéniablement. Ce n’est pas seulement physique, c’est plus que ça, en quelques semaines à peine, c'est devenu un pote, presque un confident. Il y a une véritable alchimie entre nous, pourtant tout nous oppose. J’ai l’impression que je suis devenue meilleure à son contact. Il m’incite à me dépasser et à me remettre en question. Peut-être qu’après tout nous ne sommes pas si différents, mais complémentaires comme le yin et le yang, le jour et la nuit ?
— On y va ? insiste-t-il.
J’hésite, j’hésite vraiment à me lancer. J’ai revêtu mon maillot de bain deux-pièces et mes magnifiques chaussures d’eau pour ne pas me ruiner les pieds sur une pierre ou un coquillage. Je suis emmitouflée dans ma serviette que j’agrippe fermement et j’ai déjà la chair de poule. Qu’est-ce que je vais me prouver en m’immergeant dans l’eau glacée ? Que je suis assez débile pour accepter de faire des choses stupides alors que je ne suis même pas bourrée ? OK, tu ne peux plus reculer, juste quelques secondes pour voir l’effet que ça fait !
Je me retourne vers lui :
— Je te déteste !
Il éclate de rire. Je sais qu’il n’en croit pas un mot. — Prends ma main, on y va ensemble.
Nous avançons vers la mer, j’essaye de respirer calmement et de me convaincre qu’après tout ça sera certainement une expérience enrichissante qui quelque part me rendra fière de moi. Après tout, si les bains glacés ont beaucoup d’adeptes c’est certainement parce qu’ils ont des vertus. Je ferme les yeux et j'inspire profondément. Soudain, une vague fraîche vient me chatouiller le pied, je pousse un hurlement. J’essaye de me reprendre. — Désolée. Ça surprend.
— Ça va aller, fais-moi confiance me répond-il souriant.
Nous avançons lentement dans l’eau glacée, je prends sur moi, mais la sensation est loin d’être agréable, j’ai l’impression que je suis gelée jusqu’à l’os. Nous avons maintenant de l’eau jusqu’à la taille. C’est horrible. — Tu vas me le payer, crois-moi !
Il reste impassible et ne prend pas mes menaces au sérieux. — Le mieux c’est de s’immerger totalement et de se laisser flotter. Il s’exécute et je peine à l’imiter. Je me bouche le nez et je plonge sous l’eau. C’est une drôle de sensation, mon corps semble s’être quelque peu acclimaté à la température de l’eau et ça devient presque agréable. Je me surprends à jouer les étoiles de mer. J’ai toujours adoré immerger ma tête dans l’eau pour avoir cette impression d’être coupée du monde.
— Alors ? s’inquiète-t-il ?
— Ce n’est pas si déplaisant que ça. Mais je reste persuadée que ça serait beaucoup plus sympa dans une eau à trente degrés, avec des petites bulles.
— Genre un spa[22] ? Mademoiselle a des goûts de luxe ! — Non sérieusement, je redoute le moment où il faudra s'extirper de l’eau et le choc thermique.
— Moi c’est presque ce que je préfère, les petits picotements sur la peau, ça te donne l’impression que tout ton corps est revigoré. — Et tu fais ça toutes les semaines ? Tu es un grand malade ! — Il ne faut pas rester trop longtemps, pour ne pas risquer l’hypothermie. Prête à sortir ?
Je ferme les yeux. Je repère ma serviette au loin. Je n’ai que quelques mètres à parcourir. C’est juste l’histoire de quelques secondes ! Tu peux le faire !
— C’est parti !
Je me lève d’un bond et je rejoins la plage en courant, enfin, aussi vite que je peux. Je suis gelée. Avec l’eau fraîche qui ruisselle sur ma peau et mon maillot de bain trempé, l’air ambiant me paraît encore plus frais. Le contraste est saisissant. J’ai la chair de poule, les dents qui claquent, je dois avoir les lèvres toutes bleues. Pour le côté glamour, on repassera.
Il me regarde en souriant et se rhabille calmement. J’enlève mon bikini sous ma serviette le plus discrètement possible. J’attrape mes sous-vêtements dans mon sac, mais mes mains tremblent. Il faut que je mette de toute urgence quelque chose de sec sur ma peau. J’enfile mon t-shirt à la hâte. Brrrr, on dirait que ça va déjà mieux. J’enfile mon jogging, puis j’attrape mon anorak.
— Ça va aller ? Comment tu te sens, s’inquiète-t-il ? — J’ai l’impression d’être congelée comme un poisson pané si tu veux tout savoir. Tu es un grand psychopathe !
Je remarque qu’il a également la chair de poule, mais il ne semble pas s’en offusquer. Les gouttes d’eau qui glissent sur son corps lui donnent un côté terriblement sexy. Il finit de mettre son pantalon et passe un sweat molletonné. Il s’approche de moi.
— Est-ce que tu as toujours froid ?
— Je n’aurais rien contre une boisson chaude pour être franche. — En tous cas tu as réussi, tu l’as fait, tu peux être fière de toi ! — Trop cool, effectivement répondis-je ironique. Et je gagne quoi ? — Un gros câlin ! Allez, viens là, pour se réchauffer rien de tel que la chaleur humaine.
Je m’approche de lui et je l’attrape par la taille version gros hug[23] à l’américaine. J’appuie ma tête contre son épaule. J’avais raison, on est bien dans ses bras. Il dépose un baiser sur mon front. Je relève les yeux surprise, nos regards se croisent et le temps se fige. Je me mords les lèvres. Non, il ne faut pas ouvrir la boîte de Pandore, une fois ouverte l’équilibre sera rompu à jamais. La tentation est trop forte, ça serait tellement plus facile d’y céder…
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